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2e Bureau, Affaire d'espionnage Lille, Archives Nationales, Entente Cordiale, Espionnage 1904, Général André, Histoire du renseignement, Ministère de la Guerre, Services secrets français
Plongez au cœur des archives du Ministère de la Guerre avec cette lettre inédite datée du 26 février 1904, adressée au Général André. Ce document historique exceptionnel révèle les coulisses de l’espionnage français au début du XXe siècle, à l’époque de l’Entente Cordiale. Un informateur, se décrivant comme « demi-Français », y dénonce un guet-apens tendu par le 2e Bureau (services de renseignements) et réclame justice pour une mission d’infiltration ratée entre Lille et Bruxelles. Entre promesses non tenues et secrets militaires d’outre-Rhin, découvrez le témoignage poignant d’un homme pris dans les rouages de la grande stratégie européenne de 1904.

Tampon : Ministère de la guerre
26 février 1904
Cabinet du ministre
Le 25-2-04
Monsieur le Ministre,
Je me permets de soumettre à votre esprit de justice les faits suivants : Au mois d’août de l’année dernière le hasard me mit en rapports avec une section de l’espionnage d’une puissance d’outre-Rhin; je me laissai aller avec l’arrière-pensée d’en faire bénéficier la France ; je me mis donc en rapports avec le 2e Bureau de votre Ministère. Tout sembla marcher pour le mieux, au plus grand profit de notre bien commun. J’eus plusieurs entretiens avec un intermédiaire se faisant appeler Fanty, et les conditions furent librement débattues et acceptées de part et d’autre pour la remise des documents que je possédais : une somme de mille francs, plus deux cents francs de frais d’un séjour que j’étais obligé de faire à Lille. En finale, je remis à votre agent, dans la capitale du Nord, les papiers que je possédais : le sieur Fanty partit pour Paris en me faisant les plus solennelles promesses pour le lendemain. Cela se passait au mois de septembre.
J’eus beau me morfondre à Lille, plus aucune nouvelle ! J’étais tombé, moi ami de la France, et qui plus est, demi-Français, j’étais tombé dans un guet-apens tendu par votre ministère ! Tomber, avouez-le, Monsieur le Ministre, pour une malheureuse bagatelle de douze cents francs, dont je n’ai touché que cent, c’est indigne de la part d’une grande nation, qui a besoin de toutes les amitiés et de tous les concours, surtout à l’heure actuelle !…
De même, je me trouve en ce moment au courant de tout le « secteur français » de l’espionnage d’une puissance « d’entente cordiale ». Je pourrais donc encore être très utile au pays dont je suis en quelque sorte originaire ; mais la première expérience me laisse rudement indécis ! Toute peine mérite salaire, surtout en ces matières délicates d’où peut dépendre le sort d’un peuple. Pourtant je me mets à l’entière disposition du 2e Bureau, à la condition que la première affaire soit réglée, par retour du courrier, à mon entière satisfaction, et alors je saurais ce qu’il me reste à faire.
Peut-être le sieur Fanty a-t-il été chaudement félicité pour son « habilité » et a-t-il obtenu une belle gratification ? Dans ce cas je me dispenserais d’en tirer la morale !
De passage dans la capitale belge, j’y reste encore 48 h. et vous prie, Monsieur le Ministre, de me faire répondre, le cas échéant, à l’adresse ci-jointe. Encore une fois je réclame uniquement la plus vulgaire justice.
Dans cette attente, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma considération la plus distinguée, et me croire
Votre dévoué serviteur.
Deux enveloppes jointes :
Belgique
Monsieur Spilleux
Poste restante
Bruxelles Midi
2e enveloppe :
Particuler
Monsieur le général André
rue Saint Dominique
Paris
Archives nationale 19940474/378
Lire le dossier : Contre enquête sur le cas de Serraux-Spilleux accusé d’être un agent du préfet de police Louis Andrieux




