Egide Spilleux au service du contrespionnage français ? Lettre de Spilleux au ministre de la guerre Louis André.

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Plongez au cœur des archives du Ministère de la Guerre avec cette lettre inédite datée du 26 février 1904, adressée au Général André. Ce document historique exceptionnel révèle les coulisses de l’espionnage français au début du XXe siècle, à l’époque de l’Entente Cordiale. Un informateur, se décrivant comme « demi-Français », y dénonce un guet-apens tendu par le 2e Bureau (services de renseignements) et réclame justice pour une mission d’infiltration ratée entre Lille et Bruxelles. Entre promesses non tenues et secrets militaires d’outre-Rhin, découvrez le témoignage poignant d’un homme pris dans les rouages de la grande stratégie européenne de 1904.

Egide Spilleux d’après signalement rapport du 23 août 1903.

Tampon : Ministère de la guerre

26 février 1904

Cabinet du ministre

Le 25-2-04

Monsieur le Ministre,

Je me permets de soumettre à votre esprit de justice les faits suivants : Au mois d’août de l’année dernière le hasard me mit en rapports avec une section de l’espionnage d’une puissance d’outre-Rhin; je me laissai aller avec l’arrière-pensée d’en faire bénéficier la France ; je me mis donc en rapports avec le 2e Bureau de votre Ministère. Tout sembla marcher pour le mieux, au plus grand profit de notre bien commun. J’eus plusieurs entretiens avec un intermédiaire se faisant appeler Fanty, et les conditions furent librement débattues et acceptées de part et d’autre pour la remise des documents que je possédais : une somme de mille francs, plus deux cents francs de frais d’un séjour que j’étais obligé de faire à Lille. En finale, je remis à votre agent, dans la capitale du Nord, les papiers que je possédais : le sieur Fanty partit pour Paris en me faisant les plus solennelles promesses pour le lendemain. Cela se passait au mois de septembre.

J’eus beau me morfondre à Lille, plus aucune nouvelle ! J’étais tombé, moi ami de la France, et qui plus est, demi-Français, j’étais tombé dans un guet-apens tendu par votre ministère ! Tomber, avouez-le, Monsieur le Ministre, pour une malheureuse bagatelle de douze cents francs, dont je n’ai touché que cent, c’est indigne de la part d’une grande nation, qui a besoin de toutes les amitiés et de tous les concours, surtout à l’heure actuelle !…

De même, je me trouve en ce moment au courant de tout le « secteur français » de l’espionnage d’une puissance « d’entente cordiale ». Je pourrais donc encore être très utile au pays dont je suis en quelque sorte originaire ; mais la première expérience me laisse rudement indécis ! Toute peine mérite salaire, surtout en ces matières délicates d’où peut dépendre le sort d’un peuple. Pourtant je me mets à l’entière disposition du 2e Bureau, à la condition que la première affaire soit réglée, par retour du courrier, à mon entière satisfaction, et alors je saurais ce qu’il me reste à faire.

Peut-être le sieur Fanty a-t-il été chaudement félicité pour son « habilité » et a-t-il obtenu une belle gratification ? Dans ce cas je me dispenserais d’en tirer la morale !

De passage dans la capitale belge, j’y reste encore 48 h. et vous prie, Monsieur le Ministre, de me faire répondre, le cas échéant, à l’adresse ci-jointe. Encore une fois je réclame uniquement la plus vulgaire justice.

Dans cette attente, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma considération la plus distinguée, et me croire

Votre dévoué serviteur.

Deux enveloppes jointes :

Belgique

Monsieur Spilleux

Poste restante

Bruxelles Midi

2e enveloppe :

Particuler

Monsieur le général André

rue Saint Dominique

Paris

Archives nationale 19940474/378

Lire le dossier : Contre enquête sur le cas de Serraux-Spilleux accusé d’être un agent du préfet de police Louis Andrieux

BRICHET Louis, galocher, anarchiste français réfugié à Genève.

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Découvrez ce rapport de police historique de 1893 issu des archives de la Haute-Savoie (4 M 350). Ce document du Ministère de l’Intérieur détaille la surveillance de Louis Brichet, un « anarchiste militant » exerçant la profession de galocher à Genève. Entre chansons révolutionnaires comme La Carmagnole et propagande active au café des Allobroges, ce rapport du Commissariat spécial d’Annemasse offre une plongée fascinante dans la lutte contre les mouvements anarchistes à la fin du XIXe siècle entre la France et la Suisse.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 1809

Anarchistes

BRICHET Louis

Annemasse, le 10 novembre 1893

Rapport

On signale comme anarchiste militant le nommé Brichet Louis, né le 29 novembre 1863 à Mésigny, canton d’Annecy (Hte Savoie), célibataire, domicilié à Genève, depuis un an, rue de Neuchâtel 13, chez la dame Molland.

Cet individu, qui exerce la profession de galocher et qui travaille comme tel, rue de Lausanne, 19, se fait remarquer depuis quelque temps, dans les cafés plus particulièrement fréquentés par les ouvriers, où il chante, en compagnie du nommé Gonthier François, Marie également anarchiste, des chansons anarchistes telles que « La Carmagnole », les « Sergots » etc.

Dimanche soir, 5 du courant, il se trouvait notamment en compagnie du nommé Gonthier, d’un autre individu et d’une femme, au café des Allobroges, rue de Lausanne, où après avoir chanté « La Carmagnole » il a distribué avec eux des brochures et journaux anarchistes.

Plusieurs consommateurs en ayant refusé, les sieurs Brichet et Gonthier les ont injuriés et menacés, puis ont pris la fuite, sur la menace du patron d’envoyer chercher la police.

Les sieurs Brichet et Gonthier passent dans leur quartier pour se livrer à une propagande anarchiste des plus actives ; ils n’ont toutefois aucunes relations avec les groupes anarchistes de Genève et n’étaient pas jusqu’à présent connus comme tels.

Signalement de Brichet : Âgé de 30 ans ; taille 1m 68 environ ; bonne corpulence ; cheveux et moustache châtain-clair ; yeux gris ; nez un peu fort ; bouche moyenne ; visage ovale.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Egide SPILLEUX au service du contrespionnage français ? 23 août 1903.

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Découvrez un document exceptionnel issu des Archives Nationales daté du 23 août 1903 : le rapport du commissaire spécial Desvernine sur l’affaire Egide-Louis-Henri Spilleux, alias Dickie. Ce témoignage plonge le lecteur au cœur des réseaux d’espionnage entre la France, la Belgique et l’Allemagne au début du XXe siècle. Entre journalisme pornographique, usurpation d’identité et tentatives de double jeu avec les services de renseignements français à Lille, le parcours de cet agent belge révèle les tensions géopolitiques de la Belle Époque. Une plongée fascinante dans les méthodes de recrutement des officiers allemands de l’époque et les tactiques de contre-espionnage françaises avant la Grande Guerre.

Document Archives nationale 19940474/378

Paris, le 23 août 1903.

Avant d’accueillir les offres du nommé DICKIE et avant de se mettre en rapport direct avec lui, il était prudent d’avoir quelques renseignements sur cet individu.

Il résulte de l’enquête qui a été faite à Bruxelles que le pseudo DICKIE se nomme :

SPILLEUX Egide-Louis-Henri, qu’il est né à Huysse (Belgique), le 12 septembre 1858 et que sa famille est originaire de Dunkerque.

Il a habité autrefois Bruxelles où il s’occupait quelque peu de journalisme pornographique, sous le nom de DUBOIS Charles.

Impliqué en 1893 dans une affaire d’avortement, il a bénéficié d’un non-lieu, mais a été condamné le 19 février 1897 à 3 mois de prison et 26 francs d’amende pour une affaire de moeurs à la suite de laquelle il a quitté la capitale de la Belgique où il vient de revenir.

Actuellement, et depuis le 13 août, il occupe une chambre à l’hôtel de Charleroi, boulevard du Midi, où il s’est inscrit comme suit :

J. VERVYNS, 45 ans, voyageur de commerce, né à Liège, y domicilié.

SPILLEUX a les allures d’un désœuvré sans beaucoup de ressources ; il paraît défiant et semble craindre d’être reconnu.

Voici son signalement :

47 ans, taille moyenne, corpulence maigre. Barbe châtain clair grisonnante, bouche fortement déviée à gauche par suite d’une enflure chronique de la joue, oeil droit déformé par la même cause, porte binocle, aspect général fatigué; porte cicatrice sur la main droite; vêtu d’un complet veston en drap marron foncé et coiffé d’un chapeau feutre noir (haute forme); s’exprime correctement en français avec l’intonation belge. Parle couramment l’anglais et l’allemand.

Suffisamment fixé sur la personnalité du sieur SPILLEUX qui, entre temps, nous avait fourni une preuve de sa sincérité en nous communiquant une lettre (voir la lettre n°1 annexée à ce rapport) dont l’écriture a été reconnue comme étant celle d’un officier allemand s’occupant ouvertement d’espionnage, un rendez-vous lui a été donné à Bruxelles le 23 août. Au cours de l’entretien, SPILLEUX s’est exprimé ainsi :

 » Ayant lu dans L’Etoile Belge du 17 juin 1899 l’annonce dont je vous remets un exemplaire (voir la coupure ci-annexée), j’y répondais au hasard ne sachant pas de quoi il pouvait s’agir. – J’échangeai alors une correspondance avec un personnage qui signe: Murray, poste restante à Aix-la-Chapelle. – J’eus avec lui plusieurs entrevues à Liège et à Bruxelles.

Tout d’abord, il ne fut question que d’articles à faire sur des questions militaires françaises, présentant un intérêt actuel ; puis, la proposition me fut faite carrément d’entrer à la solde de l’Allemagne. Je l’acceptai pour me tirer momentanément d’affaire, mais il n’était pas dans mes intentions de nuire à la France, ma conduite du reste vous le prouve suffisamment.

Ce Murray, comme vous le voyez d’après la lettre que je vous remets ( voir lettre n° 2 annexée ), m’a chargé à titre d’essai d’une mission à Lille ; il m’a parlé aussi d’autres missions très précises qu’il me donnerait par la suite. – Notre correspondance continue et je suis certain de lui avoir inspiré une véritable confiance.

Je vous en ai dit assez pour vous prouver que je suis sincère et si vous voulez me fournir les moyens de continuer ces relations en répondant tout au moins à ce premier questionnaire, sur les données duquel les Allemands semblent du reste être déjà depuis longtemps, et en me fournissant par la suite des renseignements erronés, je m’engage à vous remettre au fur et à mesure, sans même les décacheter, les plis que je recevrai, et à transmettre à mon correspondant allemand les réponses que vous jugerez utiles de faire.

Je vous donnerai de plus tous les documents que je possède et ces renseignements qui vous intéresseront.

En fait de rémunération, je n’en exige pas, car car je compte en obtenir une suffisante de l’Allemagne.

Toutefois, comme je devrais déjà être à Lille depuis quinze jours pour cette affaire et que mes ressources sont épuisées, envoyez-moi 100 fr. pour que je puisse me rendre dans cette ville et faire aussitôt un appel de fonds à Aix-la-Chapelle. »

Et en terminant, le sieur SPILLEUX ajoute textuellement :

 » Si vous ne croyez pas devoir profiter de mes offres, je vais cesser cette correspondance, puisque je ne puis rien fournir à l’Allemagne, mais soyez certain qu’ils s’adresseront à d’autres qui ne se feront probablement pas connaître de vous . « 

En résumé, le sieur SPILLEUX a paru véridique , et on pourrait, en s’entourant des précautions nécessaires, tirer parti de cette situation.

On n’a toutefois pris vis-à-vis de lui aucun engagement.

Le Commissaire spécial ,

Desvernine

Nota.- On a remarqué que quelques enveloppes des lettres reçues d’Allemagne par le sieur SPILLEUX portaient un cachet de cire lie de vin avec les initiales O.R.


Archives nationale 19940474/378

Lire le dossier : Contre enquête sur le cas de Serraux-Spilleux accusé d’être un agent du préfet de police Louis Andrieux

BOLLETER Edouard, Jean-Baptiste, pianiste, anarchiste suisse de Genève.

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Plongez dans les archives de la surveillance politique de la fin du XIXe siècle avec ce rapport de police inédit. En 1893, le Commissariat spécial de la Police des chemins de fer d’Annemasse signalait avec précision les activités d’Edouard Jean-Baptiste Bolleter, un pianiste identifié comme un anarchiste militant. Ce document historique, conservé aux Archives de la Haute-Savoie (fonds 4 M 350), nous éclaire sur les réseaux militants transfrontaliers entre Genève, Marseille et la France, ainsi que sur l’étroite surveillance des groupes libertaires tels que le cercle Herzig-Steiger. Découvrez le portrait d’un homme qui, entre colportage de presse clandestine et réunions secrètes, a marqué les registres de la sûreté de l’époque.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 264

Anarchistes

BOLLETER Edouard, Jean-Baptiste

Annemasse, le 9 février 1893

Rapport

On signale comme anarchiste militant le nommé Bolleter Edouard, Jean-Baptiste, né le 1er janvier 1875 à Meilen, canton de Zurich et demeurant à Genève, 24, rue Rousseau, montée B, au 4e, où il vit en concubinage avec une nommée Vermilliod Marthe, Marie, née le 6 décembre 1873, à Marseille, mais d’origine genevoise.

Cet individu qui exerce la profession de pianiste fait partie du groupe anarchiste Herzig-Steiger, qui se réunit chez le sieur Dalloz , chemin du Couchant, 1, et dont il fréquente assidûment les réunions.

Il colporte également pour le compte de l’anarchiste Steiger les journaux, brochures et écrits anarchistes dont ce dernier est dépositaire à Genève.

Le sieur Bolleter n’habite Genève que depuis quelques mois, précédemment il résidait à Marseille où il a séjourné assez longtemps et où il a fait la connaissance de la fille Vermilliod.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris. La Chaux-de-Fonds, le 3 février 1882

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Découvrez un témoignage poignant sur la répression des mouvements révolutionnaires italiens en Suisse à la fin du XIXe siècle. Cette lettre inédite, datée du 3 février 1882 à La Chaux-de-Fonds, nous plonge au cœur des tensions politiques entre Berne et Rome. Entre arrestations massives de compagnons des sections italiennes et climat de suspicion généralisée, ce document d’archive révèle l’ampleur de la surveillance policière et le rôle controversé des consuls dans la traque des militants transfrontaliers. Une source historique précieuse pour comprendre l’histoire de l’exil et de la solidarité ouvrière dans l’Arc jurassien.

Document Éphéméride anarchiste

La Chaux-de-Fonds, le 3 février 1882

Tout est en désarroi.

À Rome, Jean Baptiste Pioda, le consul suisse, a fait des siennes avec les autorités de son pays.

À Berne, une quarantaine de nos compagnons de sections italiennes ont été arrêtés sur la demande du consul.

Il paraît que Gambini en a fait arrêter une vingtaine à Genève.

Ici, nous en avons quatre qui sont partis ce matin : Giovanni, Fabri et deux commis de chez Colina et Bergeon, du Locle.

Enfin la peur est chez tous les italiens.

Le bruit court que toutes les pièces des sections ont été vendues à la police de Rome.

Droz

Archives de la Préfecture de police Ba 438

Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris

BUFFETY ou BOFFETY Charles, menuisier, anarchiste français réfugié à Genève.

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Ce document historique exceptionnel, daté de novembre 1893, provient des Archives de la Haute-Savoie (série 4 M 350). Il s’agit d’un rapport de la Police des chemins de fer et du Commissariat spécial d’Annemasse concernant la surveillance des mouvements révolutionnaires à la fin du XIXe siècle. Ce rapport détaille le parcours de Charles Bofféty (ou Buffety), menuisier d’origine saône-et-loirienne, expulsé de Genève pour son affiliation aux groupes anarchistes. Entre insoumission militaire et réseaux militants transfrontaliers entre la France et la Suisse, ce dossier offre un éclairage précieux sur le contrôle social et la répression de l’anarchisme sous la Troisième République.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 1792

Anarchistes

BUFFETY ou BOFFETY Charles

Annemasse, le 7 novembre 1893

Rapport

On signale l’expulsion du canton de Genève, à la date du 29 mars 1893 de l’anarchiste Bofféty Charles, qui a fait l’objet de mon rapport, en date du 8 août 1890 sous le nom de Buffety Charles.

Bien qu’expulsé, cet individu a continué à résider à Genève, en vertu de cartes de séjour provisoire, jusqu’au 31 octobre dernier, date à laquelle le Conseil d’Etat interdit de renouveler les cartes dans ce genre, en suite d’un meurtre commis par un individu qui habitait Genève dans ces conditions.

Le sieur Bofféty qui était domicilié rue Rousseau 16, est né à Genève, le 7 novembre 1861, de François et de Nycollin Colette, mais il est originaire de Melay (Saône et Loire), il n’avait d’ailleurs jamais quitté cette ville, où il a épousé le 19 décembre 1881, la nommée Magnin Jenny, Marie dont il a 3 enfants.

Inscrit sur les listes de recrutement de la commune de Mersigny (Saône et Loire) il n’avait pas répondu à l’appel de sa classe, et avait été déclaré insoumis; mais le 20 janvier 1890, il avait fait sa soumission au Consulat Général de France à Genève.

Le sieur Boffety qui est affilié aux groupes anarchistes de Genève depuis 7 à 8 ans, a toujours été un habitué des réunions anarchistes de Genève, et fréquente les établissements qui leur servent de rendez vous. On peut même dire qu’il s’est trouvé en relation avec tous les anarchistes français ou étrangers qui ont fait un séjour à Genève de quelque durée.

Cet individu qui exerce la profession de menuisier, est actuellement domicilié à Ambilly, près Annemasse, où il est d’ailleurs tenu en observation.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Lire sa biographie dans le Dictionnaire international des militants anarchistes.

Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris. La Chaux-de-Fonds, le 26 janvier 1882.

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Ce document historique inédit, daté du 26 janvier 1882 à La Chaux-de-Fonds, offre une plongée fascinante dans les coulisses du mouvement ouvrier et socialiste de la fin du XIXe siècle. À travers cette correspondance signée Droz, issue des Archives de la Préfecture de Police, on découvre les fractures idéologiques majeures qui ont divisé l’Association Internationale des Travailleurs.

Entre la contestation de l’influence de Becker et la rivalité naissante entre les partisans de Jules Guesde et ceux de Benoît Malon, ce rapport témoigne du climat de suspicion et des stratégies d’influence (recherche de compromissions sous la Commune de Paris) qui régnaient alors au sein des cercles révolutionnaires entre Paris et la Suisse.

Document Éphéméride anarchiste

La Chaux-de-Fonds, le 26 janvier 1882

Hier soir, la section a tenu sa réunion habituelle et le comité a donné communication des dernières correspondances reçues depuis la dernière séance. Il y avait encore plusieurs lettres de protestation de parisiens au sujet de la fusion de la société de Becker.

Une de ces lettres émane de Courapied, rue Vallier, 61, à Levallois Perret, une autre de Maria, rue Monge 118, et une de François Guillet, à Puteaux.

Tous s’opposent à continuer l’affiliation de leurs groupes avec notre comité si nous acceptons l’intervention de Becker dans l’association internationale.

La principale division provient de la mission (?) de Malon et de Joffrin à Coire, et comme Becker est l’ami politique de ces deux délégués au congrès de Coire, c’est de là que vient cet acharnement à repousser Becker et sa société.

Nous nous sommes aperçus par plusieurs lettres de Jules Guesde que tout cela avait pour point de départ une querelle qui a lieu en ce moment entre Guesde, Deville et autres d’une part, Malon, Brousse et Fournière de l’autre.

Notre comité n’a rien encore décidé, il se trouve dans l’embarras, voulant ménager la chèvre et le chou.

Guesde nous a fait demander un renseignement qui prouve que Fournière, sous la Commune, en 1871, s’était vendu ou, du moins, avait été en pourparlers pour le faire avec le gouvernement de Versailles.

On a aussi demandé ce que nous possédons de renseignements sur André Alavoine et sur Lullier.

Nous avons répondu.

J’ignore ce qu’ils veulent faire de ces renseignements qui font partie de l’enquête faite ces dernières années par notre comité sur les hommes placés à la tête du mouvement révolutionnaire.

Droz

Archives de la Préfecture de police Ba 438

Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris

BELCAYRE Honoré, Eugène, sellier, anarchiste français sans domicile fixe.

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Ce document historique exceptionnel, daté du 20 octobre 1893, nous plonge dans les archives de la Police des chemins de fer et du Commissariat spécial d’Annemasse. Il s’agit d’un rapport détaillé concernant Honoré, Eugène Belcayre, un militant anarchiste de 18 ans au parcours transfrontalier entre la France, l’Italie et la Suisse. Entre vagabondage, expulsion du canton de Genève et convictions libertaires marquées par un tatouage explicite (« Vive l’anarchie et Mort aux gendarmes »), ce document offre un témoignage saisissant sur la surveillance des réseaux anarchistes à la fin du XIXe siècle et la répression de la « grande itinérance ». Découvrez le portrait d’un homme considéré comme « des plus dangereux » par les autorités de l’époque.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 1682

Anarchistes

BELCAYRE Honoré, Eugène

Annemasse, le 20 octobre 1893

Rapport

On signale comme anarchiste le nommé Belcayre Honoré, Eugène, né le 20 avril 1875 à Paris, 3e arrondt, de père inconnu et de Jeanne Belcayre, sans profession ni domicile fixe lequel a été conduit le 11 octobre courant à la frontière de Moëllesulaz – Hte Savoie – par la Gendarmerie de Genève, en vertu d’un arrêté d’expulsion pris contre lui, à la date du même jour, comme ayant été arrêté la veille pour vagabondage en compagnie du nommé Leroy Gabriel également né à Paris.

Au cours de son interrogatoire cet individu a déclaré être anarchiste depuis un séjour qu’il avait fait en juillet dernier à Milan et à Turin où les compagnons de cette dernière ville l’avaient tatoué sur le bras droit des mots « Vive l’anarchie et Mort aux gendarmes ». Il a ajouté qu’il avait prêté serment de rester fidèle à l’anarchie et de ne pas faire son service militaire, et qu’il tiendrait son serment. D’après sa déclaration, sa mère habiterait Rodez depuis 2 ans maison Cablat, chapelier. Quant à lui, après avoir fait son apprentissage de sellier à Paris, chez divers patrons, notamment chez les nommés Renaudin, rue de La Chapelle, 50 bis, et Saulnier, bd Barbès 80, il aurait quitté cette ville à l’âge de 14 ans pour se rendre à Noiy le Sec, chez un maître sellier dont il ne se rappelle plus le nom, et chez lequel il aurait travaillé pendant 15 jours. De là, il se serait rendu à Longwy où il aurait séjourné 2 mois, puis à Vitry le François où il aurait séjourné 5 mois, chez le sieur Cappe.

De retour à Paris, le 23 août 1892, il serait resté pendant 6 semaines chez sa sœur Eugénie, mariée au sieur Vacaresse, débitant à l’angle de la rue Oberkampf et du boulevard Ménilmontant, puis serait parti pour Rodez, où il aurait également séjourné chez sa mère.

Il serait ensuite revenu à Paris où il aurait encore séjourné pendant 8 jours chez sa sœur, puis aurait quitté cette ville le 1er décembre (?) 1892 pour se rendre à Lyon où il aurait séjourné pendant 6 mois, en faisant le métier de tondeur de chiens.

Dans cette ville, il serait connu sous le sobriquet « Le Parisien »; il aurait demeuré rue Molière 165, chez le sieur Fauriel, facteur de Postes, puis chez Papillon, même rue 167, où il aurait laissé ses outils. Le 27 juin 1893 il aurait quitté Lyon, pour se rendre à Genève, où il aurait fait la rencontre du sieur Leroy Gabriel. Après avoir séjourné 2 jours dans cette ville ils se seraient dirigés sur l’Italie, par le Grand St Bernard d’où ils auraient continué sur Turin, Milan et Brescia. Condamnés à 2 jours de prison pour vagabondage dans cette dernière ville ils se seraient dirigés sur Trieste (Autriche) où ils auraient encore été arrêtés pour vagabondage. Après avoir subi 7 jours de prison préventive ils auraient été expulsés et conduits à la frontière italienne.

Ils se seraient alors rendus à Venise où le Consul de France leur aurait remis un secours de 10f puis à Vicence (?), où ils auraient à nouveau été arrêtés pour vagabondage. Après avoir subi 13 jours de prison préventive ils auraient été expulsés d’Italie et conduits vers le 15 (?) septembre dernier à la frontière de Modane. Transférés à St Jean de Maurienne, ils y seraient restés détenus pendant 9 jours puis auraient été remis en liberté avec un secours de route jusqu’à Chambéry. De cette ville ils se seraient rendus à Aix-les-Bains, et de là à Culoz, Bellegarde et Genève, mais à leur arrivée dans cette dernière ville, le 10 octobre courant ils ont été arrêtés pour vagabondage, expulsés et conduits à la frontière le lendemain.

Après leur interrogatoire, les sieurs Belcayre et Leroy, ont été remis en liberté et ont quitté Moëllesulaz le même jour disant retourner à Genève.

Le surlendemain 13 octobre le sieur Belcayre a en effet été arrêté de nouveau dans cette ville, et reconduit à la frontière de Moëllesulaz ; il a encore été remis en liberté. Depuis, il n’a plus été revu dans la région.

Cet individu qui paraît des plus dangereux a déclaré qu’il était inutile de travailler, le vol permettant de bien mieux vivre que le travail.

L’extrait de son casier judiciaire délivré à la date du 16 octobre courant mentionne les condamnations suivantes :

11 février 1891 Béziers Vagabondage 6 jours de prison

30 janvier 1893 Lyon idem 2 jours

Signalement : Taille 1m88. Corpulence très maigre. Cheveux et sourcils châtain foncé. Front étroit. Yeux marron. Nez busqué. Bouche grande. Menton petit. Imberbe.Visage maigre. Teint halé. Tatoué comme suit sur le biceps du bras droit : « Vive l’anarchie Mort aux gendarmes. »

Fait l’objet d’une notice individuelle comme expulsé du canton de Genève.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Lire sa biographie dans le Dictionnaire des militants anarchistes

Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris. La Chaux-de-Fonds, le 19 décembre 1881.

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Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 19 décembre 1881, offre un panorama saisissant de l’état de l’Internationale anarchiste à la fin de l’année 1881 : nouveaux groupes formés en Belgique (Borinage, Verviers, Anvers, Liège), en Italie (Romagne, Toscane) et jusqu’à Constantinople et au Caire, grève des mineurs de la Grand’Combe et persistance des tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux autour de Brousse et Malon.


Document Éphéméride anarchiste - Fédération jurassienne
Document Éphéméride anarchiste

Droz

La Chaux-de-Fonds, le 19 décembre 1881.

(Nouvelles de Suisse.

D’autre part, je reçois d’un correspondant de Suisse les renseignements suivants, sur la reconstitution de l’Internationale.)*

Samedi soir, dans une réunion du comité, on a communiqué quelques lettres venant de l’extérieur et mentionnant la formation de nouveaux groupes pour la réorganisation de l’Internationale des Travailleurs.

La Belgique annoncent que sept nouveaux groupes viennent de se former au Borinage, à Verviers, Anvers et Liège, et qu’ils comptent ensemble 311 membres.

La Romagne et la Toscane écrivent aussi et donnent quelques détails sur leurs nouveaux groupes, mais sans en indiquer l’effectif et les ressources pécuniaires.

De nouvelles lettres sont arrivées de la fédération de Constantinople et du Caire**, mais elles ne mentionnent pour l’Egypte, que 17 membres, et 34 pour Constantinople.

Quant à Paris, il n’y avait rien de nouveau sur le sujet.

Il parait que la nouvelle organisation rencontre des difficultés imprévues : parce que les chefs de groupe chargés de la propagande seraient avisés que la loi contre l’Internationale va disparaître, et pensent qu’il est inutile d’agir et de s’exposer aujourd’hui à des poursuites, puisque dans quelques semaines, elles ne pourront plus avoir lieu.

Voici ce qui est plus important à connaître : une grève vient de se déclarer à la Grand’Combe**, dans le Grand Fournier.

Un de nos correspondants, qui habite ordinairement Paris et qui est membre de la commission des grèves, parcourt les grèves, avait été chargé de correspondre avec les groupes formés dans la région du Midi : il parcourt, ou fait visite à Alais, la Grand’Combe, St Geniès et d’autres localités où, sous prétexte de conférences, il a pu faire une grande propagande pour la grève de Grand’Combe.

Le cercle républicain anarchiste de Nîmes a envoyé à notre comité, par l’entremise de Jacot, une demande d’argent dans l’intérêt de cette grève de mineurs, mais notre caisse est bien épuisée, et rien n’a encore été décidé à ce sujet.

C’est principalement du côté de ces grèves que vous devez avoir les yeux, parce que c’est le moyen adopté par le comité pour entretenir l’agitation qui doit amener la révolution.

Nous avons reçu une nouvelle demande venant de l’Union communiste de Londres, qui sollicite une subvention pour ériger une statue à Theisz, mais le comité vient de la refuser, parce que depuis l’amnistie, Theisz avait abandonné le parti anarchiste collectiviste.

Dans ma dernière lettre, je vous parlais de Brousse, Malon, Joffrin, et des démarches faites par Becker, de Genève, pour faire l’union des anciens délégués à Coire, avec notre fédération.

Je crois que ce projet ne pourra pas se réaliser ; il rencontre trop d’opposition dans nos sections et n’est pas assez anarchiste.

Cependant rien n’a encore été résolu.

Droz.

Archives de la Préfecture de police Ba 438

* Notes ajoutées par la Préfecture de police

**l’Internationale ne serait pas étrangère à la grève qui vient de se déclarer à la Grand’Combe (note de la Préfecture de police)

Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris

FISCHER Marie-Louise[veuve BORGEAUD], blanchisseuse, anarchiste à Paris et Genève.

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Marie-Louise Fischer, veuve Borgeaud, est une blanchisseuse anarchiste née à Genève en 1862. Signalée par le commissaire Léal d’Annemasse en octobre 1893, elle est connue des milieux anarchistes de Paris — où elle a vécu avec son mari, décédé en novembre 1892 — et de Genève, où elle est de retour après son veuvage. Son cas est évoqué dans le journal anarchiste La Révolte suite à une saisie pour impayé de loyer, ce qui révèle la précarité dans laquelle vivaient de nombreux militants et leurs familles.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 824

Anarchistes

BORGEAUD Marie, Louise

Annemasse, le 20 octobre 1893

Rapport

Dans son numéro du 7 au 13 septembre courant le journal anarchiste La Révolte publie une correspondance de Genève concernant la veuve d’un anarchiste récemment décédé à Paris, qu’aurait fait saisir le régisseur de la maison où elle habite, pour une somme de 50 centimes donnée en moins sur le prix du loyer.

L’enquête à laquelle il a été procédé à cette occasion fait connaître que la veuve en question est la nommé Borgeaud nommé Fischer Marie, Louise, née le 2 mai 1862 à Genève, de Gaspard, et de Marie Delederier, et dont le mari est décédé à Paris, 20e arrondissement le 30 novembre 1892.

La nommé Borgeaud qui exerce la profession de blanchisseuse, et qui est mère de 2 enfants, habitait précédemment Paris avec son mari et est de retour à Genève depuis la mort de ce dernier.

L’article de la Révolte a dit-on pour auteur l’anarchiste Steiger qui vient souvent lui rendre visite avec d’autres compagnons.

La veuve Borgeaud qui est domiciliée 22, rue des Pâquis maison Thomas est d’ailleurs en relations avec la plupart des anarchistes de Genève et nombre d’anarchistes de Paris où elle doit retourner le mois prochain.

Signalement : Grande – mince – cheveux rouges – taches de rousseur sur la figure.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Lire sa biographie dans le Dictionnaire international des militants anarchistes