Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris. La Chaux-de-Fonds, le 19 décembre 1881.

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Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 19 décembre 1881, offre un panorama saisissant de l’état de l’Internationale anarchiste à la fin de l’année 1881 : nouveaux groupes formés en Belgique (Borinage, Verviers, Anvers, Liège), en Italie (Romagne, Toscane) et jusqu’à Constantinople et au Caire, grève des mineurs de la Grand’Combe et persistance des tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux autour de Brousse et Malon.


Document Éphéméride anarchiste - Fédération jurassienne
Document Éphéméride anarchiste

Droz

La Chaux-de-Fonds, le 19 décembre 1881.

(Nouvelles de Suisse.

D’autre part, je reçois d’un correspondant de Suisse les renseignements suivants, sur la reconstitution de l’Internationale.)*

Samedi soir, dans une réunion du comité, on a communiqué quelques lettres venant de l’extérieur et mentionnant la formation de nouveaux groupes pour la réorganisation de l’Internationale des Travailleurs.

La Belgique annoncent que sept nouveaux groupes viennent de se former au Borinage, à Verviers, Anvers et Liège, et qu’ils comptent ensemble 311 membres.

La Romagne et la Toscane écrivent aussi et donnent quelques détails sur leurs nouveaux groupes, mais sans en indiquer l’effectif et les ressources pécuniaires.

De nouvelles lettres sont arrivées de la fédération de Constantinople et du Caire**, mais elles ne mentionnent pour l’Egypte, que 17 membres, et 34 pour Constantinople.

Quant à Paris, il n’y avait rien de nouveau sur le sujet.

Il parait que la nouvelle organisation rencontre des difficultés imprévues : parce que les chefs de groupe chargés de la propagande seraient avisés que la loi contre l’Internationale va disparaître, et pensent qu’il est inutile d’agir et de s’exposer aujourd’hui à des poursuites, puisque dans quelques semaines, elles ne pourront plus avoir lieu.

Voici ce qui est plus important à connaître : une grève vient de se déclarer à la Grand’Combe**, dans le Grand Fournier.

Un de nos correspondants, qui habite ordinairement Paris et qui est membre de la commission des grèves, parcourt les grèves, avait été chargé de correspondre avec les groupes formés dans la région du Midi : il parcourt, ou fait visite à Alais, la Grand’Combe, St Geniès et d’autres localités où, sous prétexte de conférences, il a pu faire une grande propagande pour la grève de Grand’Combe.

Le cercle républicain anarchiste de Nîmes a envoyé à notre comité, par l’entremise de Jacot, une demande d’argent dans l’intérêt de cette grève de mineurs, mais notre caisse est bien épuisée, et rien n’a encore été décidé à ce sujet.

C’est principalement du côté de ces grèves que vous devez avoir les yeux, parce que c’est le moyen adopté par le comité pour entretenir l’agitation qui doit amener la révolution.

Nous avons reçu une nouvelle demande venant de l’Union communiste de Londres, qui sollicite une subvention pour ériger une statue à Theisz, mais le comité vient de la refuser, parce que depuis l’amnistie, Theisz avait abandonné le parti anarchiste collectiviste.

Dans ma dernière lettre, je vous parlais de Brousse, Malon, Joffrin, et des démarches faites par Becker, de Genève, pour faire l’union des anciens délégués à Coire, avec notre fédération.

Je crois que ce projet ne pourra pas se réaliser ; il rencontre trop d’opposition dans nos sections et n’est pas assez anarchiste.

Cependant rien n’a encore été résolu.

Droz.

Archives de la Préfecture de police Ba 438

* Notes ajoutées par la Préfecture de police

**l’Internationale ne serait pas étrangère à la grève qui vient de se déclarer à la Grand’Combe (note de la Préfecture de police)

Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris

FISCHER Marie-Louise[veuve BORGEAUD], blanchisseuse, anarchiste à Paris et Genève.

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Marie-Louise Fischer, veuve Borgeaud, est une blanchisseuse anarchiste née à Genève en 1862. Signalée par le commissaire Léal d’Annemasse en octobre 1893, elle est connue des milieux anarchistes de Paris — où elle a vécu avec son mari, décédé en novembre 1892 — et de Genève, où elle est de retour après son veuvage. Son cas est évoqué dans le journal anarchiste La Révolte suite à une saisie pour impayé de loyer, ce qui révèle la précarité dans laquelle vivaient de nombreux militants et leurs familles.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 824

Anarchistes

BORGEAUD Marie, Louise

Annemasse, le 20 octobre 1893

Rapport

Dans son numéro du 7 au 13 septembre courant le journal anarchiste La Révolte publie une correspondance de Genève concernant la veuve d’un anarchiste récemment décédé à Paris, qu’aurait fait saisir le régisseur de la maison où elle habite, pour une somme de 50 centimes donnée en moins sur le prix du loyer.

L’enquête à laquelle il a été procédé à cette occasion fait connaître que la veuve en question est la nommé Borgeaud nommé Fischer Marie, Louise, née le 2 mai 1862 à Genève, de Gaspard, et de Marie Delederier, et dont le mari est décédé à Paris, 20e arrondissement le 30 novembre 1892.

La nommé Borgeaud qui exerce la profession de blanchisseuse, et qui est mère de 2 enfants, habitait précédemment Paris avec son mari et est de retour à Genève depuis la mort de ce dernier.

L’article de la Révolte a dit-on pour auteur l’anarchiste Steiger qui vient souvent lui rendre visite avec d’autres compagnons.

La veuve Borgeaud qui est domiciliée 22, rue des Pâquis maison Thomas est d’ailleurs en relations avec la plupart des anarchistes de Genève et nombre d’anarchistes de Paris où elle doit retourner le mois prochain.

Signalement : Grande – mince – cheveux rouges – taches de rousseur sur la figure.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

Lire sa biographie dans le Dictionnaire international des militants anarchistes

Armène Garo et Antreassian Hratch, révolutionnaires arméniens ayant pris part à l’assaut de la Banque ottomane à Constantinople le 26 août 1896.

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Ce dossier réunit dix rapports du commissaire spécial d’Annemasse (1896-1899) consacrés à la surveillance d’Armen Garo et Antreassian Hratch, deux chefs révolutionnaires arméniens réfugiés à Genève après avoir participé à l’assaut de la Banque ottomane de Constantinople le 26 août 1896. Ces documents retracent leurs activités, leurs contacts avec les comités révolutionnaires arméniens d’Europe et leurs déplacements, et constituent une source précieuse sur la cause arménienne à la fin du XIXe siècle.

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

N° 1303

Annemasse le 12 octobre 1896

RAPPORT

Révolutionnaires arméniens à Genève

Garo et Antreassian

Comme suite à mes précédentes communications relatives aux deux chefs arméniens impliqués dans l’affaire de la Banque ottomane à Constantinople et actuellement réfugiés à Genève, j’ai l’honneur de fournir à l’Administration supérieure les renseignements ci-après.

Les sieurs Gareine Garo et Antreassian annoncent toujours l’intention de se rendre à Paris, et disent vouloir partir prochainement. Leur seul but, d’après eux, est de se mettre en relations avec leurs compatriotes de la capitale et de contribuer à la campagne dirigée par le Comité arménien contre le Sultan Abdul-Hamid. Ces deux étrangers paraissent très résolus, même exaltés dans leurs conversations, surtout le nommé Antreassian.

Au sujet du sieur Joanissian Michel révolutionnaire arménien habitant Genève, plusieurs fois signalé et refoulé sur cette ville, avec les deux femmes qui l’accompagnaient, après expulsion de notre territoire, le sieur Armène Garo, qui les avait accompagnés jusqu’à la gare de Genève, a déclaré dans une conversation particulière que ces trois voyageurs n’avaient pas l’intention, en se rendant en France pendant le séjour du Czar, de commettre un acte répréhensible quel qu’il soit.

D’après lui un Comité révolutionnaire arménien existe depuis longtemps à Paris, comme dans les principales villes d’Europe, et l’organisation est faite de telle sorte que chaque Comité Central, formé de Délégués des Comités secondaires, est entièrement indépendant pour prendre toutes décisions et les faire exécuter.

Les deux chefs susnommés, tout en se montrant reconnaissants du mouvement arménophile qui se produit depuis quelque temps en Suisse et dans quelques autres parties de l’Europe, prétendent que la majorité du Peuple arménien, poussé à bout par des vexations continuelles et des massacres périodiques, est devenu fatalement révolutionnaire et tout arménien, qu’il soit sujet turc, russe ou persan, est maintenant décidé à tenter un suprême effort contre l’oppression ottomane.

Armène Garo et Antreassian déclarent qu’après les derniers événements d’Orient aucun Gouvernement Européen ne saurait avoir les sympathies du peuple arménien, et ils prétendent même que le Comité Central de Constantinople a eu la preuve que le Prince Lobanoff et l’Empereur Guillaume II ont été les premiers à préconiser auprès du Sultan les massacres systématiques qui se sont produits ces derniers temps.

Bien que ces appréciations, en raison même de leur origine, puissent paraître empreintes d’une certaine exagération j’ai cru néanmoins devoir les transmettre à l’Administration Supérieure à toutes fins utiles.

Le Commissaire Spécial

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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Double Cabinet

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

N° 1317.

Révolutionnaires arméniens

Armène Garo et Antreassian Hratch

Annemasse le 15 octobre 1896

RAPPORT

Je suis informé que les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch, les deux chefs arméniens qui ont pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople et objets de différentes communications dont la dernière en date du 12 octobre courant continuent à être en rapport avec les différents comités révolutionnaires arméniens, notamment avec celui de Paris. Ils possèdent à leur domicile des documents nombreux sur ce mouvement révolutionnaire, documents qu’ils ont dû recevoir directement à Genève depuis leur arrivée dans cette ville.

Indépendamment des renseignements sur l’organisation des Comités dont il a été question dans ma communication précitée, ces deux révolutionnaires possèdent des détails nombreux sur les derniers derniers massacres d’Arméniens qui ont eu lieu, ainsi que sur le nombre et la répartition des victimes. Un long article relatif à ces événements doit paraître prochainement dans le « Journal de Genève » et les chiffres qui ont été reçus à la Direction de ce journal, seront avant d’être publiés, comparés à ceux que possèdent les deux chefs arméniens.

Il est question également de réunir ces diverses informations et d’en faire le sujet d’une brochure sensationnelle, destinée à être répandue à Genève en Suisse et même en France.

Armène Garo et Antreassian Hratch, sans désapprouver l’initiative prise par la Suisse en faveur de la cause arménienne ne paraissent pas croire à l’efficacité de l’intervention des puissances dans les conditions où elle s’est produite jusqu’ici.

L’opinion publique de tous les pays, disent-ils, est pour nous, sauf en Russie, où elle n’existe pas ; seulement les gouvernements, par intérêt, sont antipathiques à l’Arménie.

L’Angleterre, d’où on semble croire que viendra le salut a été pendant dix-sept ans, avec lord Salisbury, un de nos ennemis déclarés. Aujourd’hui grâce à M. Gladstone, un revirement semble s’être produit dans les hautes sphères, mais est-ce bien bien par humanité ou simplement par calcul ?

En ce qui concerne la Russie, les comités révolutionnaires arméniens la considèrent comme le plus terrible de leurs ennemis. Ils prétendent savoir qu’un général russe disait, il y a cinq mois environ : « Nous pourrons prendre l’Arménie, mais sans arméniens ! ». Et ce général est celui qui, tout récemment, a été chargé de vérifier les défenses des Dardanelles.

En France, les deux chefs arméniens prétendent savoir que la population est sympathique à la cause arménienne, mais que ce pays ne peut agir que de concert avec la Russie, son alliée.

Quant à l’Empereur d’Allemagne, ils disent que ce monarque est nettement hostile à leur pays et à la cause des persécutés.

En résumé, les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch, se déclarent persuadés que malgré tout ce qui a été dit pendant le voyage du Czar en Angleterre et en France, aucune solution avantageuse pour l’Arménie ne sera prise par les puissances européennes et que c’est seulement par les moyens révolutionnaires que les Comités arméniens arriveront à se débarrasser de la tyrannie ottomane.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 1370

Révolutionnaires Arméniens.

Armène Garo et Hrath

Annemasse le 28 octobre 1896

RAPPORT

On m’informe que depuis plusieurs jours, les révolutionnaires Arméniens, habitant Genève, se réunissent très-fréquemment par petits groupes, aux différents domiciles de ces individus.

Les deux chefs Arméniens, Armène Garo et Antreassian Hrath, assistent, tantôt ensemble, tantôt séparément, à ces conciliabules, généralement fort animés.

D’autres réunions ont lieu également à l’Imprimerie nihiliste russe et arménienne, située Rue Pictet de Bock no 7, où des femmes connues comme révolutionnaires ravaillent jusqu’à une heure très avancée de la nuit.

On croit que des manifestes, brochures, publications révolutionnaires ne tarderont pas à être expédiés de Genève aux différents comités arméniens, situés dans les différentes villes d’Europe et de la Turquie-d’Asie.

D’autre part, l’agitation anormale dont font preuve les principaux meneurs du parti révolutionnaire arménien, indique que des résolutions importantes sont discutées dans ces milieux.

Le Commissaire Spécial.

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 1390

Arméniens

Armène Garo et Hrath

Annemasse le 31 octobre 1896

RAPPORT

D’après une information qui me parvient les deux chefs Arméniens Armène Garo et Antreassian Hrath objets de différentes communications de service ont manifesté l’intention de quitter Genève pour se rendre à Londres. À cet effet, ils seraient sur le point d’adresser au Ministère de la Justice à Paris une demande tendant à obtenir un sauf-conduit pour transiter à travers la France. Par suite du caractère très soupçonneux de ces étrangers et en raison du soin qu’ils prennent pour cacher leurs véritables projets, on ignore si cette intention n’a pas été manifestée à dessein dans un but intéressé.

Le Commissaire Spécial

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 1441

Annemasse le 10 novembre 1896.

RAPPORT

Révolutionnaires Arméniens à Genève

Armène Garo et Antreassian Hratch

Comme suite à ma communication du 7 novembre courant relative à l’avis donné aux deux Chefs Arméniens, Armène Garo et Hratch, du rejet de la demande formulée par eux, en vue d’obtenir l’autorisation de transiter sur le territoire français. J’ai l’honneur de faire connaître que ces deux étrangers ont l’intention d’adresser prochainement une requête au Gouvernement Français à l’effet de voir rapporter la mesure d’expulsion dont ils ont été l’objet.

Les susnommés vont s’attacher à démontrer que leur attaque contre la Banque Ottomane, doit être considérée comme un acte de protestation dont la violence a dû être proportionnée aux atrocités sur lesquelles il importait d’attirer l’attention des Ambassades Étrangères ; mais cette tentative audacieuse avait aussi pour but d’affirmer la vigueur de la race arménienne que le Gouvernement turc s’efforce de représenter comme dégénérée et peu digne de l’intérêt des Nations européennes.

Les deux Révolutionnaires Garo et Hratch, s’appuieront en outre sur ce fait qu’on ne saurait sans erreur établir d’analogie entre leurs revendications et les théories anarchistes, car s’ils ont employé les mêmes engins explosifs que les anarchistes, c’est contraints par la situation exceptionnelle faite aux Arméniens en Turquie, auxquels on interdit formellement d’avoir des armes ; mais là doit s’arrêter tout point commun, les anarchistes étant internationalistes, et ennemis de toute organisation sociale, alors que les révolutionnaires arméniens sont essentiellement nationalistes et partisans d’une réorganisation politique et économique de leur pays.

D’après leurs dires, ces deux étrangers auraient habité Paris pendant ces dernières années en qualité d’étudiants ; ils en seraient seulement partis après la clôture des cours universitaires c’est-à-dire dans les derniers jours de juillet ou au commencement d’août pour aller prendre part au mouvement qui a eu pour conséquence l’attaque de la Banque ottomane. Ils prétendent avoir été les seuls étudiants arméniens partis de Paris à cette occasion, pour se rendre en Turquie.

Les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch ont déclaré que la demande adressée par eux au Gouvernement Français avait pour but de pouvoir se rendre à Paris et continuer dans cette ville leurs études interrompues il y a quelques mois, par suite de leur départ pour Constantinople.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 1422

Annemasse le 23 novembre 1896

RAPPORT

Révolutionnaires Arméniens

Armène Garo et Antreassian Hratch

Dans son Numéro du 31 octobre courant, le Journal L’Illustration, de Paris, a publié une photographie représentant les Révolutionnaires Arméniens qui avaient pris part à l’attaque de la Banque ottomane à Constantinople.

Les nommés Armène Garo et Hratch ayant été avisés intentionnellement de cette publication, ont déclaré tout d’abord qu’il était inadmissible qu’un journal répandu comme l’était L’Illustration, se montrait si peu scrupuleux de la vérité ; les photographies publiées ne pouvant qu’être fantaisistes.

Après examen du Groupe représentant les dix-huit révolutionnaires, Armène Garo et Antreassian Hratch, ont fait connaître qu’à aucun moment ils n’avaient consenti à se laisser photographier après leur embarquement sur la « Gironde » et que d’autre part, pendant les escales de Smyrne et d’Alexandrie, ils avaient tous échangé le costume arménien, qu’ils portaient au moment de leur attaque contre la Banque ottomane, contre des vêtements européens.

Or, le groupe de l’Illustration représentant les soi-disant révolutionnaires en costume national, on devait, d’après eux, en conclure que la publication dont il s’agit n’était qu’une simple fantaisie motivée par l’intérêt qui s’attache ces derniers temps à toutes les phases des événements d’Orient et des massacres d’Arménie en particulier.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 131

Annemasse, le 7 février 1897

RAPPORT

Révolutionnaires Arméniens

Antreassian Hratch

Comme suite à mon Télégramme du 29 janvier, signalant le départ de Genève du révolutionnaire Arménien Antreassian Hratch, j’ai l’honneur de faire connaître que cet étranger s’est bien rendu à Londres où il compte séjourner quelque temps. D’après son ami Armène Garo, Hratch doit se rencontrer dans cette ville avec une quinzaine de révolutionnaires arméniens ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople ; ceux-ci, embarqués à Marseille à destination de l’Amérique, se sont dirigés peu à peu sur Londres où ils se trouveraient actuellement réunis.

D’après Armen Garo qui est resté en correspondance avec Hratch, celui-ci compterait revenir à Genève, mais dans un délai subordonné à circonstances ultérieures.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 180

Annemasse le 19 février 1897

RAPPORT

Nihilistes et Révolutionnaires arméniens

Armène Garo et Hratch

D’après une information qui me parvient, une entente aurait été établie et existerait actuellement entre les Comités suivants institués dans les différentes villes d’Europe :

Comités Nihilistes

Comités Arméniens (Droschakistes et Hentschakistes) ;

Comités du Parti « Jeune Turc » ;

Comités Révolutionnaires Bulgares ;

Comités Syriens ;

Comités Macédoniens ;

Comités National Grec.

Des instructions, en vue d’une entente pour une action commune, ont été adressées à tous les Comités, ou seraient sur le point de l’être ; en tous cas, ces instructions seraient déjà parvenues aux Comités Révolutionnaires de Genève.

Les indications qui précèdent ont été confirmées dans un entretien qui a eu lieu avec le nommé Armène Garo, un des chefs Révolutionnaires arméniens qui ont pris part à l’attaque de la Banque ottomane.

Je suis informé d’autre part que le nommé Antreassian Hratch signalé par ma note du 7 février courant, comme ayant quitté Genève pour se rendre à Londres, où étaient réunis un groupe de Révolutionnaires arméniens ayant pris part à l’attaque de la Banque de Constantinople, se trouverait actuellement en Crète et devrait se rendre ensuite à Constantinople.

Le nommé Hratch aurait réussi à se faire remettre par le Trésorier du Comité de Secours institué à Genève en faveur des Arméniens, une somme très importante qui s’élèverait dit-on à plus de 20.000 f, à charge par lui de la remettre au Comité chargé de la distribution des fonds.

On prétend que c’est avec cette somme que Hratch serait parti pour la Crète afin de prendre part au mouvement insurrectionnel contre le Gouvernement ottoman.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 271.

Annemasse, le 9 mars 1897

RAPPORT

Révolutionnaires Arméniens

Armen Garo, et Antreassian Hratch

D’après une correspondance reçue à Genève par le nommé Armen Garo, révolutionnaire Arménien, le sieur Antreassian Hratch, un des principaux chefs Arméniens qui ont dirigé l’attaque contre la Banque Ottomane de Constantinople, aurait formé le projet de se rendre prochainement en Amérique pour faire une collecte parmi les nombreux Arméniens établis dans ce pays. Par sa situation particulière, Hratch espère recueillir des sommes importantes qui seront entièrement affectées à l’œuvre de propagande contre le régime actuel Ottoman ; ce projet, soumis à l’approbation du Comité Arménien de Genève, aurait été ratifié. Seulement Hratch ne partirait pour l’Amérique qu’après la solution des affaires de Crète, que les Arméniens habitant Genève suivent avec une extrême attention.

Quelques Arméniens ayant fréquenté autrefois Hratch, ont fait circuler sur son compte des bruits tout à fait contradictoires, et tandis que les uns affirmaient que ce révolutionnaire s’était rendu en Crète pour prendre part aux événements actuels, d’autres soutenaient qu’il se trouvait encore à Londres, où il se tenait en relations avec les différents Comités Arméniens établis à l’étranger. On croit que ces affirmations diverses ont été fournies par Armen Garo dans le but de ne pas compromettre Antreassian Hratch, que l’on considère dans les milieux arméniens de Genève, comme un homme d’action, intelligent et résolu.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial No 1132

Révolutionnaires Arméniens

Armen Garo

Annemasse le 30 août 1897

Rapport

En vous transmettant ci-joint le texte du Manifeste révolutionnaire Arménien publié par la direction du Droschak, organe arménien dont il a été question dans différentes communications du service, je crois devoir transmettre à l’administration supérieure les indications ci-après :

Les membres du Comité Arménien de Genève n’hésitent pas à reconnaître qu’après les massacres qui ont eu lieu en Arménie et en Turquie, la plupart de leurs compatriotes poussés à bout par les violences auxquelles sont en butte leurs familles, et la perspective de les voir mourir fatalement par la famine, sont décidés à tenter un suprême effort pour attirer sur eux l’attention des Puissances. Ils paraissent cependant ne pas se faire beaucoup d’illusions sur le succès de cette tentative désespérée, ainsi que sur ses résultats pratiques.

Un des principaux membres du parti révolutionnaire Arménien, à Genève, le sieur Armen Garo, un des chefs qui ont dirigé, l’année dernière, l’attaque de la Banque Ottomane, prétend que les menaces qui ont été faites dernièrement au Sultan, et dont avis a été donné aux Ambassadeurs à Constantinople, seront certainement mises à exécution. Seulement la date choisie sera laissée à l’appréciation des chefs appelés à prendre part au mouvement, lesquels demeurent seuls juges de son opportunité.

Cette intervention violente du Parti Arménien paraît devoir être considérée comme un acte de représailles motivé par un irrésistible désir de vengeance plutôt que comme un mouvement révolutionnaire ayant un but politique bien déterminé.

Un grand nombre de Manifestes ont été expédiés par les soins de la rédaction du Droschak sous enveloppe fermée, et adressés à des correspondants d’Egypte, Arménie, Syrie, et même de Turquie. Les correspondants devront les faire pénétrer en Turquie et en assurer la propagation.

Le Commissaire Spécial

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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Ministere de l’interieur

Service des chemins de fer

Commissariat spécial

n° 1.261

Révolutionnaires arméniens

Hratch (Antreassian)

Annemasse le 23 septembre 1897

Rapport

A la date des 7 février et 9 mars dernier, je signalais le départ de Genève pour Londres, et ensuite pour la côte de l’Orient, du sieur Hratch (Antreassian), un des chefs révolutionnaires arméniens qui avaient pris part à l’attaque de la banque ottomane.

On m’informe aujourd’hui, que Hratch, se trouve actuellement à Bucarest (Bulgarie), d’où il continue à correspondre avec les comités droschackistes de Genève et de Londres. Il entretient également des relations avec son camarade Armen Garo, de Genève, mais à intervalles très irréguliers.

Le commissaire spécial

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de fer

Commissariat Spécial

No 257

Annemasse le 10 février 1898

Rapport

Révolutionnaires Arméniens

Antreassian (Hratch)

Par différentes communications du Service dont la dernière en date du 23 septembre dernier, j’ai signalé les agissements à Genève et ailleurs du nommé nommé Hratch (Antreassian), un des chefs du Parti révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane.

Le susnommé après s’être rendu successivement à Londres, en Crète et plus tard à Bucarest se trouve actuellement en Égypte.

Il a séjourné quelques jours à Alexandrie, mais d’après une correspondance reçue par le nommé nommé Armen Garo, son ami, il visiterait les principales villes de ce pays où se trouvent des agglomérations d’arméniens. Son but est de continuer auprès de ses compatriotes la propagande révolutionnaire à laquelle il se livre activement depuis longtemps.

Le sieur Hratch correspond toujours avec les principaux comités Droschakistes arméniens établis en France.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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Ministère de l’Intérieur

Service des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

n° 407

Annemasse le 11 mars 1898

Rapport

Révolutionnaires arméniens

Armen Garo

On m’informe, d’après une correspondance reçue à Genève par le Comité révolutionnaire arménien, que des mouvements insurrectionnels se prépareraient actuellement en Macédoine, avec l’assistance des Arméniens et d’un certain nombre de Macédoniens. Ceux ci auraient été intelligemment embrigadés par leurs compatriotes habitant Constantinople, et c’est dans cette ville que se préparerait l’agitation révolutionnaire dont il est question ci-dessus.

Le nommé Armen Garo, un des chefs arméniens qui organisèrent l’attaque de la Banque ottomane, serait au courant de ce mouvement ; d’autre part, le sieur Belekdamian Halchik, d’origine arménienne, ancien directeur du Combat, actuellement à Genève, prétend également avoir connaissance des projets précités.

Le Commissaire Spécial

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

n° 1269

Annemasse, le 9 septembre 1898

RAPPORT

Révolutionnaires arméniens

Antreassian Hratch

Par une communication en date du 10 février dernier je faisais connaître que le nommé Hratch (Antreassian) un des chefs du parti Révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque ottomane à Constantinople se trouvait en Égypte.

Une information qui me parvient me fait connaître que ce révolutionnaire se trouve dans ce pays où il continue à parcourir les principales villes où se trouvent des agglomérations d’Arméniens et se livre auprès de ces derniers à une active propagande révolutionnaire.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

SERVICE des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

No 1268

Révolutionnaires Arméniens

Armen Garo

Annemasse, le 9 septembre 1898

RAPPORT

Par différentes communications du service dont la dernière en date du 11 mars dernier, j’ai signalé les agissements à Genève et ailleurs du nommé Armen Garo, un des chefs du Parti Révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople.

Une information qui me parvient me fait connaître que le susnommé qui était précédemment domicilié à Nancy, où il s’était rendu pour compléter ses études, se trouverait actuellement à Londres. Le nommé Armen Garo correspond toujours avec les principaux Comités Droschakistes arméniens établis en Europe.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

POLICE SPÉCIALE des Chemins de Fer et de la Frontière

COMMISSARIAT d’ANNEMASSE

(Hte Savoie)

No 293.

Annemasse le 24 février 1899.

Rapport

Révolutionnaires Arméniens

Armen Garo

Rapport

Pour faire suite à mes précédentes communications dont la dernière en date du septembre 1898, relatives aux agissements à Genève et ailleurs, du nommé Armen Garo, un des chefs du Parti Révolutionnaire Arménien, lequel avait pris également part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople, je crois devoir faire connaître à l’Administration Supérieure, à toutes fins utiles, que ce révolutionnaire a quitté Londres où il se trouvait précédemment, pour se rendre à Tiflis, (Géorgie Russe), à l’effet de continuer sa propagande Révolutionnaire, auprès de ses compatriotes habitant cette partie de l’Asie Mineure.

Le nommé Armen Garo correspond toujours avec les principaux Comités Droschakistes Arméniens établis en Europe.

Le Commissaire Spécial,

Archives de Haute-Savoie 4 M 336

Lire la biographie d’Armen Garo dans Wikipédia

Lire Les anarchistes de l’empire ottoman

Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris. La Chaux-de-Fonds, 10 décembre 1881

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Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 10 décembre 1881, rend compte d’une réunion mensuelle du Comité de la Fédération jurassienne à La Chaux-de-Fonds. Il révèle les tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux, à travers le débat sur l’adhésion du parti ouvrier français à l’Internationale reconstituée en Suisse.

Document Éphéméride anarchiste

Droz

La Chaux-de-Fonds, 10 décembre 1881

Hier soir, le Comité central a fait sa réunion mensuelle, et certaines communications assez importantes y ont été faites.

Le Comité a reçu de Brousse et de Benoit Malon une demande pour que, malgré l’absence de délégués au Congrès de Coire, la Fédération jurassienne adopte une partie des décisions prises à ce congrès ; que suivant la demande de Becker, de Genève, il soit nommé, soit à la Chaux-de-Fonds, soit à Neuchâtel, un Comité de renseignements et de secours pour les proscrits de toute nation et que le Comité de la Fédération mette à l’étude des sections anarchistes, en Suisse, le projet d’admettre dans son sein le Comité national du parti ouvrier français, en faisant ressortir que le Comité de la Fédération, en Suisse, chargé spécialement de la reconstitution de la Société internationale des travailleurs doit avoir la preuve que le parti ouvrier français, sauf quelques détails d’organisation, travaille dans le même but et par les mêmes moyens que la Fédération Suisse, puisque dans une réunion plénière, le parti ouvrier socialiste français vient d’adopter, comme programme, les statuts de l’Association internationale des travailleurs.

Il y a donc communauté d’idées avec le Comité Suisse, mais il est nécessaire, pour la formation des groupes, soit à Paris, soit dans les provinces françaises, que le parti ouvrier français soit en communication journalière avec la Fédération en Suisse et que l’application de l’art. 3 des statuts de l’Internationale soit imposée pour arriver à cette fusion.

Cet article est ainsi conçu :  » Pour obtenir l’émancipation complète des travailleurs, l’association doit chercher,  » sur le terrain de la séparation des classes,  » à réunir, sous le même drapeau, la somme  » des forces ouvrières. »

Le Comité a longuement discuté sur cette proposition.

Jeanneret et plusieurs autres ont fait valoir que la Fédération suisse était anarchiste révolutionnaire, procédant par des mesures de renversement, tandis que le comité du parti ouvrier français admettait le mode électoral au moyen du vote, ce qui était contraire aux statuts de la réorganisation de l’Internationale des travailleurs.

Après une discussion assez vive, où Schwitzguébel se déclare partisan de recevoir le parti ouvrier français, la décision à prendre est remise à une séance ultérieure, afin de pouvoir consulter les diverses sections en suisse.

Le comité a pris connaissance des correspondances italiennes et allemandes ; il en donnera un résumé dans la séance de mercredi prochain.

Il a décidé l’envoi de quelques secours aux grévistes de Paris et à un comité d’ouvriers faisant partie de l’Association révolutionnaire internationale à Lemberg, en Autriche.

Droz.

Archives de la Préfecture de police Ba 438

Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris

Collaboration des polices française, suisse et italienne dans la surveillance des anarchistes à partir de 1894. Voyage du Tzar en France. 10 septembre 1896

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Ce rapport du commissaire spécial (non identifié), daté du 10 septembre 1896, révèle un aspect méconnu de la coopération policière franco-suisse : la surveillance des nihilistes et anarchistes russes résidant en Suisse, organisée à l’occasion du voyage du Tsar Nicolas II en France. Le Directeur de la Sûreté générale en personne s’est rendu à Genève pour coordonner le dispositif, mobilisant plusieurs commissaires spéciaux chargés d’identifier les révolutionnaires russes susceptibles de menacer la visite impériale.


Ministère de l’Intérieur

Service des Chemins de Fer

Commissariat Spécial

Annemasse le 10 septembre 1896

Police de Genève (Russie)

Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous faire connaître que Monsieur le Directeur de la Sûreté Générale, pendant son séjour à Genève, où il était venu pour examiner les mesures de surveillance à prescrire à l’occasion du prochain voyage du Tzar en France, en ce qui concerne les nihilistes et anarchistes résidant en Suisse, m’a chargé d’assurer l’exécution des mesures générales qui ont été arrêtées préventivement.

A cet effet, quatre commissaires spéciaux adjoints : MM. Léoville et Wolf de Paris, Ducasset de Pontarlier, et Chailloux de Bellegarde ont été appelés à Genève, où sous la conduite d’agents connaissant les Russes en séjour dans cette ville, ils cherchent à rencontrer le plus grand nombre possible de ces individus, pour les reconnaître plus tard au cas où ils se présenteraient sur les points frontières qu’ils seront chargés de surveiller.

Un grand nombre de nihilistes russes dont je possède la liste et les adresses se trouvant actuellement en séjour dans les Cantons de Vaud et du Valais, je partirai pour visiter ces différents points, avec le personnel placé sous ma direction, probablement le 12 courant au matin. J’estime que cette tournée pourra s’effectuer en trois jours. Un des adjoints du poste d’Annemasse est en tournée depuis deux jours dans la région du Salève et des Voirons et j’ai dû, après avis de Monsieur le Directeur de la Sûreté Générale détacher pendant quelques jours à Pontarlier, Mr Franceschini, Commissaire adjoint à Annemasse, pour remplacer son collègue Mr Ducasset, envoyé à Genève. En même temps que à la Direction de la Sûreté Générale, j’aurai soin de vous faire connaître le résultat de cette surveillance. Daignez agréer, Monsieur le Préfet, l’hommage de mon très profond dévouement.

Le Commissaire spécial

Archives de la Haute-Savoie 4 M 336

Lire le dossier : Collaboration des polices française, suisse et italienne dans la surveillance des anarchistes en 1894.

BARBERO Jean, maçon-cimenteur, anarchiste italien réfugié à Genève.

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Jean Barbero est un maçon-cimenteur anarchiste italien né en 1867 à Villa del Bosco, dans la province de Novare. Signalé par le commissaire Léal d’Annemasse en mai 1893, il réside à Genève où il fréquente plusieurs anarchistes italiens liés à des affaires de vols. Auparavant installé à Grenoble, il y avait déjà eu des démêlés avec la police. Cet article présente sa fiche de surveillance accompagnée d’une illustration générée à partir du signalement policier.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 824

Anarchistes

BARBERO Jean

Annemasse le 23 mai 1893

Rapport

On signale comme anarchiste, le nommé Barbero Jean, né le 27 avril 1867 à Villa del Bosco, province de Novare (Italie), et demeurant à Genève, rue Calvin, 4, chez le sieur Frey.

Cet individu qui exerce la profession de maçon-cimenteur, est depuis son arrivée à Genève, en relations suivies avec plusieurs anarchistes italiens notamment avec les nommés Ghigleoni Jacques, Crovella Olympio et Giletto Jean, signalés comme ayant eu des rapports avec les nommés Serra Livorno et Ramella, actuellement détenus à Genève, sous l’inculpation de vols et d’attaque nocturne.

Avant d’habiter Genève, le nommé Barbero avait séjourné à Grenoble, où il avait eu des démêlés avec la police de cette ville.

Signalement.

Taille 1m71, corpulence assez forte, cheveux sourcils et yeux châtains, moustache châtain clair, visage large et osseux, front bas et large, nez un peu fort, menton rond.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

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Avertissement

L’illustration générée à partir du signalement du commissaire Léal a pour but de redonner un visage à des militants méconnus, à partir des quelques renseignements fournis par le rapport de police.

Il ne s’agit en aucun cas de la substituer aux photos réelles mais de pallier à leur absence, en comblant ce vide par la description faite par le policier. Comme toute représentation émanant d’une source policière, elle n’est pas neutre et doit donc être prise uniquement pour ce qu’elle est : une traduction en image d’un signalement.

Rapports sur les menées anarchistes à Paris, en provenance de Suisse. 17 avril 1895.

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Ce rapport du commissaire Léal, daté du 25 avril 1895, retranscrit une correspondance secrète de l’agent Carattoni depuis Paris. Il révèle l’effervescence du milieu anarchiste parisien au printemps 1895 : réunions des étudiants internationalistes, diffusion massive de brochures révolutionnaires, activités de Sébastien Faure, Pouget et Denéchère, et une excursion prévue chez Fortuné Henry à Brévannes.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissaire spécial

Annemasse le 25 avril 1895

Double Cabinet

N° 945

Anarchistes

Rapport

Je crois devoir transmettre ci-joint la copie d’une correspondance anarchiste adressée le 17 avril courant, de Paris, par l’agent italien Carattoni François, à son collègue de Genève, le sieur Thersaghi Charles.

 » Les étudiants internationalistes, dont le nombre augmente de jour en jour, ont tenu hier au soir, salle octobre, une importante réunion privée, dans laquelle l’élément anarchiste était largement représenté. Dans une précédente réunion, il avait été question de publier pour le 1er mai, un grand manifeste internationaliste, qui aurait été expédié aux révolutionnaires internationalistes d’Europe et d’Amérique. Une commission de six membres était même chargée d’en faire la rédaction. Mais au dernier moment, en présence de l’immense succès d’une brochure parue il y a quelques jours, ayant pour titre « Pourquoi nous sommes internationalistes » tirée à 50.000 exemplaires, on a changé d’avis et on a décidé de publier une nouvelle brochure, à la place du manifeste projeté.

On ne connaît pas encore le texte de cette brochure, mais on sait cependant qu’elle traitera ferme la question internationale et surtout la nécessité de la révolution sociale et internationale. Une dizaine de mille exemplaires ont été expédiés ces jours ci dans les différents centres révolutionnaires d’Europe et notamment en Italie et en Belgique.

Le compagnon Sébastien Faure est toujours le bien-venu au groupe des étudiants.

Grave reçoit journellement de nombreuses demandes d’abonnement à son journal, de tous les pays d’Europe et d’Amérique.

Le compagnon Denéchère l’aide en ce moment au dépouillement de la correspondance et autres besognes de l’administration. Il sera peut-être plus tard, employé définitivement dans l’administration de ce journal.

La Sociale reçoit aussi de l’argent en quantité de la province, de la Belgique et de Londres. Pouget compte aussi sur l’appui pécuniaire des compagnons des pays étrangers qui en ce moment doivent avoir reçu sa circulaire d’abonnement.

Hier, réunion intime, 3 rue Joquelet. Une dizaine de compagnons parmi lesquels Faure, Pouget, Yvon, Denéchère, Bernhard, Laurent, etc, etc. étaient présents.

Après une longue discussion sur le réveil du mouvement anarchiste en France, en général, et à Paris en particulier, le compagnon Constant Martin a été nommé trésorier de la « Caisse Internationale ». Le montant de cette caisse s’élève en ce moment à 1290 frs.

Dimanche prochain 21, grande excursion de vélocipédistes anarchistes parisiens, à Brevannes, chez Fortuné Henry. »

Le commissaire spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 336

Lire le dossier : Rapports sur les menées anarchistes à Paris, en provenance de Suisse

BOLLENGO Secondo, maçon, anarchiste italien réfugié à Genève.

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Secondo Bollengo est un maçon anarchiste italien né en 1867 à Candillo, signalé par la police française en août 1893 comme l’un des principaux meneurs de la grève des maçons à Genève. Réfugié en Suisse après avoir travaillé en Savoie et à Aix-les-Bains, il est surveillé par le commissaire spécial Léal d’Annemasse pour ses activités militantes et ses propos menaçants envers les briseurs de grève.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 1357

Anarchistes

BOLLENGO Secondo

Annemasse le 3 août 1893

Rapport

On signale comme anarchiste et en même temps comme l’un des principaux meneurs de la grève des maçons qui s’est déclarée à Genève le 28 juillet dernier le nommé Bollengo Secondo, né le 16 juillet 1867 à Candillo, province de Novarre (Italie) de Pierre et de Marie Mousca.

Cet individu, qui exerce la profession de maçon, habite Genève rue Rousseau 20 (?) depuis le 7 juin dernier ; précédemment il avait travaillé d’avril à juillet 1892, à Chéséerieux (Savoie), chez les sieurs Bovet frères entrepreneurs et en dernier lieu, à Aix-les-Bains, en compagnie du nommé Galotto Felix, qu’il a suivi à Genève.

À l’issue d’une réunion des grévistes tenue le 30 juillet dernier, le sieur Bollengo aurait proféré des menaces contre les ouvriers qui travaillent encore, disant notamment que si la dynamite était bonne pour faire sauter les bourgeois, il réservait son couteau pour le premier qu’il trouverait à travailler.

Signalement :

Taille 1m. 67 environ ; corpulence moyenne ; cheveux et sourcils châtains ; yeux bruns ; barbe entière brun roux ; nez assez fort ; visage ovale ; teint ordinaire.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350

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Avertissement

L’illustration générée à partir du signalement du commissaire Léal a pour but de redonner un visage à des militants méconnus, à partir des quelques renseignements fournis par le rapport de police.

Il ne s’agit en aucun cas de la substituer aux photos réelles mais de pallier à leur absence, en comblant ce vide par la description faite par le policier. Comme toute représentation émanant d’une source policière, elle n’est pas neutre et doit donc être prise uniquement pour ce qu’elle est : une traduction en image d’un signalement.

Rapports sur les menées anarchistes à Paris, en provenance de Suisse. 15 août 1895

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Ce rapport du commissaire Léal, daté du 18 août 1895, retranscrit une correspondance secrète de l’agent anarchiste Carattoni depuis Paris. Il révèle l’agitation croissante dans les milieux anarchistes parisiens après l’attentat d’Aniche, avec la formation de nouveaux groupes de propagande autour de figures comme Pouget et Denéchère.

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissaire spécial

Annemasse le 18 août 1895

Double Cabinet

N° 1643

Anarchistes

Rapport

Je crois devoir transmettre ci-après la copie d’une correspondance anarchiste adressée de Paris par l’agent italien Carattoni François, à son collègue de Genève, le nommé Tersaghi Charles.

Paris 15.8.1895

L’attentat d’Aniche continue à faire les frais des discussions anarchistes.

Ici les compagnons, en général, même les plus paisibles, sans s’occuper si Decoux était oui ou non anarchiste, sans savoir s’il a agi par sentiment de vengeance personnelle, se contentent de constater qu’il a accompli un acte de légitime révolte, en cherchant de tuer un bourgeois, affameur des travailleurs.

Cet acte est acclamé par tous les compagnons comme prélude d’autres attentats.

En effet, à La Sociale, aux Temps Nouveaux, Sur le Trimard et à plusieurs compagnons parisiens, on signale de tous côtés une reprise sérieuse du mouvement anarchiste. D’après le compagnon Pouget, qui entretient de nombreuses relations avec les compagnons de la province, et surtout avec les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, les ouvriers de ces régions seraient exaspérés à tel point par la misère que ceux-ci laisseraient entrevoir de prochaines vengeances.

Le compagnon Denéchère reçoit aussi journellement aux Temps Nouveaux de nombreuses correspondances d’ouvriers mineurs, sur leur triste sort ; donc il ne faudrait pas s’étonner si de nouveaux attentats pouvaient se produire un jour ou l’autre.

À ce sujet, Denéchère ajoutait que : toutes ces correspondances sont émouvantes, on n’y parle que de misère, suicides, menaces et révolte.

Maintenant que les conférences Faure sont terminées, on s’attache tout particulièrement à la formation des groupes de propagande.

Le groupe le plus important, après le groupe du Café Procope, au Quartier Latin, est celui qui vient de se fonder, 281 rue St Denis.

Dans sa première réunion, qui a eu lieu samedi dernier 10 courant, et à laquelle assistaient : Novi, Auzias, Noir, Morin, Tresse, Rousset, Rousseau, Chabot, Meyer, Guérin, Denéchère, Wagner frères, Gilles, Vignaud, Siguret, Couchaud, etc. etc. après avoir protesté et déclaré de venger les compagnons exécutés à Cayenne, par les bourreaux de la République, et salué Decoux pour son acte de révolte contre le Directeur de la Compagnie des Mines d’Aniche, il a été décidé de se réunir au même endroit, tous les samedis, au soir, jusqu’à nouvel ordre, et de s’occuper du développement des idées libertaires, par les écrits, par la parole, et par d’autres moyens qui seront imposés par les circonstances.

Un nouveau groupe est en voie de formation dans le XIIe arrondissement par les soins de Denéchère.

Chez les compagnons Morin et Martin, on se rencontre aussi tous les jours ; c’est là qu’on discute les choses graves.

Le commissaire spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 336

Lire le dossier : Rapports sur les menées anarchistes à Paris, en provenance de Suisse

BIANCHETTI Joseph, menuisier, anarchiste italien réfugié à Genève.

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Joseph Bianchetti est un menuisier anarchiste italien né en 1872 à Crevamore, signalé par la police française en 1893 comme militant actif à Genève. Il milite au sein du Cercle des droits de l’homme et participe à la diffusion du journal anarchiste L’Avenir, sous la surveillance du commissaire spécial Léal d’Annemasse.

Fiche de surveillance anarchiste, archives de la Haute-Savoie

Ministère de l’intérieur

Police des chemins de fer

Commissariat spécial

N° 1477

Anarchistes

BIANCHETTI Joseph

Annemasse le 24 août 1893

Rapport

On signale comme anarchiste le nommé Bianchetti Joseph, né le 6 juin 1872 à Crevamore (Italie) et demeurant à Genève, Chemin Neuf 12, chez la dame Menetry.

Cet individu, qui habite Genève depuis environ 2 ans, et qui exerce la profession de menuisier, colporte actuellement parmi les ouvriers de sa profession des listes de souscription pour la création du journal anarchiste L’Avenir qui doit paraître sous peu à Genève.

Le sieur Bianchetti ne fréquente les anarchistes que depuis quelques mois. Actuellement il fait partie, avec le nommé Bellui Alphonse, Brandino Jean Baptiste, Simonetto, Gianotti, Debaud Victor et autres, d’un nouveau groupe anarchiste qui s’est formé récemment à l’instigation du nommé Karlen, sous le nom de Cercle des droits de l’homme et qui tient ses réunions au café Aesbacher, rue de la Rotisserie 3.

Signalement :

Taille 1m 68 environ, corpulence mince, cheveux et petite moustache roux, figure maigre.

Le Commissaire Spécial

Léal

Archives de la Haute-Savoie 4 M 350