Ministère de l’intérieur
Direction de la Sûreté générale
4e bureau
Paris le 3 décembre 1890
Le ministre de l’intérieur à l’honneur de transmettre ci-joint à M. le préfet de police à toutes fins utiles, copie de renseignements qui lui parviennent de Suisse au sujet des menées anarchistes.
Le 1er décembre 1890
Correspondance anarchiste
La Révolte de cette semaine publie une petite note dans laquelle il est dit : ‘’Par suite de plusieurs malentendus, le manifeste Aux Conscrits n’a pas pu paraître, etc.’’
Cette note a été envoyée à la Révolte à la suite d’une décision prise mardi matin chez Bazin, entre plusieurs compagnons auteurs du susdit manifeste dans le but de dépister les recherches de la police et pour donner en même temps un démenti à plusieurs grands journaux qui, en reproduisant ce manifeste, avaient annoncé que plus de 150.000 exemplaires, tirés par des presses clandestines, étaient caché chez divers compagnons parisiens les plus remuants et des plus compromis.
Dans cette entrevue il a été même question de faire un tirage de ce manifeste de 5.000 exemplaires, grand format, sur le modèle des manifestes électoraux, pour être placardés dans les 80 quartiers de la ville de Paris.
Depuis l’assassinat du général Selivershoff et l’arrestation de Mendelson, tous les militants russes et polonais se rencontrent tous les soirs au n°20 de la rue de la Glacière, en conciliabule, dans un petit restaurant tenu par un sieur Koch. Impossible de pouvoir pénétrer jusqu’à eux.
La réunion des anarchistes coiffeurs, qui a eu lieu lundi dernier, rue Jean-Jacques Rousseau a été très nombreuse et très animée. Parmi les assistants on remarquait Picinelli, accompagné d’une douzaine d’italiens, toujours armés de gourdins et de couteaux.
Cette réunion a eu pour but de faire un appel énergique aux travailleurs de tous les pays, pour l’organisation d’une série de réunions tendant à démontrer la nécessité de la révolution violente comme seul et énergique moyen d’émancipation prolétarienne.
Les compagnons Charveron, Salé, Noiret, Dumont, Picinelli, etc. après leurs petits discours ont trinqué à la révolution internationale et applaudi de toute leur énergie à l’acte du justicier Padlewski.
On dit dans les groupes anarchistes que Mendelson connaissait le projet de Padlewski.
Les cordonniers, de leur côté, qui sont très nombreux et qui jusqu’aujourd’hui ont été complètement désunis, se sont formés en groupes grâce à l’énergie et au dévouement du compagnon Leboucher et surtout à sa parole convainquante ces jours-ci, dans les divers quartiers de la ville, si rien n’arrive, ces groupes promettent de faire de la bonne besogne. Leboucher d’ailleurs est là qui veille.
A la suite de l’interdiction en France de l’International, le premier numéro* a été enlevé dans un clin d’oeil et il est impossible d’en trouver un seul exemplaire. On espère cependant en recevoir de Londres encore quelques centaines.
Par suite de la conduite de Grave vis à vis du Cercle international, refusant d’insérer ses convocations, bons nombres de compagnons ont proposé à Pouget de transformer le format du Père Peinard en format de journal ordinaire, c’est à dire en 4 pages avec article de fond, correspondance de France et de l’étranger, compte-rendus, chimie, convocations des groupes, etc.
Pouget entend garder pour le moment son format, ne voulant pas par un brusque changement de format, risque de perdre le canard. Pouget a donné cependant sa parole aux compagnons qu’il insérerait toutes les convocations des groupes et correspondances, soit de Paris, de la province et de l’étranger.
Une petite brochure d’une trentaine de pages, du format de la Tribune libre (prix 25 cent), par le compagnon N’importe qui, , mieux connu par les camarades sous son petit nom de Victor, circule depuis quelques jours dans les groupes.
Cette brochure qui est l’objet de discussion, a pour titre général Essais sur la grève générale et sous-titre La grève générale et le patriotisme.
Conclusion N’importe qui préconise la grève générale internationale et l’abolition des frontières, par une révolte générale de tous les travailleurs de l’Europe, par la révolte des soldats contre leurs chefs et par l’extermination complète de la classe possédante.
Il est question en ce moment de former plusieurs groupes d’action dans les principaux centres anarchistes.
Grave est menacé de recevoir une raclée par les anarchistes, mais il sort rarement.
Ces jours derniers plusieurs collectes ont eu lieu au profit de Weill, réfugié à Genève, pour l’aider à quitter le sol suisse.
* de la Tribune libre
Archives de la Préfecture de police Ba 76
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Ministère de l’intérieur
Police des chemins de fer
Commissariat spécial
n°988
Surveillance des anarchistes
Correspondance de Paris
Annemasse, le 6 décembre 1890
Rapport
Je crois devoir transmettre ci-après, à toutes fins utiles, copie d’une correspondance adressée à la date du 30 novembre dernier, relativement aux agissements des anarchistes de Paris, au groupe anarchiste international Weil-Ardaine et dont il a été donné lecture le 3 décembre courant dans une réunion tenue chez l’anarchiste Ardaine Moïse, coiffeur, rue de Montbrillant 28.
‘’Paris 30/11
Depuis le commencement de la semaine les perquisitions domiciliaires chez les anarchistes marchent bon train. Les articles de l’International sur la manière de bien griller les bourgeois en sont la cause. Foire générale dans les sphères capitalistes industrielles, commerciales et gouvernementales, y compris les corps chorégraphiques qui craignent de danser la tarentelle sans musique.
Les perquisitionnés connus jusque aujourd’hui sont :
Baudelot, Breuil, Achille Leroy, Prieux, Laurent Charles, Bazin etc. tous dépositaires de l’International et d’autres publications anarchistes françaises et étrangères.
On s’attend à d’autres perquisitions mais elles n’auront aucun résultat, car les compagnons se tiennent sur le qui vive.
Il semblerait d’après certaines confidences que le ministre Constans serait à la veille de prendre des mesures de rigueur contre bon nombre de révolutionnaires étrangers.
La Révolte de cette semaine publie une petite note dans laquelle il est dit : ‘’Par suite de plusieurs malentendus, le manifeste Aux Conscrits n’a pas pu paraître, etc.’’
Cette note a été envoyée à la Révolte à la suite d’une décision prise samedi chez Bazin, entre plusieurs compagnons auteurs du susdit manifeste dans le but de dépister les recherches de la police et pour donner en même temps démenti à plusieurs grands journaux qui, en reproduisant ce manifeste, avaient annoncé que plus de 150.000 exemplaires, tirés par des presses clandestines, étaient caché chez divers compagnons parisiens les plus remuants et des plus compromis.
Dans cette entrevue il a été même question de faire un tirage de ce manifeste de 5.000 exemplaires, grand format, sur le modèle des manifestes électoraux, pour être placardés dans les 80 quartiers de la ville.
Depuis l’assassinat du général Selivershoff et de l’arrestation de Mendelson, tous les militants russes et polonais se rencontrent tous les soirs au n°20 de la rue de la Glacière, en conciliabule, dans un petit restaurant tenu par un sieur Koch. Impossible de pouvoir pénétrer jusqu’à eux.
La réunion des anarchistes coiffeurs, qui s’est tenue lundi dernier, rue Jean-Jacques Rousseau a été très nombreuse et très animée. Parmi les assistants on remarquait Picinelli, accompagné d’une douzaine d’italiens, toujours armés de gourdins et de poignards.
Cette réunion a eu pour but de faire un appel énergique aux travailleurs de tous les pays, pour l’organisation d’une série de réunions tendant à démontrer la nécessité de la révolution violente comme seul et énergique moyen d’émancipation prolétarienne.
Les compagnons Charveron, Salé, Noiret, Dumont, Picinelli, etc. après leurs petits discours ont trinqué à la révolution internationale et applaudi de toute leur énergie à l’acte du justicier Padlewski.
On dit dans les groupes anarchistes que Mendelson connaissait le projet de Padlewski.
Les cordonniers, de leur côté, qui sont très nombreux et qui jusqu’aujourd’hui étaient complètement désunis, grâce à l’énergie et au dévouement du compagnon Leboucher et surtout à sa parole convainquante, plusieurs groupes se sont formés en groupes ont été fondés ces jours-ci, dans les divers quartiers de la ville, si rien n’arrive, promettent de faire de la bonne besogne. Leboucher d’ailleurs est là qui veille.
A la suite de l’interdiction en France de l’International, le premier numéro de la Tribune libre a été enlevé dans un clin d’oeil et il est impossible aujourd’hui d’en trouver un seul exemplaire. On espère cependant en recevoir de Londres une centaines d’exemplaires pour contenter tout le monde.
Par suite de la conduite de Grave vis à vis du Cercle international, qui refuse d’insérer ses convocations, bons nombres de compagnons ont proposé à Pouget de transformer le format du Père Peinard en format de journal ordinaire, c’est à dire en 4 pages avec article de fond, correspondance de France et de l’étranger, compte-rendus, chimie, convocations des groupes. Le compagnon Pouget entend garder pour le moment son format, ne voulant pas par un brusque changement de format, risque de perdre le canard. Le compagnon Pouget a donné cependant sa parole aux compagnons qu’il insérerait toutes les convocations des groupes et correspondances, soit de Paris, de la province et de l’étranger.
Une petite brochure d’une trentaine de pages, du format de la Tribune libre (prix 0,25c), par le compagnon N’importe qui, , mieux connu par les camarades sous son petit nom de Victor, circule depuis quelques jours dans les groupes.
Cette brochure qui est l’objet de discussion, a pour titre général Essais sur la grève générale et sous-titre La grève générale et le patriotisme. Conclusion N’importe qui préconise la grève générale internationale et l’abolition des frontières, par une révolte générale de tous les travailleurs de l’Europe, par la révolte des soldats contre leurs chefs et par l’extermination complète de la classe possédante.
Il est question en ce moment de former plusieurs groupes d’action dans les principaux centres anarchistes. J’en parlerai plus tard. Depuis plusieurs jours quelques compagnons se réunissent au 140 rue Mouffetard pour administrer une raclée à Grave, mais le malin n’est pas sorti, il se contente d’observer par la fenêtre. (Grave ne va jamais à l’imprimerie)
Ces jours derniers plusieurs collectes ont eu lieu au profit de Weill, réfugié à Genève, pour l’aider à quitter le sol suisse.
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Ministère de l’intérieur
Direction de la Sûreté générale
4e bureau
Paris le 10 décembre 1890
Le ministre de l’intérieur à l’honneur de transmettre ci-joint à M ; le Préfet de police, à toutes fins utiles, copie de renseignements qui lui sont adressés par le commissaire spécial d’Annemasse (Haute-Savoie) au sujet des menées anarchistes
Archives de la Préfecture de police Ba 76
Archives de la Haute-Savoie 4 M 347 et Archives de la Préfecture de police Ba 76
Lire le dossier Rapports sur les menées anarchistes à Paris, en provenance de Suisse.