Découvrez une pièce d’archive fascinante datée de 1904 : un bordereau du Ministère de la Guerre issu du service de renseignements (le célèbre 2e Bureau). Ce document historique lève le voile sur les activités de l’ombre au début du XXe siècle à travers une lettre du sieur Spilleux. Entre promesses de révélations sur une « nouvelle maison » et menaces de vendre son silence à prix d’or, cette correspondance adressée à la Sûreté générale illustre parfaitement les tensions et les méthodes d’espionnage de l’époque. Plongez dans les coulisses de l’état-major français, où l’information se monnaye et où les agents doubles ne sont jamais loin.
Document Archives nationale 19940474/378
Bordereau Ministère de la guerre. Etat-major de l’armée.Section de renseignements.
Envoyé à la Sûreté générale le 1er mars 1904.
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n°248 S.R
Paris, le 1er mars 1904.
n°248 S.R Paris, le 1er mars 1904. NOTE Envoi d’une lettre du sieur SPILLEUX. Comme suite à la note du 26 février dernier, on a l’honneur de transmettre ci-joint, à la Direction de la Sûreté générale, une nouvelle lettre adressée par le sieur Spilleux.
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Copie.
13 (illisible, probablement mars)
(À Monsieur Lucien Perraud.)
J’ai l’avantage de vous accuser réception de votre lettre du 29 du mois écoulé et vous confirme la mienne de même date. Pour ce qui concerne l’ancienne affaire, vous n’y êtes pas du tout : je n’ai jamais reçu de télégramme le 3 août, ni le 4 ; j’ai eu une entrevue avec F. à Bruxelles le 30 août, et le lendemain 31, j’ai reçu une dépêche accompagnant un mandat télégraphique de cent francs dont j’ai délivré quittance. Somme qui devait me permettre de me rendre à Lille, où j’ai eu une nouvelle entrevue avec F., qui m’a absolument « refait », grâce à ma rondeur (?) en affaires et à la confiance que j’avais dans votre délégué…
Entre parenthèse, mon séjour dans le Nord m’a coûté plus de deux cents francs !
Concernant les nouveaux renseignements que je possède au sujet d’une nouvelle maison, au reçu de la présente envoyez-moi un mandat télégraphique, à l’adresse que vous connaissez, et je prendrai immédiatement le train pour Paris afin d’aller traiter directement avec le 2e bureau, mes renseignements étant de la plus haute importance dans les circonstances présentes.
Je compte donc sur un mandat télégraphique pour jeudi vers midi, au plus tard, sinon je m’adresserai ailleurs, là où l’on me paiera mon silence à prix d’or…
Agréez, Monsieur, mes sincères salutations et croyez à toute ma sincérité.
(S.) Spilleux.
N.B. Je n’écrirai plus : à vous de savoir si vous voulez, ou non, une solution immédiate.
Enveloppe : Particulière. Monsieur le général André rue Saint Dominique Paris. Cachet de la poste 14-15 mars 1904. Bruxelles
Plongez au cœur des archives du Ministère de la Guerre avec cette lettre inédite datée du 26 février 1904, adressée au Général André. Ce document historique exceptionnel révèle les coulisses de l’espionnage français au début du XXe siècle, à l’époque de l’Entente Cordiale. Un informateur, se décrivant comme « demi-Français », y dénonce un guet-apens tendu par le 2e Bureau (services de renseignements) et réclame justice pour une mission d’infiltration ratée entre Lille et Bruxelles. Entre promesses non tenues et secrets militaires d’outre-Rhin, découvrez le témoignage poignant d’un homme pris dans les rouages de la grande stratégie européenne de 1904.
Je me permets de soumettre à votre esprit de justice les faits suivants : Au mois d’août de l’année dernière le hasard me mit en rapports avec une section de l’espionnage d’une puissance d’outre-Rhin; je me laissai aller avec l’arrière-pensée d’en faire bénéficier la France ; je me mis donc en rapports avec le 2e Bureau de votre Ministère. Tout sembla marcher pour le mieux, au plus grand profit de notre bien commun. J’eus plusieurs entretiens avec un intermédiaire se faisant appeler Fanty, et les conditions furent librement débattues et acceptées de part et d’autre pour la remise des documents que je possédais : une somme de mille francs, plus deux cents francs de frais d’un séjour que j’étais obligé de faire à Lille. En finale, je remis à votre agent, dans la capitale du Nord, les papiers que je possédais : le sieur Fanty partit pour Paris en me faisant les plus solennelles promesses pour le lendemain. Cela se passait au mois de septembre.
J’eus beau me morfondre à Lille, plus aucune nouvelle ! J’étais tombé, moi ami de la France, et qui plus est, demi-Français, j’étais tombé dans un guet-apens tendu par votre ministère ! Tomber, avouez-le, Monsieur le Ministre, pour une malheureuse bagatelle de douze cents francs, dont je n’ai touché que cent, c’est indigne de la part d’une grande nation, qui a besoin de toutes les amitiés et de tous les concours, surtout à l’heure actuelle !…
De même, je me trouve en ce moment au courant de tout le « secteur français » de l’espionnage d’une puissance « d’entente cordiale ». Je pourrais donc encore être très utile au pays dont je suis en quelque sorte originaire ; mais la première expérience me laisse rudement indécis ! Toute peine mérite salaire, surtout en ces matières délicates d’où peut dépendre le sort d’un peuple. Pourtant je me mets à l’entière disposition du 2e Bureau, à la condition que la première affaire soit réglée, par retour du courrier, à mon entière satisfaction, et alors je saurais ce qu’il me reste à faire.
Peut-être le sieur Fanty a-t-il été chaudement félicité pour son « habilité » et a-t-il obtenu une belle gratification ? Dans ce cas je me dispenserais d’en tirer la morale !
De passage dans la capitale belge, j’y reste encore 48 h. et vous prie, Monsieur le Ministre, de me faire répondre, le cas échéant, à l’adresse ci-jointe. Encore une fois je réclame uniquement la plus vulgaire justice.
Dans cette attente, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma considération la plus distinguée, et me croire
Découvrez un document exceptionnel issu des Archives Nationales daté du 23 août 1903 : le rapport du commissaire spécial Desvernine sur l’affaire Egide-Louis-Henri Spilleux, alias Dickie. Ce témoignage plonge le lecteur au cœur des réseaux d’espionnage entre la France, la Belgique et l’Allemagne au début du XXe siècle. Entre journalisme pornographique, usurpation d’identité et tentatives de double jeu avec les services de renseignements français à Lille, le parcours de cet agent belge révèle les tensions géopolitiques de la Belle Époque. Une plongée fascinante dans les méthodes de recrutement des officiers allemands de l’époque et les tactiques de contre-espionnage françaises avant la Grande Guerre.
Document Archives nationale 19940474/378
Paris, le 23 août 1903.
Avant d’accueillir les offres du nommé DICKIE et avant de se mettre en rapport direct avec lui, il était prudent d’avoir quelques renseignements sur cet individu.
Il résulte de l’enquête qui a été faite à Bruxelles que le pseudo DICKIE se nomme :
SPILLEUX Egide-Louis-Henri, qu’il est né à Huysse (Belgique), le 12 septembre 1858 et que sa famille est originaire de Dunkerque.
Il a habité autrefois Bruxelles où il s’occupait quelque peu de journalisme pornographique, sous le nom de DUBOIS Charles.
Impliqué en 1893 dans une affaire d’avortement, il a bénéficié d’un non-lieu, mais a été condamné le 19 février 1897 à 3 mois de prison et 26 francs d’amende pour une affaire de moeurs à la suite de laquelle il a quitté la capitale de la Belgique où il vient de revenir.
Actuellement, et depuis le 13 août, il occupe une chambre à l’hôtel de Charleroi, boulevard du Midi, où il s’est inscrit comme suit :
J. VERVYNS, 45 ans, voyageur de commerce, né à Liège, y domicilié.
SPILLEUX a les allures d’un désœuvré sans beaucoup de ressources ; il paraît défiant et semble craindre d’être reconnu.
Voici son signalement :
47 ans, taille moyenne, corpulence maigre. Barbe châtain clair grisonnante, bouche fortement déviée à gauche par suite d’une enflure chronique de la joue, oeil droit déformé par la même cause, porte binocle, aspect général fatigué; porte cicatrice sur la main droite; vêtu d’un complet veston en drap marron foncé et coiffé d’un chapeau feutre noir (haute forme); s’exprime correctement en français avec l’intonation belge. Parle couramment l’anglais et l’allemand.
Suffisamment fixé sur la personnalité du sieur SPILLEUX qui, entre temps, nous avait fourni une preuve de sa sincérité en nous communiquant une lettre (voir la lettre n°1 annexée à ce rapport) dont l’écriture a été reconnue comme étant celle d’un officier allemand s’occupant ouvertement d’espionnage, un rendez-vous lui a été donné à Bruxelles le 23 août. Au cours de l’entretien, SPILLEUX s’est exprimé ainsi :
» Ayant lu dans L’Etoile Belge du 17 juin 1899 l’annonce dont je vous remets un exemplaire (voir la coupure ci-annexée), j’y répondais au hasard ne sachant pas de quoi il pouvait s’agir. – J’échangeai alors une correspondance avec un personnage qui signe: Murray, poste restante à Aix-la-Chapelle. – J’eus avec lui plusieurs entrevues à Liège et à Bruxelles.
Tout d’abord, il ne fut question que d’articles à faire sur des questions militaires françaises, présentant un intérêt actuel ; puis, la proposition me fut faite carrément d’entrer à la solde de l’Allemagne. Je l’acceptai pour me tirer momentanément d’affaire, mais il n’était pas dans mes intentions de nuire à la France, ma conduite du reste vous le prouve suffisamment.
Ce Murray, comme vous le voyez d’après la lettre que je vous remets ( voir lettre n° 2 annexée ), m’a chargé à titre d’essai d’une mission à Lille ; il m’a parlé aussi d’autres missions très précises qu’il me donnerait par la suite. – Notre correspondance continue et je suis certain de lui avoir inspiré une véritable confiance.
Je vous en ai dit assez pour vous prouver que je suis sincère et si vous voulez me fournir les moyens de continuer ces relations en répondant tout au moins à ce premier questionnaire, sur les données duquel les Allemands semblent du reste être déjà depuis longtemps, et en me fournissant par la suite des renseignements erronés, je m’engage à vous remettre au fur et à mesure, sans même les décacheter, les plis que je recevrai, et à transmettre à mon correspondant allemand les réponses que vous jugerez utiles de faire.
Je vous donnerai de plus tous les documents que je possède et ces renseignements qui vous intéresseront.
En fait de rémunération, je n’en exige pas, car car je compte en obtenir une suffisante de l’Allemagne.
Toutefois, comme je devrais déjà être à Lille depuis quinze jours pour cette affaire et que mes ressources sont épuisées, envoyez-moi 100 fr. pour que je puisse me rendre dans cette ville et faire aussitôt un appel de fonds à Aix-la-Chapelle. »
Et en terminant, le sieur SPILLEUX ajoute textuellement :
» Si vous ne croyez pas devoir profiter de mes offres, je vais cesser cette correspondance, puisque je ne puis rien fournir à l’Allemagne, mais soyez certain qu’ils s’adresseront à d’autres qui ne se feront probablement pas connaître de vous . «
En résumé, le sieur SPILLEUX a paru véridique , et on pourrait, en s’entourant des précautions nécessaires, tirer parti de cette situation.
On n’a toutefois pris vis-à-vis de lui aucun engagement.
Le Commissaire spécial ,
Desvernine
Nota.- On a remarqué que quelques enveloppes des lettres reçues d’Allemagne par le sieur SPILLEUX portaient un cachet de cire lie de vin avec les initiales O.R.
Découvrez un témoignage poignant sur la répression des mouvements révolutionnaires italiens en Suisse à la fin du XIXe siècle. Cette lettre inédite, datée du 3 février 1882 à La Chaux-de-Fonds, nous plonge au cœur des tensions politiques entre Berne et Rome. Entre arrestations massives de compagnons des sections italiennes et climat de suspicion généralisée, ce document d’archive révèle l’ampleur de la surveillance policière et le rôle controversé des consuls dans la traque des militants transfrontaliers. Une source historique précieuse pour comprendre l’histoire de l’exil et de la solidarité ouvrière dans l’Arc jurassien.
Document Éphéméride anarchiste
La Chaux-de-Fonds, le 3 février 1882
Tout est en désarroi.
À Rome, Jean Baptiste Pioda, le consul suisse, a fait des siennes avec les autorités de son pays.
À Berne, une quarantaine de nos compagnons de sections italiennes ont été arrêtés sur la demande du consul.
Il paraît que Gambini en a fait arrêter une vingtaine à Genève.
Ici, nous en avons quatre qui sont partis ce matin : Giovanni, Fabri et deux commis de chez Colina et Bergeon, du Locle.
Enfin la peur est chez tous les italiens.
Le bruit court que toutes les pièces des sections ont été vendues à la police de Rome.
Ce document historique inédit, daté du 26 janvier 1882 à La Chaux-de-Fonds, offre une plongée fascinante dans les coulisses du mouvement ouvrier et socialiste de la fin du XIXe siècle. À travers cette correspondance signée Droz, issue des Archives de la Préfecture de Police, on découvre les fractures idéologiques majeures qui ont divisé l’Association Internationale des Travailleurs.
Entre la contestation de l’influence deBecker et la rivalité naissante entre les partisans de Jules Guesde et ceux de Benoît Malon, ce rapport témoigne du climat de suspicion et des stratégies d’influence (recherche de compromissions sous la Commune de Paris) qui régnaient alors au sein des cercles révolutionnaires entre Paris et la Suisse.
Document Éphéméride anarchiste
La Chaux-de-Fonds, le 26 janvier 1882
Hier soir, la section a tenu sa réunion habituelle et le comité a donné communication des dernières correspondances reçues depuis la dernière séance. Il y avait encore plusieurs lettres de protestation de parisiens au sujet de la fusion de la société de Becker.
Une de ces lettres émane de Courapied, rue Vallier, 61, à Levallois Perret, une autre de Maria, rue Monge 118, et une de François Guillet, à Puteaux.
Tous s’opposent à continuer l’affiliation de leurs groupes avec notre comité si nous acceptons l’intervention de Becker dans l’association internationale.
La principale division provient de la mission (?) de Malon et de Joffrin à Coire, et comme Becker est l’ami politique de ces deux délégués au congrès de Coire, c’est de là que vient cet acharnement à repousser Becker et sa société.
Nous nous sommes aperçus par plusieurs lettres de Jules Guesde que tout cela avait pour point de départ une querelle qui a lieu en ce moment entre Guesde, Deville et autres d’une part, Malon, Brousse et Fournière de l’autre.
Notre comité n’a rien encore décidé, il se trouve dans l’embarras, voulant ménager la chèvre et le chou.
Guesde nous a fait demander un renseignement qui prouve que Fournière, sous la Commune, en 1871, s’était vendu ou, du moins, avait été en pourparlers pour le faire avec le gouvernement de Versailles.
On a aussi demandé ce que nous possédons de renseignements sur André Alavoine et sur Lullier.
Nous avons répondu.
J’ignore ce qu’ils veulent faire de ces renseignements qui font partie de l’enquête faite ces dernières années par notre comité sur les hommes placés à la tête du mouvement révolutionnaire.
Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 19 décembre 1881, offre un panorama saisissant de l’état de l’Internationale anarchiste à la fin de l’année 1881 : nouveaux groupes formés en Belgique (Borinage, Verviers, Anvers, Liège), en Italie (Romagne, Toscane) et jusqu’à Constantinople et au Caire, grève des mineurs de la Grand’Combe et persistance des tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux autour de Brousse et Malon.
Document Éphéméride anarchiste
Droz
La Chaux-de-Fonds, le 19 décembre 1881.
(Nouvelles de Suisse.
D’autre part, je reçois d’un correspondant de Suisse les renseignements suivants, sur la reconstitution de l’Internationale.)*
Samedi soir, dans une réunion du comité, on a communiqué quelques lettres venant de l’extérieur et mentionnant la formation de nouveaux groupes pour la réorganisation de l’Internationale des Travailleurs.
La Belgique annoncent que sept nouveaux groupes viennent de se former au Borinage, à Verviers, Anvers et Liège, et qu’ils comptent ensemble 311 membres.
La Romagne et la Toscane écrivent aussi et donnent quelques détails sur leurs nouveaux groupes, mais sans en indiquer l’effectif et les ressources pécuniaires.
De nouvelles lettres sont arrivées de la fédération de Constantinople et du Caire**, mais elles ne mentionnent pour l’Egypte, que 17 membres, et 34 pour Constantinople.
Quant à Paris, il n’y avait rien de nouveau sur le sujet.
Il parait que la nouvelle organisation rencontre des difficultés imprévues : parce que les chefs de groupe chargés de la propagande seraient avisés que la loi contre l’Internationale va disparaître, et pensent qu’il est inutile d’agir et de s’exposer aujourd’hui à des poursuites, puisque dans quelques semaines, elles ne pourront plus avoir lieu.
Voici ce qui est plus important à connaître : une grève vient de se déclarer à la Grand’Combe**, dans le Grand Fournier.
Un de nos correspondants, qui habite ordinairement Paris et qui est membre de la commission des grèves, parcourt les grèves, avait été chargé de correspondre avec les groupes formés dans la région du Midi : il parcourt, ou fait visite à Alais, la Grand’Combe, St Geniès et d’autres localités où, sous prétexte de conférences, il a pu faire une grande propagande pour la grève de Grand’Combe.
Le cercle républicain anarchiste de Nîmes a envoyé à notre comité, par l’entremise de Jacot, une demande d’argent dans l’intérêt de cette grève de mineurs, mais notre caisse est bien épuisée, et rien n’a encore été décidé à ce sujet.
C’est principalement du côté de ces grèves que vous devez avoir les yeux, parce que c’est le moyen adopté par le comité pour entretenir l’agitation qui doit amener la révolution.
Nous avons reçu une nouvelle demande venant de l’Union communiste de Londres, qui sollicite une subvention pour ériger une statue à Theisz, mais le comité vient de la refuser, parce que depuis l’amnistie, Theisz avait abandonné le parti anarchiste collectiviste.
Dans ma dernière lettre, je vous parlais de Brousse, Malon, Joffrin, et des démarches faites par Becker, de Genève, pour faire l’union des anciens délégués à Coire, avec notre fédération.
Je crois que ce projet ne pourra pas se réaliser ; il rencontre trop d’opposition dans nos sections et n’est pas assez anarchiste.
Cependant rien n’a encore été résolu.
Droz.
Archives de la Préfecture de police Ba 438
* Notes ajoutées par la Préfecture de police
**l’Internationale ne serait pas étrangère à la grève qui vient de se déclarer à la Grand’Combe (note de la Préfecture de police)
Ce dossier réunit dix rapports du commissaire spécial d’Annemasse (1896-1899) consacrés à la surveillance d’Armen Garo et Antreassian Hratch, deux chefs révolutionnaires arméniens réfugiés à Genève après avoir participé à l’assaut de la Banque ottomane de Constantinople le 26 août 1896. Ces documents retracent leurs activités, leurs contacts avec les comités révolutionnaires arméniens d’Europe et leurs déplacements, et constituent une source précieuse sur la cause arménienne à la fin du XIXe siècle.
MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
N° 1303
Annemasse le 12 octobre 1896
RAPPORT
Révolutionnaires arméniens à Genève
Garo et Antreassian
Comme suite à mes précédentes communications relatives aux deux chefs arméniens impliqués dans l’affaire de la Banque ottomane à Constantinople et actuellement réfugiés à Genève, j’ai l’honneur de fournir à l’Administration supérieure les renseignements ci-après.
Les sieurs Gareine Garo et Antreassian annoncent toujours l’intention de se rendre à Paris, et disent vouloir partir prochainement. Leur seul but, d’après eux, est de se mettre en relations avec leurs compatriotes de la capitale et de contribuer à la campagne dirigée par le Comité arménien contre le Sultan Abdul-Hamid. Ces deux étrangers paraissent très résolus, même exaltés dans leurs conversations, surtout le nommé Antreassian.
Au sujet du sieur Joanissian Michel révolutionnaire arménien habitant Genève, plusieurs fois signalé et refoulé sur cette ville, avec les deux femmes qui l’accompagnaient, après expulsion de notre territoire, le sieur Armène Garo, qui les avait accompagnés jusqu’à la gare de Genève, a déclaré dans une conversation particulière que ces trois voyageurs n’avaient pas l’intention, en se rendant en France pendant le séjour du Czar, de commettre un acte répréhensible quel qu’il soit.
D’après lui un Comité révolutionnaire arménien existe depuis longtemps à Paris, comme dans les principales villes d’Europe, et l’organisation est faite de telle sorte que chaque Comité Central, formé de Délégués des Comités secondaires, est entièrement indépendant pour prendre toutes décisions et les faire exécuter.
Les deux chefs susnommés, tout en se montrant reconnaissants du mouvement arménophile qui se produit depuis quelque temps en Suisse et dans quelques autres parties de l’Europe, prétendent que la majorité du Peuple arménien, poussé à bout par des vexations continuelles et des massacres périodiques, est devenu fatalement révolutionnaire et tout arménien, qu’il soit sujet turc, russe ou persan, est maintenant décidé à tenter un suprême effort contre l’oppression ottomane.
Armène Garo et Antreassian déclarent qu’après les derniers événements d’Orient aucun Gouvernement Européen ne saurait avoir les sympathies du peuple arménien, et ils prétendent même que le Comité Central de Constantinople a eu la preuve que le Prince Lobanoff et l’Empereur Guillaume II ont été les premiers à préconiser auprès du Sultan les massacres systématiques qui se sont produits ces derniers temps.
Bien que ces appréciations, en raison même de leur origine, puissent paraître empreintes d’une certaine exagération j’ai cru néanmoins devoir les transmettre à l’Administration Supérieure à toutes fins utiles.
Le Commissaire Spécial
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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Double Cabinet
MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
N° 1317.
Révolutionnaires arméniens
Armène Garo et Antreassian Hratch
Annemasse le 15 octobre 1896
RAPPORT
Je suis informé que les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch, les deux chefs arméniens qui ont pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople et objets de différentes communications dont la dernière en date du 12 octobre courant continuent à être en rapport avec les différents comités révolutionnaires arméniens, notamment avec celui de Paris. Ils possèdent à leur domicile des documents nombreux sur ce mouvement révolutionnaire, documents qu’ils ont dû recevoir directement à Genève depuis leur arrivée dans cette ville.
Indépendamment des renseignements sur l’organisation des Comités dont il a été question dans ma communication précitée, ces deux révolutionnaires possèdent des détails nombreux sur les derniers derniers massacres d’Arméniens qui ont eu lieu, ainsi que sur le nombre et la répartition des victimes. Un long article relatif à ces événements doit paraître prochainement dans le « Journal de Genève » et les chiffres qui ont été reçus à la Direction de ce journal, seront avant d’être publiés, comparés à ceux que possèdent les deux chefs arméniens.
Il est question également de réunir ces diverses informations et d’en faire le sujet d’une brochure sensationnelle, destinée à être répandue à Genève en Suisse et même en France.
Armène Garo et Antreassian Hratch, sans désapprouver l’initiative prise par la Suisse en faveur de la cause arménienne ne paraissent pas croire à l’efficacité de l’intervention des puissances dans les conditions où elle s’est produite jusqu’ici.
L’opinion publique de tous les pays, disent-ils, est pour nous, sauf en Russie, où elle n’existe pas ; seulement les gouvernements, par intérêt, sont antipathiques à l’Arménie.
L’Angleterre, d’où on semble croire que viendra le salut a été pendant dix-sept ans, avec lord Salisbury, un de nos ennemis déclarés. Aujourd’hui grâce à M. Gladstone, un revirement semble s’être produit dans les hautes sphères, mais est-ce bien bien par humanité ou simplement par calcul ?
En ce qui concerne la Russie, les comités révolutionnaires arméniens la considèrent comme le plus terrible de leurs ennemis. Ils prétendent savoir qu’un général russe disait, il y a cinq mois environ : « Nous pourrons prendre l’Arménie, mais sans arméniens ! ». Et ce général est celui qui, tout récemment, a été chargé de vérifier les défenses des Dardanelles.
En France, les deux chefs arméniens prétendent savoir que la population est sympathique à la cause arménienne, mais que ce pays ne peut agir que de concert avec la Russie, son alliée.
Quant à l’Empereur d’Allemagne, ils disent que ce monarque est nettement hostile à leur pays et à la cause des persécutés.
En résumé, les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch, se déclarent persuadés que malgré tout ce qui a été dit pendant le voyage du Czar en Angleterre et en France, aucune solution avantageuse pour l’Arménie ne sera prise par les puissances européennes et que c’est seulement par les moyens révolutionnaires que les Comités arméniens arriveront à se débarrasser de la tyrannie ottomane.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 1370
Révolutionnaires Arméniens.
Armène Garo et Hrath
Annemasse le 28 octobre 1896
RAPPORT
On m’informe que depuis plusieurs jours, les révolutionnaires Arméniens, habitant Genève, se réunissent très-fréquemment par petits groupes, aux différents domiciles de ces individus.
Les deux chefs Arméniens, Armène Garo et Antreassian Hrath, assistent, tantôt ensemble, tantôt séparément, à ces conciliabules, généralement fort animés.
D’autres réunions ont lieu également à l’Imprimerie nihiliste russe et arménienne, située Rue Pictet de Bock no 7, où des femmes connues comme révolutionnaires ravaillent jusqu’à une heure très avancée de la nuit.
On croit que des manifestes, brochures, publications révolutionnaires ne tarderont pas à être expédiés de Genève aux différents comités arméniens, situés dans les différentes villes d’Europe et de la Turquie-d’Asie.
D’autre part, l’agitation anormale dont font preuve les principaux meneurs du parti révolutionnaire arménien, indique que des résolutions importantes sont discutées dans ces milieux.
Le Commissaire Spécial.
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 1390
Arméniens
Armène Garo et Hrath
Annemasse le 31 octobre 1896
RAPPORT
D’après une information qui me parvient les deux chefs Arméniens Armène Garo et Antreassian Hrath objets de différentes communications de service ont manifesté l’intention de quitter Genève pour se rendre à Londres. À cet effet, ils seraient sur le point d’adresser au Ministère de la Justice à Paris une demande tendant à obtenir un sauf-conduit pour transiter à travers la France. Par suite du caractère très soupçonneux de ces étrangers et en raison du soin qu’ils prennent pour cacher leurs véritables projets, on ignore si cette intention n’a pas été manifestée à dessein dans un but intéressé.
Le Commissaire Spécial
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 1441
Annemasse le 10 novembre 1896.
RAPPORT
Révolutionnaires Arméniens à Genève
Armène Garo et Antreassian Hratch
Comme suite à ma communication du 7 novembre courant relative à l’avis donné aux deux Chefs Arméniens, Armène Garo et Hratch, du rejet de la demande formulée par eux, en vue d’obtenir l’autorisation de transiter sur le territoire français. J’ai l’honneur de faire connaître que ces deux étrangers ont l’intention d’adresser prochainement une requête au Gouvernement Français à l’effet de voir rapporter la mesure d’expulsion dont ils ont été l’objet.
Les susnommés vont s’attacher à démontrer que leur attaque contre la Banque Ottomane, doit être considérée comme un acte de protestation dont la violence a dû être proportionnée aux atrocités sur lesquelles il importait d’attirer l’attention des Ambassades Étrangères ; mais cette tentative audacieuse avait aussi pour but d’affirmer la vigueur de la race arménienne que le Gouvernement turc s’efforce de représenter comme dégénérée et peu digne de l’intérêt des Nations européennes.
Les deux Révolutionnaires Garo et Hratch, s’appuieront en outre sur ce fait qu’on ne saurait sans erreur établir d’analogie entre leurs revendications et les théories anarchistes, car s’ils ont employé les mêmes engins explosifs que les anarchistes, c’est contraints par la situation exceptionnelle faite aux Arméniens en Turquie, auxquels on interdit formellement d’avoir des armes ; mais là doit s’arrêter tout point commun, les anarchistes étant internationalistes, et ennemis de toute organisation sociale, alors que les révolutionnaires arméniens sont essentiellement nationalistes et partisans d’une réorganisation politique et économique de leur pays.
D’après leurs dires, ces deux étrangers auraient habité Paris pendant ces dernières années en qualité d’étudiants ; ils en seraient seulement partis après la clôture des cours universitaires c’est-à-dire dans les derniers jours de juillet ou au commencement d’août pour aller prendre part au mouvement qui a eu pour conséquence l’attaque de la Banque ottomane. Ils prétendent avoir été les seuls étudiants arméniens partis de Paris à cette occasion, pour se rendre en Turquie.
Les sieurs Armène Garo et Antreassian Hratch ont déclaré que la demande adressée par eux au Gouvernement Français avait pour but de pouvoir se rendre à Paris et continuer dans cette ville leurs études interrompues il y a quelques mois, par suite de leur départ pour Constantinople.
Dans son Numéro du 31 octobre courant, le Journal L’Illustration, de Paris, a publié une photographie représentant les Révolutionnaires Arméniens qui avaient pris part à l’attaque de la Banque ottomane à Constantinople.
Les nommés Armène Garo et Hratch ayant été avisés intentionnellement de cette publication, ont déclaré tout d’abord qu’il était inadmissible qu’un journal répandu comme l’était L’Illustration, se montrait si peu scrupuleux de la vérité ; les photographies publiées ne pouvant qu’être fantaisistes.
Après examen du Groupe représentant les dix-huit révolutionnaires, Armène Garo et Antreassian Hratch, ont fait connaître qu’à aucun moment ils n’avaient consenti à se laisser photographier après leur embarquement sur la « Gironde » et que d’autre part, pendant les escales de Smyrne et d’Alexandrie, ils avaient tous échangé le costume arménien, qu’ils portaient au moment de leur attaque contre la Banque ottomane, contre des vêtements européens.
Or, le groupe de l’Illustration représentant les soi-disant révolutionnaires en costume national, on devait, d’après eux, en conclure que la publication dont il s’agit n’était qu’une simple fantaisie motivée par l’intérêt qui s’attache ces derniers temps à toutes les phases des événements d’Orient et des massacres d’Arménie en particulier.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 131
Annemasse, le 7 février 1897
RAPPORT
Révolutionnaires Arméniens
Antreassian Hratch
Comme suite à mon Télégramme du 29 janvier, signalant le départ de Genève du révolutionnaire Arménien Antreassian Hratch, j’ai l’honneur de faire connaître que cet étranger s’est bien rendu à Londres où il compte séjourner quelque temps. D’après son ami Armène Garo, Hratch doit se rencontrer dans cette ville avec une quinzaine de révolutionnaires arméniens ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople ; ceux-ci, embarqués à Marseille à destination de l’Amérique, se sont dirigés peu à peu sur Londres où ils se trouveraient actuellement réunis.
D’après Armen Garo qui est resté en correspondance avec Hratch, celui-ci compterait revenir à Genève, mais dans un délai subordonné à circonstances ultérieures.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 180
Annemasse le 19 février 1897
RAPPORT
Nihilistes et Révolutionnaires arméniens
Armène Garo et Hratch
D’après une information qui me parvient, une entente aurait été établie et existerait actuellement entre les Comités suivants institués dans les différentes villes d’Europe :
Comités Nihilistes
Comités Arméniens (Droschakistes et Hentschakistes) ;
Comités du Parti « Jeune Turc » ;
Comités Révolutionnaires Bulgares ;
Comités Syriens ;
Comités Macédoniens ;
Comités National Grec.
Des instructions, en vue d’une entente pour une action commune, ont été adressées à tous les Comités, ou seraient sur le point de l’être ; en tous cas, ces instructions seraient déjà parvenues aux Comités Révolutionnaires de Genève.
Les indications qui précèdent ont été confirmées dans un entretien qui a eu lieu avec le nommé Armène Garo, un des chefs Révolutionnaires arméniens qui ont pris part à l’attaque de la Banque ottomane.
Je suis informé d’autre part que le nommé Antreassian Hratch signalé par ma note du 7 février courant, comme ayant quitté Genève pour se rendre à Londres, où étaient réunis un groupe de Révolutionnaires arméniens ayant pris part à l’attaque de la Banque de Constantinople, se trouverait actuellement en Crète et devrait se rendre ensuite à Constantinople.
Le nommé Hratch aurait réussi à se faire remettre par le Trésorier du Comité de Secours institué à Genève en faveur des Arméniens, une somme très importante qui s’élèverait dit-on à plus de 20.000 f, à charge par lui de la remettre au Comité chargé de la distribution des fonds.
On prétend que c’est avec cette somme que Hratch serait parti pour la Crète afin de prendre part au mouvement insurrectionnel contre le Gouvernement ottoman.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 271.
Annemasse, le 9 mars 1897
RAPPORT
Révolutionnaires Arméniens
Armen Garo, et Antreassian Hratch
D’après une correspondance reçue à Genève par le nommé Armen Garo, révolutionnaire Arménien, le sieur Antreassian Hratch, un des principaux chefs Arméniens qui ont dirigé l’attaque contre la Banque Ottomane de Constantinople, aurait formé le projet de se rendre prochainement en Amérique pour faire une collecte parmi les nombreux Arméniens établis dans ce pays. Par sa situation particulière, Hratch espère recueillir des sommes importantes qui seront entièrement affectées à l’œuvre de propagande contre le régime actuel Ottoman ; ce projet, soumis à l’approbation du Comité Arménien de Genève, aurait été ratifié. Seulement Hratch ne partirait pour l’Amérique qu’après la solution des affaires de Crète, que les Arméniens habitant Genève suivent avec une extrême attention.
Quelques Arméniens ayant fréquenté autrefois Hratch, ont fait circuler sur son compte des bruits tout à fait contradictoires, et tandis que les uns affirmaient que ce révolutionnaire s’était rendu en Crète pour prendre part aux événements actuels, d’autres soutenaient qu’il se trouvait encore à Londres, où il se tenait en relations avec les différents Comités Arméniens établis à l’étranger. On croit que ces affirmations diverses ont été fournies par Armen Garo dans le but de ne pas compromettre Antreassian Hratch, que l’on considère dans les milieux arméniens de Genève, comme un homme d’action, intelligent et résolu.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial No 1132
Révolutionnaires Arméniens
Armen Garo
Annemasse le 30 août 1897
Rapport
En vous transmettant ci-joint le texte du Manifeste révolutionnaire Arménien publié par la direction du Droschak, organe arménien dont il a été question dans différentes communications du service, je crois devoir transmettre à l’administration supérieure les indications ci-après :
Les membres du Comité Arménien de Genève n’hésitent pas à reconnaître qu’après les massacres qui ont eu lieu en Arménie et en Turquie, la plupart de leurs compatriotes poussés à bout par les violences auxquelles sont en butte leurs familles, et la perspective de les voir mourir fatalement par la famine, sont décidés à tenter un suprême effort pour attirer sur eux l’attention des Puissances. Ils paraissent cependant ne pas se faire beaucoup d’illusions sur le succès de cette tentative désespérée, ainsi que sur ses résultats pratiques.
Un des principaux membres du parti révolutionnaire Arménien, à Genève, le sieur Armen Garo, un des chefs qui ont dirigé, l’année dernière, l’attaque de la Banque Ottomane, prétend que les menaces qui ont été faites dernièrement au Sultan, et dont avis a été donné aux Ambassadeurs à Constantinople, seront certainement mises à exécution. Seulement la date choisie sera laissée à l’appréciation des chefs appelés à prendre part au mouvement, lesquels demeurent seuls juges de son opportunité.
Cette intervention violente du Parti Arménien paraît devoir être considérée comme un acte de représailles motivé par un irrésistible désir de vengeance plutôt que comme un mouvement révolutionnaire ayant un but politique bien déterminé.
Un grand nombre de Manifestes ont été expédiés par les soins de la rédaction du Droschak sous enveloppe fermée, et adressés à des correspondants d’Egypte, Arménie, Syrie, et même de Turquie. Les correspondants devront les faire pénétrer en Turquie et en assurer la propagation.
Le Commissaire Spécial
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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Ministere de l’interieur
Service des chemins de fer
Commissariat spécial
n° 1.261
Révolutionnaires arméniens
Hratch (Antreassian)
Annemasse le 23 septembre 1897
Rapport
A la date des 7 février et 9 mars dernier, je signalais le départ de Genève pour Londres, et ensuite pour la côte de l’Orient, du sieur Hratch (Antreassian), un des chefs révolutionnaires arméniens qui avaient pris part à l’attaque de la banque ottomane.
On m’informe aujourd’hui, que Hratch, se trouve actuellement à Bucarest (Bulgarie), d’où il continue à correspondre avec les comités droschackistes de Genève et de Londres. Il entretient également des relations avec son camarade Armen Garo, de Genève, mais à intervalles très irréguliers.
Le commissaire spécial
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de fer
Commissariat Spécial
No 257
Annemasse le 10 février 1898
Rapport
Révolutionnaires Arméniens
Antreassian (Hratch)
Par différentes communications du Service dont la dernière en date du 23 septembre dernier, j’ai signalé les agissements à Genève et ailleurs du nommé nommé Hratch (Antreassian), un des chefs du Parti révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane.
Le susnommé après s’être rendu successivement à Londres, en Crète et plus tard à Bucarest se trouve actuellement en Égypte.
Il a séjourné quelques jours à Alexandrie, mais d’après une correspondance reçue par le nommé nommé Armen Garo, son ami, il visiterait les principales villes de ce pays où se trouvent des agglomérations d’arméniens. Son but est de continuer auprès de ses compatriotes la propagande révolutionnaire à laquelle il se livre activement depuis longtemps.
Le sieur Hratch correspond toujours avec les principaux comités Droschakistes arméniens établis en France.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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Ministère de l’Intérieur
Service des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
n° 407
Annemasse le 11 mars 1898
Rapport
Révolutionnaires arméniens
Armen Garo
On m’informe, d’après une correspondance reçue à Genève par le Comité révolutionnaire arménien, que des mouvements insurrectionnels se prépareraient actuellement en Macédoine, avec l’assistance des Arméniens et d’un certain nombre de Macédoniens. Ceux ci auraient été intelligemment embrigadés par leurs compatriotes habitant Constantinople, et c’est dans cette ville que se préparerait l’agitation révolutionnaire dont il est question ci-dessus.
Le nommé Armen Garo, un des chefs arméniens qui organisèrent l’attaque de la Banque ottomane, serait au courant de ce mouvement ; d’autre part, le sieur Belekdamian Halchik, d’origine arménienne, ancien directeur du Combat, actuellement à Genève, prétend également avoir connaissance des projets précités.
Le Commissaire Spécial
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
n° 1269
Annemasse, le 9 septembre 1898
RAPPORT
Révolutionnaires arméniens
Antreassian Hratch
Par une communication en date du 10 février dernier je faisais connaître que le nommé Hratch (Antreassian) un des chefs du parti Révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque ottomane à Constantinople se trouvait en Égypte.
Une information qui me parvient me fait connaître que ce révolutionnaire se trouve dans ce pays où il continue à parcourir les principales villes où se trouvent des agglomérations d’Arméniens et se livre auprès de ces derniers à une active propagande révolutionnaire.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
SERVICE des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
No 1268
Révolutionnaires Arméniens
Armen Garo
Annemasse, le 9 septembre 1898
RAPPORT
Par différentes communications du service dont la dernière en date du 11 mars dernier, j’ai signalé les agissements à Genève et ailleurs du nommé Armen Garo, un des chefs du Parti Révolutionnaire arménien ayant pris part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople.
Une information qui me parvient me fait connaître que le susnommé qui était précédemment domicilié à Nancy, où il s’était rendu pour compléter ses études, se trouverait actuellement à Londres. Le nommé Armen Garo correspond toujours avec les principaux Comités Droschakistes arméniens établis en Europe.
Le Commissaire Spécial,
Archives de Haute-Savoie 4 M 336
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MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
POLICE SPÉCIALE des Chemins de Fer et de la Frontière
COMMISSARIAT d’ANNEMASSE
(Hte Savoie)
No 293.
Annemasse le 24 février 1899.
Rapport
Révolutionnaires Arméniens
Armen Garo
Rapport
Pour faire suite à mes précédentes communications dont la dernière en date du septembre 1898, relatives aux agissements à Genève et ailleurs, du nommé Armen Garo, un des chefs du Parti Révolutionnaire Arménien, lequel avait pris également part à l’attaque de la Banque Ottomane à Constantinople, je crois devoir faire connaître à l’Administration Supérieure, à toutes fins utiles, que ce révolutionnaire a quitté Londres où il se trouvait précédemment, pour se rendre à Tiflis, (Géorgie Russe), à l’effet de continuer sa propagande Révolutionnaire, auprès de ses compatriotes habitant cette partie de l’Asie Mineure.
Le nommé Armen Garo correspond toujours avec les principaux Comités Droschakistes Arméniens établis en Europe.
Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 10 décembre 1881, rend compte d’une réunion mensuelle du Comité de la Fédération jurassienne à La Chaux-de-Fonds. Il révèle les tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux, à travers le débat sur l’adhésion du parti ouvrier français à l’Internationale reconstituée en Suisse.
Document Éphéméride anarchiste
Droz
La Chaux-de-Fonds, 10 décembre 1881
Hier soir, le Comité central a fait sa réunion mensuelle, et certaines communications assez importantes y ont été faites.
Le Comité a reçu de Brousse et de Benoit Malon une demande pour que, malgré l’absence de délégués au Congrès de Coire, la Fédération jurassienne adopte une partie des décisions prises à ce congrès ; que suivant la demande de Becker, de Genève, il soit nommé, soit à la Chaux-de-Fonds, soit à Neuchâtel, un Comité de renseignements et de secours pour les proscrits de toute nation et que le Comité de la Fédération mette à l’étude des sections anarchistes, en Suisse, le projet d’admettre dans son sein le Comité national du parti ouvrier français, en faisant ressortir que le Comité de la Fédération, en Suisse, chargé spécialement de la reconstitution de la Société internationale des travailleurs doit avoir la preuve que le parti ouvrier français, sauf quelques détails d’organisation, travaille dans le même but et par les mêmes moyens que la Fédération Suisse, puisque dans une réunion plénière, le parti ouvrier socialiste français vient d’adopter, comme programme, les statuts de l’Association internationale des travailleurs.
Il y a donc communauté d’idées avec le Comité Suisse, mais il est nécessaire, pour la formation des groupes, soit à Paris, soit dans les provinces françaises, que le parti ouvrier français soit en communication journalière avec la Fédération en Suisse et que l’application de l’art. 3 des statuts de l’Internationale soit imposée pour arriver à cette fusion.
Cet article est ainsi conçu : » Pour obtenir l’émancipation complète des travailleurs, l’association doit chercher, » sur le terrain de la séparation des classes, » à réunir, sous le même drapeau, la somme » des forces ouvrières. »
Le Comité a longuement discuté sur cette proposition.
Jeanneret et plusieurs autres ont fait valoir que la Fédération suisse était anarchiste révolutionnaire, procédant par des mesures de renversement, tandis que le comité du parti ouvrier français admettait le mode électoral au moyen du vote, ce qui était contraire aux statuts de la réorganisation de l’Internationale des travailleurs.
Après une discussion assez vive, où Schwitzguébel se déclare partisan de recevoir le parti ouvrier français, la décision à prendre est remise à une séance ultérieure, afin de pouvoir consulter les diverses sections en suisse.
Le comité a pris connaissance des correspondances italiennes et allemandes ; il en donnera un résumé dans la séance de mercredi prochain.
Il a décidé l’envoi de quelques secours aux grévistes de Paris et à un comité d’ouvriers faisant partie de l’Association révolutionnaire internationale à Lemberg, en Autriche.
Ce rapport du commissaire spécial (non identifié), daté du 10 septembre 1896, révèle un aspect méconnu de la coopération policière franco-suisse : la surveillance des nihilistes et anarchistes russes résidant en Suisse, organisée à l’occasion du voyage du Tsar Nicolas II en France. Le Directeur de la Sûreté générale en personne s’est rendu à Genève pour coordonner le dispositif, mobilisant plusieurs commissaires spéciaux chargés d’identifier les révolutionnaires russes susceptibles de menacer la visite impériale.
Ministère de l’Intérieur
Service des Chemins de Fer
Commissariat Spécial
Annemasse le 10 septembre 1896
Police de Genève (Russie)
Monsieur le Préfet,
J’ai l’honneur de vous faire connaître que Monsieur le Directeur de la Sûreté Générale, pendant son séjour à Genève, où il était venu pour examiner les mesures de surveillance à prescrire à l’occasion du prochain voyage du Tzar en France, en ce qui concerne les nihilistes et anarchistes résidant en Suisse, m’a chargé d’assurer l’exécution des mesures générales qui ont été arrêtées préventivement.
A cet effet, quatre commissaires spéciaux adjoints : MM. Léoville et Wolf de Paris, Ducasset de Pontarlier, et Chailloux de Bellegarde ont été appelés à Genève, où sous la conduite d’agents connaissant les Russes en séjour dans cette ville, ils cherchent à rencontrer le plus grand nombre possible de ces individus, pour les reconnaître plus tard au cas où ils se présenteraient sur les points frontières qu’ils seront chargés de surveiller.
Un grand nombre de nihilistes russes dont je possède la liste et les adresses se trouvant actuellement en séjour dans les Cantons de Vaud et du Valais, je partirai pour visiter ces différents points, avec le personnel placé sous ma direction, probablement le 12 courant au matin. J’estime que cette tournée pourra s’effectuer en trois jours. Un des adjoints du poste d’Annemasse est en tournée depuis deux jours dans la région du Salève et des Voirons et j’ai dû, après avis de Monsieur le Directeur de la Sûreté Générale détacher pendant quelques jours à Pontarlier, Mr Franceschini, Commissaire adjoint à Annemasse, pour remplacer son collègue Mr Ducasset, envoyé à Genève. En même temps que à la Direction de la Sûreté Générale, j’aurai soin de vous faire connaître le résultat de cette surveillance. Daignez agréer, Monsieur le Préfet, l’hommage de mon très profond dévouement.
Ce rapport du commissaire Léal, daté du 25 avril 1895, retranscrit une correspondance secrète de l’agent Carattoni depuis Paris. Il révèle l’effervescence du milieu anarchiste parisien au printemps 1895 : réunions des étudiants internationalistes, diffusion massive de brochures révolutionnaires, activités de Sébastien Faure, Pouget et Denéchère, et une excursion prévue chez Fortuné Henry à Brévannes.
Ministère de l’intérieur
Police des chemins de fer
Commissaire spécial
Annemasse le 25 avril 1895
Double Cabinet
N° 945
Anarchistes
Rapport
Je crois devoir transmettre ci-joint la copie d’une correspondance anarchiste adressée le 17 avril courant, de Paris, par l’agent italien Carattoni François, à son collègue de Genève, le sieur Thersaghi Charles.
» Les étudiants internationalistes, dont le nombre augmente de jour en jour, ont tenu hier au soir, salle octobre, une importante réunion privée, dans laquelle l’élément anarchiste était largement représenté. Dans une précédente réunion, il avait été question de publier pour le 1er mai, un grand manifeste internationaliste, qui aurait été expédié aux révolutionnaires internationalistes d’Europe et d’Amérique. Une commission de six membres était même chargée d’en faire la rédaction. Mais au dernier moment, en présence de l’immense succès d’une brochure parue il y a quelques jours, ayant pour titre « Pourquoi nous sommes internationalistes » tirée à 50.000 exemplaires, on a changé d’avis et on a décidé de publier une nouvelle brochure, à la place du manifeste projeté.
On ne connaît pas encore le texte de cette brochure, mais on sait cependant qu’elle traitera ferme la question internationale et surtout la nécessité de la révolution sociale et internationale. Une dizaine de mille exemplaires ont été expédiés ces jours ci dans les différents centres révolutionnaires d’Europe et notamment en Italie et en Belgique.
Le compagnon Sébastien Faure est toujours le bien-venu au groupe des étudiants.
Grave reçoit journellement de nombreuses demandes d’abonnement à son journal, de tous les pays d’Europe et d’Amérique.
Le compagnon Denéchère l’aide en ce moment au dépouillement de la correspondance et autres besognes de l’administration. Il sera peut-être plus tard, employé définitivement dans l’administration de ce journal.
La Sociale reçoit aussi de l’argent en quantité de la province, de la Belgique et de Londres. Pouget compte aussi sur l’appui pécuniaire des compagnons des pays étrangers qui en ce moment doivent avoir reçu sa circulaire d’abonnement.
Hier, réunion intime, 3 rue Joquelet. Une dizaine de compagnons parmi lesquels Faure, Pouget, Yvon, Denéchère, Bernhard, Laurent, etc, etc. étaient présents.
Après une longue discussion sur le réveil du mouvement anarchiste en France, en général, et à Paris en particulier, le compagnon Constant Martin a été nommé trésorier de la « Caisse Internationale ». Le montant de cette caisse s’élève en ce moment à 1290 frs.
Dimanche prochain 21, grande excursion de vélocipédistes anarchistes parisiens, à Brevannes, chez Fortuné Henry. »