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anarchisme, Fédération jurassienne, Internationale, La Chaux-de-Fonds, Paul Brousse, Schwitzguébel, surveillance policière, XIXe siècle
Ce rapport de l’indicateur Droz, daté du 10 décembre 1881, rend compte d’une réunion mensuelle du Comité de la Fédération jurassienne à La Chaux-de-Fonds. Il révèle les tensions entre anarchistes révolutionnaires et socialistes électoraux, à travers le débat sur l’adhésion du parti ouvrier français à l’Internationale reconstituée en Suisse.

Droz
La Chaux-de-Fonds, 10 décembre 1881
Hier soir, le Comité central a fait sa réunion mensuelle, et certaines communications assez importantes y ont été faites.
Le Comité a reçu de Brousse et de Benoit Malon une demande pour que, malgré l’absence de délégués au Congrès de Coire, la Fédération jurassienne adopte une partie des décisions prises à ce congrès ; que suivant la demande de Becker, de Genève, il soit nommé, soit à la Chaux-de-Fonds, soit à Neuchâtel, un Comité de renseignements et de secours pour les proscrits de toute nation et que le Comité de la Fédération mette à l’étude des sections anarchistes, en Suisse, le projet d’admettre dans son sein le Comité national du parti ouvrier français, en faisant ressortir que le Comité de la Fédération, en Suisse, chargé spécialement de la reconstitution de la Société internationale des travailleurs doit avoir la preuve que le parti ouvrier français, sauf quelques détails d’organisation, travaille dans le même but et par les mêmes moyens que la Fédération Suisse, puisque dans une réunion plénière, le parti ouvrier socialiste français vient d’adopter, comme programme, les statuts de l’Association internationale des travailleurs.
Il y a donc communauté d’idées avec le Comité Suisse, mais il est nécessaire, pour la formation des groupes, soit à Paris, soit dans les provinces françaises, que le parti ouvrier français soit en communication journalière avec la Fédération en Suisse et que l’application de l’art. 3 des statuts de l’Internationale soit imposée pour arriver à cette fusion.
Cet article est ainsi conçu : » Pour obtenir l’émancipation complète des travailleurs, l’association doit chercher, » sur le terrain de la séparation des classes, » à réunir, sous le même drapeau, la somme » des forces ouvrières. »
Le Comité a longuement discuté sur cette proposition.
Jeanneret et plusieurs autres ont fait valoir que la Fédération suisse était anarchiste révolutionnaire, procédant par des mesures de renversement, tandis que le comité du parti ouvrier français admettait le mode électoral au moyen du vote, ce qui était contraire aux statuts de la réorganisation de l’Internationale des travailleurs.
Après une discussion assez vive, où Schwitzguébel se déclare partisan de recevoir le parti ouvrier français, la décision à prendre est remise à une séance ultérieure, afin de pouvoir consulter les diverses sections en suisse.
Le comité a pris connaissance des correspondances italiennes et allemandes ; il en donnera un résumé dans la séance de mercredi prochain.
Il a décidé l’envoi de quelques secours aux grévistes de Paris et à un comité d’ouvriers faisant partie de l’Association révolutionnaire internationale à Lemberg, en Autriche.
Droz.
Archives de la Préfecture de police Ba 438
Lire le dossier : Chroniques de La Fédération jurassienne de L’Internationale par Droz, indicateur de la Préfecture de police de Paris