Le Cabaret affichait complet, en ce mercredi soir, pour saluer l’arrivée d’Elliott Smith, l’un des «meilleurs songwriters américains d’aujourd’hui», si l’on en croit le magazine Les Inrockuptibles. On aurait pu s’attendre à ce que l’homme de Portland arrive discrètement, guitare acoustique en bandoulière; mais c’est en tant que membre d’un trio électrifié que Smith s’est pointé sur scène. Du coup, les pièces de XO, son magnifique dernier album, étaient toutes plus rapides, plus agressives; en bref, plus rock que ce que l’on aurait pu imaginer. Ce qui ne veut pas dire que Smith ne jouait pas de finesse, bien au contraire. Sa jolie voix, si éloignée de son physique de rocker, a distillé son charme, et, par moments, le jeu des harmonies vocales avec son bassiste faisait presque oublier l’absence des violons sur “Bottle Up and Explode!” ou du piano sur “Waltz # 2” et “Bled White”.
Fidèle à l’image que l’on pouvait se faire de lui, Smith ne souffla mot de tout le spectacle, murmurant à contrecoeur quelques remerciements étouffés qui contrastaient avec la clarté de son chant. Ce ne fut que lors du premier rappel, qu’il effectua seul à la guitare, que l’on sentit un relâchement chez le chanteur. Souriant, le distant Elliott enjoignit alors son public, qui l’avait jusque-là suivi avec une certaine déférence, de lui soumettre quelques demandes spéciales. À entendre la pluie de titres, dont certains remontaient jusqu’à ses premiers enregistrements, on a pu constater la dévotion d’une bonne partie de l’auditoire. Les néophytes, quant à eux, s’empressèrent de rejoindre les rangs des fidèles en vidant de son contenu le comptoir à disques installé à l’entrée. Lorsqu’il reviendra (le plus tôt possible, espère-t-on), tout le monde pourra chanter avec lui.”
Nicolas Tittley