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Le festival du Roussillon qui se déroule depuis 2022 à St Estève en septembre (prochaine édition dans quelques jours) s’est hissé d’emblée parmi les plus prestigieux et les plus courus des tournois européens. Ce n’est pas un hasard tant les organisateurs ont mis du cœur à l’ouvrage : des annonceurs trouvés en grand nombre, une promo assidue et sans relâche qui s’est avérée attractive pour tous les niveaux de joueurs, l’organisation d’évènements festifs et une palette de prix alléchante. Il n’y avait plus eu de grands tournois dans le département depuis une cinquantaine d’années, quand à 2 ou 3 reprises, Perpignan avait accueilli au palais des congrès une étape de ce qui s’appelait alors le Trophée Gitanes. Aujourd’hui, je ne suis qu’un simple participant à cette manifestation, joueur exilé qui se réjouit de cette renaissance et se remémore avec une certaine nostalgie le temps de mes débuts au bridge dans ma ville de naissance. Cela était arrivé par hasard; vers mes 18-20 ans je fréquentais un club de billard implanté au pied du Castillet, où avec un groupe de copains de mon âge et aussi de personnes plus âgées, nous jouions surtout aux cartes, belote, tarot, poker, bourre et toute sorte de jeux d’apéros. Le Bridge Club Catalan était alors installé tout près, à côté de « La Loge » et fréquenté, comme c’était le cas un peu partout, par des notables. Pour je ne sais plus quelles raisons, probablement économiques, il a dû un jour déménager et est venu partager nos locaux. Les 2 populations ont aimablement cohabité mais sans trop se mélanger, les écarts de statuts sociaux étant encore à cette époque un frein à la mixité. Il se trouve que j’avais quelques vagues notions de bridge pour avoir regardé dans mon enfance mon père pratiquer avec des amis du bridge de salon et, par curiosité et après avoir essayé de m’instruire par la lecture de quelques livres trouvés à la bibliothèque (La longue d’abord de Jais-Lahana , le Monaco de Ghestem, le langage des cartes de Delmouly) j’ai participé à quelques tournois de régularité avec quelques-uns de mes copains qui étaient toujours partants pour expérimenter un nouveau jeu de cartes. Pour moi, c’était surtout pendant les vacances car la semaine j’étais étudiant à Paris et le dimanche, je jouais au rugby avec le club de Canet. Finalement les piliers du club de bridge étaient plutôt accueillants, il y avait là le médecin Olivet, le directeur d’école d’agriculture Bazan, l’assureur Fauré, la présidente Mme Cazals, le pharmacien Rouzaud, le commerçant en matériel agricole Mercier et quelques autres dont Jean-Claude Sancho qui travaillait dans une banque et qui a été mon premier partenaire ou plutôt celui qui a pris l’initiative de me faire jouer avec lui. Mes premières compétitions étaient très espacées car je n’étais pas très disponible les week-ends et, quand cela arrivait, j’ignorais ce qu’elles étaient ni quel en était l’enjeu et je me contentais de m’appliquer à ne pas trop faire de bêtises. Petit à petit, j’ai été plus intégré dans le club et un jour le comité directeur a décidé qu’il serait bon, pour essayer de recruter, de se montrer dans le journal régional, L’Indépendant et j’ai été désigné pour y tenir une chronique. C’est ainsi que j’ai commencé à y publier tous les dimanches un problème de cartes qui me permettait, dans sa solution, de faire des digressions sur l’activité du club. Cela a dû commencer vers 1980 et a duré 1311 rubriques, tous les dimanches sauf quand le 1er mai tombait un dimanche. Ma rétribution consistait en un abonnement sine-die au journal que mon grand-père avait négocié avec le journal quand il avait appris que je le faisais pour rien. En fait, j’étais surtout fier d’avoir une activité dans mon pays natal dont j’avais dû m’éloigner à mon grand regret pour des raisons professionnelles. Tout cela prit fin au début des années 2000, la page jeu avec les rubriques dames, échecs et bridge tenues par des locaux a été abandonnée quand le journal a préféré la simplicité de l’abonnement aux pages du « prêt à imprimer » qui contiendraient désormais l’horoscope, la blague du jour, les conseils pour le choix des numéros de loto et d’autres choses du même acabit. Incidemment, mon abonnement gratuit au journal a aussi été interrompu et mon grand-père n’était plus là pour s’offusquer. J’ai continué à jouer pour le Bridge-Club Catalan jusqu’en 1983 quand mon employeur Météo-France a été délocalisé et que j’ai pu enfin me rapprocher un peu en venant à Toulouse et j’ai alors joué dans des équipes du club local. Le Bridge-club Catalan a ensuite connu des fortunes diverses qui l’ont conduit à déménager encore et à s’éloigner progressivement du centre-ville. Mes premiers partenaires d’alors, qui étaient sensiblement plus âgés que moi, sont tous disparus. Mais le renouveau symbolisé par l’émergence de ce nouveau festival du Roussillon est porteur d’espoir et je ne peux que lui souhaiter le succès grandissant qu’il mérite.