Nous sommes l’AIT

READ IN ENGLISH

L’AIT est une association internationale de travailleuses et de travailleurs révolutionnaires. Fondée à Berlin en 1922, elle lutte depuis plus d’un siècle, contre vents et marées, pour l’autogestion et l’organisation libertaire des travailleurs. Elle compte actuellement des organisations dans 21 pays et s’est étendue à de nouvelles régions du monde.

L’une des organisations les plus connues de notre Internationale est la CNT-AIT d’Espagne. Il y a quelques années, une faction de cette organisation a réussi, entre autres par des purges, à prendre le contrôle de fait de toutes les fonctions de plus en plus centralisées de l’organisation. Elle a également tenté, sans succès, de modifier le mode de votation de l’AIT pour enlever des voix à la majorité des sections de l’AIT et, en cas d’échec, de « relancer » l’AIT à huis clos avec seulement deux autres sections. Enfin, cette faction a lancé la Confédération internationale du travail (CIT), composée d’autres organisations ayant d’autres pratiques que l’AIT. La CNT-AIT demeure toujours la section espagnole de l’AIT, conservant les mêmes principes que la CNT-AIT d’avant les tentatives de réforme de l’organisation sur la base de principes différents.

Il faut souligner que la section espagnole du CIT, qui dispose d’avocats professionnels permanents, revendique le droit exclusif au nom CNT et à tous les biens qui ont été détenus par la CNT-AIT. Cette organisation a en effet volé les archives de l’AIT qu’elle conserve dans de mauvaises conditions dans un entrepôt à l’extérieur de Tolède, y refusant tout accès. Elle poursuit également de nombreux syndicats de la CNT-AIT ainsi qu’un athénée libertaire pour d’énormes sommes d’argent. La décision d’entamer ces poursuites a été prise par les avocats, et non par l’ensemble des membres, ce qui montre l’orientation autoritaire et verticale que le syndicat a prise. Ces poursuites seront entendues au tribunal en septembre prochain.

Cette organisation espagnole prétend notamment que la CNT-AIT ne peut pas s’appeler CNT-AIT parce que l’AIT n’existe pas.

Il s’agit là d’un mensonge très audacieux de la part de l’organisation espagnole du CIT, qui sait pertinemment que l’AIT existe et ce, depuis plus d’un siècle.

Nous imaginons, d’après les documents juridiques, que cette bande d’avocats sans scrupules tentera d’utiliser l’État pour mener sa guerre contre les anarcho-syndicalistes en Espagne en prétendant que l’AIT n’est pas enregistrée légalement en Espagne, alors que leur organisation respecte les lois de l’État, y compris en fournissant des informations à l’État sur leurs propres membres.

Le manque d’éthique de leurs arguments est consternant. D’autant plus que le nom CNT-AIT est également partagé par une autre organisation de l’AIT, la CNT-AIT France. C’est en France que de nombreux réfugiés de la CNT-AIT se sont rendus après l’arrivée au pouvoir de Franco et, pendant des années, cette organisation de camarades français a assuré la survie de l’AIT dans l’après-guerre. Nos camarades français ont également connu des changements organisationnels et il existe actuellement trois CNT différentes dans ce pays. Se font-elles des procès et prétendent-elles, comme les Espagnols, qu’elles « ne peuvent pas se développer » parce que les travailleurs confondent leurs organisations ? Bien entendu, ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une vindicte particulière contre notre section espagnole, la CNT-AIT d’Espagne, qui n’a pas suivi les personnes qui se considèrent comme l’avant-garde de leur organisation.

En tant qu’AIT, nous sommes tous et toutes solidaires de notre section, la CNT-AIT, que nous considérons comme la continuation de la CNT-AIT historique en Espagne. Nous exprimons également notre dégoût face aux mensonges éhontés de l’organisation espagnole de la CIT, qui utilise la logique de l’État et de l’étatisme et qui tente de prétendre que nous n’existons pas. Pour nous, c’est la confirmation absolue que ces personnes ont rompu avec l’éthique et les objectifs libertaires et qu’elles agissent contre ceux et celles qui adhèrent encore à cette éthique et ces objectifs libertaires. 

Nous sommes l’AIT et nous ne nous défilerons pas. Nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte sur la base des valeurs libertaires, à maintenir une structure horizontale forte en Espagne et à créer de nouvelles organisations dans le monde entier.

L’organisation espagnole de la CIT se plaint auprès des tribunaux de l’État que les travailleurs « confondent » leur organisation avec la CNT-AIT, que les travailleurs « veulent vraiment les rejoindre, mais qu’ils rejoignent la CNT-AIT à la place » et que cela les empêche de se développer. À quel point est-ce que ces personnes pensent vraiment que les travailleurs sont si stupides ? Nous n’avons pas ces préoccupations, car nous pensons que les personnes qui adhèrent à la CNT-AIT savent ce qu’elle est et ce qu’elle représente. En même temps, après avoir dû subir les affirmations pompeuses de cette faction en Espagne, qui prétend et a constamment prétendu que la CNT-AIT n’était qu’un petit groupe insignifiant de radicaux par rapport à leur puissante et nombreuse organisation, de telles affirmations soumises au tribunal montrent l’ampleur de l’hypocrisie à laquelle ils peuvent s’abaisser, et ce, en contredisant le discours qu’ils ont eux-elles même mis de l’avant dans l’espace public pendant plus d’une décennie.

Nous sommes l’AIT et nous savons ce que nous représentons et savons qui représente quoi en Espagne. Les tribunaux de l’État peuvent ne pas aimer le syndicat qui défend la révolution sociale dans ce pays, ils peuvent préférer les imposteurs légalistes édulcorés, ceux qui se plieront à leur autorité au bout du compte. Mais notre victoire est de maintenir nos principes, que personne n’a jamais réussi à nous enlever – sauf par des pelotons d’exécution – pas même une quelconque répression étatique.

Vive l’AIT et vive la CNT-AIT !

Secrétariat de l’AIT

« Ces conversations qui se perdent – quel héritage anarchosyndicaliste?» | Scott Nicholas Nappalos, 2013

Le chat dans la bibliothèque – Sempé

Traduction de Lost conversations – questionning the legacy of anarchosyndicalism de Scott Nicholas Nappalos, 2013

Il y a plus d’intérêt que jamais pour les syndicats anarchosyndicalistes, leur histoire et les leçons à tirer pour l’organisation dans le contexte actuel. À son apogée, l’anarchosyndicalisme a mobilisé des millions de travailleurs sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Bien que l’expérience espagnole à travers la CNT et la révolution de 1936 se démarque, l’anarchosyndicalisme était peut-être plus fort en Amérique latine et en Asie qu’en Europe. Malgré la profondeur de ces expériences et l’intérêt d’aujourd’hui, notre connaissance de l’anarchosyndicalisme est encore faible.

L’anarchosyndicalisme est généralement caractérisé par des principes et une forme d’organisation du syndicat anarchosyndicaliste. L’accent est souvent mis sur la démocratie, la solidarité et d’autres valeurs. Les aspects formels du syndicat tels que la démocratie directe, les sections autonomes, les fédérations, l’utilisation de l’action directe, etc., sont considérés comme porteurs d’un pouvoir inhérent garantissant la société future désirée. Le problème réside partiellement dans les anarchosyndicalistes que l’on trouve facilement en anglais. Par exemple, Rudolph Rocker, l’anarchosyndicaliste allemand qui a en quelque sorte popularisé le terme, écrit :

« Pour les anarchosyndicalistes, les syndicats ouvriers sont les germes les plus féconds d’une société future, l’école élémentaire du socialisme en général. Chaque nouvelle structure sociale crée ses propres organes dans le corps de l’ancien organisme ; sans ce prérequis, toute évolution sociale est impensable. Pour eux, l’éducation socialiste ne signifie pas la participation à la politique de pouvoir de l’État national, mais l’effort pour rendre claires aux travailleurs les connexions intrinsèques entre les problèmes sociaux par l’instruction technique et le développement de leurs capacités administratives, pour les préparer à leur rôle de remodelleurs de la vie économique et leur donner l’assurance morale requise pour l’exécution de leur tâche. Aucun corps social n’est mieux adapté à cette fin que l’organisation de lutte économique des travailleurs ; elle donne une direction précise à leurs activités sociales et renforce leur résistance dans la lutte immédiate pour les nécessités de la vie et la défense de leurs droits humains. » [i]

Si vous lisez le texte classique de Rudolph Rocker sur la question de l’anarcho-syndicalisme, il se concentre largement sur ces questions et encourage à envisager les choses de cette manière. [ii] Les adversaires amicaux de l’anarcho-syndicalisme encadrent également le débat autour de cette conception, par exemple : la critique de Malatesta du syndicalisme [iii] et avec lui la droite anarchiste qui propose de ne travailler que dans les plus grandes institutions établies, ainsi que les sections anti-syndicales de l’ultra-gauche marxiste. L’idéologie est-elle pertinente ou non ? Se concentrer uniquement sur la forme suffit-il ? Dans quelle mesure la forme rend-elle le mouvement syndicaliste ou non ? Les anarchosyndicalistes d’aujourd’hui encouragent souvent cette lecture. De nombreuses publications anarchosyndicalistes mettent fréquemment leur agitation en termes de mise en place de certaines structures ou de promotion d’idées libertaires.

Un des principaux problèmes pour évaluer cela est que l’histoire de l’anarchosyndicalisme est presque perdue. Même en ce qui concerne les expériences de la CNT dans la Révolution espagnole de 1936, soit lors du sommet historique de l’anarchisme, très peu a été traduit ou même étudié [iv]. Même en regardant simplement l’Espagne, les textes clés de l’expérience espagnole n’ont jamais été traduits en anglais. Considérez que nous n’avons aucun des travaux de la Fédération ibérique des jeunes libertaires (FIJL), qui ont adopté des positions similaires à celles des Amis de Durruti, aucun des textes originaux des Mujeres Libres, aucune des publications ou discussions des Amis de Durruti, ni même les plus grandes et meilleures histoires de cette révolte. Encore pire quand on regarde d’autres expériences. En Amérique du Sud, l’anarchisme était dominant dans le mouvement ouvrier à plusieurs périodes clés, mais nous n’avons essentiellement aucun des textes originaux ni même des traductions de cette histoire.

Prenons l’exemple de la FORA d’Argentine. Même en espagnol, la plupart des textes sont épuisés et il y a peu d’études même dans la langue originale. Les textes de Lopez Arango, Santillan, Gilimon et d’autres théoriciens clés de la FORA ne sont plus disponibles en espagnol à notre connaissance et, selon nos informations, n’ont jamais été traduits, bien qu’ils aient été au cœur de l’un des milieux anarchistes les plus vastes et les plus significatifs au monde! Dans de nombreux cas, même en espagnol, les textes originaux sont épuisés, et il n’existe pas d’archive en ligne comparable à ce qui est disponible en anglais grâce à des ressources telles que libcom.org. On sait encore moins de choses ou peu est traduit d’autres mouvements anarchosyndicalistes historiquement importants tels que l’USI italienne pendant les années rouges, les anarchosyndicalistes coréens et japonais, les syndicalistes sud-africains, ou même aux États-Unis, les sections en langues étrangères de l’IWW (dont beaucoup étaient idéologiquement anarchistes).

Au-delà des problèmes liés à la langue, les anarchosyndicalistes ont eu des difficultés à transmettre leur histoire. La plupart des anarchosyndicalistes n’étaient ni riches ni éduqués dans des grandes écoles, provenant du prolétariat mondial dans une mesure différente de nombreux autres mouvements de leur époque. Comme d’autres parties de l’ultra-gauche plus large, les mouvements anarchosyndicalistes ont manqué de soutien institutionnel (que ce soit de Moscou ou du monde académique) pour reproduire leurs œuvres, comptant plutôt sur les dons et le travail volontaire des travailleurs anarchistes. Leurs trésors restent souvent cachés en partie en raison de la nature prolétarienne du mouvement, du manque de théoriciens professionnels pour cataloguer et populariser ses perspectives, et d’une pénurie de ressources pour publier et distribuer leurs œuvres. Avec ces facteurs à l’esprit, lorsque nous adoptons une approche textuelle et historique de l’anarchosyndicalisme, elle est souvent basée sur des fragments, des pièces semi-aléatoires qui ont été traduites en anglais, et plus fréquemment encore sur les préjugés de commentateurs hostiles de la gauche officielle qui étaient opposés aux courants syndicalistes.

***

L’anarchosyndicalisme est généralement accusé d’avoir été uniquement préoccupé des enjeux liés aux lieux de travail et aux hommes. Un bref examen de l’histoire vient nuancer le portrait.

L’émancipation des femmes

Mujeres Libres, une organisation de femmes membres de la CNT visant à lutter contre le patriarcat et à développer ses propres militantes, se distingue comme l’un des mouvements féministes les plus avancés de l’histoire de la gauche dans son ensemble, et l’un qui a émergé au sein de l’anarchosyndicalisme comme une tentative d’élargir ses pratiques [v]. Bien que l’éducation populaire soit un sujet relativement populaire, bien peu a été fait pour approfondir les pratiques de capacitation mises de l’avant par les Mujeres Libres.  Leur approche consistait à augmenter les capacités des militantes à intervenir dans les luttes afin de lutter contre le patriarcat. La capacitation est un élément essentiel à la lutte qui offre une vision alternative de l’éducation, éloignée des pratiques élitistes et intellectualistes.

La capacitation a également été évoquée dans les écrits de la FORA et dans les débats au sein du mouvement anarchiste argentin du début du XXe siècle, bien que je n’aie pas pu trouver de discussion approfondie à ce sujet. En Argentine et au Chili, un mouvement féministe important a émergé, produisant ses propres interventions telles que des publications anarchistes communistes féminines, des sociétés de résistance spécifiques aux femmes et des luttes menées par des femmes. L’Uruguay, l’Argentine, le Chili et le Brésil ont tous connu des expériences visant à lutter contre le patriarcat et à construire des mouvements à la fois sur le lieu de travail et dans la communauté, dirigés par des femmes anarchosyndicalistes. [vi] [vii] [viii] En Allemagne, la FAU-D a tenté de construire des ligues féminines pour l’auto-éducation [ix]. Il n’y a presque rien en anglais sur ces luttes et le matériel est difficile à trouver en espagnol, sans parler du portugais ou de l’allemand. Les anarchosyndicalistes étaient aux prises avec le patriarcat dominant de leur époque et, dans des cas clés, ils étaient créatifs en essayant de le combattre et de construire une organisation prolétarienne des femmes. Une grande partie de cette histoire n’est pas reconnue, ni même connue au sein du mouvement anarchiste, ni étudiée.

Les luttes hors du milieu de travail

C’est la même chose pour les luttes hors du lieu de travail organisées par les syndicats anarchosyndicalistes. La grève des locataires de Buenos Aires de 1907 a été dirigée par certaines des sociétés de résistance des femmes et par des femmes dirigeantes au sein de la FORA. Impliquant peut-être des dizaines de milliers de locataires, elle était principalement dirigée par la FORA et représentait l’intervention de l’organisation dans la vie sociale au-delà des murs de l’usine alors que les loyers grimpaient de façon excessive à Buenos Aires [x]. En 1931, la CNT a mené à Barcelone une grève des loyers similaire contre les logements de plus en plus chers et insalubres. [xi] Les organisations anarchosyndicalistes d’aujourd’hui participent à des luttes à l’intérieur et à l’extérieur du lieu de travail, des luttes pour le logement aux transports et aux luttes autour des prestations sociales. Des groupes comme « Seattle Solidarity » et la « Solidarity Federation » du Royaume-Uni s’inspirent de l’anarchosyndicalisme pour mener des actions dans un cadre plus large de la vie de la classe ouvrière, sans se limiter aux murs des ateliers. Loin d’être une aberration, le mouvement anarchosyndicaliste n’avait pas une position aussi nette sur la centralité du lieu de travail que certains voudraient le faire croire.

Les syndicats

L’anarchosyndicalisme est souvent accusé de mettre trop d’emphase sur les syndicats et ainsi d’avoir les défauts que tous les syndicats sont censés avoir. Encore, l’histoire vient brouiller le tout car certains des groupes appelés « anarchosyndicalistes » demeuraient en fait ambigus sur ce mot ou allaient même jusqu’à rejeter l’étiquette de syndicat. Certains écrivains et orateurs de la FORA ont critiqué les étiquettes d’« anarchosyndicaliste », ou de « syndicat » attribuées à leur organisation, préférant l’appeler « organisation ouvrière communiste anarchiste » [xii]. Au Chili, en Uruguay et en Argentine, les organisations ouvrières anarchistes étaient construites de sociétés de résistance ou d’organisations de travailleurs basées sur la localité [xiii]. Il existait des organisations distinctes de métiers, et de sociétés de résistance mixtes. Même la CGT française est apparue d’abord à partir d’une fédération des bourses du Travail, des sociétés locales de travailleurs combinant culture, éducation et entraide mutuelle. La FORA elle-même est allée jusqu’à rejeter les divisions industrielles de la société capitaliste dans leur ensemble, et du même coup, tout rôle pour les syndicats après la révolution[xiv] [xv]. L’image simple des travailleurs syndicalistes révolutionnaires essayant de construire les structures de la société future devient plus compliquée quand on gratte un peu.

Si on y réfléchit, c’est logique. Tout mouvement qui regroupe des millions de personnes aura en son sein une richesse d’expériences et de perspectives conflictuelles qui rendent difficile l’application de cadres étroits. Cette histoire et ces débats au sein du mouvement anarchosyndicaliste ont largement été perdus et ignorés. Ses ennemis peuvent donc réduire sa portée et le caricaturer en un économisme ouvrier naïf.

Bien que les exemples plus hauts soient eux-mêmes limités, ils nous permettent de revoir ce que nous pensons de l’anarchosyndicalisme, de ses luttes et de nos propres pratiques dans les mouvements sociaux, dans l’idéologie politique et dans le chemin vers la libération. Les véritables avancées et leçons de l’anarchosyndicalisme restent largement inexploitées. Spécifiquement, très peu a été fait pour examiner la contribution des anarchosyndicalistes à la compréhension de la radicalisation des travailleurs-travailleuses, de la relation entre les idées et l’activité, et de la lutte contre la totalité de la vie de la classe ouvrière. Nous nous rendrions service en concevant l’anarchosyndicalisme comme une expérience large et globale qu’on ne peut réduire à des formules étroites, des structures ou à de simples moments particuliers. Notre propre défi aujourd’hui est de trouver notre chemin pour passer à travers ce labyrinthe qu’est notre monde en mutation. Au sein de nos luttes, résonnent toujours les expériences des anarchosyndicalistes.

[i] Rocker, R. Anarchism and Anarcho-syndicalism. http://libcom.org/library/anarchism-and-anarcho-syndicalism-rudolf-rocker

[ii] Rocker, R. Anarcho-syndicalism. http://libcom.org/library/anarcho-syndicalism-rudolf-rocker

[iii] Malatesta, E. (1925). Syndicalism and Anarchism. http://www.marxists.org/archive/malatesta/1925/04/syndic1.htm

[iv] The work of Michael Schmidt and Lucien van der Walt in Black Flame and Cartography of Revolutionary Anarchism both available from AK Press shed some much needed light on challenging a Spain and euro-centric view of anarchism.

[v] Acklesburg, M. (2004). Free Women of Spain. AK Press.

[vi] Maxine Molyneux’s 1997 Ni Dios, Ni Patrón, Ni Maridos: Feminismo anarquista en la Argentina del Siglo XIX. http://www.cnm.gov.ar/generarigualdad/attachments/article/199/Ni_Dios_ni_patron_ni_marido.pdf

[vii] Bellucci, Mabel. (1989). Anarquismo y Feminismo. El Movimiento de Mujeres Anarquistas con sus logros y desafíos hacia principios de siglo. Buenos Aires.

[viii] Valle Ferrer, Norma. (2004). Anarquismo y feminismo. La ideología de cuatro mujeres latinoamericanas de principios del siglo XX. Revista del Instituto de Cultura Puertorriqueña, Nº 9, junio. San Juan.

[ix] Solidarity Federation.  (2012). Fighting for Ourselves: Anarchosyndicalism and class struggle. Black Cat Press.

[x] On the Tenant’s Strike in Buenos Aires see Juan Suriano’s 1983 La huelga de inquilinos de 1907. CEAL.

[xi] Worker’s Solidarity Alliance. The Barcelona Mass Rent Strike of 1931. http://workersolidarity.org/archive/rentstrike1931.htm

[xii] Lopez Arango, E. (1925). Syndicalism and Anarchism. http://libcom.org/library/syndicalism-anarchism

[xiii] De Laforcade, Geoffroy. (2011). Federative Future: Resistance Societies, and the Subversion of Nationalism in the Early 20th-Century Anarchism of the Río de la Plata Region. E.I.A.L Vol. 22 (2). http://www1.tau.ac.il/eial/images/vn22n2/laforcade-v22n2.pdf

[xiv] Federación Obrera Regional Argentina. (1923). Memoria presentada por la F.O.R.A al Congreso de Berlin de la Asociación Internacional del Trabajadores A.I.T. http://fora-ait.com.ar/ait/index.php?text=presentacionFORA1923

[xv] Damier, Vadim. (2011). Anarcho-syndicalism in the 20th Century. Chapter 8. http://libcom.org/library/chapter-8-ideological-theoretical-discussions-anarcho-syndicalism-1920’s-1930’s

L’AIT dans le monde après la Deuxième Guerre mondiale | Rudolf Rocker (États-Unis, 1947)

Écrit en 1947 par Rocker, ce texte fait suite à sa brochure «Anarchisme et anarcho-syndicalisme» (Anarchismus und Anarcho-Syndikalismus). Cette traduction a été faite depuis la version originale allemande par le CEDAS-ASCED. Sauf erreur, ce texte est inédit en français. Bonne lecture!

Cet écrit a été publié il y a neuf ans, alors que la guerre civile espagnole touchait à sa fin. La défaite des ouvriers et des paysans espagnols par le fascisme après deux ans et demi de guerre civile détruisait le dernier espoir de s’opposer à la marée de la réaction en Europe. L’Espagne devint la Némésis du mouvement ouvrier européen et surtout du socialisme libertaire. Le peuple espagnol a dû mener presque seul sa lutte courageuse pour la liberté, la dignité humaine et la justice sociale, tandis que le monde entier assistait impassible à ce combat inégal. Les soi-disant démocraties occidentales ont refusé de fournir aux Espagnols le matériel de guerre dont ils avaient tant besoin dans leur lutte héroïque. Et le mouvement ouvrier organisé en Europe et en Amérique, démoralisé et fragmenté, est resté indifférent ou impuissant alors que tout se jouait en Europe. Il a payé cher sa passivité, car l’Espagne franquiste a ouvert la voie à la deuxième guerre mondiale et à ses terribles conséquences. Même Sumner Wells, l’ancien secrétaire d’État américain, a dû reconnaître que la politique de son pays à l’égard de l’Espagne durant ces années de décision était l’une des plus grandes erreurs que l’Amérique ait jamais commises.

Continuer la lecture de « L’AIT dans le monde après la Deuxième Guerre mondiale | Rudolf Rocker (États-Unis, 1947) »

Rapport sur le mouvement ouvrier chinois | Groupe pro-AIT en Chine

Texte écrit en mandarin et traduit en anglais le 23 janvier 2024 sur le site de l’Anarcho-Syndicalist Federation (Section australienne de l’AIT)

Rapport sur le mouvement ouvrier chinois

Par le groupe pro-AIT en Chine

Changement dans l’action ouvrière

Depuis les dix dernières années nous avons fait le suivi des statistiques des mouvements ouvriers de différentes régions et industries. Ce portrait révèle une situation sociale, politique et économique qui va au-delà du discours officiel. Il laisse aussi présager des changements futurs au sein du mouvement ouvrier.

Tout d’abord, la composition économique et le modèle de développement de la Chine ont subi des changements significatifs. Pendant plus de trois décennies, la Chine était dépendante de l’industrie manufacturière de faible coût destinée à l’exportation. On assiste à l’essor d’industries de services telles que les achats en ligne et la livraison de repas à l’aide de plateformes électroniques. En conséquence, de plus en plus de conflits de travail sont apparus dans des secteurs de services. Du service de la santé et de la restauration au service bancaire et financier, en passant par l’industrie du transport qui en découle, tel que le transport de marchandise.

Le 25 janvier 2021, des centaines d’infirmières de l’hôpital affilié à l’université de Yan’an (dans la province de Shaanxi) ont organisé un sit-in pour demander à l’hôpital une augmentation salariale et le paiement des pensions et de l’assurance médicale des employées. Le même mois, les coursiers de la société Best (dans la province de Hebei) se sont mis en grève parce que leurs patrons ne leur avaient pas payé leurs salaires. Des dizaines de milliers de colis non livrés se sont donc accumulés devant l’entrepôt sans que personne ne les ait livrés.

Si on peut constater que les conflits de travail dans les industries manufacturières traditionnelles stagnent, les conflits de travail dans les industries émergentes sont pour leur part de plus en plus fréquents.

Deuxièmement, depuis les années 1990, l’urbanisation et le développement économique des régions intérieures de la Chine, telles que le Sichuan et le Henan, se sont accélérés. Cela permet aux grandes entreprises des régions côtières d’avoir accès à un plus grand nombre de travailleurs-travailleuses. De plus, on observe aussi que les entreprises côtières se déploient à l’intérieur des terres. Donc les conflits de travail dans ces régions augmentent également.

Il fut un temps où Shenzhen était l’épicentre des manifestations ouvrières en Chine, mais les choses ont changées. En 2015, 75 manifestations ouvrières de l’industrie manufacturière ont été enregistrées à Shenzhen, ce qui représente 75 % de l’ensemble des actions ouvrières organisées de la ville cette année-là. Deux ans plus tard, en 2017, ce chiffre est tombé à 22 %, soit la moitié des actions organisées par des travailleurs-travailleuses de la ville cette année-là.

Enfin, les structures sociales traditionnelles liées au travail se sont effondrées. Les gens sont de plus en plus isolés socialement. De plus, la première génération de travailleurs-travailleuses migrants vieillit progressivement et le manque de main-d’œuvre s’accroît de jour en jour. Les systèmes de protection sociale tels que les pensions sont confrontés à des défis sans précédent. Depuis 2000, les usines ont remplacé les relations régionales et familiales sur lesquelles les travailleurs-travailleuses s’appuyaient autrefois, en leur offrant un lieu naturel de solidarité et de relations de réciprocité.

Continuer la lecture de « Rapport sur le mouvement ouvrier chinois | Groupe pro-AIT en Chine »

« À propos de l’anarcho-syndicalisme » par Esmeralda et JM

Cet article a été écrit à l’origine en anglais pour un public nord-américain dans le Anarchist Union Journal. Il faut savoir qu’en anglais, les termes ‘’syndicalism’’ et ‘’anarcho-syndicalism’’ sont souvent des synonymes, interchangeables, alors qu’en français on traduit plutôt ‘’syndicalism’’ par ‘’syndicalisme révolutionnaire’’. C’est donc plus facile en français de distinguer les deux termes. Dans le texte suivant, le mot ‘’syndicalism’’ est donc traduit par ‘’syndicalisme révolutionnaire’’.

Photo par Jordi Gili, 23 avril 2023
La Rosa de Foc est une librairie située à Barcelone.
Elle est proche de la CNT-AIT.

Qu’est-ce que l’anarchisme?

La liberté n’est possible que dans une société libre sans institutions sociales oppressives, telles que l’État et le capitalisme. Pour la plupart des anarchistes, cette société libre doit être une société communiste libertaire.

Mais pourquoi y a-t-il autant de tendances au sein de l’anarchisme ? Il y a par exemple les anarcho-syndicalistes, les néoplatformistes/l’especifismo, les individualistes, les insurrectionnalistes, les post-anarchistes, les anti-spécistes, etc. L’anarchisme peut sembler assez désordonné, voire même contradictoire parfois !

Qu’est-ce qui se cache derrière les différentes étiquettes de l’anarchisme ?

Ces différents types d’étiquettes anarchistes s’expliquent principalement par leurs différents discours et leurs différentes approches organisationnelles.

De quel discours s’agit-il ? Il suffit de se demander « Quelles sont les causes des inégalités et des oppressions ? »

Quelle est l’approche organisationnelle ? Il suffit de se demander « Quelles tactiques et organisations doivent être utilisées, ou non utilisées, et construites, ou non construites, afin de parvenir à une société libre ».

Quel est le discours anarcho-syndicaliste?

Le discours de l’anarcho-syndicalisme est que l’exploitation et l’oppression ont différents visages et niveaux. Les plus importants sont structurels au niveau de la société. Les inégalités et les oppressions subsisteront tant que notre société restera dans ces relations de pouvoir et ces hiérarchies structurelles. Les groupes les plus puissants de la société tirent leur pouvoir du capitalisme et de l’État, car ce sont les institutions les plus fortes qui maintiennent les structures de pouvoir et le statu quo.

Quelle est l’approche organisationnelle de l’anarcho-syndicalisme?

L’approche organisationnelle anarcho-syndicaliste consiste à s’impliquer dans un syndicat anarcho-syndicaliste ou à en construire un s’il n’y en a pas dans son milieu. Ces organisations sont basées sur la classe, ce qui signifie qu’elles sont ouvertes à tous les travailleurs, mais fonctionnent selon les principes anarcho-syndicalistes. La fédération anarcho-syndicaliste est composée à la fois de groupes communautaires de la classe ouvrière et de syndicats formés dans un milieu de travail.

Vous pourriez répondre qu’il s’agit alors de « syndicalisme révolutionnaire ».

En effet, certaines personnes utilisent les mots « syndicalisme révolutionnaire »[ou  »syndicalism » en anglais] et « anarcho-syndicalisme » comme s’il s’agissait de la même chose. Nous pensons au contraire que ces termes ne sont pas interchangeables de nos jours.

Qu’est-ce que le syndicalisme révolutionnaire?

Le mot anglais « syndicalism » vient du français « syndicalisme ». Il a été adopté dans les pays anglo-saxons en référence directe à la Confédération Générale du Travail (CGT) de France. En effet, la CGT (un syndicat) était alors célèbre pour son « syndicalisme révolutionnaire » pendant son époque glorieuse, autour de 1900. À cette époque, le syndicalisme d’action directe était basé sur la Charte d’Amiens dans laquelle les anarchistes avaient fait des compromis politiques afin d’établir une ligne commune avec les socialistes.

Selon cette charte, les syndicats sont associés entre eux par type d’industrie. Le syndicat industriel sera la structure qui remplacera le capitalisme. La charte stipule que les partis politiques sont légitimes, mais doivent garder leur influence en dehors du syndicat.

À l’époque, les socialistes et les anarchistes pouvaient être « syndicalistes révolutionnaires ». Les soi-disant « communistes » (alias les bolcheviks) étaient également des syndicalistes révolutionnaires. Le syndicalisme révolutionnaire actuel demeure encore un mélange de marxisme et d’anarchisme comme il l’était en 1905, c’est-à-dire basé sur l’apolitisme, la lutte de la classe ouvrière, l’action directe, l’autonomie de la classe ouvrière, le fédéralisme… et affirmant un projet révolutionnaire flou.

Qu’est-ce que l’anarcho-syndicalisme?

Nous devons le mot ‘’anarcho-syndicalisme’’ à Sam Mainwaring qui vivait en Angleterre dans les années 1890. Peu de temps après en 1907, en Russie, ce mot est également apparu dans les écrits d’un auteur ouvrier appelé Novomirsky. À l’époque, il n’était pas utilisé pour parler d’un mouvement, mais pour désigner des anarchistes qui s’engageaient à titre individuel dans des syndicats. L’anarcho-syndicalisme en tant que mouvement est né d’une scission au sein du mouvement syndicaliste révolutionnaire à la suite de la mainmise des bolcheviks sur la révolution russe. Les syndicalistes révolutionnaires pro-Moscou, qui ont finalement été absorbés par le parti communiste, méprisaient les autres syndicalistes révolutionnaires, en les appelant avec mépris « anarcho-syndicalistes ». Les syndicalistes révolutionnaires qui s’opposaient à l’Internationale Syndicale Rouge (ISR) de Moscou ont fondé en 1922 l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), qui existe encore aujourd’hui.

La charte de l’AIT, rédigée à l’origine par Rudolf Rocker, peut être considérée comme un texte fondamental de l’anarcho-syndicalisme.

L’AIT a quand même maintenu dans sa charte le terme « syndicalisme révolutionnaire » jusqu’en 2022, l’année où son congrès a décidé de le remplacer par « anarcho-syndicalisme ».

Un autre texte fondamental est la « Charte de Paris », rédigée par la Confédération Nationale du Travail (CNT) de France en 1946. Cette charte peut être considérée comme une mise à jour sans concession de la « Charte d’Amiens », car les syndicats s’opposent désormais à tout parti politique et de promouvoir plutôt la « marche vers le communisme libre ».

Ramener  l’ ‘’anarcho’’ dans l’anarcho-syndicalisme

Comme on peut le lire dans les statuts de l’AIT et dans la Charte de Paris, les organisations anarcho-syndicalistes se distinguent du syndicalisme révolutionnaire par  :

1) l’opposition face à tout parti politique et la promotion active du communisme anarchiste au sein de la classe ouvrière

2) le rejet de toute collaboration et participation avec des organisations faussement « révolutionnaires », tels que les États  »transitoires » ou autres organisations réformistes ou autoritaires

3) le refus de toute forme de centralisation, donc souvent le rejet aussi du rôle central des syndicats et de l’industrie dans la société actuelle et future (Guinchard, 2014).

Construire un mouvement et une organisation anarcho-syndicaliste aux États-Unis et au Canada représentera une amélioration pour notre activisme social et pour notre mouvement. Avec sa structure fédéraliste, l’AIT permet à tous les syndicats du monde de demeurer égaux, car son congrès n’est pas régi par un système de vote proportionnel. Faire partie de l’AIT, c’est être en contact direct et en solidarité avec des groupes d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Europe. Tous les groupes de l’AIT sont intéressés par la diffusion d’idées communistes libertaires et par l’organisation des luttes ouvrières. Les dynamiques entre groupes permettent aussi le partage de ressources communes, d’expériences concrètes d’action directe et de stratégie. Si vous souhaitez savoir comment participer à la construction de groupes affiliés à l’AIT aux États-Unis et au Canada, vous pouvez contacter le ‘’Journal anarcho-syndicaliste’’.

Référence:

Guinchard, F. (2014). The Birth of an International Anarcho-syndicalist Current. Workers of the World, 4, 150-171.

« À bas les armes – À bas les marteaux ! » | Discours de Rudolf Rocker pour l’abolition de l’industrie de l’armement

Image tirée de Partage-Noir.fr

Lors de nos congrès mondiaux, nous avons prêché l’amour fraternel, mais nos baisers fraternels étaient des baisers de Judas, car nous avons équipé, équipé encore et encore les arsenaux de la mort, les ateliers du génocide systématique. Nous criions « À bas les armes ! » mais nous n’avions pas le courage moral de baisser les marteaux qui forgeaient les armes. […]


Ne fabriquons plus d’instruments de meurtre ! Ne fournissons plus de canons à l’État ! Ne mettons pas l’arme du crime dans la main des assassins froids ! Veillons à ce que les entreprises de destruction et d’horrible boucherie humaine se transforment en entreprises de travail bénéfique et pacifique. […]


Si l’on peut voir dans le slogan « À bas les armes » un produit de l’idéologie bourgeoise, personne ne peut nier que le cri « À bas les marteaux ! » est le slogan prolétarien le plus original qui soit.
– Rudolf Rocker

Pour découvrir qui était Rudolf Rocker, consultez ce texte et visionnez ce film biographique en ligne

« À bas les armes – À bas les marteaux ! »

Discours du camarade Rocker (Berlin) tenu lors de la conférence du Reich des travailleurs de l’armement d’Allemagne du 18 au 22 mars 1919 à Erfurt

Remarque préliminaire de la rédaction

L’auteur du discours ci-dessous, reproduit avec quelques coupures, Rudolf Rocker (1873-1958), est considéré comme le principal théoricien de l’anarcho-syndicalisme allemand de l’époque de Weimar. À propos de la conférence du Reich des ouvriers de l’armement, qui était probablement une manifestation de syndicalistes, nous n’avons malheureusement rien pu apprendre de plus précis, malgré des recherches intensives ; cela est peut-être dû – du moins en partie – à la sélection politiquement motivée de l’historiographie. Rocker a probablement été proposé comme orateur par les camarades de la « Fédération libre des syndicats allemands », qui avaient une influence dans les usines d’armes et de munitions de Suhl et de Zella-Mehlis.

Nous considérons ce discours comme un exemple frappant de pacifisme prolétarien, qui n’est pas du tout resté confiné aux syndicalistes. Nous considérons la reproduction de ce document historique comme une incitation à poursuivre l’étude de l’histoire des mouvements antimilitaristes-pacifistes. Le choix s’est porté sur ce texte non seulement parce qu’il est pratiquement inconnu et n’est plus accessible au grand public, et encore moins parce que nous le considérons comme l’expression de la tendance politique de l’époque. Nous voulons plutôt, à travers sa publication, attirer l’attention sur le fait que l’histoire de l’antimilitarisme prolétarien se compose de bien plus que des quelques discours de Liebknecht et de Lénine, toujours cités.

Le discours de Rocker et l’approbation sans équivoque qu’il a suscitée sont une expression particulièrement marquante de l’état d’esprit qui régnait après la guerre impérialiste mondiale et l’effondrement de l’Empire wilhelmien avait touché de larges cercles du prolétariat allemand. Dès novembre 1918, de nombreuses entreprises d’armement avaient dû abandonner la production d’armes de guerre au profit de la production de paix, soit sous la pression des ouvriers, soit sous leur propre direction (cf. Dieter Baudis, Revolution und Konterrevolution im Kampf um die Betriebe, Jahrbuch für Wirtschaftsgeschichte 1968, p. 125-75). Le discours de Rocker se rattache à ces tendances, à une époque où les acquis de la révolution étaient réprimés dans le sang par les corps francs d’extrême droite.

Continuer la lecture de « « À bas les armes – À bas les marteaux ! » | Discours de Rudolf Rocker pour l’abolition de l’industrie de l’armement »

New strikes and protests in Russia (CRAS-IWA)

The Confederation of Revolutionary Anarcho-Syndicalists (CRAS) is a working class initiative that takes the position of the anarchist labor movement. Section of the International Workers’ Association (I.A.T.) in the Russian region. Source: https://aitrus.info/node/6180
[Machine translation]

No matter how hard the Russian ruling classes try to achieve “national unity” under the pretext of a “military operation,” the mood of the working people is far from the imaginary “unanimous support” of the authorities. Sporadic strikes and local protests continued to break out in various parts of the country in October and November. The population’s dissatisfaction is caused by a general deterioration in the socio-economic situation.

As is clear from the results of a survey conducted by specialists from the online recruiting platform hh.ru, about 45% of Russians are faced with the fact that their salaries are not enough to meet basic needs (in 2021, only 25% of respondents faced the same shortage of funds) . Another 36% of survey participants said that their income barely covers basic needs (two years ago, 39% of respondents gave this assessment of their financial condition). Now only 20% of Russians receive a salary that is enough for everything they need, while in 2021 there were 36% ( https://news.ru/society/polovina-rossiyan-stolknulas-s-nehvatkoj-deneg-n. .. ).

In this situation, it is not surprising that people continue to protest for a variety of reasons: from non-payment of wages to destruction of the environment and their living conditions.

Altai

Hundreds of Pavlovsk residents gathered on November 25 at the village stadium for a rally against the construction of a landfill. Participants demanded that another location for the dump be chosen. According to those present, the appearance of the complex will worsen the environmental situation. People doubted that the authorities had carried out the necessary studies before developing the landfill project. They threatened to recall deputies who would support the project and called for the introduction of a separate waste collection system in all cities of the region to solve the garbage problem. A week before the rally, local activists collected 2.5 thousand signatures against the construction of the landfill ( https://t.me/kprfaltay/4242 )

Astrakhan region

On November 22, workers at the Kozlovo water station in the Volodarsky district stopped working due to non-payment of wages for 4 months. As a result, water supply was limited in the villages of Paromny, Volodarsky, and the villages of Kozlovo, Marfino, Vatazhka, Kudrino, Kzyl-Tan, Dianovka. The head of the district managed to achieve the launch of water after negotiations with the head and employees of the Central Vodokanal ( https://astrakhan.su/news/housing/v-volodarskom-rajone-otklyuchili-holod… )

Bashkortostan

Residents of four villages are planning a public rally against flagstone mining. They asked the head of the Kalchurovsky village council to coordinate the gathering. But the head said that the two places allocated for quarries are not included in the village council. Activists found maps and were convinced that the lands belonged to their settlement and the Temasovsky village council. ( https://t.me/baymabzelil/1411 ). Let us recall that in May, more than a thousand residents of the region held a public gathering against gold mining on the Irandyk mountain range, after which others followed. They re-elected the head of the village of Ishmurzino, although the authorities called it illegal. In June, the company abandoned gold mining in the area.

Ivanovo region

Protesters against the construction of a landfill in the vicinity of Shuya took to the regional highway, pasted over cars with leaflets and stickers with a link to a petition for refusing to place waste in the area ( https://vk.com/info37?w=wall-69296730_2324221 ). Activists declared the protest indefinite and called on other drivers to join it. Local residents reported that traffic police blocked the highway. A petition against the construction of the landfill has collected 3.3 thousand signatures. Local residents said that the appearance of the landfill would leave Shuya and dozens of settlements in the vicinity of the city without clean water. Protesters accused officials of trying to hide the start of construction; they only learned about the project during a public hearing on October 19.

Irkutsk region

We have already reported on protests by shift workers of the Grand Stroy company who worked at Gazprom’s Kovyktinskoye field and did not receive wages for months ( https://aitrus.info/node/6164 ). Driven to despair, they declared their readiness to block the highway due to salary arrears ( https://iznanka.news/articles/Vazhnoe/Vakhtoviki-grozyat-perekryt-trassu… ). Only after this did the prosecutor’s office force the employer to repay in full the debt of 119 employees of the construction company in the amount of more than 8 million rubles ( https://vk.com/wall-213632682_1511 )

Orenburg region

Shift workers hired to overhaul the gas plant refused to go to work. The reason for the strike was non-payment of wages. The contract with the Yekaterinburg company SMT for carrying out the work was concluded by the GSP Remont society, part of the Gazstroy group of companies ( https://orengrad.ru/obshhestvo/v-orenburge-bastuyut-vahtoviki-priehavshi… ). Some of the workers did not wait for unpaid wages and went home. They told journalists that they saw no point in sitting in a hotel, wasting time waiting for their salary. While those who live in the Orenburg region are leaving ( https://orenday.ru/news/201123164523 )

Leningrad region

On November 15, a strike occurred at the Vyborg shipyard. Workers in hard hats and overalls gathered on the site in front of the plant building and in one of the rooms and began to voice complaints against management. According to the VKontakte public page of the publication « Requisite Vyborg », the company’s employees are demanding an explanation about the significant reduction in salaries. “Employees were asked to return to work, they were promised to review the protocol and schedule a separate meeting to answer all their questions.” The protocol contained questions to the leadership based on the results of a kind of strike. The production director, who came out to the audience, accepted the protocol. A general meeting of the labor collective is scheduled to be held ( https://47news.ru/articles/241012/ ).

Petersburg

Deliverers of medium-sized and large-sized goods from the Sber online service went on strike against a reduction in their wages. The strike began on the morning of November 18. Dozens of minibuses and Gazelles stood near the Sber Logistics warehouse building at 26 Moskovskoye Shosse, blocking the exits. As one driver said, the money given to them on payday caused widespread disappointment. Before this, Sber employees received 1,000 rubles for the delivery of one large item, but now the prices have changed. Many were not given the amounts they expected. “This was explained by the fact that a new program has started working, which calculates the weight of the goods and its dimensions differently. Roughly speaking, those who were supposed to receive 50,000 rubles per week received a maximum of 30,000. We were presented with a fact: either you agree to the conditions, or you can quit, since no one is holding anyone here,” the employee described the situation ( https: //megapolisonline.ru/voditeli-sbermarketa-ustroili-zabastovku-v-sh… ). According to workers, couriers received a salary 20-30 thousand less than expected due to a change in the algorithm for calculating the weight and dimensions of goods, and those who were dissatisfied were asked to look for another job. Negotiations began between the protest participants and the management, and the strikers were promised a recalculation, after which they parted ways ( https://megapolisonline.ru/bastovavshie-voditeli-sbermarketa-razoshlis-s… )

Rostov region

Residents of the Krasnokrymsky rural settlement tried to organize a protest rally against uncontrolled development, a faulty housing and communal services system and the lack of a water protection zone near the rivers. The villagers wanted to collect signatures under a list of demands to the district authorities ( https://161.ru/text/gorod/2023/11/05/72884930/?utm_source=telegram&utm_m… ). The meeting was supposed to take place on November 5 in the village of Chaltyr, where the district administration building is located. But the administration of the Chaltyrsky rural settlement wrote in an official response that “there are now many bots and people running who, under different nicknames and avatars, are exciting the people.” According to officials, there is no need to hold a rally, since “the SVO is now underway.” The head of the settlement, Dzadur Tyzykhyan, tried three times to get permission to hold a rally, but was refused each time, and on the eve of the planned rally he was summoned to the police for a “conversation” about the inadmissibility of the protest.

Sverdlovsk region

On October 15, residents of the city of Sysert went out on a picket against the construction of a landfill. Several dozen townspeople gathered there. The authorities banned the rally, so the participants had to speak without microphones ( https://t.me/ve4ved/70407 ). The fight against the landfill project has been going on since at least the spring of 2023. Her opponents collected thousands of signatures and have already organized protests ( https://aitrus.info/node/6169 ). Under pressure from the protests, deputies of the regional Legislative Assembly were also forced to “move.” In September, after an appeal from deputies, Rosselkhoznadzor confirmed that Agropromkredit Bank, which owns the land, violated the rules for using the site. The department issued a warning to the owner of the territory. After the picket on October 15, a group of deputies demanded the confiscation of the land allocated for the landfill ( https://vk.com/kprfekb?w=wall-8986414_45903 ).

Udmurtia

Residents of Izhevsk are protesting against the placement of military factories for the production of drones among urban development. Three city shopping and entertainment centers have already been converted for this production ( https://newizv.ru/news/2023-09-15/konets-filmov-v-izhevske-tretiy-tts-za… ). Dozens of graffiti appeared on the walls of buildings, fences and asphalt as a sign of protest ( https://m.vk.com/wall-61949408_43315?post_add )

Yakutia

On November 16, workers at the Inaglinsky mining and processing plant (part of the Kolmar company) held a one-day strike. “People are paid pennies, they are not paid extra, the workload is heavy, the drivers charge more than the norm (it’s illegal according to the Labor Code of the Russian Federation!), there are endless problems with buses, they arrive from the day shift as early as 10 p.m., people couldn’t stand it, after yesterday’s salary, they went on strike for Kolmar. The cars just stood there and the bosses arrived. And now the strikers will simply be fired, because they will find a reason. Aren’t they right?! Just a cry from the heart! “Kolmar will get away with it again!” the miners said. The strike occurred after the payment of wages (an average of 80 thousand rubles was issued), which was obviously incomplete. The management promised to pay off the debts by December 1, and a meeting will be held at the enterprise in connection with the incident ( https://1sn.ru/platyat-kopeiki-v-yakutii-rabotniki-kolmara-proveli-odnod… )

La CNT et l’anarcho-féminisme (Espagne, 2011)

En tant que travailleuses qui luttent pour notre dignité personnelle, sociale et professionnelle, nous devons nous unir et nous entraider pour contrer l’esprit de compétition du néolibéralisme. Nous devons nous organiser et lutter pour faire appliquer les droits que nous avons gagnés et pour conquérir ceux qu’il nous reste à gagner.

Par la «Federación Comarcal Sur de Villaverde» de la CNT espagnole en 2011

Tout au long de l’histoire, les êtres humains ont subi des traitements brutaux sur la base de leur classe, de leur race, de leur couleur, de leur orientation sexuelle et de leur genre. Dans ce dernier, on trouve du machisme et de la misandrie, le patriarcat et le féminisme. Certains portent atteinte à la dignité des femmes. C’est le cas du machisme et du patriarcat. La misandrie pour sa part est le bourreau à l’envers, par imitation. De son côté, le féminisme est une forme de lutte pour l’équité. La personne qui se définit, indépendamment de son sexe, comme féministe, doit prôner l’autoréalisation de l’être humain et doit lutter contre toutes les phénomènes patriarcaux de notre système absurde.

Il existe une posture capable de fournir des outils constructifs à toute personne, femme ou homme, qui décide de faire quelque chose pour se prendre en main : l’ANARCHO-FEMINISME. Cela implique l’épanouissement et la dignité pour toute personne sur le plan personnel, social, culturel et au travail… dans une lutte contre le capital, l’État, l’Église et le patriarcat.

L’anarcho-féminisme ne partage pas la position des femmes qui pensent avoir progressé individuellement et collectivement lorsque, dans leur travail, elles assument des rôles qui étaient auparavant assumés par des hommes qui imposaient leur pouvoir. C’est le cas des cadres agressifs, des directeurs autoritaires, des militaires, des policiers et de tous ceux qui font partie d’organes répressifs. Le pouvoir implique à la fois des victimes et des bourreaux. Il oscille en fonction des intérêts. N’en soyez pas l’esclave. Regardez-vous et acceptez-vous comme vous êtes. Vous n’avez pas besoin d’écraser qui que ce soit pour vous sentir vivant. Ne vous laissez pas écraser par qui que ce soit qui cherche à se sentir moins mort.

L’anarcho-féminisme ne partage pas non plus l’argument des travailleuses qui considèrent leur salaire comme un simple complément de redevenus du foyer. Nous, travailleuses, accomplissons du travail au sein d’un système, avec lequel nous pouvons être d’accord ou pas, mais auquel nous contribuons inévitablement, et dans lequel nous devons inévitablement survivre, alors exigeons pour vivre que notre salaire nous permette d’être indépendantes. La sécurité économique nous aidera à atteindre l’autonomie personnelle et contribuera à notre épanouissement.

Nous faisons face de plus à un système qui prône une apparence esthétique irréprochable selon des standards de beauté établis. Ce qui donne lieu à des discriminations sur les lieux de travail pour des raisons esthétiques, chez les deux sexes, mais plus encore chez le sexe féminin. Dans une journée normale, demandons-nous combien de fois voyons-nous de vendeuses, d’assistantes administratives, d’économistes de banque, de politiciennes, de personnelles de télévision… qui sont corpulentes, sans maquillage et avec une simple coiffure faite maison?

En tant que travailleuses qui luttent pour notre dignité personnelle, sociale et professionnelle, nous devons nous unir et nous entraider pour contrer l’esprit de compétition du néolibéralisme. Nous devons nous organiser et lutter pour faire appliquer les droits que nous avons gagnés et pour conquérir ceux qu’il nous reste à gagner.

En parallèle, il y a une autre posture, qui peut également doter d’outils constructifs pour les hommes et les femmes qui travaillent : l’ANARCOSYNDICALISME. Cela s’incarne dans une organisation où, en assemblée et en solidarité, les travailleurs-travailleuses, quelles que soient leur classe, leur race, leur orientation sexuelle, couleur ou genre participes et agissent sur leur propre vie. Cette organisation, la CNT, est un outil anarcho-syndicaliste en lutte depuis 1910.

Le portait actuel des conditions de travail et sociales de nombreuses femmes peut se résumer à: des salaires inférieurs, des emplois temporaires et précaires, des pertes d’emploi, des charges familiales et domestiques plus élevées, la vulnérabilité face au harcèlement moral, sexiste et machiste.

Camarades, hommes et femmes, poursuivons la lutte pour faire de l’équité, de la solidarité et de la liberté une réalité dans nos vies.

Denouncing sexual harassment is not a crime

First published in French on L’Affranchi.info
Impunity… that’s what sexual harassers and abusers expect. In Spain – as in many other countries – judges often rule in their favor. The forced kiss imposed on the women’s team striker by Luis Rubiales, President of the Spanish Football Federation, is just the tip of the iceberg of a macho and authoritarian “culture” present in many circles. As one post on social networks put it: “If a world champion has to put up with this, imagine a waitress. ”

When a female worker tries to assert her rights by denouncing her hierarchical superior, the situation often backfires. In 2021, in Granada, a sommelier at FRANKFURT’S BOCANEGRA bar denounced the manager who, among other offenses, had sent her a photo of a penis in response to a question about working hours. Supported by the CNT-AIT trade union, the harassment she had suffered was denounced in court, but the judge ruled that the evidence provided was insufficient, and the case is currently under appeal.

Following this initial ruling, the manager and the company filed a complaint against the worker and the union secretary for defamation. Both face fines of 30,000 euros and two years’ imprisonment. CNT-AIT activists, supported by other trade unionists and activists from the Unitary Feminist Assembly, have already set up several “information pickets” in front of the establishment. This mobilization continues.

Continuer la lecture de « Denouncing sexual harassment is not a crime »

A new rupture in Spanish anarcho-syndicalism

[Translator note: in the following article the International Workers Association is “IWA”, but also “AIT”, which stands for Asociación Internacional de Trabajadores in Spanish. Therefore in Spain, the IWA affiliate is called CNT-AIT ]

Spanish anarcho-syndicalism has experienced a new rupture. The crisis had been brewing for a long time. It came to an end between 2015 and 2017. The CNT-AIT and CNT-CIT (or CNT©1) are now two distinct organizations. In the international libertarian movement, this conflict is little known, or it is observed with irony and condescension: a ridiculous battle over the CNT acronyms, when there are many other more urgent battles to be fought…

It’s not that simple. CNT-CIT, which registered the CNT acronym as a trademark (hence the ©), is engaged in a legal battle of rare violence against CNT-AIT. At the time of writing, the CNT© is taking eighteen CNT-AIT unions to court, claiming damages of 50,000 euros each for the use of the CNT acronym; the premises and other resources of these unions could be seized (even if they change their name) as « property » of the CNT; several CNT-AIT members could be imprisoned as a result of these lawsuits.

The venture to capture the CNT-AIT’s heritage is the result of long-standing maneuvers, to which we’ll have occasion to return. What we need to know at the outset is that the operation has taken on an international dimension with the process that led to the creation of the International Confederation of Labor (ICL) [TN: or Confederación Internacional del Trabajo, “CIT”, in Spanish. Hence “CNT-CIT”] founded in Parma (Italy) in May 2018.

Let’s go back a bit. In December 2015, in Zaragoza, at the CNT Congress (known as the Congress of Empty Chairs, because many delegates didn’t attend), the men and women who were to head the future CNT© put forward the idea that the IWA should be overhauled. What they didn’t like about the IWA was the excessive number of small sections, particularly those from the former Eastern bloc.

Continuer la lecture de « A new rupture in Spanish anarcho-syndicalism »