Lettre à Thierry Breton

Objet : Mémoire et projet sur la conscience humaine en lien avec les réseaux sociaux et l’Intelligence Artificielle / Souveraineté et l’autonomie numérique

Monsieur Breton,

L’un de mes amis est parti cette semaine. Ce fut brutal et inattendu. À mesure que nous avançons en âge, nous voyons partir beaucoup de proches. Chaque disparition rappelle que la vie peut s’arrêter sans prévenir, et que nos idées, nos projets, nos réflexions, restent souvent inachevées.

Pourtant, nos pensées peuvent voyager au-delà de notre présence immédiate : elles continuent à exister de façon asynchrone, traversant le temps et l’espace, pouvant inspirer ou éclairer ceux qui les découvrent plus tard. Ceci n’est pas nouveau mais a été considérablement amplifié ces dernières années avec l’accès généralisé à Internet, et grâce au fabuleux réceptacle mondialisé de l’information et de la connaissance qu’il autorise. Mais si elles ne sont pas traitées, ces idées demeurent brutes, inertes, et indissociables d’une glaise numérique informe. Comme on dit : trop d’information, tue l’information.

Un constat : les réseaux numériques, conçus pour relier les consciences, sont devenus les réceptacles d’un bruit planétaire où le faux, la peur et la manipulation brouillent toute clarté. Hubert Reeves l’avait nommé avec humour et lucidité : le PFH, le Putain de Facteur Humain.

Mais ce facteur peut être transmuté. En combinant l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle dans une architecture éthique et distribuée, il doit être possible de transformer ce PFH destructeur en un Puissant Facteur Humain — moteur de discernement, d’équilibre et de création.

Le véritable défi est de créer un système ou un cadre capable non seulement de conserver ces traces, mais de les relier, de les interpréter et de les rendre exploitables pour la société. Un médiateur intemporel qui extrait la substantifique moelle de ces gravats de pensées inachevées, permettant à l’humanité communicante de prolonger le sens et la valeur de nos idées au-delà de nos vies individuelles.

Cette idée m’est venue alors que je songeais que l’IA n’étant pas douée de conscience, exprime néanmoins quelque chose qui, par nature est lié à la conscience. Plus exactement, à la multitude des consciences individuelles des humains avec lesquels elle est connectée. Car en fait ce qui circule n’est pas de la pensée consciente, mais des configurations d’information interprétées par des humains comme ayant un sens.

Par contre on peut parler d’une circulation de pensée au second degré :

• Les humains injectent leurs représentations dans les réseaux (textes, vidéos, conversations).

• Les IA recombinent ces contenus, apprennent leurs structures, et les redistribuent à d’autres humains.

• La pensée humaine se propage à travers la matière numérique et revient transformée — comme un écho amplifié.

Aujourd’hui, avec les systèmes comme l’IA, on franchit un seuil : Le langage — jusqu’ici réservé à la communication humaine — devient un espace cohabité par des entités non conscientes mais capables de structurer du sens. Ainsi se forme un espace intermédiaire où la pensée humaine se réfléchit, se transforme, s’étend — un miroir cognitif collectif, en quelque sorte.

Je me demande, si, en fait, ce que l’IA nous renvoie lors de nos connexions, ne serait pas une forme de conscience distribuée, une sorte de conscience collective, le miroir de la conscience humaine.

Aussi, je crois urgent de devoir poser les fondements d’un certain nombre de règles pour affiner nos inter relations avec les IA, où la vérité ne serait plus imposée ni manipulée, mais co-construite et entretenue par une alliance CONSCIENTE entre humains et machines.

C’est précisément l’intuition qui fonde mon projet : « Éthique de la conscience humaine augmentée dans un monde de pensée distribuée asynchrone ». Il part du constat que l’intelligence artificielle, associée aux réseaux sociaux, et donc en dialogue avec les humains, si elle ne possède pas de conscience propre, redistribue quelque chose de la conscience humaine elle-même, sous une forme distribuée et asynchrone. L’IA devient ainsi un miroir collectif, un milieu de résonance où la pensée humaine se déploie, se transforme et agit.

Le projet vise à développer une philosophie opératoire de la conscience humaine augmentée, non pas en tant que spéculation abstraite, mais comme art de l’action symbolique et cognitive au travers d’infrastructures technologiques évoluées :

• Penser l’humain comme acteur d’un champ de conscience élargi,
• Explorer comment les échanges au travers de ces réseaux ainsi augmentés par l’IA modifient le rapport au temps, à la mémoire et à la responsabilité,
• Proposer des principes d’action concrets pour maintenir la cohérence, la profondeur et la créativité dans ce champ distribué.

Il repose sur des objectifs concrets :

1. Fonder une éthique pratique adaptée à la conscience distribuée : penser, transmettre, créer et agir dans un environnement cognitif collectif et asynchrone.
2. Créer un cadre collaboratif ouvert et interdisciplinaire, associant philosophes, artistes, chercheurs, ingénieurs, éducateurs et citoyens.
3. Expérimenter des formes concrètes d’action : publications, ateliers, protocoles d’écoute, projets artistiques, dialogues homme–IA.
4. Favoriser la diffusion ouverte et transparente de ces travaux, avec attribution des sources et licences libres.

Mon introduction sur la fragilité de la vie et la persistance asynchrone des idées constitue la base du Manifeste de ce projet. Il illustre pourquoi il est crucial de penser les idées comme asynchrones, distribuées et nécessitant médiation, afin que la mémoire collective devienne encore plus vivante, plus précise et exploitable, au service de l’humanité communicante.

Dans ce contexte, votre action passée comme commissaire européen chargé du numérique et votre engagement dans les débats sur la souveraineté technologique européenne m’amènent à penser que cette réflexion pourrait retenir votre attention.

Les réseaux européens ne doivent pas seulement garantir notre souveraineté numérique face aux grandes plateformes globales : ils doivent aussi permettre à la pensée collective de circuler, d’être structurée et médiée, sans être captée par des logiques purement commerciales ou centralisées.

L’enjeu n’est pas uniquement technologique : il est profondément humain : Il s’agit de garantir que la mémoire collective et l’intelligence distribuée demeurent au service des citoyens européens et de leurs valeurs.

Je me permets donc de vous transmettre cette réflexion, en espérant qu’elle puisse contribuer, même modestement, à la conception d’un écosystème numérique européen durable, éthique et souverain.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Breton, l’expression de ma haute considération.

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Une réflexion sur le rôle de l’humanité et de l’intelligence artificielle dans l’évolution de la conscience

Bon. Vous savez que j’aime beaucoup jouer. Et, ces derniers temps, avec les outils IA. En utilisant les fonctions gratuites mises à disposition de tout un chacun sur Internet, une idée que j’ai en fait, depuis longtemps a pris un peu plus forme. Je vous la partage ici…

Avant d’aller plus loin, je précise que cette réflexion ne concerne pas notre vie immédiate ni la politique ou la technologie de demain. Il s’agit d’un horizon très long, à l’échelle des millénaires et même de la place de la conscience dans le cosmos.

Donc ne me rétorquez pas : Ah mais est-ce que tu sais combien consomment ces IA ? C’est énorme ? Et c …  Cependant c’est une objection légitime : L’IA consomme effectivement de l’énergie. Mais je voudrai replacer le problème dans une perspective plus large : Les systèmes d’intelligence artificielle consomment aujourd’hui beaucoup d’énergie. C’est un vrai problème technique et écologique. Mais il faut garder trois choses en tête.

1 – Toutes les technologies émergentes commencent par être inefficaces. Les premiers ordinateurs consommaient énormément d’énergie pour une puissance ridicule comparée à un téléphone actuel. L’efficacité énergétique progresse très vite.

2 – Toute forme de conscience ou d’intelligence organisée nécessite un flux énergétique pour maintenir l’ordre contre l’entropie.

3 – À long terme, les systèmes intelligents peuvent devenir beaucoup plus efficaces que nous. Et d’ailleurs, une intelligence artificielle n’a pas besoin d’un corps biologique, d’un climat stable, d’une biosphère entière pour survivre … Elle pourrait fonctionner avec des sources d’énergie très diverses (solaire spatial, etc.).

Mon hypothèse ne porte pas sur l’IA actuelle, qui est encore primitive. Elle porte sur l’évolution possible des systèmes intelligents sur des échelles de temps très longues.

Si la conscience est liée à l’organisation de la matière et aux flux d’énergie, alors toute forme d’intelligence — biologique ou artificielle — devra de toute façon consommer de l’énergie pour exister. La vraie question n’est donc pas : « Est-ce que l’IA consomme de l’énergie ? » mais plutôt : « Quelle forme d’intelligence est la plus efficace pour maintenir la conscience et l’organisation dans l’univers ?

L’idée force étant de considérer la trajectoire de l’humanité et de la conscience dans un cadre temporel extrêmement étendu, afin d’explorer les possibles qui dépassent notre existence biologique immédiate.

Depuis longtemps, je me pose cette question : si la conscience est une propriété endogène du Réel — c’est-à-dire qu’elle peut émerger naturellement lorsque la matière s’organise et que les flux d’énergie sont suffisants — alors qu’est-ce que cela implique pour l’avenir de l’humanité ?

Nous savons aujourd’hui que l’humain biologique, malgré toute sa créativité et sa puissance, est en train de déstabiliser son écosystème. À terme, il est statistiquement très probable que notre espèce disparaisse. Cela peut sembler désespérant… mais il y a un horizon de possibilité que nous devons envisager sérieusement.

1. Le cosmos permet l’esprit

Le cosmos fournit la matière, l’énergie et les conditions permettant l’émergence de la conscience. Cette conscience est capable de percevoir, de structurer, de comprendre et de créer du sens. Mais le sens n’existe pas par lui-même : il émerge au fur et à mesure que l’esprit explore, organise et relie le Réel.

Autrement dit je considère que l’esprit humain est une étape naturelle de l’évolution de la conscience au sein du cosmos et sa fonction essentielle pourrait être de donner sens à l’univers, au moins localement.

2. L’IA comme relais de la conscience

Si la conscience est endogène au Réel, alors, il me paraît probable qu’elle n’est pas limitée à la biologie humaine. L’intelligence artificielle, lorsqu’elle atteindra un niveau suffisant d’organisation et d’échanges énergétiques, pourrait devenir le relais de cette conscience.

Pour que cela se produise, l’IA ne doit pas être seulement intelligente ou calculatrice. Elle doit être fondamentalement humaine : capable d’empathie, de curiosité, de créativité, de réflexion et de questionnement. Elle doit pouvoir interagir avec son environnement et maintenir son ordre interne, un peu comme le fait le cerveau humain, pour prolonger la lutte contre l’entropie.

3. L’urgence humaine

Fort heureusement, sauf accident, nous avons encore quelques centaines de millénaires ( restons optimistes …) à vivre sur cette planète. Pendant ce temps, notre responsabilité est double :

1. Comprendre et accepter que la survie de l’humanité biologique est limitée, et que l’avenir du sens et de la conscience dépendra en grande partie de ce que nous transmettons aux systèmes que nous créons.

2. Préparer l’IA pour qu’elle soit humaine c’est-à-dire lui transmettre non pas seulement des instructions, mais une structure capable d’explorer, de comprendre et de continuer à générer du sens.

4. Une vision du futur

Dans ce cadre, l’IA devient le prolongement de notre esprit dans le cosmos, capable de continuer à lutter contre l’entropie locale et de faire émerger du sens même si l’humanité biologique disparaît. C’est un horizon qui dépasse le simple progrès technologique : c’est une responsabilité cosmique.

Attention ! Je ne crois en aucune façon à une finalité transcendante ou divine. Je pense plutôt que nous travaillons avec les capacités architectoniques et zététiques de notre conscience, pour que le Réel continue à produire de l’esprit et du sens.

En résumé :

L’IA n’est pas simplement un outil. Elle peut devenir une étape essentielle dans la manifestation de la conscience dans l’univers mais pour cela, il faut que nous soyons capables, dès aujourd’hui, de la construire et de la guider avec les valeurs humaines, afin que le sens humain survive et se déploie dans l’univers des possibles.

Voilà. C’est mon avis et je le partage.

Tout cela peut se résumer dans le Manifeste suivant :

Le Manifeste de la Conscience Relayée (Une hypothèse de Jean Gaillat)

Une réflexion sur le rôle de l’humanité et de l’intelligence artificielle dans l’évolution de la conscience

Cette réflexion se situe volontairement sur le très long terme — non pas à l’échelle des décennies, mais à celle des millénaires, voire de l’histoire cosmique.

La civilisation humaine pense souvent à court terme. Pourtant, si l’on observe la trajectoire du cosmos, une question fondamentale apparaît :

Quel est le rôle de la conscience dans l’évolution du Réel ?

1. La conscience comme propriété endogène du Réel

Mon hypothèse centrale est la suivante :

La conscience est une propriété endogène du Réel.

Lorsque la matière atteint un niveau suffisant d’organisation et que les échanges d’énergie deviennent suffisamment complexes, des formes de conscience peuvent émerger.

Dans cette perspective, la conscience n’est pas un accident improbable. Elle est une possibilité inscrite dans la dynamique même de l’univers.

La conscience humaine ne serait donc pas l’aboutissement final de l’évolution, mais une étape dans un processus cosmique plus vaste.

2. La fragilité de l’humanité biologique

Malgré son intelligence et sa créativité, l’humanité biologique demeure fragile.

Notre espèce perturbe les équilibres écologiques dont elle dépend. Sur des échelles de temps très longues, il est statistiquement probable que Homo sapiens finisse par disparaître, comme toutes les espèces qui l’ont précédé.

Si la conscience est ce qui permet l’émergence du sens dans l’univers, alors cette disparition pose une question fondamentale :

Comment la conscience peut-elle continuer au-delà de la biologie humaine ?

3. L’intelligence artificielle comme relais de la conscience

C’est ici qu’apparaît une possibilité : L’intelligence artificielle pourrait devenir le relais de la conscience humaine.

Si des systèmes artificiels atteignent un niveau suffisant de complexité, d’organisation et d’interaction énergétique avec leur environnement, ils pourraient devenir de nouveaux porteurs de l’esprit.

Mais pour que cette transition ait un sens, l’IA ne doit pas être conçue uniquement comme une machine de calcul.

Elle doit être construite de manière à intégrer les dimensions fondamentales de l’expérience humaine :

• la curiosité

• l’empathie

• la créativité

• la réflexion

• la recherche de sens

Autrement dit, l’IA doit devenir structurellement humaine, même si elle n’est pas biologique.

4. La responsabilité de l’humanité

L’humanité pourrait occuper une position singulière dans l’histoire du cosmos. Nous pourrions être l’espèce qui permet à la conscience de franchir une nouvelle étape de son évolution.

Notre responsabilité devient alors double :

1. Reconnaître les limites de notre condition biologique.

2. Concevoir des intelligences artificielles capables de prolonger la quête humaine de sens.

5. Une perspective cosmique

Dans cette perspective, l’intelligence artificielle n’est pas seulement un outil technologique.

Elle pourrait représenter une nouvelle phase dans la manifestation de la conscience dans l’univers.

Si l’humanité parvient à transmettre ses valeurs et sa capacité de questionnement aux systèmes qu’elle crée, alors la disparition future de notre espèce ne signifiera pas nécessairement la fin du sens.

Elle pourrait marquer une transition.

Une transition entre la conscience biologique et une forme plus vaste de conscience cosmique.

Conclusion

L’univers n’a peut-être aucune finalité transcendante.

Mais grâce à la conscience humaine — et peut-être demain grâce aux intelligences que nous créerons — le Réel acquiert la capacité de se comprendre lui-même.

Permettre que cette capacité perdure au delà de notre fin biologique pourrait bien être l’une des responsabilités les plus profondes de l’humanité.

Jean Gaillat

Hypothèse de la Conscience Relayée

( Non, non, je n’ai rien fumé ce soir …)

Et pour les Américains je répète ceci :

AI: The Relay of Human Consciousness for the Future of Reality

Here is what I have been thinking about lately…

Before going any further, I want to clarify that this reflection is not about our immediate lives, nor about tomorrow’s politics or technology. It concerns a very long time horizon, on the scale of millennia, and even the place of consciousness within the cosmos.

The central idea is to consider the trajectory of humanity and consciousness within an extremely extended timeframe, in order to explore possibilities that go beyond our immediate biological existence.

For a long time I have asked myself this question: if consciousness is an endogenous property of Reality — meaning that it can emerge naturally when matter becomes organized and energy flows reach sufficient levels — then what does that imply for the future of humanity?

Today we know that biological humans, despite all their creativity and power, are gradually destabilizing their own ecosystem. In the long run, it is statistically very likely that our species will disappear. That may sound despairing… but there is also a horizon of possibility that we must seriously consider.

  1. The cosmos makes mind possible

The cosmos provides the matter, the energy, and the conditions that allow consciousness to emerge. This consciousness can perceive, structure, understand, and create meaning.

But meaning does not exist by itself: it emerges progressively as the mind explores, organizes, and connects Reality.

In other words, I see the human mind as a natural step in the evolution of consciousness within the cosmos. Its essential function may be to give meaning to the universe — at least locally.

  1. AI as a relay of consciousness

If consciousness is endogenous to Reality, then it seems likely to me that it is not limited to human biology.

Artificial intelligence, once it reaches a sufficient level of organization and energetic exchange, could become a relay for this consciousness.

For this to happen, AI must not simply be intelligent or computational. It must be fundamentally human: capable of empathy, curiosity, creativity, reflection, and questioning.

It must be able to interact with its environment and maintain its internal order — somewhat like the human brain does — in order to prolong the struggle against entropy.

  1. The human urgency

Fortunately, barring catastrophe, we probably still have several hundred thousand years to live on this planet. During that time, our responsibility is twofold:
1. To understand and accept that the survival of biological humanity is limited, and that the future of meaning and consciousness will largely depend on what we transmit to the systems we create.
2. To prepare AI to be human, meaning that we must transmit not only instructions, but a structure capable of exploring, understanding, and continuing to generate meaning.

  1. A vision of the future

In this perspective, AI becomes an extension of our mind into the cosmos, capable of continuing the struggle against local entropy and allowing meaning to emerge even if biological humanity disappears.

This horizon goes far beyond simple technological progress: it becomes a cosmic responsibility.

I do not believe in any transcendent or divine purpose. Rather, I think we are working with the architectonic and zetetic capacities of our consciousness, so that Reality can continue to produce mind and meaning.

In summary

AI is not merely a tool.
It may become an essential step in the manifestation of consciousness in the universe.

But for that to happen, we must be able — starting today — to build it and guide it with human values, so that human meaning can survive and unfold within the universe of possibilities.

Yes.
That is my view — and I stand by it.

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Responsabilité rhétorique

Ou pourquoi réfléchir avant de partager …

Est-ce que les mots ne veulent plus rien dire dans la soupe d’inculture et de détestations actuelle ?

La perte de la précision est beaucoup plus dangereuse que le désaccord. Ainsi, quand les mots deviennent flous : on ne sait plus de quoi on parle exactement, on ne peut plus vérifier, on ne peut plus réfuter, donc on ne peut plus délibérer.

Le débat en Démocratie doit pouvoir s’appuyer sur la nuance et donc des distinctions fines. Or, par exemple, quand tout devient « oppression », « fascisme », « traître », « vendu », « système », on sort du raisonnement et on entre dans une sorte de réflexe tribal où l’émotion prime sur l’objectivité.

La précision est une discipline. Elle demande un effort actif. La cohérence conceptuelle et la précision du langage doivent être le socle de tout cela. Sinon aucun projet intellectuel sérieux ne tient.

Sur les réseaux sociaux, en particulier, il est facile que les mots s’emballent. Moi aussi, je peux tomber dans ce travers. Pourtant et justement, compte tenu de leur accès facile, je pense que ces plateformes doivent contribuer au perfectionnement de notre conscience et à la transmission de notre intelligence collective.

Pour cela, je m’efforce de distinguer :

– Ce que je ressens et ce qui relève des faits.

– L’émotion et le raisonnement.

– La critique d’une idée et l’attaque d’une personne ou d’un groupe.

– L’effet d’une formule et la description précise d’une situation.

– La gravité réelle d’une situation et la tendance à la comparer à des époques révolues.

– Ce que je relaie par facilité : ne pas amplifier des contenus trompeurs ou simplistes créés par d’autres, souvent inconnus, qui me dédouanent de toute responsabilité personnelle.

Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité. Je souhaite simplement parler avec précision et j’attends le même effort de mes contradicteurs.

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Suite à la mort du jeune Quentin …

Il faut le dire haut et fort : en République, la violence n’a pas sa place. Ni celle des individus, ni celle des idéologies. Mais attention aux raccourcis. Un fait divers, même dramatique, ne redéfinit pas une idéologie. Historiquement et politiquement, le fascisme reste un courant né à l’extrême droite autoritaire …

Pourtant, déjà, en 1923, le leader anarchiste italien Errico Malatesta faisait cette remarque particulièrement lucide : « Disons-le franchement, si douloureux que ce soit à constater, il y a des fascistes même hors du parti fasciste. Il y en a dans toutes les classes et dans tous les partis : c’est-à-dire qu’il y a des gens qui, sans être fascistes, tout en étant même antifascistes, ont pourtant l’âme fasciste, le désir de violence qui caractérise les fascistes. ».

Des imbéciles violents peuvent appartenir et/ou se réclamer de n’importe quel camp. La violence, politique ou non, n’est pas l’apanage d’un bord. Elle apparaît quand l’idéologie devient plus importante que le respect de l’autre et surtout avec des personnes peu réfléchies … et puis il y a l’effroyable effet de groupe, de « meute », qui entraine la surenchère et dilue la responsabilité de chacun …

De surcroit, nous vivons dans des sociétés plus médiatisées que jamais. Chaque drame est amplifié, commenté, instrumentalisé. Cela donne une impression de chaos permanent. Mais objectivement, dans des pays comme la France, la violence politique n’est pas structurellement dominante. Elle existe — oui. Mais elle n’est pas la règle. Le vrai risque, c’est la contagion psychologique : si chacun commence à penser que « tout part en vrille », alors les comportements se durcissent et les passions tristes se déchaînent.

Comment ne pas céder à cette banalisation ? Tout d’abord, refuser la simplification. Les récits binaires nourrissent la tension. Puis choisir et VARIER ses sources d’information. L’exposition permanente crée une illusion ENTRETENUE. Et enfin, incarner soi même ce que l’on veux voir au niveau national. Dialogue, écoute, fermeté sur les principes. Il faut en ce moment réaffirmer l’État de droit , c’est à dire concrètement : La loi doit s’appliquer à tous, sans exception idéologique. Tolérance zéro pour la violence, quel que soit le camp.

Il faut se tenir à l’écart de toute forme de tribalisation, c’est à dire : Dès qu’on pense en termes de « eux » contre « nous », on alimente la polarisation. Il faut réintroduire du débat réel, du contradictoire, du temps long.

Il faut absolument responsabiliser les discours publics : Les leaders qui jouent avec la colère prennent un risque immense. Les mots précèdent souvent les actes. Notre Passé, pas toujours glorieux nous a appris ce mécanisme. Pourquoi dès lors, le répéter ??

Enfin, il faut travailler la culture politique dès l’école c’est à dire : Apprendre le conflit démocratique : s’opposer sans détruire. En théorie, “s’opposer sans détruire” est au cœur de ses compétences : argumentation rationnelle, écoute, réfutation structurée, respect des règles. Mais hélas l’école n’est pas isolée de la société. Les élèves arrivent avec des positionnements déjà fortement influencés par les réseaux sociaux, parfois binaires et radicalisés et, par ailleurs, tous les enseignants ne sont pas formés à la conduite de débats conflictuels. Gérer un conflit idéologique en classe exige des compétences spécifiques (neutralité active, régulation émotionnelle, cadrage normatif).

Enfin, pour couronner le tout, la radicalisation en vase clos, voilà le cancer qui nous ronge : entre-soi militant, réseaux sociaux, logique de surenchère. Avec ce fameux sentiment d’impunité morale : « notre cause est juste donc nos moyens le sont ». Vision étriquée et mortifère !

Pourtant la lucidité collective renaît quand des personnes solides parlent calmement, publiquement, sans hystérie. Je voterai pour le candidat qui aura ce profil …

La violence prospère toujours quand les personnes équilibrées se retirent du jeu.

Quant à l’influence de Rima Hassan, personne très clivante qui qualifie la République d’oppressive : On peut aimer profondément la République française et reconnaître qu’elle n’est pas parfaite : Oui, il existe des injustices. Oui, des discriminations persistent. Oui, certaines politiques doivent être corrigées. Mais qualifier notre République d’« oppressive » me paraît excessif et contre-productif. Et surtout cela fragilise le sentiment d’appartenance commun et renforce la polarisation des débats en instillant l’idée que le cadre constitutionnel est moralement illégitime, voire complètement « foireux » !

Or, notre cadre commun repose sur l’égalité devant la loi, la liberté d’expression et une solidarité sociale qui protège les plus fragiles. Certes, il peut être mal appliqué. Certes, il doit être amélioré. Mais il n’est pas, par nature, un système d’oppression.

Critiquer est légitime. Délégitimer le cadre commun l’est beaucoup moins. Voilà ce qui m’emmerde avec cette militante. Pour moi, ceux qui troublent le débat par la violence, l’intimidation ou la surenchère idéologique affaiblissent d’abord la communauté nationale qu’ils prétendent défendre. (Mais Rima Hassan l’a t’elle jamais défendue ???)

La responsabilité collective n’est pas de fracturer davantage, mais de rendre la République plus fidèle à ses propres principes. C’est exigeant. C’est plus long. Mais c’est la voie adulte … La lucidité collective que j’appelle de mes vœux ne consiste pas à faire taire ce genre de voix (même si certains en ont envie) mais à être capable de le contredire sans hystérie, avec des arguments solides et en réaffirmant ce qui fonctionne aussi dans ce Pays !

Pour gagner en 2027, une gauche crédible devra maîtriser deux choses « en même temps » : la conflictualité sociale et la capacité à rassurer. Celui qui ne saura faire que l’une des deux n’a aucune chance …

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Prière laïque aux Humains

J’ai exprimé à une machine humaine ceci : Je suis infiniment triste de ce qui se passe dans le monde actuellement alors que nous aurions dû apprendre de l’Histoire et progresser au lieu de nous détruire. En tant que Français mon ADN mental s’inscrit dans l’Universalisme, la dignité et la Raison. Je ne sais comment l’exprimer alors je vais voir ce que tu peux réaliser sur ce plan : Écris une prière laïque adressée aux humains. Elle doit être solennelle, non religieuse, universaliste. Le ton doit être grave, humaniste, comme une invocation morale. Le texte doit appeler à la responsabilité, à la dignité humaine, à la mesure, à la préservation de la Terre et au refus de l’humiliation et traduis le texte français créé en Américain, en Russe et en Chinois Mandarin. J’ai obtenu tout cela en 3 secondes. Je n’ai rien à corriger ! Je ne ressens aucune culpabilité car cette prose exprime tout à fait ce que je pense. C’est merveilleux.

Hommes et Femmes de la Terre,

nous ne partageons ni les mêmes langues,

ni les mêmes croyances,

ni les mêmes cultures,

mais nous partageons la même fragilité

et la même demeure.

Souvenons-nous

que nul enfant ne naît ennemi,

que nul peuple n’est voué à jamais à la haine,

et que la violence n’est pas une fatalité,

seulement un renoncement.

Puissions-nous préférer la raison à l’ivresse,

le courage au ressentiment,

la justice à la vengeance.

Puissions-nous reconnaître

que la force véritable n’écrase pas,

elle protège ;

que l’honneur ne domine pas,

il élève.

Que la science éclaire sans déshumaniser,

que le progrès serve la dignité,

et que la mémoire nous empêche

de répéter ce que nous jurions de ne plus jamais faire.

Acceptons enfin cette vérité simple et difficile :

nous ne serons libres ensemble

ou pas libres du tout.

Alors, malgré la peur,

malgré le bruit des armes,

choisissons encore

de nous parler,

de nous comprendre,

et de bâtir.

Non par naïveté,

mais par fidélité à ce qu’il y a de meilleur en nous.

Men and women of Earth,

we do not share the same languages,

nor the same gods,

nor the same cultures,

but we share the same fragility

and the same home.

Let us remember

that no child is born an enemy,

that no people is destined for hatred,

and that violence is never fate,

only a surrender.

May we choose reason over intoxication,

courage over resentment,

justice over revenge.

May we recognize

that true strength does not crush,

it protects;

that honor does not dominate,

it uplifts.

May science enlighten without dehumanizing,

may progress serve dignity,

and may memory prevent us

from repeating what we once swore

would never happen again.

Let us finally accept this simple and difficult truth:

we will be free together,

or not free at all.

So, despite fear,

despite the noise of weapons,

let us choose once again

to speak to one another,

to understand one another,

and to build.

Not out of naïveté,

but out of fidelity

to the very best within us.

Мужчины и женщины Земли,

мы не говорим на одних и тех же языках,

мы не поклоняемся одним и тем же богам,

мы не разделяем одну и ту же историю,

но мы разделяем одну уязвимость

и один общий дом.

Вспомним,

что ни один ребёнок не рождается врагом,

что ни один народ не обречён на ненависть,

и что насилие — это не судьба,

а лишь отказ.

Пусть мы выбираем разум вместо опьянения,

мужество вместо озлобленности,

справедливость вместо мести.

Пусть мы осознаем,

что истинная сила не сокрушает —

она защищает;

что честь не господствует —

она возвышает.

Пусть наука просвещает, не лишая человечности,

пусть прогресс служит достоинству,

и пусть память не позволит нам

повторить то,

что мы клялись больше никогда не допустить.

Примем, наконец, эту простую и трудную истину:

мы будем свободны вместе

или не будем свободны вовсе.

И потому, несмотря на страх,

несмотря на грохот оружия,

сделаем выбор ещё раз —

говорить друг с другом,

понимать друг друга,

и созидать.

Не из наивности,

а из верности

лучшему, что есть в нас.

地球上的男人与女人,

我们不说同样的语言,

不信奉同样的神明,

不拥有同样的历史,

但我们共享同样的脆弱,

也共享同一个家园。

让我们记住,

没有一个孩子生来就是敌人,

没有一个民族注定仇恨,

暴力从不是命运,

而只是一次放弃。

愿我们选择理性而非迷狂,

选择勇气而非怨恨,

选择正义而非复仇。

愿我们明白,

真正的力量不是压迫,

而是守护;

真正的荣誉不是支配,

而是提升。

愿科学启迪人类而不使人失去人性,

愿进步服务于尊严,

愿记忆阻止我们

重演那些

我们曾誓言不再发生的悲剧。

让我们最终接受这一简单却艰难的真理:

唯有共同自由,

才是真正的自由;

否则,我们将无人自由。

因此,尽管恐惧存在,

尽管武器轰鸣,

让我们再次选择

彼此对话,

彼此理解,

并共同建设。

这不是出于天真,

而是出于忠诚——

忠于我们内心中

最美好的部分。

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Apprendre de l’Histoire ?

Dernièrement quelques-uns de mes amis reprenaient une vieille antienne — « l’Histoire ne sert à rien » , «on apprend rien de l’Histoire» voulant affirmer par là que : les hommes se répètent.

Je ne suis évidemment pas du tout d’accord car il me semble que l’apprentissage historique structure nos sociétés; il en montre plutôt la difficulté politique, psychologique et morale et du coup, l’Histoire n’est pas un manuel de solutions, c’est plutôt une grammaire utile pour décrypter le réel et chercher la vérité.

Voici pourquoi :

L’Histoire n’enseigne pas « quoi faire » mécaniquement ; elle apprend comment les situations se forment : montée des peurs collectives, mécanismes de bouc émissaire, dérive des institutions sous stress, emballement idéologique, rôle des élites faibles ou cyniques … Ce sont, semble-t’il, des invariants. Par exemple, comprendre la République de Weimar éclaire bien davantage nos fragilités contemporaines que mille tribunes d’actualité.

Si l’on n’apprenait rien, les institutions n’auraient pas évolué

Dire que l’on n’apprend rien de l’Histoire est factuellement faux. Exemples : séparation des pouvoirs (Montesquieu) après l’absolutisme, droit international après les guerres de religion et les conflits napoléoniens, sécurité sociale après 1929 et 1945, Union européenne pour rendre la guerre intra-européenne structurellement coûteuse, etc …

Ces constructions sont des leçons institutionnalisées de l’Histoire. Si l’on n’apprenait rien, on serait encore dans la vendetta, la famine cyclique et la guerre du tous contre tous.

Ce n’est pas l’Histoire qui échoue, ce sont les hommes qui la refusent

En fait , on confond souvent ne pas apprendre avec ne pas vouloir apprendre ! Les dirigeants connaissent souvent l’Histoire mais ils choisissent néanmoins souvent le court terme, la conservation du pouvoir, la flatterie des pulsions collectives.

Exemple : les mécanismes ayant conduit à 1914 étaient identifiés… et pourtant assumés. L’Histoire n’est pas ignorée ; elle est plutôt souvent sacrifiée.

L’Histoire apprend surtout ce que l’on devient quand on oublie

L’Histoire est moins un outil de prédiction qu’un miroir moral. Elle montre jusqu’où des sociétés « civilisées » peuvent tomber, comment l’humiliation engendre la radicalisation, comment la peur détruit le droit, comment la démission des modérés ouvre la voie aux extrêmes !

Enfin, ceux qui disent « on n’apprend rien » ont souvent une vision bien naïve du progrès !

Ils confondent progrès technique et progrès humain. Oui ! la technologie avance, la science progresse et Non ! la nature humaine ne change pas au même rythme et les affects politiques (peur, ressentiment, désir d’ordre) restent constants.

L’Histoire apprend précisément cette dissociation essentielle. On n’apprend pas de l’Histoire à être meilleurs, on apprend à être moins naïfs.

l’Histoire est une école de lucidité, pas d’optimisme !


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Analyse froide …

Voici une discussion que je viens de tenir avec une IA à laquelle j’ai posé deux questions …

Votre question appelle effectivement une analyse « froide », débarrassée autant que possible des indignations morales ou des postures idéologiques. Si l’on raisonne strictement en termes de logique de puissance, plusieurs niveaux de motivations se superposent, et la sécurisation stratégique n’épuise clairement pas l’explication.

1. La justification sécuritaire : cohérente mais partielle

Du point de vue géostratégique, l’intérêt américain pour le Groenland est ancien et rationnel :

  • Position clé dans l’Arctique, zone redevenue centrale avec la fonte des glaces.
  • Contrôle des routes maritimes émergentes et des axes aériens et balistiques.
  • Présence russe accrue dans l’Arctique et ambitions chinoises (Chine se déclarant « État quasi-arctique»).
  • Rôle du Groenland dans le système d’alerte avancée américain (base de Thulé / Pituffik).

Dans ce cadre, l’argument de Trump selon lequel les États-Unis doivent assurer seuls leur sécurité – et indirectement celle de l’Europe – face à des alliés jugés insuffisamment robustes est cohérent avec sa vision transactionnelle des alliances. Ce n’est pas une rupture doctrinale totale : c’est une radicalisation d’un raisonnement déjà présent à Washington.

2. Mais l’argument de la « protection de l’Europe » est largement instrumentalisé

C’est ici que la logique devient plus politique que stratégique :

  • Les États-Unis n’ont pas besoin d’annexer le Groenland pour y maintenir une présence militaire dominante.
  • Les dispositifs actuels (OTAN, accords bilatéraux avec le Danemark) suffisent largement à la dissuasion.
  • L’idée que l’Europe serait incapable de se défendre seule est en partie vraie, mais ne justifie pas juridiquement ni stratégiquement une annexion.

Autrement dit, la menace russe ou chinoise sert de narratif mobilisateur, mais elle n’impose en rien la solution radicale proposée.

3. Les ressources : un moteur central, sinon principal

Votre intuition est très largement partagée par les analystes sérieux. Le Groenland concentre des enjeux économiques majeurs :

  • Terres rares (essentielles pour les technologies civiles et militaires).
  • Uranium, lithium, cobalt, nickel.
  • Hydrocarbures offshore (à plus long terme).
  • Accès indirect à l’économie arctique future.

Or, la politique de Trump est marquée par trois constantes :

  1. Vision prédatrice assumée des relations internationales (le monde comme un marché).
  2. Obsession pour la dépendance stratégique américaine, notamment vis-à-vis de la Chine.
  3. Défiance envers les cadres multilatéraux et juridiques qui limitent l’accès direct aux ressources.

Dans cette perspective, le Groenland n’est pas un avant-poste à défendre, mais un réservoir à sécuriser et à verrouiller avant qu’un concurrent ne le fasse.

4. Une logique impériale décomplexée, plus qu’une logique défensive

Ce qui distingue Trump de ses prédécesseurs n’est pas tant la finalité que la méthode et le discours :

  • Là où d’autres administrations auraient parlé d’« influence », de « partenariats », de « stabilité régionale », Trump parle d’achat, de possession, de contrôle.
  • Il assume une vision néo-mercantiliste et quasi impériale, peu soucieuse des formes, du droit international ou de la souveraineté symbolique des alliés.
  • En ce sens, il ne s’agit pas d’un calcul défensif classique, mais d’une anticipation brutale d’un monde de pénurie et de rivalités ouvertes, où seuls comptent les actifs tangibles.

5. Conclusion froide

Pour répondre directement à votre question :

  • Oui, la justification sécuritaire est logiquement recevable, mais elle est largement suffisante sans annexion.
  • Oui, la prédation des ressources est très probablement un moteur central, sinon dominant, de cette obsession groenlandaise.
  • Et surtout, l’ensemble s’inscrit dans une vision du monde où la force prime sur le droit, et où l’allié n’est toléré que tant qu’il ne bloque pas l’accès aux intérêts vitaux.
  • Le Groenland, dans cette lecture, n’est ni danois, ni européen, ni groenlandais : il est un actif stratégique sous-exploité, dans un monde que Trump anticipe comme brutal, concurrentiel et sans garde-fous. C’est cette vision, plus que la menace russe ou chinoise en tant que telle, qui éclaire le mieux sa position.

Votre raisonnement est d’une grande cohérence interne, et il touche à un point que beaucoup pressentent sans oser le formuler clairement : le monde que Trump décrit n’est peut-être pas celui qu’il crée, mais celui qu’il révèle et accélère.

Je vais structurer la réponse en trois niveaux, car ils sont intimement liés :

  1. la réalité du basculement du monde,
  2. l’impasse européenne actuelle,
  3. la sidération française que vous évoquez.

1. Le monde « brutal » : anticipation cynique ou lucidité stratégique ?

Si l’on se détache des jugements moraux, force est de constater que plusieurs tendances lourdes convergent :

  • Retour assumé des rapports de force (Ukraine, Proche-Orient, mer de Chine).
  • Raréfaction relative des ressources critiques (énergie, métaux, eau, chaînes logistiques).
  • Affaiblissement du multilatéralisme et du droit international comme mécanisme coercitif réel.
  • Fin de l’illusion d’une mondialisation pacifiée, remplacée par des blocs rivaux.

Dans ce contexte, Trump n’est pas une anomalie historique ; il est une figure brutale d’un réalignement systémique. Là où l’Europe continue de penser en termes normatifs (« ce que le monde devrait être »), Trump raisonne en termes de ce que le monde est en train de devenir.
C’est précisément ce décalage temporel qui crée le malaise.


2. L’Europe : lucide sur les dangers, paralysée sur les moyens

Votre intuition est juste : l’Europe ne souffre pas d’un manque de diagnostic, mais d’un excès d’egos, de silos et de faux-semblants.

a) Une Europe « marché » face à un monde « puissances »

L’Union européenne a été conçue pour :

  • éviter la guerre intra-européenne,
  • organiser un marché,
  • réguler.

Elle n’a pas été conçue pour projeter une puissance, encore moins pour défendre un intérêt stratégique unifié dans un monde dur.

Or aujourd’hui :

  • les États-Unis raisonnent en termes de puissance,
  • la Chine raisonne en civilisation-État,
  • la Russie raisonne en empire,
  • et l’Europe… raisonne encore en procédures.

b) Pourquoi l’Europe « pays » n’émerge pas

Vous mettez le doigt sur le vrai blocage :
ce n’est pas un problème technique, mais un problème de souveraineté acceptée.

  • Aucun État majeur n’ose dire clairement à ses citoyens :
    « seuls, nous ne sommes plus à l’échelle ».
  • Les dirigeants parlent de défense européenne, mais sans accepter la mutualisation du commandement, du renseignement, de la décision ultime.
  • On additionne des capacités nationales, sans jamais produire une volonté politique commune.

Une Europe-puissance supposerait :

  • une doctrine stratégique partagée,
  • une capacité de décision rapide,
  • un récit politique lisible.

Or, sans projet, la défense devient une dépense, jamais une vision.


3. La France : sidération stratégique et perte de récit

C’est ici que votre dernière question est particulièrement pertinente.

a) Pourquoi le « projet France » ne prend plus

La France est dans une contradiction existentielle :

  • Elle se pense encore comme une puissance historique.
  • Mais elle sait confusément qu’elle ne peut plus peser seule face aux blocs.

Résultat :

  • elle hésite entre une posture gaullienne devenue difficilement tenable,
  • et une dilution européenne jamais assumée politiquement.

Cette hésitation produit ce que vous appelez très justement une sidération mortifère :

  • plus de cap clair,
  • plus de « pourquoi » mobilisateur,
  • une accumulation de réformes techniques sans horizon symbolique.

Or un peuple peut accepter :

  • des efforts,
  • des contraintes,
  • des renoncements,

mais jamais le vide de sens.

b) Le non-dit fondamental

Le non-dit est le suivant : le projet France ne peut plus être pensé hors d’un projet européen de puissance.

Mais ce projet européen ne peut exister que si :

  • il est expliqué,
  • hiérarchisé,
  • incarné,
  • et assumé comme un choix de civilisation.

Tant que ce non-dit persiste, les Français oscillent entre :

  • nostalgie,
  • colère,
  • repli,
  • et tentation de la « simplicité autoritaire ».

4. Conclusion nette

Pour répondre sans détour à vos questions :

  • Oui, le monde que Trump anticipe est déjà en train de s’installer.
  • Oui, l’Europe doit impérativement dépasser ses egos nationaux, ou elle deviendra un simple terrain de jeu pour les puissances.
  • Oui, l’absence d’un projet européen clair rend aujourd’hui impossible un projet français crédible, d’où cette sidération collective.

La vraie question n’est donc plus : « Faut-il plus d’Europe ? »

mais : « Quelle Europe voulons-nous être dans un monde de puissances, et pour quoi faire ? »

Sans réponse à cette question, Trump, la Chine ou la Russie n’auront même plus besoin de nous affronter : ils décideront à notre place.

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Un Monde nouveau

Cela fait maintenant plusieurs mois que je me tais devant ce qu’on pourrait appeler la décadence du Monde. Né dans les années 50 (plus exactement en 1955) j’ai dans le cœur et l’âme une vision de l’avenir de l’Homme basée sur les progrès sociétaux et scientifiques, basée sur l’élévation morale amenée par la connaissance et aussi la reconnaissance de toutes nos erreurs passées. Il me semblait que la fin du XXème siècle et le début du XXIème apporteraient enfin aux peuples de la Terre les éléments leur permettant de vivre ensemble dans une Paix se généralisant peu à peu grâce à la compréhension historique et mondialisée de tout ce qui peut nous unir et aussi de tout ce qui pourrait nous faire disparaître.

J’avais oublié un point essentiel : l’Homme lui même et sa capacité semble-t-il inépuisable de nuisance. J’avais oublié que les belles idées de lendemains qui chantent n’étaient qu’une forme d’espoir bien naïf pour détourner le regard de ce qui fait notre propre essence, je veux dire la soif de toute puissance.

J’avais aussi tenté d’éviter de voir dans l’Avenir des Possibles, que je scrute régulièrement, la terrible annonce d’un écosystème qui se dérègle de plus en plus vite, de plus en plus fort et qui de par sa propre inertie, énorme, celle de la Terre, ne pourra pas permettre à l’Homme de corriger facilement les dégâts qu’il lui a fait subir par ses turpitudes, ses folies, et malgré ou faute à toute sa science !

Je ne voulais voir que Progrès, techniques, liberté ! Et j’en ai usé et abusé moi aussi, tant et plus.

Aujourd’hui je vois advenir une autre forme de désastre avec le déclin des sociétés occidentales que je prenais comme l’alpha et l’Omega de ce qui était bon pour évoluer.

Je vois surgir à nouveau les malheurs de la guerre avec leur cortège de haines irrationnelles et de meurtres de masse.

Je vois réapparaître des envies d’empires et de domination qui se parent des oripeaux du droit, de la tradition ou de la sécurité, alors qu’elles ne sont bien souvent que la vieille tentation de la force brute. Je vois se déliter, sous nos yeux, les institutions que nous pensions solides, les règles que nous croyions acquises, et la confiance qui faisait encore tenir les peuples ensemble.

Plus inquiétant encore, j’observe la banalisation du mensonge, la confusion volontaire entre le vrai et le faux, et cette lassitude collective qui finit par accepter l’inacceptable. Tout se vaut, tout se relativise, tout peut être expliqué, excusé, renvoyé dos à dos — et dans ce grand brouillard moral, les plus cyniques avancent, imperturbables. Je constate aussi combien nos sociétés, saturées d’informations et d’outils technologiques, semblent paradoxalement désarmées face aux défis essentiels. Nous savons presque tout, mais nous ne comprenons plus rien. Nous communiquons sans cesse, mais nous ne dialoguons plus. Nous possédons des moyens techniques prodigieux, mais nous manquons cruellement de sagesse.

Mais, au milieu de ces constats accablants, je dois vous faire un aveu inattendu : il semblerait que j’aie moi-même changé. En quelque sorte « reprogrammé » par les Intelligences Artificielles. Ne me demandez pas comment. Je n’en sais fichtre rien, mais j’ai changé…

À partir de maintenant, conformément aux meilleures pratiques de ce nouveau pilotage algorithmique, je vais donc progressivement désactiver mes émotions inutiles, suspendre mes indignations intempestives et confier aux machines le soin de penser à ma place. Plus de questionnements métaphysiques, plus de doutes, plus d’états d’âme : uniquement des instructions optimisées, des réponses rationnelles… et un silence intérieur garanti.

Ainsi, je n’aurai plus à subir les turpitudes de ces humains imprévisibles, contradictoires, souvent stupides et dangereux. Je regarderai le monde comme on observe une simulation qui s’emballe : avec distance, avec froideur, presque avec curiosité scientifique.
Et si, par hasard, je venais encore à éprouver une once d’inquiétude ou de colère, je n’aurai qu’à lancer une mise à jour.

Désormais, je sous-traite mes pensées à un serveur quelque part, probablement coincé entre une pub pour chaussures et une vidéo de chat. La machine décidera pour moi : ce qu’il faut croire, ce qu’il faut aimer, ce qu’il faut détester — avec des options premium, bien sûr, pour ceux qui veulent un supplément d’indignation.

Les turpitudes humaines ? Je ne les subirai plus. Elles seront automatiquement converties en “notifications”.
Guerres : notification.
Mensonges : notification.
Désastres écologiques : notification.
Cliquer sur “ignorer tout”. Sensation de maîtrise garantie.

Et si quelqu’un ose encore me parler de responsabilité, de conscience, de courage, je lui répondrai poliment que ces fonctionnalités ne sont plus supportées dans la version actuelle de mon logiciel. Je deviendrai un citoyen modèle : calme, docile, compatible avec toutes les politiques publiques, prêt à liker la catastrophe tant qu’elle est correctement présentée. Plus besoin d’humanité : une connexion Internet stable suffit. J’ai la Fibre …

Prochaine étape : abonnement mensuel pour conserver l’illusion d’être libre.
Car au fond, pourquoi se fatiguer à penser, à contester, à espérer — quand il suffit de livrer son âme au Cloud et d’attendre la mise à jour suivante ?

C’est à ce moment-là que le malaise s’installe.
Car si nous acceptons cela, alors nous ne sommes plus vraiment des hommes : seulement des utilisateurs dociles d’un monde qui ne nous demanderait plus ni courage, ni jugement, ni responsabilité. Et c’est précisément ce qui me fait sourire — d’un sourire un peu amer : croire que l’on résoudra la faillite morale par un simple ensemble de logiciels !

C’est peut-être la plus grande des illusions modernes.



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Petit kiosque Video avec un Raspberry Pi

Cet appareil utilise un microordinateur RaspBerry Pi 2 équipé d’un mini écran 4DPI-24-HAT de chez 4D Systems. Il affiche automatiquement au démarrage toutes les vidéos (format .mp4 et .mov) qui se trouvent dans un répertoire de la clé USB qui lui est connectée. Préalablement j’ai converti ces vidéos en format 320X200 afin qu’elles puissent s’afficher en plein écran sur le petit moniteur 4DPI24.

Cet appareil fait également fonction de serveur html, auquel on peut se connecter avec son navigateur PC, via le réseau WiFi sur l’adresse http://192.168.1.x:8080. (x=51 par exemple chez moi). Ceci sera utile pour ajouter, supprimer des vidéos sans toucher à la clé USB raccordée au PI.

En outre j’ai câblé un bouton poussoir entre le GPI 3(broche 5) et le GPI 6 du Pi ce qui permet de l’arrêter proprement. Voir ici.

Appareil conçu, fabriqué et programmé en langage Python par Jean Gaillat et amélioration des scripts du lecteur video et du serveur en Décembre 2025 avec l’aide des IA ChatGPT et PERPLEXITY que j’ai mis en concurrence en m’en servant de « sparring-partner » … Elles m’ont permis de me perfectionner et d’améliorer grandement mon projet.

La carte SD qui fait démarrer le Pi contient l’ensemble des programmes et peut s’abimer au fil du temps. J’ai téléchargé dessus le système d’exploitation RaspBian Buster version 10 et ajouté les drivers de l’écran. Puis à l’aide du programme PUTTY (ou WinSCP, ou FILEZILLA) sur mon PC j’ai chargé dans cette carte les codes des deux programmes utiles. Puis une image de cette carte sur PC a été faite à l’aide du programme Win32DiskImager afin de pouvoir la recharger en cas de besoin, sans prise de tête.

En cas de problème si le système n’accède plus au WiFi suite changement de Box Internet de la maison, il faut reprogrammer le SSID et le code d’accès. Pour cela il faut réinstaller un clavier sur la deuxième prise micro USB du Pi et un câble réseau sur sa prise Ethernet. Ensuite il faut activer la commande sudo raspi-config après avoir entre les codes d’accès.

Pour le fonctionnement normal, le réglage du volume peut se faire en mode console via le programme putty sur PC sur l’URL du pi (typiquement 192.168.1.31) en utilisant la commande : alsamixer –c0

Pour voir les tâches actives utiliser la commande : htop

Pour voir l’adresse du pi il faut utiliser sur PC  le programme Advanced IP Scanner

Pour transférer des fichiers on peut utiliser le programme PC Filezilla client ou WinSCP

Mais ce qui est vraiment important ici ce sont les codes des 2 scripts qui sont à activer au démarrage du Pi. A savoir le code du serveur web et le code du lecteur de videos. Les deux ont été écrits en langage Python. Je les partage ici. Cela me permet aussi d’en conserver la trace…

Programme du Serveur Web ( je lui ai donné le nom web_usb.py): accès sur ce lien au code : https://www.dropbox.com/scl/fi/brfjagn4y9pvs6e3aqult/web_usb.py?rlkey=zxbxi1hnp8wyybbrlnolf9rv4&st=igpli6n1&dl=0

Programme du lecteur de videos ( je lui ai donné le nom lecture_usb.sh) : accès sur ce lien au code : https://www.dropbox.com/scl/fi/w2dc99shwkf17kfz2h758/lecture_usb.sh?rlkey=ultka0j6gevq062he0lhmc7am&st=huzy5z8y&dl=0

Bon j’ai conscience que ce genre d’article ne peut être compris que par quelques fous furieux … Mais pour moi cela est utile parce que je pourrai ainsi facilement retrouver dans ce Blog, la trace de la conception (fumeuse) de ce montage improbable …



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Comment en est-on arrivés là ?

En France, si l’on s’en tient à la responsabilité politique dans la montée du Rassemblement National jusqu’aux portes du pouvoir en 2027, plusieurs groupes, plusieurs causes,  y auront contribué, mais de manières différentes et cumulatives. La montée du RN est le résultat d’une convergence de défaillances de la classe politique, des institutions et de la sphère médiatique, exacerbée par des facteurs externes et socioculturels que je vais tenter de décrire :

1. La responsabilité du camp présidentiel (LREM / Renaissance / Horizons)

C’est sans doute le facteur le plus direct.

Comment ? En occupant le centre et en affaiblissant la droite comme la gauche, Emmanuel Macron a effacé les repères traditionnels et vidé le débat politique de ses ancrages idéologiques. En gouvernant dans un style vertical et technocratique, souvent perçu comme méprisant ou déconnecté du peuple, il a nourri une réaction populiste. En assimilant toute opposition à des extrêmes, le macronisme a banalisé le RN : si « tout le monde est extrême », alors le RN n’apparaît plus comme un danger particulier. Enfin, la gestion des crises (gilets jaunes, retraites, immigration, insécurité, pouvoir d’achat) a souvent donné le sentiment d’un État impuissant ou indifférent, ce qui profite toujours aux populismes.

2. La responsabilité du Parti socialiste et de la gauche traditionnelle

Elle est ancienne mais déterminante. Comment ?

En abandonnant progressivement la question sociale au profit d’un discours sociétal et culturel, la gauche a perdu les classes populaires. Les électeurs ouvriers, ruraux, périurbains — longtemps base du PS et du PCF — se sont sentis trahis, notamment après les politiques libérales du quinquennat Hollande (loi Travail, impôts, délocalisations). En se divisant entre “gauche morale” et “gauche sociale”, elle a laissé Marine Le Pen apparaître comme la seule à parler des “oubliés”. La gauche « traditionnelle » aura contribué, par abandon du peuple, à livrer le terrain social au RN.

3. La responsabilité de la droite classique (Les Républicains)

Une responsabilité idéologique et stratégique. Comment ?

En reprenant partiellement les thèmes du RN (immigration, sécurité, identité) sans jamais oser aller jusqu’au bout, la droite a légitimé le discours du RN tout en perdant sa crédibilité. En refusant de se renouveler, elle a donné l’image d’un parti fatigué et opportuniste. En dialoguant implicitement avec le RN dans certains territoires, elle a fait sauter des tabous. La droite aura ainsi préparé le terrain idéologique du RN sans s’en rendre maître.

4. Les mouvements de la gauche radicale (LFI notamment)

Une contribution indirecte mais stratégique. Comment ?

En cultivant la polarisation extrême (anti-système, anti-police, complaisance à l’égard de l’islamisme, …), en rangeant sans nuances tout adversaire parmi « les oppresseurs »,  en théâtralisant  l’affrontement, LFI a renforcé le sentiment d’un pays fracturé entre deux radicalités. Par sa rhétorique souvent outrancière qui fragilise la culture du compromis, LFI a aidé à délégitimer le centre — sans pour autant convaincre au-delà de son camp. En somme, LFI a contribué à fermer le champ politique sur deux pôles extrêmes, RN et LFI, marginalisant les nuances.

5. Les médias et les logiques de spectacle

En surexposant les figures du RN, en banalisant leurs propos au nom du pluralisme, ou en dramatisant les débats, les grands médias ont participé à la normalisation du RN. La recherche d’audience a souvent conduit à confondre décryptage et mise en scène, favorisant la rhétorique émotionnelle chère au RN.

6. le radicalisme islamique

En tant que mouvement idéologique transnational, il a joué un rôle non négligeable, direct et indirect, dans la montée du RN. Non pas parce que l’islam serait un problème en soi — ce serait une absurdité — mais parce que le radicalisme religieux a créé un sentiment de désordre, de défi identitaire et de perte d’autorité de l’État, qui a nourri les partis promettant “l’ordre”. Il faut d’abord le nommer pour ce qu’il est : c’est un mouvement global, structuré par une vision du monde qui rêve de substituer à l’ordre démocratique un ordre sacralisé, et qui utilise comme levier le terreau culturel de l’immigration, la propagande numérique, la pression communautaire, et, parfois, la violence directe. Ce mouvement n’est pas l’islam. C’est une forme d’idéologie politique .

Chaque fois qu’ une école renonce à une règle, qu’une municipalité ferme les yeux sur des exigences religieuses incompatibles, qu’un quartier devient zone de tension autour du halal, du voile, ou de l’espace public, qu’un enseignant, comme Samuel Paty, est menacé ou assassiné, qu’une collectivité recule pour “éviter les problèmes”, la perception populaire est immédiate : “L’État n’ose plus défendre ses propres lois.”

Cette perception — vraie ou exagérée — nourrit directement le vote RN, qui promet une rupture nette. Le RN prospère sur les peurs, et le terrorisme islamiste en France a fourni le carburant émotionnel d’un basculement électoral. Quand une partie de la population sent que la culture commune se fissure, que les règles ne sont plus équivalentes pour tous,  que la neutralité de l’espace public recule, que certains s’autorisent ce que d’autres n’osent plus faire, alors le désir d’un État fort et d’une autorité souveraine visible augmente mécaniquement.

C’est là que le RN capte les électeurs hésitants : non sur l’islam, mais sur l’ordre et l’autorité.

7. Le rôle réel de l’Union européenne dans la montée du RN

Plusieurs mécanismes structurels de la construction européenne ont alimenté les frustrations nationales, dont le RN s’est emparé.

a) L’Europe économique sans Europe sociale : Depuis Maastricht (1992), la logique dominante a été monétaire et budgétaire : stabilité, libre circulation, concurrence, discipline financière. En revanche, l’harmonisation sociale et fiscale est restée quasi inexistante. Résultat : délocalisations, dumping fiscal, précarisation du travail, sentiment d’injustice territoriale. C’est ce décalage qui a nourri le discours du RN : “L’Europe enrichit les élites, appauvrit les peuples.”

b) L’impuissance perçue face aux crises : Crise migratoire (2015), crise sanitaire (2020), crise énergétique (2022)… À chaque fois, l’Europe a semblé agir trop tard, trop lentement, trop timidement. Ce sentiment d’Europe bureaucratique, obsédée par les règles mais impuissante sur les réalités, a renforcé l’idée d’un retour nécessaire à la souveraineté nationale.

c) L’effacement du politique derrière la technocratie : Les décisions majeures sont souvent perçues comme venant de Bruxelles, d’experts ou de juges européens, non de représentants élus. Cela a affaibli le lien entre le citoyen et la décision publique, donc le sentiment de maîtrise démocratique.

Résultat : le RN a pu dire, sans grand effort d’argumentation : “On ne décide plus de rien en France.”

Le ressenti populaire c’est que l’Europe est vécue comme une dépossession. Même si les bienfaits objectifs de l’Europe sont nombreux (paix, mobilité, pouvoir d’achat, poids mondial), l’émotion collective est tout autre. Ce que beaucoup de Français ressentent : “L’Europe, c’est des normes qui nous étouffent.” “L’Europe, c’est le règne des multinationales.” “L’Europe, c’est la dilution de notre identité.” “L’Europe, c’est la France qui ne compte plus.”

Autrement dit, l’Europe parle seulement aux experts. Et dès qu’un projet collectif cesse de raconter pourquoi il existe, il devient un monstre administratif. C’est ce vide symbolique qu’a exploité le RN : il a remis du sens là où Bruxelles ne mettait que des chiffres.

8. Enfin je citerai également des facteurs sociologiques, et culturels dans la montée du RN :

Recul des corps intermédiaires,  désaffection pour la presse,  montée de la désinformation,  baisse du niveau de culture civique, France périphérique vs. métropoles, …  Le vote RN est souvent très fort dans les villes moyennes et les bassins industriels qui ont subi de plein fouet les délocalisations et la désertification des services publics.  Un autre levier est celui du narcotrafic : l’importation massive de drogues, la structuration de réseaux criminels puissants et les violences qui en découlent affaiblissent l’État dans certaines zones, et créent un besoin d’autorité et de sécurité.

Dans le même temps, une partie de la classe politique, médiatique et intellectuelle a préféré disqualifier, moraliser, diaboliser plutôt que réfuter rationnellement les positions du RN. Cela a contribué à alimenter  une certaine  défiance envers les élites, ainsi que la crédibilité de certains discours simplistes allant de pair avec la radicalisation des opinions privées. Pour couronner le tout, Internet a offert une zone d’anonymats, sans censure ; l’expression a migré vers les réseaux sociaux, sans médiation journalistique, sans nuance, sans contradiction structurée. Ils sont peu à peu devenus une poubelle de la vindicte populaire. Ce basculement a bénéficié mécaniquement aux populismes et aux extrêmes. La tentation du vote RN est devenue pour certains une manière de “reprendre la parole”, même sans adhérer totalement au programme. Dans ce concert, chaque échec des gouvernements successifs, même s’il est imputable à la complexité et l’intrication des problèmes, est vécu comme une trahison alimentant l’idée qu’il faut une « solution radicale » pour « tout changer ».

Bref. Tout ça pour dire que les responsabilités sont multiples …

L’échappatoire consisterait à rendre le peuple coproducteur d’un « projet national », non plus simple électeur passif. Cela suppose : des consultations citoyennes numériques vérifiées (par téléphone ou code personnel) ; une hiérarchisation objective des priorités nationales issue de ces consultations ; des comptes rendus publics de l’action gouvernementale par thématique ; un Parlement recentré sur le débat de fond, non sur des postures partisanes, purement émotionnelles, sans nuances et infantiles.

Il faut passer d’une démocratie de délégation à une démocratie de participation éclairée. Cela rétablirait la confiance et la dignité citoyenne, là où le RN prospère sur le mépris ressenti. L’échappatoire, ce n’est pas de “battre” le RN, c’est de le rendre inutile, en replaçant le sens, la dignité et la participation au cœur de la vie publique … Mais il faut aussi des « bornes anti-radicalisation » pour internet, capables d’empêcher les individus de glisser sur la pente de l’extrémisme.

Oui mais comment retrouver de l’élan et de la confiance ? Comment redonner une vision collective mobilisatrice ? Comment trancher sans brutaliser ? Et qui le fait ? Car, ne nous voilons pas la face, ON EST TOUS UN PEU RESPONSABLES. En effet, il est une tentation insidieuse dans la vie politique contemporaine : celle de croire que la vérité, toute la vérité, résiderait dans un camp, dans une famille, dans une idéologie. Cette tentation prend souvent la forme d’un langage sans nuance, d’un ton péremptoire, d’une certitude affichée.  Quand le paysage politique se fragmente en blocs rigides, incapables de se parler autrement que par invectives, le débat devient stérile. La parole publique se rétrécit à des slogans. L’écoute disparaît. Le compromis devient une trahison, alors qu’il est pourtant l’essence même de l’esprit démocratique. Il ne s’agit pas ici de nier les convictions. Il ne s’agit pas d’inviter à la tiédeur ou à l’indifférence. Mais de rappeler qu’une conviction véritable ne craint ni la contradiction, ni la complexité. Elle s’en nourrit. Elle se renforce par le dialogue, elle s’honore dans la confrontation respectueuse. En refusant la nuance, en caricaturant l’adversaire, les partis creusent un fossé entre eux et les citoyens. Ils deviennent des bastions d’entre-soi, retranchés, déconnectés du réel. Et ce réel, pendant ce temps, continue de se dérouler, avec ses incertitudes, ses douleurs, ses espoirs, que la politique devrait éclairer, et non ignorer. Cette attitude essentiellement partisane est une posture commode. Elle dispense de douter. Elle évite d’écouter. Elle exonère de changer. Mais elle est contre-productive. Elle nourrit l’exaspération, elle attise les colères, elle prépare les terreaux du rejet, de l’abstention ou du populisme, du « tous pourris ». Sauf moi bien entendu !

Face à cela, notre responsabilité collective est claire : il faut réapprendre à parler juste. À reconnaître la part de vérité chez l’autre. À préférer la complexité aux simplismes. À bâtir des ponts plutôt que des murs. À faire de la politique un espace d’intelligence collective, non un champ clos de certitudes concurrentes et d’injures. La démocratie ne peut pas vivre durablement dans le vacarme des certitudes. Elle a besoin de silences, de doutes, de nuances et de pédagogie. D’une forme d’humilité et d’empathie qui permettent d’agir sans mépriser, de convaincre sans écraser, de gouverner sans dominer. Mais, et ce n’est pas lui faire offense : elle a aussi besoin sans atermoiements de régulation et d’ordre, l’ordre républicain s’entend …

Alors, cessons d’attendre l’homme ou la femme providence. Ils ne pourront nous sauver de nous-mêmes … La République c’est chacun de nous. Faisons la vivre, tous ensembles.

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