T comme Tiny House
Tous les enfants rêvent de vivre dans une cabane et passent des heures à rassembler des bouts de bois en forêt, à les assembler avec soin, pour former un abri, souvent minuscule, souvent fragile, qui dégage néanmoins le sentiment réconfortant d’un chez soi. Depuis quelques années, certains adultes semblent être revenus à ce rêve. Le mot « tiny house » (maison minuscule) éclot régulièrement dans de nombreuses publicités ou des messages sur les réseaux sociaux, qui montrent des familles plonger avec ravissement dans le bonheur bucolique d’habiter ces tout petits espaces, en connexion totale avec la nature.
Au tournant des années 2000, alors que des familles de plus en plus petites s’installent dans des maisons de plus en plus grandes, le small house movement se forme. Généralement attribué à Sarah Susanka, autrice de The Not So Big House, qui propose de limiter la surface habitable à 93 m² (1 000 pieds carrés). Si cette surface est “tiny” outre atlantique, gardons en tête que c’est la taille moyenne des logements en France… Voici donc lancées les « tiny Houses », de petites maisons, généralement transportables et fixées sur une remorque. Sans fondation, elles sont plus écologiques et moins onéreuses que les constructions traditionnelles.
Le mouvement semble prendre aux Etats-Unis, pays dans lequel les “mobile home” qui portent bien les nom sont déjà les héritiers d'une longue histoire de catastrophes naturelles et de tragédies économique. L’ouragan Katrina en 2005 et la crise financière de 2008 poussent de nombreux habitants à se réfugier dans ce mode d’habitation, peu couteux. Pour celles et ceux dont les maisons ont été détruites, ou saisies suite à la crise des subprimes, la Tiny House est une option, qui permet d’éviter le bidonville ou les camps de roulottes. Plusieurs villes, dont Portland dans l’Oregon par exemple, reconnaissent officiellement l’existence de « tiny house villages », espaces réservés à cet habitat à proximité de services sociaux considérés comme des dispositifs d’accueil participant à la lutte contre le sans-abrisme.
Pas encore de nom français
En France, l’essor des tiny houses est plus récent et sans doute lié à la pandémie de 2020. La pandémie qui nous a renvoyées toutes et tous à la maison fut aussi le moment prometteur d'un après plus frugal et plus proche de la nature . Cette tendance témoigne encore d’une aspiration croissante à un mode de vie simplifié et respectueux de l’environnement, le tout dans un contexte de crise du logement, qui rend l’accès à la propriété plus difficile.
La loi française a absorbé cette nouveauté dans le droit appliqué aux caravanes et à tous les types d’habitat légers. Les tiny houses sont considérées comme des remorques. Elles doivent respecter le plan local d'urbanisme de la commune, lorsque celle-ci en a un, mais n'ont pas besoin de permis de construire, tant qu’elles sont sur roues ou que leur emprise au sol ne dépasse pas 20m². Elles peuvent stationner sur des terrains privés avec accord du propriétaire, et, si elles restent fixes plus de trois mois, une simple autorisation du maire. Enfin, si la tiny House est une habitation nomade, elle doit respecter certaines dimensions pour être déplacée (maximum 3,5 tonnes, 2,55m de large, 18m de long en comptant le véhicule et 4,10m de haut).
Cette demande semble répondre à des préoccupations contemporaines, plus qu’à un simple compromis économique. L’éco-anxiété pousse à privilégier un habitat écologique, les désillusions et l'enchaînement de crises économiques et sociales semble rendre possible un mode de vie plus nomade, plus libre, plus coupé de la société, et moins cher. En France, tous types de biens confondus, le prix moyen du m² est de 3 142€. Il atteint plus de 5 000€/m² en île-de-France, et 10 000€/m² à Paris en 2026. En comparaison, les tiny houses coûtent entre 1500 et 2 500€/m², terrain non-compris, selon la taille, le niveau d’équipement et l’huile de coude mise au service de leur construction.
Utopie ou nouveau produit?
Se lancer dans l’auto-construction demande quelques talents manuels et un investissement en temps et en énergie que tout le monde n’a pas. D’où les options « clé en main », de maisons livrées équipées. Plus simple, ce choix nécessite plus d’argent, d’autant que les constructeurs proposent des surfaces de 70 à 80 m² qui n’ont plus rien de tiny. L’utopie se mue-t-elle en produit immobilier? Ce ne serait pas la première fois… : une tiny house peut-elle devenir « luxueuse » sans trahir l’idéal qui l’a fait naître ? Si la construction peut rester sobre, le rêve d’un mode de vie simple et proche de la nature paraît distant lorsque la tiny house ne peut plus être déplacée, et ressemble à s’y méprendre aux hôtels de cabanes de luxe, proposés pour des vacances.
Désormais, c’est l’apparence d’un mode de vie alternatif, simple, écolo, qui semble primer. Pour celles et ceux dont l’espoir d’accéder un jour à la propriété s’amenuise, la tiny House est une solution avantageuse. Ils et elles peuvent posséder leur maison, dans un esprit ascétique, non-matérialiste, emprunt de simplicité et sensible à l’urgence climatique. Derrière l’image d’une décision éthique, un peu hippie, la tiny House ressemble de plus en plus à un mode de distinction, le choix d’une habitation proche des logements de fortune, pour reproduire le plus possible la maison individuelle et accéder, malgré tout, à la propriété. Reste à savoir si ses partisans néo-hippies imiteront leurs prédécesseurs et retourneront à la « vraie vie » après quelques années à jouer dans une cabane, ou si le choix sincère d’une vie écolo et frugale instituera la tiny House comme un mode de vie à part entière.
Carmela Ferraro, « Small but perfectly formed », Financial Times, 21 février 2009.
Margier, A. (2022). L’essor des tiny homes villages pour sans-abri à Portland : institutionnalisation ou informalisation des politiques publiques ? Annales de géographie, 748(6), 29-51
LOI n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (1) - Légifrance. (n.d.).