Rebels!

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Au sujet de la prostitution

Nous reproduisons ici le texte d’un militant paru dans le journal Partisan, au sujet de la prostitution en France. Il apporte des éléments intéressants au débat sur la question, dans lequel certain(e)s comme la direction du STRASS (syndicat du travail sexuel) défendent la position selon laquelle la prostitution est un choix. Idée reprise également par les libéraux…

Affirmer que la prostitution est un choix, et qu’il faut la défendre en tant que métier, est une erreur. Car c’est oublier d’aborder la question sous l’angle de la lutte de classe et de l’emprise de l’idéologie patriarcale et de l’aliénation.

Du point de vue de la lutte de classe d’abord. Les mouvements pro-prostitution sont dirigés par la frange supérieure, on peut dire petite-bourgeoise, des prostitué-e-s : ce sont les « aristocrates de la prostitution », celles et ceux dont les conditions de travail sont les plus supportables, qui gagnent le mieux leur vie, souvent à leur compte. Or cette prostitution est anecdotique. Nous devons voir les choses sous l’angle de la lutte de classe. Et sous cet angle, on constate que l’immense majorité des prostituées sont des prolétaires sur-exploitées, quotidiennement battues, violées par les clients et les proxénètes. Chez les prostitué-e-s comme ailleurs, nous nous plaçons du côté des plus opprimés !

La marchandisation du corps est inséparable du patriarcat et du sexisme, et c’est cette idéologie qui historiquement, en est à l’origine. En Mésopotamie antique, les femmes stériles devenaient les prostituées sacrées de la déesse de la fertilité ; si on ne pouvait ni se marier ni enfanter, si une femme ne pouvait rentrer dans son rôle de femme-mère sous la domination d’un mari, le seul moyen de trouver une place dans le société était la prostitution. L’acte sexuel est censé renforcer la fertilité du client… En Grèce, les prostitué-e-s sont le plus souvent des esclaves. A partir de cette époque, la prostitution sera assumée comme nécessaire à la bonne cohésion de la société patriarcale. On attribue à Démosthène ces paroles : « Nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieur. » Alors que parallèlement, les relations sexuelles hors mariage entre personnes libres sont très sévèrement punis, parfois de mort.

La prostitution a toujours le même rôle dans l’Occident chrétien. Thomas d’Aquin (13e siècle), philosophe chrétien de référence, a dit à peu près la même chose : « Elle [la prostitution] est nécessaire à la société comme les toilettes à la maison : cela sent mauvais, mais sans elles, c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais. ». Tout est dit : la prostitution existe parce qu’elle vient au secours de la famille patriarcale menacée par l’amour libre ! Ces femmes sont sacrifiées pour le bien de l’ordre public réactionnaire. Voilà l’origine et la raison d’être de la prostitution. Dire que la prostitution est un choix, c’est nier qu’elle n’existe que par une idéologie patriarcale.

« La prostitution, c’est un métier » : et alors ? Un métier n’existe que dans une société donnée, dans le cadre d’un mode de production, d’une idéologie : il n’y a pas de métier éternel. Ce n’est pas parce qu’il existe qu’un métier est utile socialement. Après la révolution, certains métiers qui existent aujourd’hui devront être supprimés, parallèlement à une réorganisation socialiste de l’économie : fini les centrales nucléaires, les banques, les fabriques d’armes… Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas défendre aujourd’hui les prolétaires qui travaillent dans ces secteurs. Mais il faut être clair, nous défendons les ouvriers, pas leur métier. Pour les prostituées, c’est pareil.

Peut-être que certaines prostituées ont réussi à se persuader qu’elles se libèrent de la prostitution masculine, mais ce n’est pas vrai : il y a la domination du client, qui achète l’acte sexuel dans une démarche patriarcale qui considère le corps comme une marchandise, un objet. Si on se prostitue, c’est pour vivre, il y a au moins la contrainte de la subsistance. La domination est donc là, qu’ils/elles le veuillent ou non : elle n’est peut-être pas individuelle, mais elle est au moins sociale. Alors certes, on trouvera toujours des prostituées qui affirment aimer leurs métier…comme on trouve des ouvriers contents d’êtres exploités, des immigrés qui approuvent qu’on expulse des sans-papiers, des femmes qui adorent être femme au foyer, etc. Cela s’appelle l’aliénation, aliénation par l’idéologie patriarcale ! Et le rôle des révolutionnaires, c’est de la combattre.

Autre signe du caractère fondamentalement patriarcale de la prostitution. La très grande majorité des prostitué(e)s (90%) sont des femmes. Parmi la minorité d’hommes, une grande partie est destinée à une clientèle homosexuelle ; à 99%, la prostitution est donc destinée à une clientèle masculine.

Nous sommes contre la marchandisation toujours plus poussée de nos vies, alors comment peut-on accepter la marchandisation des corps, de la sexualité ? Dire que la prostitution est un moyen de se libérer, que c’est un métier justifié, c’est simplement dire que les prostitués doivent accepter ce que la société a fait d’elles. Un acte sexuel n’est pas émancipateur en soi. Ce qui émancipe, c’est une sexualité complètement choisie, assumée, qui sert à donner et à se donner du plaisir et de l’amour. Dans une société communiste, la prostitution n’aura plus lieu d’être ; à la fois parce que des femmes et des hommes n’auront plus à vendre leur corps pour vivre, parce que comme tous les exploiteurs les proxénètes auront disparu, mais surtout parce qu’il n’y aura plus de client pour penser que le corps de quelqu’un s’achète, c’est à dire plus de patriarcat ! Nous sommes féministes révolutionnaires. Car, comme l’ont bien montré Alexandra Kollontaï ou Angela Davis, la femme ne pourra se libérer complètement que dans le cadre de la révolution prolétarienne.

Un membre de VP, pour le journal Partisan

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Renoize 2012

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Erode – Ulrike

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Contre la guerre de l’état turc – pour la libération du Kurdistan

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Dans les tribunes

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Meeting femmes en lutte 93

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Inglorious

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Bons baisers de Chine

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Rise Against – Give It All

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Une chercheuse contre le crime industriel

 Nous reproduisons ici un article du mercredi 8 août 2012 par le site grenoblois Pièces et main d’œuvre. Les études sur les conditions de travail des ouvriers sont nécessaires, l’on y voit bien le cynisme du capitalisme qui, même lorsqu’il prétend « faire un effort » pour améliorer lesdites conditions, ne fait qu' »encadrer les nuisances ». La conclusion de l’article prête cependant à discussion, puisque l’on ne peut pas blâmer les ouvriers de chercher à garder un taff pour se nourrir et nourrir leur famille… Vos commentaires sont les bienvenus.

« La reconnaissance que j’appelle de mes vœux serait de voir la justice française condamner les crimes industriels à la mesure de leurs conséquences, pour qu’enfin la prévention devienne réalité ». C’est en ces termes qu’Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Inserm, spécialiste de la « santé au travail », a refusé le 31 juillet 2012 la légion d’honneur proposée par la ministre Duflot. Le parti industriel et les tenants de la réindustrialisation française, les sections CGT d’Arkema, de Peugeot et du volailler Doux n’ont pas réagi.

Nous profitons de ce geste de décence minimal – quoique exceptionnel – de la part d’une chercheuse en santé publique pour rappeler cette évidence : l’emploi tue, mais c’est en son nom que toutes les forces « progressistes », écolo-techniciennes, syndicalistes, « de gauche » réclament le « redressement productif » du pays. Quitte à se couvrir parfois d’une opportune conversion à la décroissance, sans jamais s’attaquer au tabou de l’emploi ni à la course à l’innovation – c’est-à-dire à la destruction de nos vies – que celui-ci exige. (1) Or chacun sait, grâce à Michel Destot, le maire PS-CEA de Grenoble que « à travers [l’innovation] apparaît le développement des activités économiques qui génère lui-même des emplois pour l’ensemble de nos concitoyens. Il y a là une véritable mine d’or, prenons-en conscience. » (2)

Depuis trente ans, Annie Thébaud-Mony documente ce que nous avons résumé par la formule « Nos emplois valent plus que nos vies ». En 2007, elle écrit : « Le chômage, perçu comme principal problème social, a tendance à masquer les atteintes à la santé liées au travail. (…) En France, le travail tue, blesse et rend malade, à raison de deux morts par jour dus à des accidents, de huit morts par jour dus à l’amiante, de deux millions et demi de salariés exposés quotidiennement à des cocktails cancérigènes, de millions d’hommes et de femmes constamment poussés aux limites de ce qu’un être humain peut supporter, moralement et physiquement. » (3) Surprise : cette critique de l’emploi paraît dans le Monde diplomatique, aujourd’hui porte-parole de la gauche du parti industriel – qu’on se rappelle son récent appel en faveur des nanotechnologies, des biotechnologies et des technologies convergentes, au nom d’une « nouvelle révolution productive ». (4)

Depuis trente ans, syndicalistes, associatifs citoyens et foules de gauche n’ont pas plus tiré de leçons que depuis un siècle, et continuent à réclamer plus d’encadrement du risque et de normes de protection des salariés. Or la notion même de risque professionnel, rappelle l’historien Jean-Baptiste Fressoz, fait partie de ces dispositifs conçus par l’industrie pour rationaliser son activité, pour incorporer et soumettre les ouvriers à sa comptabilité. « Il ne faut donc pas penser le risque professionnel comme un dispositif de régulation d’un monde auparavant libéral, mais bien au contraire, comme la solution promue par les industriels et les assureurs à la crise d’une régulation préalable beaucoup plus contraignante (…). En reconnaissant que les accidents étaient intrinsèques à la société technologique, la doctrine du risque permettait à la fois de libéraliser les formes techniques et de gouverner de manière plus efficace. (…) Plutôt que la naissance de « l’Etat-providence », le risque professionnel désigne une nouvelle forme de laisser-faire, plus efficace, car faisant l’économie de la morale ». (5)

Bref, la notion de norme sous-entend un quota de pertes autorisé, avec calcul de leur coût.

Cette économie a fait l’affaire des industriels aussi bien que des syndicats, qui, en « courtiers de l’assujettissement à l’économie » (6), n’ont cessé de marchander l’encadrement des nuisances, dans leur alliance avec l’industrie pour la défense d’un modèle de production toujours plus meurtrier.

« Dans les années 1970, ce sont finalement l’analyse coût/bénéfice (on tolère un risque en fonction de l’intérêt économique des substances) et la définition de seuils qui s’imposèrent dans les instances de régulation. Les nouvelles normes internationales telles que « doses journalières admissibles » pour les aliments ou « concentration maximale autorisée » pour l’air opéraient un travestissement subtil : étant donné l’inexistence d’effet de seuil, elles consacraient de fait l’acceptation, pour des raisons économiques, d’un taux de cancer acceptable. » (7)

Qui a accepté ? Les salariés des usines polluantes, les habitants et les élus des « territoires » bénéficiaires des retombées de ces « mines d’or », une population résignée devant le progrès-qu’on-n’arrête-pas et les impératifs de la compétition économique. Prenez Tarente, en Italie. Quand l’Ilva, énorme aciérie, s’y installe en 1960, seuls les obscurantistes adeptes du retour à la bougie regrettent le remplacement des moutons par les hauts-fourneaux. Même le Pape bénit ce complexe industriel qui fournit 40 000 emplois aux locaux. « C’était notre fleuron, évoque le maire actuel Ippazio Stefàno, mais, peu à peu, nous avons subi les désagréments de la grande industrie, l’augmentation des tumeurs et, ces dernières années, nous avons également constaté la croissance des maladies cardio-vasculaires, même chez des adultes de 45-50 ans. » (8) Surmortalité supérieure de 10 à 15 % à la moyenne nationale, malformations, maladies respiratoires, interdiction de consommer la viande locale et pour les enfants de jouer dehors : la dioxine règne à Tarente, et il aura fallu 52 ans de crime industriel pour que la justice mette sous séquestre une partie de l’usine, le 26 juillet 2012. Nos emplois valent plus que nos vies.

Annie Thébaud-Mony : « Au terme de trente ans d’activité, il me faut constater que les conditions de travail ne cessent de se dégrader, que la prise de conscience du désastre sanitaire de l’amiante n’a pas conduit à une stratégie de lutte contre l’épidémie des cancers professionnels et environnementaux ».

Nous perdons depuis trente ans, faute de nommer les maux qui nous affligent. Ceux qui ne font que leur boulot font un sale boulot, et les crimes industriels sont aussi commis par ceux-là. On ne se lamentera pas sur la fermeture de PSA et du groupe Doux. Brisons les machines à produire le cancer.

Lire aussi : Le cancer de l’industrie – Syndicalisme et chimiothérapie, Pièces et main d’œuvre, mai 2012

NOTES

– 1 Cf Sous le soleil de l’innovation, rien que du nouveau !, Pièces et main d’œuvre, mai 2012

– 2 In L’espace alpin et la modernité, bilan et perspectives au tournant du siècle, sous la direction de Daniel J. Grange, PUG 2002

– 3 Le travail, lieu de violence et de mort, Le Monde diplomatique, juillet 2007

– 4 Industrie, le socle de la puissance, Le Monde diplomatique, mars 2012

– 5 Jean-Baptiste Fressoz, L’Apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique (le Seuil, 2012)

– 6 Encyclopédie des Nuisances, Adresse à tous ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer, 1990

– 7 Jean-Baptiste Fressoz, op. cité

– 8 La Libre Belgique, 4/08/12

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Dignité humaine contre barbarie hypocrite

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Le capitalisme monopolistique, stade suprême de la daube musicale

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Support your scene (gratuitement)

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Postpunk et déconstruction des genres

Il existe un courant du féminisme, que l’on pourrait qualifier de « féminisme hardcore » (Virginie Despentes l’appelle « féminisme porno punk »), qui ne fait aucune concession avec l’ordre dominant et revendique sa marginalité, son lien avec la drogue, la violence, l’homosexualité, la prostitution, le rock et l’underground. On y trouve notamment le Cinema of transgression, dont le terme vient de Nick Zedd en 1985.

Dans ce courant, il y a un certain nombres d’œuvres marquantes, comme le livre autobiographique de Lydia Lunch Journal d’une prédatrice (1997), où elle exprime sa volonté de vengeance et ses passions à la fois, dans un monde qui ne lui a fait aucun cadeau. Il y a également le court-métrage Nymphomania (1993), de Tessa Hughes-Freeland. C’est une œuvre courte (une dizaine de minutes) et simple : on y voit une fée ailée et insouciante qui danse dans les bois, se dénudant au bout d’un moment, et un faune à l’air méchant et au sexe priapique qui cherche sa proie. Sa violence et sa charge transgressive (le viol meurtrier et sans pitié) déconstruisent radicalement une image fantasmée de la femme, justement celle de la « nymphomane ».

Le titre, Nymphomania, aurait pu annoncer l’histoire d’une femme lubrique, soumise et dédiée aux plaisirs masculins, comme on en trouve à foison dans les romans libertins du XVIIIè siècle. Cependant, il n’y a pas de véritable nymphomane ici : la femme-fée ressemble bien plutôt à un être asexué, qui profite de la liberté et de la nature ; rien ne laisse présager en elle un quelconque désir de se faire violer. C’est en réalité l’imaginaire masculin phallocentrique qui construit cette représentation, qui s’imagine que la femme veut, au fond d’elle-même et sans se l’avouer explicitement, se faire violer. Le faune du film nie purement et simplement la femme en tant qu’être doué de personnalité et de volonté, il la chosifie, la transperçant aux deux sens du terme, la faisant mourir sous ses mains, sans remords.

Nymphomania est un film dont l’impact est immédiat et réel, et ô combien d’actualité, quand on voit par exemple ce que nous rapportions sur Feu de Prairie : une micro-étude des utilisateurs de Twitter met bien en évidence ce phallocentrisme qui fait de la femme un objet dont le « non » est toujours à interpréter comme un « oui ». Fantasme de la femme toujours disponible, toujours consommable, qui veut être abusée même si elle ne le reconnaîtra jamais ouvertement. Je veux bien que vous me citiez une norme sociale plus pernicieuse que celle-ci à propos des femmes … (on pourrait en trouver d’aussi graves sur la question du racisme, de l’homosexualité ou de la toxicomanie).

Nymphomania : une idée sociale phallocentrique à déconstruire, un terme qui ne signifie rien de réel si ce n’est le double jeu ambigü du désir d’avoir des femmes toujours là pour se prêter aux besoins sexuels du mâle, et de la psychiatrisation d’une « maladie » jadis synonyme de péché pendant des millénaires (qu’on se rappelle l’histoire d’Ève, incapable de dire non à la tentation, et qui entraîna son mari dans sa chute).

F. T.

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Liberté pour les Pussy Riots

Nota bene: notre soutien aux Pussy Riots, féministes punks ayant écopé de plusieurs années en camp de travail pour une provocation contre le pouvoir et l’église orthodoxe, est un soutien sans illusion.

D’une part, nous ne pensons pas que les Pussy Riots incarnent l’opposition la plus convaincante à Poutine: leur combat est juste mais n’a rien de révolutionnaire. Il y a beaucoup de militant(e)s en Russie qui subissent les foudres du système. Mais les médias les laissent dans l’ombre, favorisant une contestation moins subversive…

D’autre part, les déclarations exaltées des gouvernements occidentaux (d’Europe comme des USA) pour prendre leur défense sont pour le moins suspectes. Il faut bien avoir en tête que ces mêmes gouvernements qui laissent des peuples entier se faire massacrer en ce moment même (quand ça les arrange), ne font pas ça gratuitement, par pure bonté d’âme. Le but est de déstabiliser l’impérialisme russe pour faire avancer leurs propres pions. Il est important de dénoncer cette manipulation. Les grandes puissances occidentales sont des états barbares par nature, qui feraient mieux de balayer devant leur propre porte. Leurs déclarations « humanistes » ne feront que décrédibiliser l’opposition radicale russe.

Enfin, nous nous désolons de constater que l’affaire des Pussy Riots sert de caution « liberté » aux mêmes médias, et qu’ils passent sous silence la répression atroce dont sont victimes les mineurs d’Afrique du Sud. Rappelons que 34 mineurs de la mine de platine de Marikana (compagnie Lonmin) affiliés au syndicat combatif AMCU viennent d’être exécutés froidement par la police ce jeudi. Rien ne justifie ce massacre de sang froid. C’est une journée noire pour le mouvement ouvrier international. 78 autres ont été blessés… Nous conseillons à nos lecteurs de s’informer à ce sujet.

D.

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Passion de l’étranger

Nous publions ici un texte magnifique de Guy Hocquenghem (1946-1988), bel exemple de poésie révolutionnaire. Guy Hocquenghem fut un militant communiste et homosexuel, écrivain, auteur de la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary en 1986.

Pourquoi la plupart de mes amis, de mes amants, sont-ils étrangers ? Pourquoi n’est-ce  qu’avec eux que je me sens enfin arraché au plat, au prosaïque, au médiocre ? Enfant, j’appelais de mes voeux le ravisseur étranger qui m’emporterait dans ses bras, princesse raptée ; adulte, ou déclaré tel, je ne conçois d’amour que cosmopolite. Même pour une nuit, rare est le Français qui ne me glace pas, qui ne me donne l’impression de jouer à deux une comédie sans saveur. L’amour ne me parle qu’en d’autres langues, il me fait toujours signe de l’au-delà des rives connues, des références faciles. Oui, j’ai eu plus d’amants, plus d’amis, à l’étranger, de l’étranger, que je n’en aurai jamais parmi mes compatriotes. Peut-être même ne suis-je « homosexuel », comme on dit vilainement, que comme une manière d’être à l’étranger, je veux dire une manière de lui appartenir et d’être chez lui. Peut-être ai-je voulu l’étranger avant l’amant, et ai-je au moins trouvé là un langage qui déborde un peu la francité. Étranger, bel et vivace étranger, comment font-ils pour ne pas t’aimer ? Toi seul nous interromps dans notre maniaque monologue, nous interpelles, nous souris sans comprendre – et ce sourire brise en moi la certitude d’être homogène. Tu nous autorises aux plus subtils des quiproquos sentimentaux, et tu les rends indécidables. Tu nous fêles, comme on dit d’un cristal sous l’effet d’une note trop aiguë. Tu rends sensible l’invisible de l’au-delà du communicable, tu donnes aux fantômes de l’amour la palpitation d’une présence ambiguë. Tu m’adresses la parole, et les continents tourbillonnent pour notre seul plaisir. Tu es le hasard de mes jours et le compagnon de mes nuits. Étranger, tu dépasses toujours le cercle étroit où ton nom français t’enferme. De n’être pas d’ici, de n’être pas ailleurs donne à ta façon d’être là une modulation particulière. Être là, quand c’est toi, cela veut dire être autrement. Tu es la première expérience de l’autre, et le premier amour.

Guy Hocquenghem, extrait de « La volonté d’écart », Sociétés, n° 21, décembre 1988, Paris, Armand Colin, p. 3-4.

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Pour combattre l’austérité, une seule solution: changer ce système

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Alexandra Kollontaï présente!

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Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu

Je ne sous-estime ni ne surestime ma part de délire, je l’accepte comme un agencement autre de l’espace et du temps, brisant là avec la détermination économique de nos réalités. (Raoul Vaneigem, Le Chevalier, La Dame, le Diable et la mort, VII, p. 141-142)

Le cinéma est une forme d’art excellente pour exposer des théories sociales et des objectifs politiques.  Comme tout art, il est traversé par des idéologies et des intentions propagandistes, et on trouve à son sommet hégémonique des œuvres de justification de l’impérialisme et de l’anti-terrorisme comme les Transformers ou les Iron Man, des fresques de bonne conscience comme Avatar (un commentaire marxiste par Slavoj Žižek ici), des illustrations du nihilisme bourgeois comme Melancholia ou encore des nouveaux évangiles postféodaux comme The Tree of Life. Chacun de ces films est esthétiquement parfait, et remplit complètement son rôle idéologique.

Mais contre cette hégémonie et ce qu’on pourrait appeler à la suite d’Antonio Gramsci le cinéma organique, il y a les œuvres critiques, sans concessions. Parmi elles, je voudrais parler ici du film de Guy Debord sorti en 1978, intitulé In girum imus nocte et consumimur igni. On peut le visionner gratuitement sur l’excellent site (une vraie mine d’or) Ubuweb. Disons-le tout net : c’est un film éprouvant, ennuyeux, difficile à regarder d’une traite. Debord nous expose ses idées tout au long, de sa voie monotone, avec en arrière-fond une série d’images de toutes sortes, mais soigneusement choisies par l’auteur. Il a quelque chose d’autobiographique, voire de mégalomane : comme Rousseau en son temps, Debord s’expose comme un personnage à la fois incompris et lucide, qui a vu et décrit les maux du temps mais que personne n’a écouté ou pris au sérieux. On a ainsi parfois l’envie de se moquer de cette sorte de culte porté à soi-même, qui transparaît aussi dans la forme littéraire avec le fameux avertissement à la Société du spectacle, dans lequel Debord déclare : « Je ne suis pas quelqu’un qui se corrige.  Une telle théorie critique n’a pas à être changée… »

Pourtant, force est de constater que le discours debordien dans le film de 1978 manifeste une justesse et une radicalité rarement atteintes. En réalité, l’auteur ne glorifie pas sa propre personne, mais le discours qu’il produit : le nom de « Guy Debord » ne signifie qu’un agencement de théories, de figures, de personnages et d’images, mais aucunement une personne identifiable qu’il faudrait ridiculement déifier. En ce sens, Debord est bien l’héritier du structuralisme et le cousin de l’althussérisme : ce qui compte, ce sont les effets produits par le discours, le dispositif politique dans lequel il vient prendre place, et les lignes de rupture ou de fuite qu’il dévoile. In girum imus nocte et consumimur igni est un film structuré et structurant, qui joue sur le contraste entre la continuité monotone de la voix du Cassandre situationniste, et la diversité déconstruite des images qui apparaissent à l’écran… Mais aussi des images qui cessent d’apparaître, comme lors du moment où Debord « prive d’images » son spectateur, vers 1:20:33. « Ici les spectateurs, privés de tout, seront en outre privés d’images ».

Le film a donc pour but de signifier cette permanence de la théorie critique, qui reste vraie en 1978 sous forme cinématographique, tout comme elle était vraie en 1967 sous forme littéraire. Le spectateur doit être confronté à sa propre situation sociale de voyeur, à défaut d’être acteur d’un système capitaliste qui le dépasse, et l’agencement du film à la voix quasi insupportable et aux images disposées de façon ironique a pour but d’impacter ce spectateur, de lui montrer la vacuité de sa « vision » du monde social. Le film a ainsi pour fonction essentielle de déplaire, contrairement à l’écrasante majorité du cinéma divertissant ; et n’a pas même pour fonction de représenter la politique révolutionnaire comme le faisait Godard dans La Chinoise (1967). Debord est clair là-dessus : il raille les militants qui lui ont écrit pour qu’il prenne la tête de leur mouvement. Le situationnisme est par principe l’ennemi de toute icône, de tout emblème ; sa philosophie de l’art se résume en un mot : détournement. Vous en aurez un exemple frappant si vous visionnez un autre film, de René Viénet cette fois, La dialectique peut-elle casser des briques ? (1973). Privilégier la parodie, la déconstruction, l’ironie, la satire, le renversement des idoles, plutôt que la sacralisation, la glorification, la magnificence de l’art hégémonique.

Pour moi, Debord n’est donc pas un mégalo. Il est plutôt le praticien d’une éthique de la fidélité, au sens qu’Alain Badiou donne à ce terme dans l’Éloge de l’amour (2009). La fidélité, c’est vouloir continuer l’événement (politique, artistique, amoureux, scientifique) lors de sa survenue, c’est dans la pratique tenter de l’inscrire dans la temporalité, comme ce qui rompt la monotonie et le caractère répétitif du temps capitaliste, pour ouvrir un espace d’émancipation et d’égalité. Cet espace porte le nom de « communisme », défini comme « un collectif capable d’intégrer toute différence extrapolitique ». Cette intégration de la différence est l’ennemie directe de la politique identitaire, qui exclut tout ce qui est Autre : la femme, l’étranger, l’homosexuel, pour imposer un modèle dominant, le mâle blanc hétérosexuel. Fidèle à l’événement, on peut dire que Debord l’a été : ce fut Mai 68, que l’on surnommait d’ailleurs de façon métonymique « les événements » tout court. Debord en tire les conclusions dans le film In girum imus nocte et consumimur igni, sans le renier ni rompre avec ce qui s’est produit. Au contraire, Debord préserve dans l’art, ici le cinéma, ce qui s’est produit, avec l’espoir qu’une autre génération reprendra le flambeau de la révolution et finira par la mener à bout. C’est en cela que son cinéma est critique et politique. Le cinéaste se place à l’opposé de tous ceux qui ont trahi ou renié, réduisant Mai 68 à une expérience de jeunesse ou pire, à un tremplin pour une carrière au Parti Socialiste.

F. T.

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Nouvelles du Kurdistan

L’offensive lancée par le PKK le 23 juillet semble porter ses fruits : l’armée n’arrive toujours pas à pénétrer par voie terrestre dans les zones sous son contrôle à Semdinli. Le PKK a également pris le contrôle de plusieurs zones à Cukurca, toujours dans la région de Hakkari, depuis 4 aout. L’armée ne pouvant pas mener des opérations terrestres, elle a du abandonner le 9 aout tous ses barrages routiers sur la route de Semdinli-Yuksekova. Deux jours plus tard, le 11 août, l’armée s’est retirée également de toutes les postes de garde et des positions entre Hakkari et Cukurca. En outre, le PKK a intensifié ses opérations d’arrestations et de destruction des véhicules travaillant pour les chantiers militaires. Au moins 80 personnes dont des militaires, des gardians de village, des entrepreneurs, des maires AKP et un député CHP, parti kémaliste, ont été arrêtés par la guérilla entre 1er mai et 13 aout 2012.

Rappelons que les kurdes syriens ont pris le contrôle de leur région à partir du 19 juillet. Des conseils du peuple avaient déjà été créés dans toutes les villes kurdes, mais aussi à Alep où vivent quelque 600.000 kurdes, après la révolte lancée mi-mars 2011. Le processus de l’autonomie est accéléré : les noms des villes arabisées depuis 40 ans ont été changés, des écoles kurdes ont été multipliées, les enseignants travaillent déjà sur un système éducatif kurde, les Unités de défense populaires (YPG), des forces armées composées de femmes et hommes, ont été créés et les partis kurdes ont unis leurs forces sous la bannière du Conseil suprême kurde. Le principal parti kurde syrien, le PYD propose une confédération démocratique syrienne reconnaissant les droits du peuple kurde en tant que nation dans la future constitution et l’autonomie de la région kurde.

Secours Rouge – APAPC

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Street art!

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De la musique classique pour faire fuir les jeunes

Le blog ami Coutoentrelesdents rapporte que le Pouvoir a décidé d’user de la musique classique comme agencement répressif. Nous copions ici le texte de l’article, suivi d’un commentaire de Feu de Prairie.

La ville de Courtrai a décidé de diffuser de la musique classique dans le parc du Béguinage, au centre-ville, afin de faire fuir les jeunes qui, selon les autorités locales, y causent des désagréments.

“Une première en Belgique”, écrit vendredi Het Nieuwsblad. Des haut-parleurs seront installés dès la semaine prochaine, a décidé le collège communal, qui part du principe que la plupart des jeunes fréquentant ce parc n’apprécieront guère ce type de musique.

La Grande-Bretagne, l’Australie, les États-Unis et les Pays-Bas connaissent déjà des initiatives similaires.

“Nous voulons surtout donner au parc une ambiance agréable. Mais si, ce faisant, les désagréments disparaissent aussi, c’est ça de pris”, commente le bourgmestre de Courtrai, l’ancien ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V). Des tables et bancs pour pique-niquer seront également installés.

L’initiative n’est pas sans rappeler le très controversé “mosquito”, cet émetteur de sons à très haute fréquence destiné à disperser les groupes d’adolescents. Des projets-pilotes recourant à cet appareil ont fait long feu car ils étaient contraires aux droits de l’enfant.

Presse mélomane (Belga, 13 juillet 2012)

La musique classique pour chasser les jeunes ?

Dans un parc de Courtrai, des haut-parleurs vont diffuser de la musique classique. Pour en chasser les jeunes qui traînent, horrifiés par le Stabat Mater de Vivaldi et autre Petite musique de nuit de Mozart ? Non, pour permettre à d’autres d’aussi profiter du parc, dit le bourgmestre.

Mozart ferait-il fuir les jeunes ? La presse flamande annonçait ce matin que la ville de Courtrai allait diffuser de la musique classique dans un de ses parcs pour chasser les jeunes turbulents qui s’y regroupent.

Le bourgmestre Stefaan De Clerck parle plutôt d’installer une ambiance plus conviviale mais nous avons quand même voulu nous poser la question : la musique classique peut-elle vraiment avoir un impact sur le comportement des jeunes?

La SNCF répond oui. Depuis peu, l’entreprise française passe de la musique classique en gare de Poissy, près de Paris. Et l’expérience est concluante.

Le soir, la gare de Poissy est déserte. Les voyageurs se sentent souvent mal à l’aise et ils le sont d’autant plus quand un groupe de jeunes turbulents traînent dans les parages.

Depuis le mois de janvier, Vivaldi a changé la donne. Bruno Rocher, un des responsables sécurité de la SNCF, explique que quand on passe la musique classique le voyageur se sent plus en quiétude et on évite le regroupement de jeunes voyageurs turbulents, pas forcément grands amateurs des Quatre Saisons et qui vont plutôt aller jouer dehors que dans le hall de la gare.

La musique classique surgit sur les quais et dans les halls de la gare à la demande. Ce sont les agents de terrain qui jouent les DJ, en fonction de l’ambiance dans la salle. Ces agents de terrain ont noté minutieusement les changements observés dans la gare après chaque morceau. Leurs conclusions sont positives. La SNCF va donc élargir l’expérience à d’autres gares.

Presse mélomane (Daphné Van Ossel, RTBF.be, 13 juillet 2012)

Cette utilisation répressive de la musique, à peine voilée, qui se passe même du fard de la bonne conscience (il est bien écrit « faire fuir » les jeunes, et non simplement « apaiser les moeurs », « pacifier le vivre-ensemble ») repose sur un certain nombre de présupposés clairs. D’abord, la musique classique serait d’essence européenne, noble, sacrée. Les « jeunes », forcément des banlieusards qui écoutent du rap, crachent par terre et gênent les gentils passagers, auraient l’oreille hostile à notre chère musique européenne. Mozart contre NTM, Beethoven contre Sniper… c’est à un conflit des cultures que nous convie ces mesures de contrôle de la population, de biopolitique dirait Foucault : en référence au fait que l’on utilise la perception physique des sons pour gérer les individus nuisibles à l’ordre social. Il s’agit donc bien évidemment d’une mesure raciste, faisant jouer les origines ethniques, discréditant la culture populaire et révoltée au profit de la sacro-sainte culture occidentale. Et visiblement, les amateurs de Mozart gorgés d’humanisme se taisent, aucun ne s’offusque de la récupération répressive de leur chère musique qu’ils écoutent tous les soirs dans leur salon, critiquant-l’euro-centrisme-mais-pas-trop-faut-pas-abuser. Contre cette énième mesure fascisante, il faut rappeler qu’écouter du rap et nuire au gentil citoyen a pour origine une juste révolte contre un ordre injuste, et que l’oeuvre de Mozart elle-même n’a pas pour vocation à « faire fuir » des racailles : il s’agit d’une utilisation politique de la musique, au service des intérêts de la bourgeoisie, appuyée sur une culture hégémonique.

En conséquence, voici une ode à la culture française :

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Sur le dos des prolo

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