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Dix questions aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X

par Disputationes theologicae

13 juin 2026, Saint Antoine de Padoue

 

Mgr Tissier de Mallerais (FSSPX) pendant plusieurs années à la tête de la

Commission Saint Charles Borromée pour les annulations des mariages

 

 

Chers confrères, indépendamment des consécrations épiscopales annoncées pour le 1er juillet prochain, sur lesquelles cette revue s’est déjà exprimée dans "La Fraternité Saint-Pie X demande le maintien de l’accord pratique bergoglien", nous formulons, dans l’esprit de transparence doctrinale souvent évoqué et afin de tenter de dissiper les ambiguïtés de position qui ne peuvent être entretenues ni dans un sens ni dans l’autre, dix questions simples auxquelles nous vous demandons de répondre. Chacun d’entre vous pourra répondre, y compris publiquement dans cette revue ou ailleurs, aux questions de ses propres fidèles ainsi qu’à l’accusation de tenir une position ou, du moins, une pratique schismatique ou sectaire.

 

Chacun pourra également, si nécessaire, prendre ses distances avec ce qui a été jusqu’à présent la position dominante dans la FSSPX. Cette position a, de fait, déterminé les choix jusqu’à présent, y compris en matière d’accords - ou plutôt d’accord manqué - avec Rome.

 

  1. La Fraternité Saint-Pie X a institué la Commission Saint Charles Borromée, qui instruit de manière autonome les procès en validité matrimoniale et procède à l'annulation des mariages ; sur la base de quel pouvoir de juridiction procède-t-elle à ces "annulations de mariage" ? Lorsque Mgr Tissier, qui était à la tête de cette commission, affirmait que ces "annulations" équivalent à la «troisième instance de la Rote», que voulait-il dire ? Que cette Commission s’attribue la même autorité que le Pape?

 

  1. La Fraternité Saint-Pie X ne mélange pas les hosties consacrées par ses propres prêtres avec celles consacrées selon le rite de Paul VI ; elle ne distribue pas les hosties présentes dans les tabernacles si ces particules ont été consacrées selon la messe de Paul VI, et inversement, lorsqu’elle se trouve à célébrer dans des églises mises à disposition par l’autorité ecclésiastique, elle ne laisse pas dans les tabernacles les hosties consacrées par ses propres prêtres et les emporte avec elle ou les consomme. Quelle est la raison théologique et doctrinale d’un tel comportement pratique ? Existe-t-il deux types de présence réelle, l’une pour les hosties consacrées par la Fraternité Saint-Pie X et l’autre pour les hosties non consacrées par les prêtres de ladite Fraternité ? Existe-t-il une "présence réelle Paul VI spéciale" qui causerait des problèmes eucharistiques ? Ou bien doutez-vous de la présence réelle dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité au point que l’abbé Puga (professeur de morale à Écône) enseignait aux séminaristes que la génuflexion dans les églises qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X doit être faite non pas simplement, mais avec réserve, c’est-à-dire en disant mentalement «je fais la génuflexion sous condition que le Saint-Sacrement soit véritablement présent»? Ou bien existe-t-il une autre théorie eucharistique qui n’est pas décrite ci-dessus? Dans ce cas, pourriez-vous l’expliquer?

 

  1. Selon la Fraternité Saint-Pie X, la messe de Paul VI, ou Novus Ordo Missae, est une messe « mauvaise en soi », c’est-à-dire un acte moral que personne ne peut accomplir sans tomber dans le péché contre la foi, comme cela est couramment enseigné à Écône et tel qu’il est transcrit dans le Bref catéchisme de la Nouvelle Messe que vous distribuez dans les prieurés. En quoi cette thèse est-elle compatible avec la validité du pontificat de Paul VI ? Est-il possible pour vous qu’un Pape promulgue une loi liturgique universelle qui soit non seulement problématique, mais qui constitue même un « péché grave contre la foi » et un « acte moral mauvais en soi », à l’instar d’un acte toujours peccamineux tel que l’adultère, qui ne peut être commis pour aucune raison au monde ?

 

  1. La Fraternité Saint-Pie X accepte-t-elle encore ou rejette-t-elle la phrase de Mgr Lefebvre, prononcée lors de l'homélie des consécrations épiscopales du 30 juin 1988, dans laquelle il expliquait pourquoi il procédait à la création de nouveaux évêques sans mandat pontifical, à savoir parce que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Le sens évident de cette affirmation est que tous les évêques de l’Église catholique qui ont reçu l’épiscopat selon le rite réformé par Paul VI pourraient ne pas être évêques; il est donc nécessaire que ce soient les évêques de la Fraternité Saint-Pie X qui en consacrent d’autres afin que l’on puisse être certain de la validité de leur épiscopat. Maintenez-vous cette position ou la rejetez-vous comme schismatico-sectaire? En cas d’accord, accepteriez-vous que le Pape envoie des évêques qui ne sont pas de la Fraternité Saint-Pie X pour consacrer vos candidats à l’épiscopat selon le rite traditionnel? Ou bien les évêques consécrateurs doivent-ils appartenir à la lignée épiscopale de Mgr Lefebvre, car c’est la seule qui ne soit pas douteuse, même quant à la validité?

 

  1. Lorsque l’abbé Davide Pagliarani évoque un « état de nécessité » comme motif pour consacrer sans mandat du Pape, fait-il référence à une nécessité d’ordre pastoral ou également à un doute que vous émettez quant à la validité de tous les sacrements dispensés en dehors de la Fraternité Saint-Pie X, y compris l’épiscopat, au motif que les nouveaux sacrements «sont tous douteux»? Si tel était le cas, ne serait-il pas plus honnête de le déclarer?

 

  1. Les évêques de la Fraternité Saint-Pie X seront-ils au service de toute l’Église et seront-ils là pour administrer les sacrements traditionnels à quiconque les demande? Ou les réserveront-ils exclusivement aux membres de la Fraternité elle-même, de sorte que pour recevoir le baptême, la confirmation ou être ordonné prêtre selon le rite traditionnel, il faut, de fait, adhérer aux autorités de la Fraternité Saint-Pie X?

 

  1. La Fraternité Saint-Pie X réitère les confirmations conférées selon le rite réformé par Paul VI; et même récemment encore, à Bordeaux, la confirmation a été à nouveau conférée à un jeune homme qui avait déjà été confirmé par le cardinal Ricard selon le rite traditionnel. La Fraternité Saint-Pie X met-elle en doute la validité des évêques ou celle des saintes huiles ? Sur quelle étude préliminaire repose cette manière d'agir?

 

  1. La Fraternité Saint-Pie X affirme qu’elle doit recourir à des consécrations épiscopales sans mandat pontifical parce que le Saint-Siège demande l’ «acceptation du Concile Vatican II pour tout accord canonique». Mais la Fraternité Saint-Pie X a déjà « accepté le Concile », pour reprendre cette expression, à au moins trois reprises connues. La première fois, ce fut dans le protocole signé par Mgr Lefebvre en 1988. La deuxième, dans la lettre du 15 décembre 2008, écrite par le Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X au nom des quatre évêques pour demander la levée des excommunications, où il a été signé ce qui suit : « Nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican II, au sujet duquel nous émettons des réserves.» La troisième fois dans la Protocole doctrinal avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signé le 15 avril 2012 par le Supérieur général de cette Fraternité. Ce texte contient non seulement l’acceptation du “classique” Lumen Gentium n° 25, mais aussi la pleine reconnaissance - sur ce point sans réserve - de la doctrine de Vatican II sur la collégialité épiscopale, telle qu’elle est exprimée «par la Constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II, chapitre 3 (De constitutione hierarchica Ecclesiæ et in specie de episcopatu)». Il comporte également l’acceptation du Code de droit canonique de 1983. La véritable raison des consécrations épiscopales sans mandat de Rome ne semble donc pas résider dans « l’acceptation du Concile » puisque celui-ci a déjà été  « accepté » à plusieurs reprises, et cela dans des termes qui, s’ils avaient été adoptés par d’autres, auraient été qualifiés de trahison doctrinale. La véritable raison serait-elle alors que les nouveaux sacrements « sont tous douteux »?

 

  1. Lorsque la Fraternité Saint-Pie X demande à ses propres fidèles de ne pas assister aux messes traditionnelles célébrées par des prêtres « en union avec l’Église conciliaire », veut-elle dire qu’il n’y a pas de communicatio in sacris avec les autres membres de l’Église parce qu’il y a deux églises, ou bien que l’on doute de la validité de leur ordination sacerdotale?

 

  1. Si les thèses théologiques sous-jacentes aux questions susmentionnées étaient d’une nature différente de celle supposée par cette liste, les prêtres de cette Fraternité pourraient-ils indiquer s’ils soutiennent personnellement d’autres positions et s’ils peuvent les assumer, en prenant publiquement leurs distances à l’égard des erreurs doctrinales de leurs autorités? Pourraient-ils s’excuser publiquement pour ces erreurs diffusées en matière sacramentaire, ces erreurs qui ont conduit certains fidèles insuffisamment formés à mourir sans recevoir les sacrements de l’Église, simplement parce qu’ils ne pouvaient pas recevoir ceux de la Fraternité Saint-Pie X ?

Le présent questionnaire s'adresse à tous les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, afin de dissiper d'éventuels doutes quant à leur position, qui apparaît actuellement ambivalents selon les interlocuteurs. Pour notre part, nous publierons toute réponse signée à ces questions. Chaque fidèle de cette Fraternité devrait toutefois exiger des prêtres des réponses claires, si possible écrites, avant de choisir de fréquenter ces chapelles. Cela permettrait d’éviter des choix irréfléchis ou dictés par les sentiments et les passions.

Cela est d’autant plus important que ces positions extrêmes sont révélées progressivement aux fidèles et sont révélés progressivement également aux séminaristes. C’est ce qui s’est produit pour les signataires du présent texte, auxquels certaines positions ont été dévoilées par étapes. Comme, par exemple, lorsque le Directeur d’Ecône ordonna aux séminaristes de se limiter à servir la Messe (traditionnelle) des prêtres diocésain de Novara en visite au séminaire, mais de ne pas recevoir l’hostie consacrée par eux, et de communier ce jour là à une deuxième Messe, célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint Pie X.

Ces positions, d’abord partiellement cachées puis dévoilées progressivement, finissent ainsi par s’imposer de facto comme des principes à accepter et à mettre en pratique.

Et tout cela indépendamment de ce qui pourra ou non se passer le 1er juillet prochain, événement qui ne changera pas grand-chose à la substance de ces questions capitales pour le bien de l’Église.

 

                                                                                                 Don Stefano Carusi

                                                                                     Abbé Louis-Numa Julien

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La jovialité (eutrapelie) est-elle une vertu à cultiver?

par Disputationes theologicae

publié dans A l'école théologique romaine

La vision morale de saint Thomas d’Aquin

30 avril 2026, Sainte Catherine de Sienne

 

Saint Philippe Néri (1515–1595), l'apôtre de Rome et le «Saint de la joie»

 

 

Pour se moquer de la manière trop “légaliste” d’aborder la vie morale et spirituelle du chrétien, de l’attitude trop liée à la dite “morale du devoir”, nous pourrions poser de manière provocatrice la question suivante : est-il obligatoire d’être joyeux ?  Ai-je le devoir de plaisanter ? Ou encore : quelle loi écrite, biblique ou civile, m’oblige à savoir plaisanter ? Ne voyant aucun mandat contraignant qui me pousse à adopter une telle attitude, une morale trop attachée au précepte pourrait répondre que ce sujet ne figure pas dans le Décalogue et que, par conséquent, Dieu n’ayant pas imposé de préceptes à cet égard, il n’y a aucune obligation d’être enjoué. Le chrétien ne serait donc pas tenu de se préoccuper de cette question, pouvant se permettre d’afficher en toute occasion une austérité sévère pourvu qu’il respecte toutes les règles. Ce n’est pas là l’approche de saint Thomas d’Aquin et, à y regarder de plus près, l’Écriture elle-même contient des passages qui, s’ils ne parlent pas d’un précepte strict, contiennent des invitations plus ou moins explicites à s’interroger sur le rapport entre la jovialité et la vie spirituelle, comme le reprendront ensuite certains grands mystiques du XVIe siècle.

 

Nous souhaitons toutefois nous concentrer ici sur la perspective aristotélico-thomiste, inspirée principalement par une question (q. 168, IIa IIae) de la Summa Theologiae de saint Thomas d’Aquin, ainsi que sur sa vision morale qui, comme on le sait, accorde davantage d’importance au développement et à l’enracinement des vertus qu’à la perspective légaliste de certains courants du rationalisme moderne. Cela implique qu’il peut parfois y avoir des actes moraux demandés au bon chrétien, qui ne sont pas nécessairement liés à une prescription explicite, mais sont plutôt la conséquence naturelle d’une âme qui, imprégnée de charité, organise son agir moral en cultivant les vertus selon la raison.

 

Par exemple, être affable, dit le Saint Docteur, est quelque chose qui s’apparente à la justice dans la mesure où cela concerne les relations avec les autres ; cela ne relève toutefois pas pleinement de la ratio de la justice, comme si quelqu’un “devait” l’affabilité à l’autre au même titre qu’il “doit”, au sens strict, rembourser une dette pécuniaire qu’il a contractée. Cependant, l’affabilité est, d’une certaine manière, une “chose due” à l’autre (debitum): à savoir lorsque l’on considère la structure de l’action morale dans sa complexité et la manière d’agir du vertueux, qui fait à l’autre ce qu’il convient de faire, ce qu’il est bon de faire, ce que « decet eum facere », dit saint Thomas [1], alors, compte tenu d’un ensemble de relations sociales et des exigences qui y sont liées, l’affabilité est en quelque sorte une “chose due”. En d’autres termes, la morale de la vertu par rapport à celle de la loi, si elle est parfois à juste titre plus souple que l’application stricte du précepte, est parfois plus exigeante, car - en regardant le vrai bien à faire, au-delà de l’alinéa minutieux de la loi écrit ou prescrit - elle exige de l’homme qu’il fasse ce qui est bien même si aucune loi n’en parle, qu’il fasse ce qui conduit à la véritable fin, qu’il fasse ce qui est juste même si cela n’est pas prescrit. Cette vision morale peut donc aussi impliquer un sourire ou une disposition au sourire et à la plaisanterie, précisément en vue du véritable bien à accomplir.

 

L'Aquinate nous dit en effet que la vertu s’exprime également dans les mouvements extérieurs du corps, comme un sourire, une tape sur l’épaule ou une certaine plaisanterie, que nous pouvons maîtriser par notre volonté [2]. Il ajoute ensuite que la modération et la maîtrise de nos mouvements extérieurs, dans le cadre social des relations avec les autres, se rapportent principalement à deux vertus : la première est celle de l’amitié-affabilité, c’est-à-dire la vertu qui nous fait nous comporter de manière amicale-affable envers les personnes que nous rencontrons ou avec lesquelles nous vivons, et la seconde est la vertu de la véracité, qui, dans ce cas, se rapporte à nos mouvements extérieurs du corps dans la mesure où ils sont révélateurs des mouvements intérieurs de l’âme. Cette dernière vertu nous amène à nous montrer, en paroles et en actes, tels que nous sommes réellement [3], en évitant la feinte [4]. L’amitié-affabilité et la sincérité sont, dans ce cas, les deux piliers d'une bonne conduite morale.

 

Mais alors, se demande le grand théologien, peut-on exiger de recourir au jeu ou à un ton enjoué à tel point que le fait de ne pas faire preuve d’une telle jovialité pourrait constituer un manquement à la vertu, voire un péché ? L’Aquinate nous dit que, tout comme le corps a besoin de se reposer et de se restaurer après le travail, il en va de même après des tâches exigeant une forte concentration intellectuelle ou même après la pratique de la prière et de la contemplation, car ces activités, bien que sublimes, provoquent une fatigue due à l’effort qu’elles impliquent et le fait que nous ne sommes pas des anges, mais que nous sommes dotés de limites corporelles, rend nécessaire un repos et aussi un moment de réjouissance. Saint Thomas rapporte que certains s’indignaient de voir saint Jean l’Évangéliste s’amuser avec ses disciples, et la réponse de l’Apôtre fut de demander à un archer pourquoi il ne tendait pas constamment son arc ; l’autre répondit que, s’il le faisait, l’arc se briserait. Saint Jean fit ainsi comprendre que l’âme aussi se briserait si on la laissait en tension constante sans qu’elle puisse jamais se détendre (relaxaretur) [5].

 

Les jeux ou les aspects ludiques sont donc parfois nécessaires, tout comme l’est parfois une certaine sérénité de l’âme, à certaines conditions : que la détente ne dégénère pas en propos grossiers ou nuisibles, que l’âme ne s’abaisse pas au point de perdre cette gravité qui est propre à son état, et, troisièmement, qu’il y ait une proportionnalité avec les circonstances liées à la personne, au lieu et à la situation. En ordonnant ainsi la jovialité selon la raison, on exerce une véritable vertu morale, celle qu’Aristote appelle eutrapelie, c’est-à-dire cette vertu qui parvient à transformer les événements et les paroles en un divertissement agréable et qui est une vertu dans la mesure où elle parvient également à donner la juste mesure au jeu ou à la plaisanterie[6], procurant à l’âme la récréation et la sérénité dont elle a naturellement besoin [7].

 

Saint Thomas poursuit son exposé en rappelant que même dans le jeu, la modération est nécessaire; on peut en effet pécher par excès, soit en plaisantant de manière inconvenante ou en recourant à diverses turpitudes, soit en finissant par nuire à son prochain, soit encore en aimant le jeu de manière immodérée et quasi exclusive, au point de le préférer à l’amour de Dieu ou de l’orienter vers des actes ou des paroles contraires aux préceptes de l’Église [8]. Toutefois, dans certaines limites, le recours à des bouffons ou à des comédiens est également licite, s’ils constituent un moyen approprié pour égayer l’esprit en certaines occasions [9].

 

Enfin, saint Thomas se demande si, à l'inverse, l'absence de plaisanterie peut également être considérée comme un péché. Comme à son habitude dans ses objections initiales, il cite des passages scripturaires ou patristiques allant dans le sens contraire, c'est-à-dire des phrases faisant autorité qui sembleraient recommander la plus grande austérité et le plus grand sérieux, invitant à éviter les personnes et les cercles qui s'adonnent à l'hilarité et à la légèreté [10]. Mais il s'agit là d'objections à la thèse, qui doivent stimuler la réflexion vers une réponse adéquate et réfléchie. 

 

La réponse du bon sens thomiste consistera donc à souligner que, dans les affaires humaines, tout ce qui va à l’encontre de la raison comporte un élément de vice qu’il convient de condamner. Le Saint Docteur affirme que, s’il est vrai que la plaisanterie immodérée, excessive et vulgaire n’est pas à approuver, il n’est pas non plus à approuver que quelqu’un se montre “pesant pour son prochain” dans les relations humaines. Être “pesant pour son prochain” désigne ici l’attitude de celui qui reste boudeur ou irrité envers son prochain, ou de celui qui, dans la conversation, ne parvient pas à montrer aucun aspect d’agrément dans son discours ou se comporte par des signes extérieurs qui empêchent les autres de faire la moindre plaisanterie ou d’esquisser le moindre sourire. Il y a ici en effet un aspect d’omission d’une “chose due” au prochain (debitum), en ce sens que “nous devons” en quelque sorte rendre la vie sociale agréable à notre prochain; sous certains aspects, l’autre a en effet droit à une conversation détendue et aimable, non sans recourir également à quelques moments de répit, et c’est sous cet aspect qu’il existe un lien avec la notion de justice, de ce que “nous devons” à notre prochain, au point que son omission peut comporter le fait de “ne pas avoir donné ce qui devait être donné[11].

 

En citant Sénèque, il rappelle que le comportement sage est celui qui ne se montre ni acerbe ni lâche envers les autres. En effet, ceux qui sont incapables de plaisanterie et ne parviennent jamais à dire quoi que ce soit qui allège la conversation sont si pesants pour leur prochain qu’ils en deviennent gênants; car, entre autres, ils n’acceptent ni ne consentent à la plaisanterie modérée de leur interlocuteur, qui, lorsqu’elle est innocente, doit être considérée comme un allègement et un repos nécessaires pour l’âme. Et ces personnages, qu’Aristote qualifie de durs et de rustiques (y incluant un aspect de rudesse et presque d’impolitesse), ne sont pas dans la vertu, mais dans le vice du manque de gaieté et de jovialité, agissant contrairement à ce que la raison exige à ce moment-là [12].

 

Un manque de gaieté qui est contraire à la raison, tout comme l'est ce qui empêche la réalisation du bien : en faisant obstacle à une certaine joie et à une certaine sérénité de l'âme - la sienne et celle des autres - on empêche de bien agir ou, à tout du moins, on rend cela plus difficile. Le caractère de vice réside dans le fait que la raison suggérait d’utiliser la jovialité comme un moyen efficace et pratique qui aurait facilité l’atteinte de la juste fin et du bien, et qu’au contraire, on n’a pas eu recours à ce moyen raisonnable [13]. Pour la même raison, ce n’est pas un péché de montrer un visage sévère à ceux qui font le mal ; au contraire, dans ce cas, il ne faut pas montrer un visage joyeux, précisément pour manifester extérieurement que nous ne sommes pas indulgents envers leur péché et que nous ne voulons pas qu’ils deviennent encore plus audacieux dans le mal [14].

 

Ces brefs conseils de Saint Thomas d’Aquin doivent être précieusement conservés par ceux-là mêmes qui se consacrent le plus à la prière et souhaitent cultiver leur vie spirituelle avec sagesse et équilibre, en se rappelant qu’une maîtresse de vie spirituelle comme sainte Thérèse d’Avila, que personne ne peut accuser de ne pas avoir pratiqué la pénitence et l’effort de contemplation comme il se doit, disait « Que Dieu me préserve de ces gens si spirituels qui veulent tout réduire, à tort et à travers, à la contemplation parfaite ! ». Malheur à ce saint qui fait de son austérité un masque permanent, il n’a pas compris que la joie due et pourtant modérée est une vertu qu’il faut savoir cultiver, comme nous l’ont sagement enseigné saint Philippe Néri et saint Jean Bosco.  

 

Don Stefano Carusi

 

 

 

[1] S. Tommaso d’Aquino, Summa Theologiae (S.Th.), IIa IIae, q. 114, a. 2, c.

[2] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 1, c.

[3] S. Th., IIa IIa, q. 168, a. 1, ad 3.

[4] S. Th., IIa IIa, q. 168, a. 1, ad 4.

[5] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 2, c.

[6] Ibidem.

[7] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 2, ad 3.

[8] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 3, c.

[9] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 3, ad 3.

[10] S. Th., IIa IIae, q. 168, a.4, ob. 1, 2, 3.

[11] S. Th., IIa IIae, q. 168, a. 4, c.

[12] Ibidem.

[13] Ibidem.

[14] S. Th., IIa IIae, q. 114, a. 1, ad 3.

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La Fraternité Saint-Pie X demande le maintien de l'accord pratique bergoglien

par Disputationes theologicae

Au sujet des consécrations épiscopales annoncées

 

11 février 2026, Notre-Dame de Lourdes

 

M. l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur Général de la FSSPX

 

Certains lecteurs nous demandent notre avis sur les consécrations épiscopales sans mandat pontifical annoncées par la Fraternité Saint-Pie X.

Au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas s'ils arriveront à obtenir des consécrations sans mandat et en même temps sans sanctions, comme ils le demandent et selon la tournure que les événements avaient pris ces dernières années dans le cadre de l'accord pratique bergoglien.

Ce qui est certain, c'est qu'elles sont la conséquence du refus de conclure l'accord canonique sous le pape Jean-Paul II entre 2000 et 2005, en exigeant un "calendrier" qui a été suivi, mais qui n'a pas donné les résultats attendus ou qu'on disait de vouloir atteindre.

Vous souvenez-vous de la « conversion de Rome » ? Et voilà où nous en sommes arrivés : à l'annonce de consécrations épiscopales sans mandat pontifical, en espérant (et en demandant) de ne pas recevoir de sanctions.

C'est là le point central. Pour approfondir le sujet, y compris en ce qui concerne la FSSPX en général, nous recommandons de relire attentivement nos articles précédents.

À titre d'exemple, nous proposons ci-dessous quelques liens.

 

La Rédaction de Disputationes Theologicae

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…«Primat de la foi» ou des chapes en soie?

par Disputationes theologicae

Quand la vacuité soutient de fait le modernisme

8 décembre 2025, fête de l'Immaculée Conception

 

 

«Surprise au Vatican», titrait Nico Spuntoni dans Il Giornale: le cardinal Zuppi, qui ne s'est jamais soustrait au jeu politique consistant à donner un coup à droite et un coup à gauche, ou plutôt dix coups favorables à la gauche et, de temps en temps, un vague clin d'œil œcuménique à droite pour des raisons «électorales», et qui était surnommé à Bologne «l'aumônier du PD» (Parti Démocratique, évolution du Parti Communiste en Italie), a été solennellement invité par l'Institut du Bon Pasteur, en quête perpétuelle de légitimation curiale, à célébrer les vêpres lors du pèlerinage qui s'appelait autrefois «Una cum Papa nostro Francisco» et qui a ensuite été rebaptisé en un nom plus présentable «Summorum Pontificum» .

 

Mais que faisait là, le président de la CEI, le cardinal Zuppi, à célébrer les vêpres dans l'ancien rite, alors même qu'il préparait son chef-d'œuvre d'octobre, subversif pour la foi et la morale catholiques, le fameux Document de synthèse du Chemin synodal de la CEI, avec la promotion effrontée de thèmes en faveur de la propagande LGBT? Lui qui permettait dans son diocèse la bénédiction des couples homosexuels déjà depuis 2022, en devançant l'agenda, et qui avait ensuite déclaré, lors de la publication du document imprésentable Fiducia Supplicans, sur le dédouanement réelle de l'homosexualité, que…«l'amour de Dieu n'a pas de frontières»? Mais qu'est-ce que Zuppi a à voir avec la bataille pour le rite traditionnel, qui est une bataille éminemment de foi?

 

Quelles étaient les intentions des organisateurs de l'Institut du Bon Pasteur en invitant un cardinal aussi exposé et archiconnu pour son progressisme doctrinal, y compris en faveur de l'homosexualisme? Leur combat ne serait-il pas devenu plus attentif au nombre de chapes en soie à exhiber lors des vêpres pontificales qu'à la «critique constructive» des erreurs modernes dans l'Église, dont on ne voit plus trace depuis l'époque de la mise sous commissaire de 2012 et qui était pourtant le cheval de bataille avant la trahison?

 

Mais a-t-il un sens un institut dédié à la célébration de la messe traditionnelle (plus ou moins exclusive…) qui n'a pas été capable de dire un seul mot contre l'aberrante bénédiction des couples homosexuels? Et ce reproche ne vaut certainement pas seulement pour l'IBP, qui représente toutefois un cas assez flagrant de ce phénomène.

 

Si la bataille pour le rite traditionnel n'est pas au service de la défense de la doctrine catholique, aujourd'hui attaquée de toutes parts, non seulement elle devient une «bataille à moitié», mais elle risque aussi de devenir une dégradation lâche de tout le combat pour la Tradition, presque réduit à un jeu esthétique.

 

L'organisateur principal, Don Giorgio Lenzi, plénipotentiaire du Bon Pasteur à Rome, a également déclaré que le cardinal Zuppi est «un authentique homme d'Église». Mais alors pourquoi le traite-t-on en privé comme un semi-hérétique progressiste ? Est-ce vraiment ainsi que l'on sert la cause? «Politique d'abord», comme disait Maurras...

 

C'est pourquoi notre rédaction, en prévoyant les aberrations œcuméniques auxquelles nous avons assisté lors de la célébration du centenaire de Nicée, soulignait il y a quelques semaines: Le primat de la foi chez saint Athanase. Le problème, c'est la foi. La foi et son contenu. La bataille pour la foi, à laquelle la liturgie est liée, est celle qui consiste à réaffirmer la vérité mais aussi à condamner l'erreur. Publiquement. C'est bien là le cœur du problème.

 

Et à l'œcuménisme intéressé de certains membres du clergé "traditionaliste" qui flirtent avec les cardinaux pro-LGBT, on préfère presque la franchise du cardinal Zuppi, qui, invité à assister également à la messe traditionnelle du lendemain, a répondu en souriant qu'il était occupé ce jour-là par l'approbation du Document de synthèse du Chemin synodal de la CEI, dont il est le président. En souriant. Mais en réalité, c'est une grande tristesse. 

 La Rédaction de Disputationes Theologicae

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S. Athanase et le primat de la foi

par Disputationes theologicae

A mille-sept-cent ans du Concile de Nicée

 

Solennité du Christ-Roi 2025

 

Quiconque veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique

S’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité

(Symbole Athanasien)

 

Athanase naquit vers 297 d’une famille distinguée et chrétienne d’Alexandrie. Il fut confié avec l’accord de ses parents à l’école ecclésiastique de cette ville sous la direction du Patriarche Saint Alexandre, il y fit de rapides progrès. Sans négliger les sciences profanes, qu’il estimait de moindre importance, il s’attacha surtout à l’étude des Saintes Ecritures et des sciences ecclésiastiques, qu’il apprenait par coeur, qu’il méditait durant sa prière et sa contemplation et où il puisera sa piété et sa profonde connaissance des mystères de la foi. Durant ce temps de formation, il ne nourrit pas seulement son esprit, mais s’attacha également à la pratique des vertus chrétiennes.Quand il eut achevé ses études littéraires, le désir d’avancer dans les voies de la perfection le conduisit au pied du fameux solitaire de la Thébaïde Saint Antoine, sous la direction duquel il resta quelques années. Elevé au diaconat par Saint Alexandre, celui-ci le garda comme secrétaire et le prépara de manière providentielle à la conduite d’un diocèse.

Athanase n’était encore que diacre, lorsque le Patriarche l’amena avec lui au concile de Nicée, convoqué par l’Empereur Constantin en 325. Au cours de ce débat solennel, au milieu des plus vénérables défenseurs de la foi qui avaient surmonté les ultimes persécutions, l’hérésiarque Arius exposa sa doctrine : selon lui Jésus-Christ n’était point Dieu, mais une simple créature, plus parfaite il est vrai que les autres et formée avant elles, mais non de toute éternité. En l’entendant proférer ces nouveautés impies, les Pères du Concile se bouchèrent les oreilles et ne consentirent à examiner ces théories hérétiques qu’avec grande difficulté. Athanase, simple lévite se leva et lutta corps-à-corps avec l’infâme Arius pour démontrer la fausseté de ses innovations. Par la supériorité de sa raison, par sa connaissance des livres saints, par la force de l’argumentation et par son éloquence simple et naturelle, il repoussa les audacieuses attaques de ce redoutable adversaire et déjoua toutes les ruses de son fallacieux raisonnement. Au cours de l’ultime séance solennelle du Concile, les blasphèmes d’Arius ne tinrent plus devant la canonisation du terme consubstantiel, expression, aussi concise et précise qu’énergique et lumineuse, de l’unité de nature dans les trois personnes divines, et ainsi la vérité terrassa l’hérésie. Arius fut solennellement réprouvé par le Concile, l’Empereur le condamna au bannissement et la chrétienté répéta avec joie le Symbole de Nicée, magnifique développement du Credo des Apôtres, hymne sublime de foi que nous récitons encore chaque dimanche.

Aussitôt de retour à Alexandrie, Athanase fut ordonné prêtre par Saint Alexandre, mais l’année suivante l’auguste vieillard, ayant achevé sa course, le désigna comme son successeur. Athanase se cacha face à la responsabilité de cette dignité, mais en mourant le patriarche lui dit : « tu fuis Athanase, mais tu n’échapperas pas ». Et en effet ces paroles furent prophétiques car le peuple demanda instamment aux autorités ecclésiastiques et obtint que le jeune prêtre, à peine âgé de trente ans, fut nommé Evêque et Patriarche d’Alexandrie le 8 juin 328.

Cette nomination fit trembler les hérétiques à travers tout l’Empire et spécialement Arius, qui voyait une nouvelle fois le siège d’Alexandrie lui échapper, lui qui avait été en lice pour ce poste bien des années auparavant mais avait vu Saint Alexandre lui être préféré.

Dès le début de son épiscopat Athanase se signala par son attention à pourvoir aux besoins spirituels de son peuple en visitant toutes les églises de son diocèse et même en envoyant un nouvel évêque et des missionnaires aux peuplades éthiopiennes qui se convertissaient au catholicisme.

Mais très rapidement il dut lutter contre de nombreux hérétiques qui soufflaient partout le feu de la discorde et de la révolte dans le peuple. Face à un si grand défenseur de la foi, les différentes factions, bien qu’ennemis mortels par le passé, s’unirent entre elles pour calomnier et persécuter avec plus de force et plus d’efficacité le jeune évêque d’Alexandrie.

Mais les assauts des hérétiques ne se limitaient pas seulement à Saint Athanase, partout dans l’Empire ils continuaient à répandre leurs fausses doctrines, et, spécialement à la cour impériale, ils cherchaient à reprendre du prestige auprès de Constantin. La mort de Sainte Hélène, mère très catholique de l’Empereur, fut d’un grand bénéfice pour eux et permis à plusieurs membres de la famille impériale, infestés d’arianisme, de promouvoir ces erreurs impies. Arius fut ainsi rappelé avec plusieurs évêques exilés, et moyennant de mensongères professions de foi, ils furent rétablis dans leurs évêchés. Cependant, leur satisfaction ne pouvait être totale que lorsque Arius aurait pris le siège d’Alexandrie. Rapidement un flot de calomnies s’abattit sur Athanase qui fut alors convoqué par l’Empereur pour se justifier. Très rapidement les arguments du saint patriarche furent d’une telle évidence et d’une telle clarté que Constantin le confirma à son poste et lui confia une lettre qu’il lut à son peuple reconnaissant son innocence et louant sa sainteté.

Battus, les calomniateurs furent obligés de se taire et de se dissimuler pendant quelques temps, mais bientôt les fausses accusations recommencèrent. Comme il était inutile de l’attaquer sur la doctrine, ce fut maintenant sur la conduite morale du Patriarche qu’ils concentrèrent leurs mensonges en faisant courir des bruits de meurtres, d’opérations magiques et d’impureté. De nouveau Athanase dut se justifier auprès de Constantin qui, après enquête, le lava de tout soupçon et s’irrita de ces odieuses inventions. Contrariés, les intrigants convoquèrent un concile à Césarée pour faire condamner Athanase sous prétexte de mettre fin aux divisions. L’Assemblée étant composée en très grande majorité d’évêques ariens, Athanase refusa de s’y rendre pendant trois ans et ce ne fut que sur l’ordre formel de Constantin qu’il consentit à comparaitre devant ce tribunal corrompu. Il dut se soumettre ainsi à une parodie de procès car, une seule témoin, une femme fut présentée et l’accusa de violence contre la pudeur. Mais, comme elle fut incapable de reconnaitre Athanase parmi les Evêques présents, son évidente imposture fut accueillie par un rire général de toute l’assistance et manifesta l’innocence d’Athanase. Aveuglés par leur haine, les hérésiarques s’enfoncèrent dans le parjure et accusèrent de nouveau le patriarche, mais cette fois-ci du meurtre d’Arsène, un des chefs de file de l’hérésie. Athanase, toujours calme fit simplement appeler le fameux Arsène qui, après sa conversion, s’était retiré dans le désert. Complètement démasqués, les accusateurs du Patriarche, au lieu de s’avouer vaincus, se mirent à l’accuser de sorcellerie, lancèrent un anathème public contre lui au motif qu’il troublait la paix de l’Eglise et voulurent attenter à sa vie, mais le gouverneur le libéra de cette assemblée devenue folle et l’envoya à Constantinople pour demander justice à l’Empereur. Après bien des difficultés pour parvenir jusqu’à Constantin, Athanase réussit à obtenir un procès impérial, mais au lieu de répéter leurs mensonges, les hérétiques l’accusèrent faussement cette fois-ci d’avoir voulu bloquer le blé d’Egypte destiné à l’approvisionnement de la capitale. Malgré le plaidoyer du Patriarche, les témoignages de nombreux évêques et les supplications du peuple d’Alexandrie, Constantin crut à cette horrible calomnie et envoya en exil Athanase à Trèves, capitale des Gaules, pensant que cette décision calmerait les esprits et finirait par ramener l’union et la paix dans l’église d’Orient.

Alors que la terre de l’exil fut douce et hospitalière pour Athanase, la ville d’Alexandrie repoussa avec détermination la tentative d’Arius de monter sur le siège patriarcal et l’obligea à trouver refuge à Constantinople. Saint Alexandre, évêque de la capitale refusa à son tour l’entrée d’Arius malgré ses fausses professions de foi, faites devant l’Empereur, au motif qu’il n’avait rétracté aucune de ses erreurs. Mais, Constantin demeura inflexible et voulu qu’il soit nommé chapelain de la cour impériale. Saint Alexandre fit alors mettre son peuple en prière et ordonna plusieurs jours de jeûne pour que Dieu intervienne dans cette affaire. Le jour de l’installation, alors qu’un grand cortège d’hérésiarques l’acclamaient, Arius pâlit tout à coup et saisi de violentes douleurs d’entrailles il fut obligé de s’écarter de la foule et expira abandonné de tous. La justice et la patience de Dieu n’attendent pas toujours l’éternité pour punir. Constantin, qui mourut quelques temps après, en 337, vit dans ce tragique incident le châtiment du parjure et ordonna le rappel d’Athanase et le retour sur son siège à la grande joie de l’église d’Alexandrie, de l’Egypte entière et de tout l’Orient catholique.

Malgré cette double défaite, les ariens continuèrent leurs persécutions contre Athanase et reprirent leurs calomnies auprès des trois fils de Constantin qui s’étaient partagés l’Empire. Constantin le jeune et Constant renvoyèrent avec mépris les calomniateurs, mais malheureusement Constance, qui dirigeait l’Orient, se laissa séduire et se mit sous l’influence des évêques ariens qui déposèrent Athanase de son siège et élurent un de leurs partisans. Le Pape Jules Ier refusa cette élection et convoqua à Rome Athanase, soutenu par plus d’une centaine d’évêques. Il y fut accueilli avec tous les égards dus à son innocence, son zèle et ses épreuves. Profitant de l’absence du Patriarche, les hérésiarques s’assemblèrent de nouveau et élurent un nouvel évêque pour Alexandrie qu’ils imposèrent par les forces armées à la ville. De son côté Athanase prit part au Concile convoqué par le Pape qui condamna de nouveau les erreurs ariennes, les tentatives d’usurpation d’évêchés, confirma Athanase comme seul patriarche légitime d’Alexandrie et rappela l’autorité et les prérogatives de l’Eglise de Rome, son droit traditionnel et incontestable d’intervenir dans toutes les affaires de dogme et de discipline. Insensibles à ces décisions et forts du soutien de Constance, les hérésiarques refusèrent d’obéir, déclenchèrent une persécution plus sanglante encore contre les catholiques orthodoxes et chassèrent de leur siège de nombreux évêques fidèles au Saint Siège. Après de nombreuses tentatives de pacification  infructueuses, Constant, fit comprendre à son frère Constance qu’il était dangereux de lui résister et de mépriser les décisions de Rome. Ce dernier, comprenant le danger qui le menaçait et lassé des exactions des ariens, leur retira son appui et permit à Saint Athanase de rentrer à Alexandrie.

Ayant pris congé à Milan de l’Empereur Constant, du Pape Jules à Rome, Athanase reprit le chemin de l’Orient et fut accueilli très dignement et avec bonté par Constance à Antioche. Puis il regagna, à la plus grande joie de ses fidèles, sa ville d’Alexandrie qui vit refleurir les oeuvres de miséricorde, refouler les mauvaises passions et éclore de nombreuses vocations.

Malheureusement les bienveillantes dispositions de Constance ne furent pas de longue durée. Le principal appui des catholiques, l’Empereur Constant perdit le trône et la vie en 350. Constance vengea bientôt son frère défunt, détruisit les conspirateurs et obtint le contrôle de la plus grande partie de l’Empire. Honteux d’avoir cédé à son frère en faveur d’Athanase, il oublia ses serments et commença une nouvelle persécution contre les fidèles du Concile de Nicée. Une armée de cinq mille hommes envahit la ville d’Alexandrie et attaqua le palais patriarcal défendu par une foule de fidèles. Face à la violence et à la détermination des agresseurs, Athanase ordonna à son peuple de se disperser et lui-même fut mis à l’abri et caché par un groupe dévoué. Proscrit et fugitif, le saint Patriarche écrivit une lettre à Constance pour protester et attester de sa bonne foi, mais cette justification n’eut pas de prise sur l’Empereur qui nomma un nouvel évêque à Alexandrie, encore plus indigne que les précédents, convoqua de nombreux conciles confirmant la condamnation d’Athanase, et envoya en exil les évêques qui défendaient le Patriarche.

Le Saint Evêque commença alors une vie errante à travers les déserts et les grandes villes d’Egypte, toujours recherché par la police impériale. Mais ses refuges préférés furent les monastères et les ermitages de la Thébaïde où il aimait partager leur prière, leur silence et leurs austérités. Depuis cette retraite, protégé par une foule innombrable de moines, il encouragea de nombreux évêques persécutés, répondit aux hérétiques par de nombreux écrits et lança des anathèmes sur les hérétiques. Ses ennemis firent alors perquisitionner les monastères et torturer les moines pour qu’ils dévoilent sa cachette et plusieurs payèrent leur silence au prix de leur vie. Afin d’épargner tant de souffrances, Athanase s’enfuit de nouveau et se cacha dans une citerne où il pouvait à peine respirer et ne recevait la visite que d’un seul fidèle pour lui apporter un peu de nourriture.

Seule la mort de Constance en 361, emporté par une maladie subite, suspendit la persécution et Julien l’Apostat monta sur le trône. Ce jeune Prince, se disant philosophe et tolérant, rappela dans un premier temps les évêques exilés et Athanase put enfin retourner dans sa chère ville d’Alexandrie, qui entre temps avait mis à mort l’évêque usurpateur. Tout au long de son voyage de retour, il fut reçu en triomphe, la foule cherchant à voir et à révérer ce grand défenseur de la foi, bien faible récompense pour toutes les souffrances endurées. Après cette entrée triomphale, le Patriarche se remit à la tâche avec ardeur pour relever l’église d’Alexandrie de ses ruines et de nombreuses conversions de païens eurent lieu.

Cette fois-ci ce ne furent pas les ariens mais les prêtres païens qui écrivirent au nouvel Empereur Julien qui ne cachait plus son désir de revenir aux anciennes religions. Ils se plaignirent avec véhémence que l’apostolat d’Athanase nuisait beaucoup aux dieux romains et que bientôt il n’y aurait plus un seul adorateur dans toute la ville. Julien l’apostat en profita donc pour déclarer qu’il avait permis le retour des « Galiléens », comme il appelait les chrétiens avec mépris mais non la reprise de leur siège épiscopal, en particulier celui d’Athanase d’Alexandrie qui avait été exilé de nombreuses fois. Il lui ordonna de quitter son poste et le fit même condamner à mort.

Encore une fois Athanase consola son peuple à l’annonce de cette terrible nouvelle et s’embarqua sur le Nil pour rejoindre la Thébaïde, poursuivi par les officiers impériaux chargés d’exécuter la sentence. De nouveau les moines du désert lui ouvrirent leurs monastères et l’épaulèrent dans cette  persécution qui heureusement ne dura guère puisque la mort de Julien l’apostat en 363 y mit fin.

Son successeur, Jovien, prince bon et religieux, révoqua toutes les condamnations précédentes et écrivit à Athanase pour louer sa fermeté et lui demander de reprendre son siège. Le Patriarche reprit ainsi avec zèle ses fonctions ordinaires et à la demande de l’Empereur il convoqua une assemblée d’évêques pour lui faire parvenir un exposé de la vraie foi et lui tracer une ligne de conduite à tenir par rapport aux affaires de l’Eglise. Athanase lui apporta en main propre les conclusions de ce concile : "attachez-vous seulement à la foi de Nicée, qui était celle des Apôtres, qui est la seule foi de toute la chrétienté ». Jovien en remerciement le combla de mille bénédictions et d’honneur.

Mais après seulement huit mois de règne, l’Empereur Jovien mourut en 364 et fut remplacé par l’Empereur Valens, qui fut baptisé dans l’arianisme en 367. Rapidement les hérésiarques qui s’étaient terrés sous Julien et Jovien relevèrent la tête et recommencèrent leurs campagnes de calomnies. Aussitôt, l’Empereur publia un édit par lequel il bannissait tous les évêques que Constance avait privés de leurs sièges. A l’annonce de cette nouvelle persécution, le peuple d’Alexandrie se leva pour protester et demander le maintien de son pasteur. Le gouverneur promit d’écrire à Valens pour calmer la foule. Athanase profita de ce temps de répit pour prendre la fuite et trouva refuge dans le caveau funéraire de sa famille où il se cacha pendant quatre mois. Bienheureux fut-il de suivre cette inspiration car la nuit même de son départ les soldats du gouverneur prirent d’assaut le palais patriarcal pour se saisir de lui et l’exécuter. C’était la cinquième fois qu’on l’obligeait à quitter son siège et la deuxième fois qu’il était condamné à mort. Exaspérés par ce nouvel exil de leur pasteur les fidèles d’Alexandrie se soulevèrent contre l’Empire et Valens, de peur que la sédition ne contaminât d’autres villes, revint sur sa décision et ordonna que le Patriarche puisse rentrer.

Athanase revint et pu enfin gouverner en paix son diocèse. Mais, fort avancé en âge, après avoir soutenu tant de rudes combats et remporté tant de glorieuses victoires sur les ennemis de la foi, après tant de nuits passées dans les déserts et les grottes, il finit par mourir, dans son lit, au palais patriarcal d’Alexandrie et entra dans la véritable vie, la vie éternelle, le 2 mai 373, après quarante-six années d’épiscopat.

 

Abbé Loui-Numa Julien

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Quand la volonté force l’intelligence... à se tromper (deuxième partie)

par Disputationes theologicae

Indications pour une époque de subjectivisme débridé

10 août 2025, Saint Laurent martyr

C'est Pie XIII ! / C'est François II !
C'est Pie XIII ! / C'est François II !

 

Ici la première partie.

On pourrait dire que les limites de notre intelligence sont telles que l'erreur est prévisible, et qu’elle ne relève pas nécessairement d’un choix volontaire. Certes. Jolivet écrit que « l'intelligence laissée à la seule action de son objet serait infaillible, puisqu'il est de sa nature de n'affirmer uniquement que ce qu'elle comprend et seulement jusqu’où elle comprend, douter face à l'incertitude, nier face à la fausseté, s'en tenir exactement à ce qu'elle voit. Mais il n'y a pas d'intelligence sans volonté et sans une relative liberté. De plus, chez l'homme, l'intelligence est associée à la sensibilité, aux passions, aux intérêts qui l'influencent, l'orientent vers ses propres fins et la poussent à juger sans voir. C’est ainsi que naît l’erreur, toujours issue de l’ignorance, car elle consiste précisément à affirmer ce que l’on ne perçoit pas ou ne connaît pas, à généraliser de façon imprudente, à s’appuyer sur des analogies trompeuses, ou à formuler des hypothèses sans fondement suffisant. L 'erreur est sans doute formellement un acte de l'esprit, mais d'un esprit préoccupé et comme embué, contrarié par les sens ou par d'autres facultés, et tel qu'il cherche la vérité là où elle ne se trouve pas » [1].

 

L’auteur évoque un « esprit préoccupé » comme prédisposé à l’erreur. En effet, les inquiétudes et la volonté de les résoudre - ou du moins de les éclaircir là où pourtant le brouillard persiste - exposent à se tromper, car existe alors un risque important de "forçage" de la volonté pour parvenir coûte que coûte à un jugement. Un jugement forcé, qui n'est pas nécessairement positif ou en faveur de celui qui juge, et qui peut même parfois être extrêmement négatif (et même ouvertement nuisible à celui qui le formule), pourvu qu'il soit clair.

 

En effet, à l’époque du "culte de l’idée claire" découlant du rationalisme, on cherche à faire toute la lumière, à atteindre une clarté "comme celle du soleil de midi", même lorsque l’idée ne peut pas encore être claire. Et alors qu’on est seulement "dans la pénombre de l’aube", on veut déjà voir avec certitude. C’est dans ce contexte que la volonté intervient, influencée par les passions - ou, selon la terminologie plus équivoque de nos jours, « par les sentiments ». Et c'est par cette voie que le rationalisme d'aujourd'hui, ne se contentant pas d'une connaissance vraie, mais trop nuancée et trop floue à son goût, aboutit, à partir du rationalisme exigeant d'où il a commencé son raisonnement, à un jugement presque totalement "volontariste/sentimentaliste".

 

Du refus d'une connaissance vraie, bien que "nuancée", à laquelle on attribuait justement aussi sa partie d'incertitude pour les côtés qui demandaient de la prudence, on est passé à une connaissance qui est aussi totalement fausse, pourvu qu'elle soit claire. Et cela s'est produit non pas à cause d'une évidence de l'intelligence, mais à cause d'une intervention de la volonté, des passions, de la fougue irrationnelle parfois, du sentimentalisme.

 

Du rationalisme à l'irrationalité imposée par voie sentimentale il n’y a qu’un pas.

 

Le degré de culpabilité lié à ce procédé dépend des cas particuliers et des dispositions propres à chaque sujet. Mais une chose est certaine : objectivement, il s’agit là de la voie maitresse de l’erreur. Un chemin sur lequel il est d’ailleurs facile d’être trompé, que ce soit par d’autres personnes, par des médias sans scrupules, ou surtout par le Trompeur par excellence. Ce n'est pas un hasard si saint Ignace de Loyola, dans le Discernement des esprits, dit de ne pas changer ses résolutions, prises prudemment, lorsqu'on est dans le trouble passionnel. Il s’agit là de la fameuse règle n° 5, qui invite à attendre quand on est troublé par la désolation et à différer le jugement jusqu'à ce que le champ soit dégagé des passions.

 

D’où la véritable humilité, toujours liée à la vérité, et qui consiste à suspendre son jugement lorsqu’il n’est pas réellement possible d’en émettre un de manière ferme et fondée ; ou, du moins, à faire preuve de simplicité et d’honnêteté en exposant la problématique telle qu’elle est, en décrivant à la fois les aspects éclairés et ceux qui restent dans l’ombre. Il vaut alors mieux préférer, même si ce n’est pas une réponse complète à la question, une simple esquisse de vérité - pourvu qu’elle ait été déduite par des procédés honnêtes - plutôt que de s’en remettre aux produits d’un sentimentalisme passionnel.

 

Le rationalisme d'aujourd'hui n'admet pas des vérités connaissables là où il ne voit pas avec la clarté des sciences mathématiques.

Ainsi, face au « problème de Dieu », comme l’appelait Cornelio Fabro, il adopte généralement deux attitudes : soit il rejette catégoriquement l’existence de Dieu, sous prétexte qu’il ne peut ni le voir ni l’expliquer selon le modèle idéaliste qu’il s’est forgé ; soit, à l’inverse, il se précipite avec une ferveur irrationnelle et quasi amoureuse dans les délires des sectes les plus extrêmes. Il importe ici de comprendre que les deux choix, celui de l'adepte d'une secte et celui de l'athée militant qui se voudrait un rationaliste, sont des produits du volontarisme et souvent du volontarisme sentimental.

 

L’athée militant lui-même, qui se décrit comme un intransigeant défenseur de la raison, a contraint son intelligence, sous l’effet de sa volonté, à rétrécir ses propres limites - jusqu’à nier Dieu et la possibilité même de le connaître. Et pourtant, Dieu - du moins en tant que Cause première et Fin ultime - demeure largement accessible à une intelligence non corrompue par les critères que ce “penseur” s’est volontairement imposés à soi-même. Le "sentimentalisme" originaire de l'athée rationaliste l'a conduit - par l'intervention de la volonté - à l'erreur de l’intelligence.

 

Commentant un texte de Ribot, Jolivet résume ainsi l'erreur découlant de la logique des sentiments : « La logique des sentiments consiste, en effet, à partir non d'une vérité ou d'un fait certain pour en tirer des conséquences légitimes, mais d'une assertion placée d'avance comme conforme à ce qu'on espère ou à ce qu'on désire, et qui se justifie de toutes les manières. Cette logique tend à des résultats plutôt qu'à des conclusions, car les jugements qu'elle inspire sont gouvernés et imposés non par les exigences objectives de la réalité, mais par des besoins affectifs et des intérêts » [2]

 

Lorsque la volonté force arbitrairement l'intelligence, c’est là que naît la véritable fermeture d’esprit.

 

Don Stefano Carusi

 

[1] R. Jolivet, Trattato di Filosofia III, Psicologia, Brescia 1958, p. 564.

[2] Ibidem, p. 566.

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Quand la volonté force l’intelligence... à se tromper

par Disputationes theologicae

Indications pour une époque de subjectivisme débridé

 

Pentecôte 2025

C'est Pie XIII ! / C'est François II !

Nous nous rendons tous compte, par un simple retour honnête sur nous-mêmes, qu'en de nombreuses occasions, certaines des étapes qui ont précédé nos choix et positionnements intellectuels étaient viciées. Nous ne parlons pas ici simplement de l'influence des passions sur notre agir moral, nous ne parlons pas du cas, plus simple à expliquer, où le diabétique presque irrésistiblement attiré par le gâteau au chocolat finit par céder, en reconnaissant sa propre faiblesse, et par manger non seulement la part qui lui est accordée, mais quatre parts de gâteau. Mais nous parlons du cas, plus complexe à définir et encore plus à reconnaître en soi même, du diabétique qui, ne voulant pas reconnaître sa faiblesse devant les sucreries, pour manger la quatrième part de gâteau, finit par élaborer une fausse structure de pensée, selon laquelle dans ce gâteau il n'y a pas de sucres nocifs pour lui, de sorte qu'il peut passer sereinement - compte tenu des prémisses choisies par lui - même à la cinquième, à la sixième, à la septième part.

 

 Nous avons dit « compte tenu des prémisses choisies », précisément pour indiquer que si les prémisses ont été choisies, ou du moins trop choisies, il est clair que la conclusion a été plus ou moins délibérément orientée. Nous avons dit « plus ou moins délibérément », parce que le phénomène est complexe et que, surtout à une époque comme la nôtre de subjectivisme débridé et d'impérialisme médiatique d'internet, le retour de chacun sur les mouvements de sa propre volonté est devenu beaucoup plus nébuleux et n'est pas toujours pleinement conscient.

 

En fait, l'immanentisme dominant nous fait percevoir comme existant presque uniquement ce que nous ressentons émotionnellement, ce que nous vivons au plus profond de nous-mêmes, négligeant ou même éliminant toute la partie de la réalité objective qui n'est pas associée à des émotions entrainantes ou qui reste d'une certaine manière inconfortable.

 

Tandis que l’impérialisme médiatique constitue un facteur de pression supplémentaire sur l’intelligence, celle-ci se retrouve littéralement assiégée et, bien souvent, ne parvient plus à fonctionner correctement en lien avec la volonté. Elle se voit alors poussée à des conclusions imposées par ce qu’on appelle l’« opinion des masses » ou plutôt - comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises dans ces colonnes - l’opinion de ses habiles manipulateurs. Ceux-ci, incapables d’agir directement sur l’intelligence, la détournent en passant par la volonté.

 

Sur l'intelligence et la volonté - disait avec simplicité le cardinal Caffarra avant de se lancer dans les aspects théorétiques – « même une petite attention à notre vie intérieure nous montre qu'il y a une influence causale réciproque : personne ne comprend rien s'il ne veut pas comprendre; personne ne peut vouloir ce qu'il ignore »[1].

« Personne ne comprend rien s'il ne veut pas comprendre ». On peut choisir de ne pas comprendre, et même pour ainsi dire de « ne rien comprendre ». En fait, on peut même faire le choix terrible de s'enfoncer volontairement dans le vide intellectuel au sujet de ce qui est le plus important dans la vie de l'homme : la Fin ultime. Et pour celui qui ne veut pas comprendre la Fin ultime, il n'est pas exagéré de dire, avec les précisions qui s'imposent, qu'il s’est mis dans la condition de « ne rien comprendre ». La formule provocatrice du cardinal Caffarra est appropriée, et il la développe en se référant au passage classique de saint Thomas dans le Contra Gentes (l. IV, ch. 54), selon lequel certains hommes sont presque bloqués dans leur réflexion sur la Fin ultime. Ils n’arrivent pas à penser.

 

Mais qu'est-ce qui peut les bloquer, puisqu'il ne s'agit pas ici de limites intellectuelles, au contraire ce blocage peut se produire - et de fait se produit - chez des personnes très intelligentes, des sommités de la science, des académiciens, qui finissent par « ne rien comprendre »? Et de surcroît, volontairement.

 

La distance infinie de la Fin ultime peut, selon saint Thomas, décourager la recherche intellectuelle, c'est-à-dire que certains hommes se découragent (mais n'oublions pas que le découragement comporte généralement une part de volonté) lorsqu'il s'agit d'enquêter sur une réalité aussi élevée et aussi distante. Penser à Dieu et au fait que nous sommes faits pour Lui est une pensée trop profonde pour eux. Et, exagérément concentrés sur leur propre état de créature, ils n'osent pas lever les yeux vers le Créateur, par petitesse d'esprit, mais aussi par commodité. En effet, la méconnaissance de la grandeur de la nature humaine, de sa nature éminemment spirituelle, et donc finalement faite pour contempler Dieu, leur fournit un alibi pour se jeter sans réserve dans ce que saint Thomas appelle la « béatitude bestiale »[2]. Autrement dit, se persuader d’être faits pour une béatitude de porc, de chien ou de renard plutôt que d’être spirituel, et entretenir cette conviction "utile", qui au fond réduit leurs engagements à ce qu'ils ont en commun avec les animaux, suppose, en quelque sorte, de « ne rien comprendre ».

 

Ayant choisi de regarder combien ils sont liés à la sensibilité et au corps, qu’ils ont en commun avec les animaux, ils choisissent de se satisfaire des choses corporelles et des plaisirs de la chair. Une recherche qui les amènerait donc à regarder vers le haut pourrait compromettre cet univers de conclusions agréables qu'ils se sont fabriqué.

 

Ainsi l'intelligence qui tendrait en elle-même beaucoup plus haut, vers le Vrai, est par un mouvement volontaire freinée, déviée, disons même corrompue, afin qu'elle n'explore pas trop ce Bien intelligible, cette Vérité suprême. Le champ de réflexion se rétrécit, si bien qu’il semble préférable de ne pas approfondir cette question : la volonté en vient à refermer les espaces de l’intelligence. Ayant déjà tranché, elle fixe des limites à l’intelligence et lui dicte : « Il vaut mieux que dans ce domaine tu ne raisonnes pas ».

 

Il en résulte que tout le processus intellectuel devient faussé, détourné et limité, car il n’est plus possible de raisonner à partir « de ce que l’on sait déjà pour découvrir ce que l’on ignore encore ». On ne part plus d’une évidence pour progresser, de vérité en vérité, vers de nouvelles conclusions. À la place, on part de ce que l’on a décidé d’être, pour ensuite construire un édifice très élevé, mais reposant sur un unique fondement: l’idée que l’on a choisie sur soi-même[3]. Puisque j’ai choisi - de manière plus ou moins arbitraire - que telle est la réalité, mon raisonnement ne peut alors que se refermer sur ce choix initial et suivre uniquement la voie que j’ai moi-même choisie.

 

Fin de la Première Partie

 

Don Stefano Carusi

 

[1] C. Caffarra, La reciproca influenza di intelletto e volontà nella conoscenza della verità morale, in Pontifica Accademia Romana di San Tommaso d’Aquno, IX Congresso Tomistico Internazionale (24-29 settembre 1990). Texte accessible en ligne, consulté le 5 juin 2025: https://www.caffarra.it/intellettoevolonta90_76.php

[2] Contra Gentes, l. IV, c. 54, n.3

[3] Cf. C. Caffarra, cit.

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Tristesse, dépression et dimanche de Laetare

par Disputationes theologicae

Quelques conseils de saint Thomas d'Aquin

Carême 2025

 

Le dimanche de Laetare, au milieu du Carême tout en violet, voit exceptionnellement le prêtre porter des ornements roses, l'orgue joue à nouveau et les fleurs, bannies pendant les quarante jours de pénitence, reviennent seulement ce jour-là sur l'autel, précisément pour réjouir - à mi-parcours - le fidèle qui a pris le Carême au sérieux et que le jeûne prolongé a pu rendre triste. Il faut reprendre des forces avant la Passion et le Vendredi Saint et avoir un avant-goût de la Pâques. La liturgie, par ses signes, est révélatrice de vérités plus profondes. Elle nous conduit ici à une réflexion sur la joie, et donc aussi sur ce qui lui est opposé : la tristesse, ou ce que l’on appelle, dans un langage plus moderne et parfois équivoque, la « dépression ».

 

La «dépression» est-elle un péché? Dois-je la confesser comme un péché ? Peut-être, et le discours doit certainement être approfondi. Cependant, au terme vague de « dépression », il est préférable d'utiliser le terme classique de tristesse/tristitia, car il prête moins à confusion, ou celui d'accidia dans le cas plus spécifique[1].

 

En quoi la tristesse est-elle un péché ? Saint Thomas nous dit que la tristesse peut être mauvaise à plusieurs titres, mais elle l'est particulièrement selon l'effet qu'elle produit, c'est-à-dire lorsqu'elle nous plonge dans la prostration et nous fait nous retirer du bien. Lorsqu'elle a pour effet de nous “abattre” au point de nous empêcher de faire le bien qui nous est possible, de nous paralyser presque, elle devient en effet extrêmement nocive[2]. Et lorsqu'elle devient volontaire, ou pire, aussi paradoxal que cela puisse paraître, lorsqu'elle est volontairement entretenue, c'est-à-dire lorsque par une intervention de ma volonté j’entretien cet état ou ne le combat pas, comme la raison me le commanderait, elle peut être un véritable péché à confesser[3]. Il est plus ou moins grave selon la conscience et le caractère volontaire qui s'attachent toujours à un acte humain. Sauf événements exceptionnels et rares, en effet, la volonté intervient dans toutes nos actions. Il faut donc distinguer la tristesse, en tant que passion, de l'acte volontaire ou même du vice entretenu.

 

Si, par exemple, j'ai appris la mort d'un être cher ou si une maladie grave survient, il est naturel d'être triste ; dans ce cas, nous sommes confrontés à ce que la théologie thomiste appelle une passion, c'est-à-dire quelque chose que l'âme “subit” d'une certaine manière et qui l'influence d'une façon ou d'une autre sans qu'il n'y ait ni culpabilité ni mérite. En effet, les passions en elles-mêmes ne sont pas un péché tant que la volonté n’intervient pas[4]. Au contraire, la tristesse modérée en tant que passion peut avoir ses raisons et, contrairement à ce que propage le monde hédoniste d'aujourd'hui, il peut même être bon et juste d'être triste si un mal intervient, mais sous certaines conditions. Même la Sainte Vierge au pied de la Croix a ressenti de la tristesse. Comment ne pas être triste si son propre Fils est crucifié parmi des malfaiteurs, et de surcroît si injustement ? Mais la tristesse de Marie n'a jamais été immodérée, elle est toujours restée dans la mesure et l'ordre de la raison, sans que son âme “soit prostrée”. Au contraire, même au milieu de ses larmes, elle est toujours restée pleine d'espérance en la Résurrection. Dans un cas proportionné, la tristesse doit donc aussi avoir sa juste place[5].

 

Mais il y a plusieurs façons et plusieurs raisons d'être triste, et toutes ne sont pas bonnes. Par exemple, dit saint Thomas, être attristé par un bien parce qu'il n'est pas le sien, mais celui d'une autre personne, est un mal, parce que je ne suis pas capable de me réjouir d'un bien objectif simplement parce que ce bien n'est pas le mien. Alors que le vrai bien, en tant que tel, devrait me réjouir partout où il se trouve. On peut aussi s’attrister lorsque quelque chose semble diminuer notre gloire ou notre excellence, surtout si cela ternit notre image. C’est en ce sens, précise encore l’Aquinate, que la tristesse s’apparente à l’envie [6]. Il en va de même lorsque nous ne parvenons pas à reconnaître qu’une épreuve ou une difficulté, considérée avec davantage de recul, peut en réalité être un vrai bien pour nous. Au lieu de nous en réjouir au moment de l’affronter, nous nous en attristons[7].

 

Mais le danger de la tristesse, qui prend une gravité particulière lorsqu'elle devient une acédie spirituelle, réside dans le fait qu'elle alourdit et met l’âme de l’homme dans un état de prostration. Saint Thomas dit : « deprimit animum hominis ». Deprimit d'où, dans les conditions idoines, vient la justesse du mot « dépression », c'est-à-dire une certaine « décompression » - avec un terme moins violent et peut-être préférable dans certains cas[8] - de la vigueur de l'âme. Elle déprime donc et enlève le désir et le plaisir de faire quoi que ce soit (« ut nihil ei agere libeat »), et donne un ennui de faire (« taedium operandi »), par lequel tout devient lourd et semble inutile. Le Psalmiste dit (106,18), pour ceux qui sont dans la tristesse, que leur âme a horreur de toute nourriture, rien ne l'attire, avec une torpeur de l'esprit qui n’arrive à entreprendre aucune bonne œuvre (« torpor mentis »)[9]. Une tristesse donc, qui, empêchant de faire le bien, est toujours mauvaise, et doit être chassée autant que possible par la volonté, ou du moins ne jamais être cultivée, qu'il s'agisse de la « simple » tristesse, ou plus spécifiquement de l’acédie spirituelle.

 

Mais si l’on éprouve de la tristesse devant un mal réel, cette tristesse n’est-elle pas légitime ? Il est évident que l’on ne peut pas se réjouir d’un mal tel que l’injustice politique - entendue ici au sens le plus large et selon la conception aristotélicienne - propre à notre époque. Toutefois, cette tristesse doit rester mesurée : pour être juste, elle ne doit jamais abattre ni plonger dans la dépression. Là il faut se méfier, surtout aujourd'hui, du “fléau anxiogène” que peut être Internet, au sujet duquel il faut recommander un usage modéré. Il peut en effet constituer un amplificateur de tristesse. Comment ? La tristesse se développe ou s’intensifie en lien avec l’anxiété et les peurs, qui peuvent en être à la fois la cause et, dans un cercle vicieux, un facteur d’aggravation : la tristesse augmente parfois la peur, et la peur, à son tour, renforce la tristesse[10]. Le sensationnalisme permanent d’Internet - sans lequel il ne pourrait prospérer -, orienté en permanence vers la tragédie et les tons apocalyptiques, et diffusé de façon continue et mondialisée tout au long de la journée, agit comme un stimulant constant de la tristesse, avec cette circonstance aggravante qu’il repose souvent sur des bases peu solides. Se laisser influencer ainsi est donc d'autant plus coupable. Il n'est pas rare aujourd'hui de rencontrer des personnes qui ne peuvent plus profiter d'une journée ensoleillée parce que la météo a prévu une perturbation de vent froid dans les jours suivants, qui ne se réalisera peut-être même pas en raison de l'incertitude de cette science, mais qui aura abattu l'âme alors même qu'elle était censée se réjouir du beau temps.

 

La liturgie de l'Église tient compte de l’ensemble de ces réflexions lorsque, au milieu du Carême, elle nous transporte, par le dimanche de Laetare, dans une perspective pleine de réalisme. De plus, elle veut nous faire réfléchir sur le fait que, comme le dit saint Thomas, lorsque quelque chose ne va pas au niveau corporel, cette situation “défectueuse” dispose l'âme à la tristesse[11]. Il attire ainsi notre attention sur l’aspect corporel, qui constitue une clé importante pour aborder la question à laquelle nous devons accorder de l’importance : nous sommes à la fois âme et corps. Et s’il est vrai que lorsque l’un souffre, l’autre en pâtit également, il est tout aussi vrai qu’une bonne intervention sur l’un peut avoir des effets bénéfiques sur l’autre. Sur l’âme et le corps ensemble. Celui qui jeûne, par exemple, comme le disent les Pères du désert, vers midi sent le poids de l'absence de nourriture et est saisi d'une acédie qui le rend triste[12]. Pour ceux qui ont pris le Carême au sérieux, à mi-parcours, ils peuvent être saisis d'un peu de « dépression » (ou de « décompression » si vous préférez) en ayant devant soi autant de jours de jeûne à faire encore. L'Église dit, par le dimanche de Laetare, qu'il est bon au milieu de l'effort de concéder une journée d'orgue, de fleurs et même un allègement modéré du jeûne, parce que le corps doit être aidé pour aider ensuite l'âme à aller jusqu'au bout.

 

C’est justement pour éviter que la tristesse ne s’accroisse et ne mène au désespoir de ne jamais atteindre le bien, qu’il faut s’aider à avancer vers le but - l’essentiel -, en acceptant humblement qu’à l’image des chevaux qu’on apprivoise avec un peu de “sucre”, nous, êtres rationnels, pouvons aussi avoir besoin de petits encouragements. Cette attitude, enracinée dans la réalité et dans la véritable humilité, conduira à de grandes choses, sans tomber dans la tentation orgueilleuse et idéaliste de la “perfection absolue”. Sortir un peu de la tristesse permettra aussi de conjurer le danger de la pusillanimité (c'est-à-dire cette peur de l’âme “petite” qui craint tout effort) et d'éviter de tomber dans une torpeur dans l'application des préceptes et l'accomplissement de notre devoir, en nous donnant au contraire un nouvel élan[13].

 

Face à la tristesse, qui diminue le corps et empêche l’âme d’agir pour le bien, saint Thomas propose des remèdes qui prennent en compte l’unité de l’âme et du corps. Il affirme que la contemplation des vérités, tout comme l’action vertueuse, atténue la tristesse et la souffrance. En effet, ces pratiques ouvrent l’âme à ce pour quoi elle a été créée : ces grandes réalités qu’elle contemplera dans la joie éternelle après la mort. Et en accomplissant le bien avec juste mesure, l’âme en tirera profit, ce qui aura aussi un effet bénéfique, même indirect, sur le corps, puisque les mouvements de l’âme s’y répercutent[14]. Il convient également d'ajouter que le fait de porter l’action sur les bonnes choses a de plus un effet “débloquant” par rapport à la “torpeur apathique” déjà décrite.

 

Il conseille ensuite la fréquentation de bons amis qui consolent, ce qui a pour effet de soulager et d'alléger le fardeau parce qu'on se sent aimé. Il ne faut pas non plus négliger les aspects encore plus corporels comme le sommeil, qui fait du bien au corps en le fortifiant, et ce remède qui fait sourire la sottise des modernes, qui ne voient pas le lien entre l'âme et le corps : le balneum ou les bains chauds, qui ont une fonction relaxante “pour les nerfs”. Et il recommande aussi les larmes, lesquelles extériorisent la douleur de manière corporelle et contribuent ainsi à l’apaiser, la conduisant “dehors”. Il évoque également la simplicité, liée à l’humilité, qui consiste à s’accorder, en temps de besoin, quelque chose qui réjouit légitimement. Celui qui traverse une tristesse justifiée et légitime doit savoir s’accorder un loisir ou un plat agréable, comme on prendrait un médicament pour se relever. Une fois encore, il s’agit d’élever le corps par des choses licites, afin de conduire l’âme vers la joie, et d’éviter de se réfugier dans des plaisirs illicites dictés par le désespoir[15]. L’évangile du dimanche de Laetare, comme pour résumer, ajoute une recette printanière, comme il se doit à la mi-carême. Le Seigneur multiplie les pains et les poissons. Face au souci de nourrir une foule immense avec seulement quelques pains, il veut que nous contemplions la Providence, et comprenions qu’il y en aura même en abondance, au point qu’il en restera.

 

De même qu'il faut avoir la simplicité de contempler sans crainte les fleurs qui, pour un jour, sont revenues sur l'autel pour donner de la joie, de même il faut contempler le retour des fleurs au printemps et en conserver le souvenir. Les jonquilles, les jacinthes, les arbres fruitiers, les différentes feuilles qui commencent à pousser, les pluies de printemps qui illuminent les champs d'un vert plus intense, sont là pour faire contempler les merveilles de la Providence et donner une joie dont il faut savoir profiter, car à chaque jour suffit sa peine. Ces fleurs qui sont revenues dans les champs pour nous remonter le moral, reviennent à l'autel, ne serait-ce que pour un jour, comme pour nous dire de ne pas mépriser tous les petits remèdes qui sont utiles pour redonner de l'élan au chemin terrestre de l'âme et du corps.

 

Don Stefano Carusi

 

 

[1] Sur les  espèces de tristitia, S. Th., Ia IIae, q. 35, a 8.

[2] S. Th., IIa IIae, q. 35, a.1, c.

[3] S. Th., Ia IIae, q. 39, a. 2, c., ob. 1 e ad 1.

[4] S. Th., Ia IIae, q. 24, a. 1, c.

[5] Cf. aussi S. Th., III, q. 46, a 6, c. e ad 2.

[6] S. Th., IIa IIae, q. 36, a. 1, c., a. 2 c.

[7] Cf. S. Th., IIa IIae, q. 35, a. 1, c.

[8] La distinction est de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, qui invite dans ses interventions à préférer la parole « décompression » tant pour des motifs pastoraux , que pour le fait que ce mot - dans l’évolution moderne du langage - s’adapte mieux à la pensée de Saint Thomas.

[9] S. Th., IIa IIae, q. 35., a 1, c.

[10] S. Th., IIa IIae, q. 30, a. 1, ad 3. Sur les distinctions de S. Thomas entre la tristesse et la crainte cf. S. Th., Ia IIae, q. 42, a. 3, ad 2.

[11] S. Th., IIa IIae, q. 35, a. 1, ad 2.

[12] Ibidem.

[13] S. Th., IIa IIae, q. 35, a. 4, ad 2.

[14] S. Th., Ia IIae, q. 38, a. 4, c. Au sujet de combien la tristesse soit nuisible a corps, S. Th., Ia IIae, q. 37, a. 4.

[15] S. Th. Ia IIae, q. 38, a. 1-5.

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Pastorale? Nous y voilà!

par Disputationes theologicae

publié dans Positions théologico-ecclésiales

Nous recevons et publions

 

11 février 2025, Notre-Dame de Lourdes

 

 

Je voudrais partager avec vous cette grande douleur que mon cœur porte ! J'ai connu et vécu dans le péché, désormais réconciliée avec la grâce. Alors loin de moi l'idée de juger, mais d'apporter la vérité !

J'ai une nièce qui s'est déclarée officiellement homosexuelle depuis de nombreuses années, même devant toute la famille. Depuis quelques années elle vit avec une fille et depuis peu elle parle de mariage et de fécondation.

Il y a quelque temps j'avais essayé de lui parler, de lui faire comprendre que cette relation n'était pas correcte, je lui avais montré des témoignages de personnes connues qui avec l'aide de la prière avaient compris la tromperie, mais en vain, et pire encore, ces derniers temps elles se vantent de ce dont elles devraient avoir honte, se livrant à des attitudes amoureuses même devant des enfants qui restent confus.

Un jour une personne lui a fait remarquer que dans la Bible il est dit que l'homosexualité est une abomination aux yeux de Dieu,… Elle a répondu que l'on ne la connaissait pas réellement…car le Pape lui-même accueille tout le monde…et bénit toutes les unions, que nous devons accueillir et non juger. Maintenant même le prédicateur pontifical affirme certaines obscénités et accroît leur certitude d'être dans le vrai !

Comment peuvent-ils voir leur péché, quand ceux qui devraient les corriger et les conduire à la vérité disent le contraire ?

Pour l’amour Dieu je demande aux prêtres, à ceux qui ont l'autorité de faire retirer ce document, d'intervenir pour que la vérité soit dite pour le salut de toutes ces personnes.

Loué soit Jésus Christ   

                                                                                                                    Lettre signée

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Le document final du Synode serait-il "magistériel"?

par Disputationes Theologicae

La notion de "Magistère" entre autocratie et pseudo-synodalité

 

10 décembre 2024, Translation de la Sainte Maison de Lorette

Foto AFP

Une "Note d’accompagnement du Document final de la XVIème Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques du Pape François " a été publiée Le 25 novembre 2024. Elle manifeste de facto la volonté d'imposer les conclusions du Synode en recourant jusqu’à la notion de "Magistère ordinaire du Successeur de Pierre" et en incluant même des références normatives au Catéchisme. On observe un mécanisme bien connu des fidèles de la Tradition : d'une part on suggère de manière implicite qu'il serait un devoir d’obéir au "Magistère de Pierre" et d'autre part on ne manque pas d’utiliser la rhétorique démocratico-synodale selon laquelle la vérité serait un consensus mûri en recueillant "les fruits d'un chemin marqué par l'écoute du Peuple de Dieu" dans lequel " toute l’Eglise a été appelée à lire son expérience et à identifier les pas à accomplir pour vivre la communion, réaliser la participation". Un peu de rhétorique moderniste sur le peuple en marche qui prend (auto)conscience de lui-même et s’(auto)fabrique la vérité chemin faisant, dans une confrontation horizontale sans autorité, et un peu de "salutaire autoritarisme jacobin", où l'on ne fait qu'obéir et c’est tout. "Autoritarisme jacobin", nous avons dit, et non exercice légitime du Pouvoir des Clefs, non pas par irrévérence, mais pour une raison fondamentale : l'objet. Alors que les autocrates révolutionnaires imposaient une notion d'obéissance fondée sur leur propre autorité, l'Église romaine exigeait une juste soumission aux vérités de foi (l'objet à croire) révélées par Dieu et dont les autorités n'étaient que les gardiennes. Ainsi, imposer autoritairement ce qui n'est pas une vérité de foi, mais plutôt des affirmations politiquement correctes, en s’appuyant sur une notion floue de vérité du "peuple en marche" - ou plutôt de ses interprètes autorisés - et à une notion encore plus vague de Magistère, sans justifier nullement le lien de certaines nouveautés avec la Révélation divine, est une opération pour le moins incorrecte.

Ceux qui ont conservé un mode de raisonnement logique ne manqueront pas de remarquer qu’en fin de compte dans la Note, on lit presque qu’avec l'autorité magistérielle on en train de définir…qu’il n'y a pas de vérité stable à croire...mais qu'il serait un devoir que tous obéissent. Rappelons que pour le moderniste, la contradiction n'a jamais été un problème, surtout si l'autoritarisme vient à son secours… C'est un fait que le site Internet du diocèse de Turin déjà le 26 octobre dernier titrait sèchement: "Le document final du Synode a valeur de Magistère".

Une méthode très "sud-américaine" et fort peu "catholique romaine", qui trouble déjà certaines consciences peu formées qui se trouvent dans un dilemme, craignant que critiquer à juste titre le document synodal ne soit une forme de "désobéissance au Magistère". Au-delà de l'hypocrisie de certains procédés, il convient de rappeler que le document lui-même - quoique de manière alternée et ambiguë - s'est limité à la notion d'"enseignement authentique". Sur ce point nous rappelons ce que Mgr. Gherardini avait écrit dans cette revue, mutatis mutandis, concernant la "valeur magistérielle du Concile Vatican II", à savoir que le "magistère authentique" (ou "enseignement authentique") n'implique pas nécessairement l'infaillibilité, qu'il émane du Pontife romain, du Concile uni à lui, ou d'un Synode d'évêques approuvé par le Pape. Un tel enseignement, au cas où s'il s'agirait d'un enseignement, peut raisonnablement être critiqué et on peut même en demander le retrait, s'il y a des raisons fondées et s'il apparaît en contradiction avec l'enseignement constant de l'Église ou même avec la loi naturelle, comme dans le cas scandaleux de Fiducia Supplicans.

Au sujet de la notion de "Magistère", "Magistère authentique" et sa possible faillibilité nous invitons à relire nos articles:

Enfin, nous constatons que même dans ce Synode les résistances n'ont pas manqué, signe de l'indéfectibilité de l'Église.

 

La Rédaction

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