
Nouvelle affaire pour le groupe Sharko, une femme disparue en plein Paris alors qu’elle revenait de la piscine. Toute l’équipe se casse les dents sur cette disparition avant d’être dessaisi et de se voir confier une autre enquête : le meurtre sauvage d’un homme à coup de tournevis en banlieue parisienne. A quelques encablures de la scène de crime, un homme psychotique et non identifié est interné d’office après avoir poussé un voyageur sur les rails. C’est pour Franck Sharko le début d’une nouvelle affaire qui va remuer en lui de douloureux souvenirs.
Ce nouveau polar de la série Sharko/Hennebelle prend la suite de « La Faille » qui était douloureusement centré sur le personnage de Nicolas Bellanger. Les stigmates du volume précédents sont bien présents encore et imprègnent toute l’intrigue de « A Retardement », aussi je ne peux que recommander de bien respecter l’ordre des romans de la série Sharko/Hennebelle qui a une vraie cohérence. Cette enquête, qui débute comme une intrigue double, et même triple (la disparition, le crime et l’interné) va évidemment converger, et même assez rapidement, il n’y a pas tellement de surprise de ce côté-là. Bien entendu il ne faut pas trop en dire mais on peut quand même souligner qu’elle tourne autour de la psychose, de la responsabilité (ou l’irresponsabilité) pénale et de la manipulation mentale. Tous ces sujets, aussi fascinants que dérangeants, sont comme d’habitude chez Thilliez très documentés, sérieusement abordés, sans céder à la facilité (ni à la démagogie). Cela fait toujours plaisir de lire un roman noir en ayant primo l’impression qu’on ne nous prend pas pour des idiots et deuzio en apprenant des choses. Si l’intrigue fait penser à celle du « Chuchoteur » de Donato Carrisi, elle fait surtout écho au passé de Franck Sharko et à la psychose avec laquelle il devait composer dans les premiers tomes de la série (vous vous souvenez : la sauce cocktail, le train électrique, le beurre de cacahuètes?). Nous avons ici à faire à un Sharko sexagénaire, qui devra tôt ou tard faire valoir ses droits à la retraite, c’est peut-être pour cela que le personnage de Bellanger prend de plus en plus de place dans les romans. Petite précaution, si vous êtes phobique des petites bestioles genre vers ou insectes, certaines scènes vont vous faire passer un sale moment ! Le dénouement est réussi, dans le sens où même si on pense qu’on a tout compris, et bien on n’a pas tout deviné. Thilliez sait raconter des histoires, c’est indéniable, il sait y insuffler du suspens, une pointe d’humour, beaucoup de science et parfois, comme ici un léger soupçon de romantisme, même si sur ce dernier point, on sent venir le truc de loin. « A Retardement » est un (très) bon Sharko, et les amateurs de cette série en ont pour leur argent.