J’avais l’impression que mon corps m’avait trahie. Mon mari m’a quittée, ma belle-famille m’a chassée... C’est une maladie qui ne tue pas en un jour, mais qui détruit l’âme lentement, »
Micheline, 34 ans, guérie de la fistule.
La fistule obstétricale demeure un problème de santé publique majeur au Tchad, profondément lié aux conditions socio-économiques et aux barrières d'accès aux soins maternels. Le 23 mai, Journée internationale pour l'élimination de la fistule obstétricale, l’UNFPA Tchad met en lumière un combat acharné pour la dignité des femmes.
On estime que plus de 500 nouveaux cas de fistules surviennent chaque année au Tchad. Derrière les statistiques se cache une tragédie silencieuse : celle de l'accouchement prolongé et sans assistance qui, dans les zones rurales privées de soins d'urgence, provoque une lésion dévastatrice. Condamnées à une fuite permanente d'urine ou de selles, ces femmes subissent une double peine : la souffrance physique et une véritable « mort sociale », rejetées par leurs familles et leurs époux.
Pourtant, une révolution humaine est en marche. À travers le pays, du Centre national de traitement de la Fistule de N’Djamena au Centre de traitement de fistules obstétricales d'Abéché, le traumatisme se transforme chaque jour en résilience grâce à l’appui de l’UNFPA.

N'Djamena : Des « sentinelles de l’espoir » nées de la douleur
Au Centre de N'Djamena, la prise en charge médicale ne se limite pas à réparer les corps ; elle reconstruit les vies. Grâce à une approche holistique soutenue par l'UNFPA, les patientes bénéficient de soins psychologiques, d'un réapprentissage de l'estime de soi et de formations professionnelles.
Le parcours de Micheline, 34 ans, et de Hommel, 41 ans, incarne parfaitement cette transformation. Mariées de force alors qu’elles n'étaient que des enfants (respectivement 15 et 14 ans), leur corps n'était pas prêt. Après des jours de travail intense, le calvaire de la fistule a commencé, entraînant des années d'isolement et de larmes.
J’avais l’impression que mon corps m’avait trahie. Mon mari m’a quittée, ma belle-famille m’a chassée... C’est une maladie qui ne tue pas en un jour, mais qui détruit l’âme lentement, »
affirme Micheline.
Aujourd’hui, le miracle de la chirurgie et de l'empathie a opéré. Guéries, Micheline et Hommel ont choisi de ne pas partir : elles sont désormais salariées au Centre National de Traitement de la Fistule (CNTF) de N’Djamena. Devenues conseillères, elles accueillent et guident les nouvelles arrivantes.
Aujourd'hui, je prends la main des patientes pour leur dire : Regarde-moi. J’étais comme toi. Tu vas t’en sortir." Ma souffrance est devenue ma plus grande force, »
poursuit-elle Micheline.

Abéché : Un pôle d'excellence face au défi humanitaire
À l'est du pays, dans la province du Ouaddaï, le Centre traitement de fistules obstétricales d'Abéché s’impose comme un véritable carrefour stratégique. Si le Tchad enregistre plus de 500 nouveaux cas de fistules par an, un chiffre alimenté par le fait que 3 filles sur 5 sont mariées avant l'âge de 18 ans. Le centre d’Abéché tente de juguler la crise à son échelle.
Le centre est dirigé par le Professeur Valentin, Chirurgien-urologue-gynécologue, qui est au centre depuis plus de 15 ans. Le professeur témoigne de l’évolution remarquable du service grâce au soutien de l’UNFPA et appelle à un appui renforcé pour une prise en charge globale, incluant le volet psychosocial et la réinsertion socio-économique des patientes.
Le centre opère plus de 25 femmes chaque mois, atteignant un niveau de saturation quasi total. Cette pression s’est intensifiée récemment en raison de l'afflux massif de réfugiées soudanaises dans la région.
Réhabilité par l'UNFPA, le centre d'Abéché ne se contente pas de soigner :
- Il dispose désormais de son propre bloc opératoire pour garantir la continuité des soins.
- Il est devenu un pôle national d'excellence et un centre de formation de référence pour les chirurgiens de toute la sous-région.
- Il collabore étroitement avec les autorités locales et des partenaires comme Women Hopes pour étendre les services.
L'impact probant du partenariat avec l'UNFPA
Cette transition de la détresse à l'autonomie repose sur un appui technique et matériel de pointe. Madame Remadji Judith, Surveillante générale du Centre de N'Djamena, rappelle que sans cette collaboration, ces réussites resteraient des rêves inaccessibles.
Les avancées matérielles concrètes de ces derniers mois sont majeures :
- Modernisation des infrastructures : Remise en 2025 au Centre de N'Djamena de deux blocs opératoires complets et d'équipements de pointe (échographes, lits d'hospitalisation, kits d'accouchement).
- Renforcement chirurgical : Financement de sessions opératoires spéciales et fourniture de matériels médicaux critiques à Abéché.
Un appel à l'action pour briser définitivement le cycle
Si la guérison physique est une victoire, la réintégration socio-économique reste le dernier bastion à conquérir. À l'occasion de cette journée internationale, les équipes médicales des deux centres lancent un plaidoyer urgent pour l'avenir de ces héroïnes.
- Financer la réinsertion : Il existe un manque de fonds crucial pour les kits d'installation socio-économique permettant aux femmes de lancer une activité productive après leur guérison.
- Former la relève : Il est urgent d’élargir le réseau de professionnels de santé et d'obstétriciens spécialisés pour pérenniser l’expertise des centres.
- Fournir des kits sophistiqués : Les cas de fistules complexes nécessitent des technologies chirurgicales encore plus avancées.

En ce 23 mai, l'histoire de Micheline, de Hommel et des centaines de femmes soignées à Abéché et N'Djamena prouve que la fistule n'est pas une fatalité. En restaurant leur santé, c'est toute leur dignité et leur place dans la société que le Tchad contribue à reconstruire.
En tant que leader de la campagne mondiale pour l'élimination de la fistule, l’UNFPA propose une vision stratégique et un soutien technique ; l’agence distribue des fournitures médicales, assure des formations et procure des fonds en faveur de la prévention et du traitement de la fistule, mais également de programmes de réinsertion sociale et de plaidoyer. L’UNFPA renforce également les services de santé maternelle et les services obstétricaux d’urgence afin de prévenir l’apparition de cette lésion.
