Skins - Chris - Table 3
Titre : No « fuck it »
Auteur : Luhnatique
Personnage : Chris
Fandom : Skins
Rating : R
Disclaimer : Jamie Brittain/Bryan Elsley
un rythme inquiet
Il entend vaguement des bruits, lointains, qui ressemblent à des pleurs, et une respiration précipitée, paniquée, des mots sans suite, des questions qui n’obtiennent pas de réponse, à un rythme inquiet.
désir
Chris ne l’a jamais ressenti de manière aussi intense, aussi brûlante que lorsqu’il a vu Jal monter sur scène pour récupérer le chouette chapeau du chanteur, juste à cause d’un marché à deux balles, mais qui a plutôt bien fonctionné et a révélé des choses qu’il n’aurait jamais soupçonnées, comme le culot que cette fille cachait si bien et qui changeait totalement sa façon de la regarder.
le front terne d'ennui
La dirlo parle, parle, parle, parle, Chris rêvasse en s’amusant vaguement avec un boulier sur le bureau, le front plissé par l’ennui, le regard vide, la dirlo parle de ses notes catastrophiques, de son comportement catastrophique, de sa chambre d’étudiant qui se trouve elle-même dans un état catastrophique, et de son renvoi qui se révèle être une nouvelle catastrophique également, bref c’est chiant à mourir.
arme au poing
« J’m’en branle » et se contenter de fuir les problèmes, c’est fini : Chris va se motiver sérieusement, il remplira sa part du contrat, et c’est décidé qu’il se dirige vers le bureau de la conseillère d’orientation, le pétard au poing.
de grands yeux purs
Ce sont ses yeux trop grands, trop bleus, qui s’émerveillent trop facilement d’un rien, qui ne restent jamais posés très longtemps au même endroit, qui l’ont fait chavirer, les siens, les yeux d’Angie – une prof en plus, de psycho encore pire – qu’il trouve trop innocents, trop purs, mais au final c’était plus un leurre qu’autre chose.
vivre au gré des rêves
Chris n’a jamais fait que ça : vivre au gré de ses rêves, ou plutôt de ses envies puisque des rêves il n’en a pas tellement eu – sauf les songes hallucinatoires que produisent les exta – sans jamais rendre de compte à personne, même si au final ça lui a attiré pas mal d’ennuis comme de se faire squatter puis piquer sa baraque et de devoir se rendre à poil jusque chez Angie pour qu’elle lui fournisse des fringues.
l'éclat du temps sentimental
A Morshokov, dans la rude campagne slave, où l’on broie les pattes des chevaux avant de réduire leur corps en charpie, où l’on se soûle à la vodka avec la grosse concierge de l’auberge dans laquelle ils ont logé, où les maris éliminent les amants de leurs femmes à l’aide d’une carabine, Chris – dans un sursaut de sentimentalisme – est venu tout doucement, presque timidement, frapper à la chambre d’Angie dans l’espoir d’obtenir un petit bisou pour lui souhaiter bonne nuit.
front de souci
Le front soucieux, ça fait un moment que Chris n’a pas rencontré de problème aussi difficile, et bizarrement il a la sensation qu’il n’en rencontrera plus d’autres alors autant réussir son coup pour cette dernière fois, mais putain, comment ça se fait qu’il ne parvienne pas à se rappeler le nom de sa petite amie ?
mystère de cœur
Aujourd’hui, Chris se demande ce qu’il a bien pu trouver à Angie, surtout quand il la compare à Jal, il arrive encore moins à comprendre comment il a fait pour retomber l’espace d’une soirée dans ses filets.
les pleurs d'une blessure
« Tu crois vraiment être le seul à avoir été abandonné ? » a crié Jal, au bord des larmes, tailladant le cœur de Chris qui se rend compte s’être trompé sur beaucoup de choses et en particulier sur les blessures non cicatrisées qui ont lacéré la poitrine de Jal.
non
Le mot est interdit, et aussi paradoxal que ça puisse sembler, c’est elle qui le lui a rappelé, faisant glisser sa robe sur sa peau mordorée sous son regard incrédule.
aime, n'aime pas
Il l’aime, c’est clair, il l’aime plus qu’une soirée entre potes, plus qu’une boîte entière d’exta, plus que le plus gros des pétards qui laissent raide à la première inhalation, plus que ses poissons rouges qu’il nourrit aux médocs, et il en est sûr maintenant : c’est évident qu’il n’aimait pas Angie.
cœur brisé
C’est à cause d’Angie si Jal a le cœur brisé, c’est parce qu’elle est revenue, si ça n’avait pas été le cas, il n’aurait jamais été tenté, il n’aurait jamais fait ça à Jal, c’est uniquement la faute d’Angie, pas la sienne, n’est-ce pas ?
une fin heureuse
Angie lui a refilé son appartement gratos, en plus il est nickel, meublé et tout, et elle s’est barrée loin de Bristol, donc pas de risque qu’elle revienne, Jal a accepté de lui pardonner même s’il a compris que c’était un choix difficile pour elle, mais tout se finit bien, il va même chercher un travail.
ces choses
Ces choses qui se débattent dans la vie comme les poissons de son aquarium qui crèvent les uns après les autres – parce qu’il s’en occupe mal, lui a expliqué Maxxie, sauf qu’il n’a pas compris que c’était pas ça l’intérêt d’avoir des poissons rouges -, ces choses qui errent sans but, ces choses : les hommes.
j'ai trouvé un autre moyen
« Hé An, quand on partira en Russie, tu porteras un turban pour qu’on cache la cam dedans » avait proposé Chris et ça aurait pu le faire – non ? – si Tony n’avait pas eu la bonne idée de l’insérer de manière obscure à l’intérieur du corps de Sid (on ne précisera pas de quelle partie du corps il s’agit).
beauté
La beauté, il a longtemps cru que seules les Galloises l’avaient, en particulier Angie, mais il a suffit de quelques minutes hors du temps pour ouvrir les yeux sur ce qui lui avait échappé pendant des années : la vraie beauté, c’est Jal.
les mensonges que tu crois
Chris ne dit pas tout à Jal, mais seule Cassie le sait : Chris prend des médicaments, pas de ceux qui t’envoie dans un monde d’hallucinations, non, des vrais médicaments qui sont censés le guérir de cette espèce de caillot qu’il a au cerveau et que son frère avait aussi, mais pas question que Jal l’apprenne, sinon c’est clair qu’il se fera chaudement engueulé si elle le surprend le joint au bec et pire : elle risque de refuser de vivre avec lui et ça pas question que ça arrive.
ingénieux
Il a vendu sa première maison, grâce à son ingéniosité, il a pris ses clients par les sentiments et même si ses exemples étaient un peu colorés, ils sont tombés juste – un vrai coup de chance qu’ils travaillent dans le monde de l’érotisme.
perdu dans une seconde
Se perdre dans une seconde, ça lui est arrivé plusieurs fois : y a eu la mort de son frère en premier, le départ de son père ensuite, celui de sa mère un an plus tôt, la première fois qu’il a embrassé Jal pour de vrai, la première fois qu’ils ont fait l’amour tous les deux, le moment où il a failli y rester et qu’il s’est réveillé à l’hôpital, et aujourd’hui, maintenant, à cette seconde très précise où il s’est enfin rappelé de « Jal. »
vagues profondeurs
Des types défilent devant lui, s’assoient parfois un instant et semblent lui parler, bien qu’il n’entende pas ce qu’ils racontent, ils s’agitent en tous sens et souvent une fille blonde vient prendre place à côté de lui pour lui lire des livres, quelque fois il fait jour et d’autres fois il fait nuit, il ne parvient à remettre aucun nom ni aucun visage sur les têtes qui se pointent devant lui, c’est le brouillard dans son esprit.
dans les soirs doux
Avec Jal, ça s’est fait de manière naturelle, peut-être même un peu trop, à la sortie d’une boîte de nuit, un soir calme, habituel, où y a pas trop de bordel – hormis l’altercation entre Cassie, de retour d’Ecosse, et le couple tout nouvellement formé : Sid et Michelle -, de ceux où il n’a besoin de rien, juste de tenir sa main dans la sienne pour cette fois.
vivant
Chris est vivant sur son lit d’hôpital, vivant et dans les vapes mais c’est mieux qu’autre chose, il pige que dalle à ce que les gens font et disent autour de lui mais il est vivant et c’est tout ce qui compte.
rassure-moi
Jal est enceinte et elle a décidé d’avorter, Chris comprend et il le dit, mais au fond il aurait bien aimé voir sa vie avec un p’tit en train de chialer dans un landau qu’il promènerait lui-même, il aurait bien aimé prouver qu’il pouvait être père même s’il déclare ne pas être fait pour ça ; à vrai dire, il voulait juste être rassuré.
force et soutien
Jal a été là tout le temps qu’il a été alité à l’hôpital, elle n’a jamais quitté son chevet – sauf pour aller aux toilettes parce qu’elle était bien obligée d’après Cassie – et elle lui a communiqué toute sa force, tout son soutien alors qu’il ignorait qu’elle-même en avait grandement besoin.
la flamme éternelle
L’un des seuls avantages pour Chris d’être parti aussi jeune, c’est qu’il aura pas eu le temps de trop faire souffrir Jal en amour – parce que bon, la fois avec Angie, c’était pas ‘vrai’, il avait culpabilisé et n’avait pas été jusqu’au bout – autrement dit jusqu’à la jouissance – donc ça ne comptait pas – et qu’au moment où il est mort, c’est à elle qu’il pensait, emportant son amour un peu décousu mais pourtant si sincère avec lui.
parmi ses petit anges
Chris en a vu des tas d’anges : y a eu Angie, c’était même son nom, y a eu tout un paquet de filles sans importance, y a eu Jal avec sa moue boudeuse, et Cassie également qui avait veillé sur lui lors de sa sortie de l’hôpital, y a aussi eu tous ceux qu’il rencontrait lorsqu’il avalait des pilules et qu’il se retrouvait embarqué dans des délires sans jour ni nuit et ce sont ceux-là qui l’entourent maintenant.
au fond de leurs dédales
Les dédales de responsabilités qui lui sont tombés dessus après le départ subit de sa mère, les couloirs d’interrogations qui se sont ouverts devant lui, les escaliers sans fin de problèmes, d’ennuis, de soucis, de conneries, forment l’immense labyrinthe des emmerdes qui jonchent sa vie.
lande fleurie
La lande fleurie, c’est là où il va, il avale un ou deux de ces formidables cachets colorés qu’il trimbale quasiment toujours avec lui, et hop ! le voilà parti à la découverte du jardin d’Alice et des merveilles de son pays.
aux accords étranges
Il a déjà entendu Jal jouer de la clarinette, mais il était à moitié défoncé comme c’est le cas la plupart du temps et puis à cette époque, ils se connaissaient à peine, et il se souvient qu’il avait trouvé ça étrange la première fois, un enchaînement de notes rapide, parfois plus lent, qui semblaient virevolter dans l’atmosphère et bondir à l’intérieur de lui, ça lui avait fait le même effet que certaines de ces pilules qu’il prend pour délirer.
avancer aveugle
Le silence à la place de ses reproches amusés, le lit vide dans lequel il ne dort plus puisqu’elle non plus – et de toute façon, il s’est fait viré donc ça aurait été difficile d’y revenir -, les emmerdes qui se sont enchaînées après qu’elle a claqué la porte, l’absence de Jal, c’est comme d’avancer à l’aveuglette.
paradis perdu
Quand Jal l’a laissé pour aller à son audition de clarinette et ce malgré ses demandes insistantes de rentrer à l’appartement avec lui, ça a été bien plus fort que l’année précédente lorsqu’il s’est rendu compte qu’Angie avait quelqu’un d’autre que lui dans sa vie, un effet de paradis perdu.
le point final
« Cassie, comment s’appelle ma copine ? » a-t-il demandé, totalement paniqué, ce qui sur l’instant a paru être une blague à Cassie, mais lorsque le sang s’est mis à couler de son nez et les soubresauts à agiter ses épaules, ça s’est avéré n’être définitivement pas une blague et encore moins quand le point final a été donné : « Ca y est, je me souviens : Jal. »
souffle délicat
Chris a déposé ses lèvres sur les siennes, sans réfléchir, délicatement, pour ne pas la faire fuir, elle s’est reculée, pas trop loin, pour qu’il puisse encore sentir son souffle léger caresser ses joues : « Joue le jeu, d’accord ? »
les poses lassées
Il était pas loin avec ses « pauses lacets » - quoi de mieux, d’ailleurs, qu’une pause lacet pour se sentir à l’aise dans ses godasses et de prendre le temps de se rouler joint ? – mais non, elle parlait des « poses lassées » - bien sûr ! quoi de plus évident ? -, le sujet tombé une semaine plus tôt à son cours d’arts.
des fatigues physiques
Ca se produit de plus en plus souvent, des moments de faiblesse où Chris se sent défaillir, à la limite de l’évanouissement, mais il ne s’est jamais lourdement inquiété parce qu’au fond il « s’en branle », jusqu’à ce jour où son oreille s’est mise à saigner à flot et qu’il a vraiment sombré dans l’inconscience.
plein de silence
Chris pose une question et Jal répond à côté, c’est sa réponse qui crée les silences lourds, ceux qui gardent des secrets, tout comme lui-même tait les siens.
la paix d'une existence
La paix, il n’y a qu’un seul endroit où il peut la trouver, et la détente, il ne connaît qu’une seule façon de l’obtenir : adossé à la tombe de son frère, un pet’ calé au coin des lèvres.
en l'ombre familière
Son coin d’ombre, son espace ‘intime’ où il se rend régulièrement, un endroit familier qu’il a longtemps gardé pour lui avant d’y amener Jal, un joint déposé sur la stèle d’une tombe – celle de son frère.
reviens
« Reviens », supplie Chris, puisque si elle va à cette foutue audition, c’est sûr, elle ne reviendra pas chez lui, elle trouvera quelqu’un d’autre, c’est clair, un type qui lui ressemble et qui joue du trombone alors : « S’il te plaît… chez moi c’est par là. »
tout ça et plus
La mort de son frère lui aurait largement suffi, sauf que son père s’est barré et que sa mère l’a lâché, qu’on lui a piqué sa baraque et qu’il avait plus un sou en poche, et puis la honte d’aller vivre sur le campus du lycée, enfin tout ça, c’était déjà bien assez, mais en réalité, il y avait beaucoup plus ; c’était beaucoup plus.
jusque là, ça va
Chris a trouvé un boulot et en plus de ça, il a même déniché un appart’ – où il s’est installé sans l’accord de l’agence, certes – et Jal l’a récompensé comme il se devait, à lui en faire tomber les yeux des orbites, jusque là, tout va bien ; enfin tout allait bien jusqu’à ce que Cassie débarque.
débalancé
Etre porté par le vent, en sentir le souffle s’enrouler autour de ses membres, bercé par les mouvements d’une balancelle, nage sans fin ballotée par la houle aérienne, avant la chute de la balançoire, courte, brutale, soudaine, le retour à la réalité face au départ de sa mère.
rien de plus, rien de moins
Il n’a rien, ou du moins il a eu une famille il y a longtemps mais celle-ci n’existe plus, il n’a pas de maison, sa mère et son père vivent chacun de leur côté, l’ayant tous deux laissé tombé, donc il n’a rien sauf une bande de potes déjantés et la copine la plus extraordinaire qu’il ait pu trouver, ni plus ni moins, alors ça lui fait un peu peur de récupérer de nouvelles choses dans sa vie comme l’amour, l’amitié, la joie, parce qu’il ne sait pas quand elles disparaîtront.
ce monde mauvais
Le monde a toujours été mal fichu, en tout cas pour lui, sachant que son frère est mort adolescent, que son père a fui cette perte en quittant la maison, et que sa mère a fait de même du jour au lendemain, sans prévenir, lui laissant de l’argent pour un mois qu’il a liquidé en une semaine, il n’a pas eu la vie facile et ça a empiré depuis qu’il a compris qu’il finirait comme son frère, et c’est là qu’il maudit le monde encore davantage : parce qu’il ne peut pas se permettre de laisser tomber quelqu’un à son tour, il n’a pas le droit d’infliger ça à Jal.
penché sur ma vie
Chris n’a jamais trop fait gaffe à sa santé, on pourrait presque dire qu’il recherche les problèmes, mais mine de rien, ça l’inquiète un peu quand même, que la nouvelle ne se répande pas trop et qu’il reste en vie suffisamment longtemps pour vivre avec Jal un certain temps, et peut-être qu’elle n’avortera pas et qu’il deviendra papa, qui sait ?
mes pas sont fautifs
Il sait qu’il est coupable de ce qu’il lui arrive : s’il n’aimait pas autant le shit et les soirées, il ne se serait pas pourri la santé encore plus, il aurait pris ses médicaments comme une personne normale qui fait attention à elle et essaie réellement de se soigner, leurs effets l’auraient probablement guéri ou du moins lui auraient permis de vivre un peu plus longtemps ; au lieu de quoi, il n’a fait qu’empirer les choses en faisant abstraction du réel problème que ça représentait, et on peut dire que c’est de sa faute s’il est mort.
les petites pièces qui font un tout
Une maman, un papa, un grand-frère, une copine – avec à la clé un gosse peut-être ? – et toute une ribambelle de potes, voilà sa famille, sauf que dans la vie réelle, la maman, le papa et le frère ne s’y trouvent pas.
tout ce qui restera derrière
Jal, l’enfant qu’elle n’a pas gardé parce que – tout le monde s’accorde pour le dire - il n’aurait jamais fait un bon père, sa mère qu’il n’aura pas revue depuis près d’un an, Cassie qui a foutu le bordel en squattant leur appart’, tous les potes : Max, An, Michelle, Sid, Tony, mais surtout Jal, le ventre vide dans un appartement vide.
le bon côté des choses
Quand Chris s’est senti partir, le nom de Jal aux lèvres, il s’est éteint sur ces pensées : « Faut voir le bon côté des choses, je pars avec le souvenir de Jal et je vais retrouver mon frère, en plus de là-haut je vais pouvoir assister à mon propre enterrement – j’espère qu’ils vont organiser une teuf sur ma tombe, et m’en faire profiter un peu… »
