Expérimentations : des midships et des drones

Publié le 11/06/2026

Auteur : Philippe Brichaut

Grande première pour une mission « Jeanne » : l’édition 2026 a embarqué dans ses soutes une cinquantaine de drones navals de surface et aéronautiques.

Si l’objectif est d’étoffer les capacités de la Marine dans les domaines de la logistique, de la défense et de la surveillance, la mission a permis de les tester en condition réelle. Les officiers-élèves ont été associés à ces tests afin qu’ils s’acculturent à un outil d’ores et déjà incontournable. Un regard neuf sur ces systèmes et leur emploi.

Au début de la mission, ils étaient une trentaine d’officiers-élèves volontaires pour participer à ces expérimentations sur les drones. Certains ont pu expérimenter des drones navals, qui pouvaient ressembler à un jet-ski ou un semi-rigide, d’autres se sont concentrés sur les drones aériens. C’est le cas de l’enseigne de vaisseau de 2e classe (EV2) Glenn. « Nous avons pu essayer trois grandes familles de drones aériens : des munitions télé opérées, des drones logistiques et des drones de surveillance, détaille-t-il. Nous avons tout d’abord testé des drones reliés par fibre optique. Si le conflit en Ukraine démontre chaque jour leur efficacité, nous nous sommes rapidement aperçus que ce n’était pas une bonne option en mer. En effet, ces appareils ont besoin que le fil qui les relie au pilote repose sur quelque chose de solide, comme un arbre ou une construction. En mer, ils ne peuvent reposer sur rien et le poids du fil, une fois dans l’eau, finit par les empêcher de voler. Nous avons ensuite testé des munitions télé opérées. Pouvant être opérée simultanément avec un tir d’artillerie classique, la munition télé opérée vient alors compléter l’action des pièces d’artillerie. Le chef de défense à vue (CDV) peut l’inclure dans son plan de feu. C’est vraiment une corde en plus à son arc. »

Drones de transport

Deuxième type de drones expérimentés par les officiers-élèves : les drones à vocation logistique. « S’ils ne se substituent pas à un transfert de matériel par hélicoptère et encore moins à un transport de charge lourde lors d’un ravitaillement à la mer (RAM), les drones logistiques actuels sont utiles pour le transport de charges légères, indique l’EV2 Glenn. En, effet, pour ce genre de transfert, inutile de rappeler au poste aviation ou de RAM tout un équipage, deux opérateurs suffisent. Il n’est pas non plus nécessaire de changer de route et c’est beaucoup plus économique en matière de carburant. »

Mais ce qui a vraiment passionné l’officier-élève, ce sont les drones d’observation et plus particulièrement ceux qui décollent verticalement puis volent tels des avions. « Le drone testé dispose d’une autonomie d’une dizaine d’heures, ce qui est essentiel pour une mission de renseignement ; grâce à ses ailes fixes, il peut même planer. C’est typiquement le genre d’appareil qui serait utile sur des petits bâtiments ne disposant pas de plateforme hélicoptère comme des patrouilleurs outre-mer », estime l’EV2 Glenn.

 

Et demain ?

Lorsqu’on lui demande ce qu’il retient de ces expérimentations l’officier-élève conclut : « Les drones ne remplacent pas nos gros équipements comme les hélicoptères. En cas de fort vent, il devient difficile, voire impossible, de faire décoller un drone. Toutefois, ils représentent, pour de nombreuses missions, des solutions alternatives et surtout bien moins onéreuses. Il est ainsi beaucoup plus acceptable de perdre un drone qu’un hélicoptère et son équipage. Les drones, en particulier les plus petits, devraient pouvoir être considérés comme perdables. L’idéal serait également qu’ils deviennent, comme les « lego », modulables : une plateforme unique sur laquelle nous pourrions venir fixer en temps réel ce qui est utile en fonction de la mission : une charge militaire, des instruments d’observations, du matériel à transporter, etc. ».