Div-e Gorbeh

دیو گربه

Non à la guerre et à la dictature !

Traduction d'un texte de Mohamad H., enseignant et porte-parole de la coordination des syndicats des enseignant·e·s en Iran. Ecrit le 8 mars 2026.

Internet est coupé, et nous vivons parmi les bombes et les explosions. Au milieu de ce chaos morbide, la plus belle chose que nous pouvons faire, c'est prendre soin les un·e·s des autres. Nous devenons chacun·e la voix de l'autre. Dans nos quartiers, nous organisons des réseaux de solidarité, nous prenons soin de nos aîné·e·s, nous partageons entre nous de l'eau et de la nourriture. Notre survie repose sur la solidarité.

Non à la guerre et à la dictature !

Texte original en PersanTexte en Anglais

Essayez de rester en vie

Traduction d'un texte de Laleh R., citoyenne iranienne.

Essayez de rester en vie, mes cher·e·s ami·e·s.

Car sinon, ils commenceront par nier le fait que vous soyez mort·e. Ensuite, ils diront que vous faisiez partie du gouvernement. Après, ils diront que vous deviez être à proximité d'un site militaire. Puis ils diront que vous viviez dans un quartier de cadres du régime, et que vous deviez donc être l'un·e d'entre eux... Enfin, ils diront que c'est en fait le gouvernement iranien qui vous a ciblé·e.

Et si rien de tout cela ne fonctionne, ils diront que les frappes “chirurgicales” font parfois des dommages collatéraux. Et puis ils écriront que 39 999 c'est moins que 40 000.

Texte en Anglais et en Persan

Un enfant sous les bombes

Traduction d'un témoignage de Nazanin M., qui vit avec sa soeur, son beau-frère et leur fils de 4 ans. Écrit le 1er Mars 2026.

Le fils de ma sœur m'appelle. Il me dit, affolé, qu'il y a un missile au dessus de ma tête. Depuis la nuit dernière, il n'arrête pas de s'agiter. On essaye de le réchauffer, on lui passe de la musique. Dans deux ou trois semaines, il aura cinq ans. On fait tout notre possible pour lui. On a pas le choix. Il faut tenir bon.

Dans la matinée, après le petit déjeuner, tout l'immeuble s'est mis à trembler. Nous nous sommes réfugié·e·s dans le couloir. Mon neveu se cache les yeux avec les mains. Il essaye de ne pas pleurer.

Je dis à ma sœur que j'ai peur. Le petit me dit “Moi aussi, et j'ai envie de pleurer”. Nous lui disons que dans ce genre de moments, ça fait du bien de pleurer. L'immeuble tremble de plus belle, le petit se bouche les oreilles, et moi j'espère seulement que si quelque chose devait arriver, je serais en mesure de le protéger. Vous savez, dans cette situation, tout ce qui nous reste, c'est notre vie à offrir au milieu du chaos, à laisser à nos proches. Nos vies ne tiennent qu'à un fil et je prie pour qu'aucun de ces fils ne lâchent.

Mes pensées vagabondent. Je pense à toute la ville, à tous les enfants qui la peuplent, à toutes les personnes isolées, les personnes sans abris, à ce petit garçon qui plonge sans cesse dans les poubelles de la ville pour trouver de quoi manger, au vieil homme d'à côté qui fait des allers-retours dans la rue en fauteuil roulant tous les après-midi, je pense aux autres villes et à toutes ces autres personnes partout dans le pays... et j'ai l'impression que mon cerveau va exploser. Je ne cesse de lui ordonner d'attendre, de tenir bon. J'aimerais le réduire en miettes et l'abandonner quelque part au loin, jusqu'à ce tout soit fini et que ma tête se calme. J'ai oublié tout ce que j'ai pu lire dans ma vie sur la maîtrise de soi en temps de crise.

Texte original en PersanTexte en Anglais

Réponse aux belliqueux

Traduction d'un texte de Mohamad M., écrit le 7 mars 2026.

Ils disent que quiconque s'oppose à l'intervention étrangère, serait en faveur du régime actuel. Comme si le monde était divisé en deux camps morbides : la tyrannie en interne, ou les bombes étrangères. Mais cette binarité est une illusion, un piège ! Le peuple qui luttait pour essayer de respirer sous la répression, c'est le même qui est aujourd'hui victime des flammes de la guerre. Les bombes n'apportent pas la liberté. Elles ne font que jeter de la cendre sur nos plaies, et renforcer la tyrannie sous couvert de “défense”.

S'opposer à la guerre, ce n'est absolument pas défendre le pouvoir en place. Au contraire, s'opposer à la guerre, c'est défendre le droit d'un peuple à écrire sa propre destinée : ni derrière les barreaux, ni sous le rugissement des avions de chasse.

Texte original en PersanTexte en Anglais

Un voile de chagrin

Texte de Jina Baniyaghoub, ancienne prisonnière politique en Iran, interdite d'exercer la profession de journaliste pendant trente ans par les tribunaux révolutionnaires. Écrit le 5 mars 2026.

Hier, à l'aube du cinquième jour de la guerre, j'ai marché longuement le long de l'avenue Vali'asr à Téhéran, ici même où, pendant la plupart des soirées d'Esfand (février/mars) de ces dernières années, j'avais l'habitude de traverser une foule agitée et excitée à l'approche de Norouz (nouvel an persan qui a lieu au moment de l'équinoxe printanier).

Habituellement, il y avait davantage de vendeur·euse·s de rue à cette période de l'année (et en particulier de vendeuses). J'essayais toujours de soutenir les vendeuses en leur achetant des choses. Certaines venaient de loin pour vendre leurs produits. Il y avait par exemple une femme originaire de Birjand qui vendait des prunes séchées. Une autre vendait de l'aneth et de la menthe séchée. Une jeune femme faisait la réclame pour ses écharpes brodées, en disant qu'on ne trouverait pas de meilleures affaire que celle-ci.

Les voix des vendeurs et des vendeuses se mêlaient à celles des client·e·s, les uns et les autres se faisaient des plaisanteries, négociaient encore et encore.

Hier pourtant, l'avenue Vali'asr était étrangement silencieuse. Tellement dépourvue de vie et déserte, que j'ai ressenti comme un voile de chagrin s'emparer de tout mon être. Il n'y avait aucun·e vendeur·euse de rue, seules quelques boutiques étaient ouvertes, et la majorité étaient vidées de leurs client·e·s.

Ces derniers jours, j'ai beau chercher partout, je n'arrive plus à retrouver la ville que je connaissais.

J'ai la gorge serrée. Où est passé notre Esfand ? Sa joie et son énergie ? Où sont passé toustes ces vendeur·euse·s de rue, qui plaçaient tous leurs espoirs sur les ventes du nouvel an ? Leur situation économique, déjà si précaire, est devenue encore plus difficile en ces temps de guerre... Je suis allée à l'épicerie, je n'avais besoin de rien mais j'y suis allée quand même. Les rayons étaient remplis de produits de toutes sortes : huiles, riz, légumes, toutes sortes de confitures... Mais il n'y avait pas plus que deux ou trois client·e·s dans le magasin.

Les vendeur·euse·s regardaient passer les quelques client·e·s avec tristesse. J'ai décidé de faire un petit achat pour apaiser un peu leur douleur.

Ils nous disaient : “Il semblerait que la plupart des gens ont quitté Téhéran. Jusqu'où la guerre détruira-t-elle nos vies ? A votre avis, quand est-ce que la guerre se terminera ? Est-ce qu'elle va finir un jour, même ?” Les larmes me montèrent aux yeux et je sortis précipitamment de la boutique. Je me mis à marcher d'un pas rapide, en accélérant, comme si, plus je marchais vite, plus je calmais mes angoisses.

Je suis arrivée sur la place. Il y avait plusieurs personnes qui brandissaient des drapeaux iraniens en s'exclamant “Mort à Israël ! Mort à l'Amérique !”. Je me suis assise dans un coin et les aies observées. Puis elles se sont mises à crier : “Mort aux traitres à la patrie !”. La plupart d'entre elles portaient un tchador, mais il y avait aussi quelques jeunes filles qui ne portaient pas de voile, ou à peine, et qui scandaient avec passion : “Mort à Israël !”. Une jeune femme aux cheveux longs, sans foulard, traversait la place d'un pas vif, un grand drapeau à la main.

Je me suis dit qu'ici, c'est notre maison, c'est là où sont nos vies... Pourquoi désirent-ils sa destruction ?

Téhéran – 14 Esfand 1404.

Texte original en PersanTexte en Anglais

Des images de résistance

Traduction d'un témoignage d'un citoyen téhéranais, écrit le 4 mars 2026.

Aujourd'hui, j'ai quitté ma chambre, mon logement, et ma ville, Téhéran. Pour le moment, c'est censé être pour trois jours. J'espère qu'il n'y aura pas besoin de prolonger. J'ai pris une photo pour garder un souvenir de chez moi, au cas où je ne peux plus jamais revenir. Un peu plus tard, en regardant de nouveau la photo, l'image de la grand-mère de Mohammed El-Kurd qui est restée à Sheikh Jarrah jusqu'au dernier moment m'a fait me sentir honteux.

Et puis, je me suis dit que nous reviendrons. Nous sauverons cette ville des démons tyranniques, des tueurs d'enfants, de la malédiction des belliqueux qui ne désirent rien d'autre que la destruction. Car cette ville, c'est notre maison.

Vous avez toustes vu des images de la guerre, mais ce qui se perd au milieu de toutes ces images, ce sont les images de résistance. Je ne parle pas de ces images génériques qu'on voit à la télévision : je parle de la résistance du peuple contre les monstres de la mort.

Vous n'avez pas vu d'image de ce vieil homme de notre quartier, qui arpente les rues tous les jours, dans son beau survêt', prenant des nouvelles de ses ami·e·s au téléphone. Ou d'image de ma tante qui passe encore plus de temps qu'avant à aller nourrir les chats de gouttières terrifiés du quartier. Ou d'images de mon peuple montant sur les toits des immeubles, alors que la ville tremble sous les bombardements, et qui essaye tant bien que mal de se donner du courage à l'aide d'un sourire ou d'une salutation. Le bruit de ce motard qui chante pour tout le quartier, tous les soirs, quand il rentre du travail. Le bruit des enfants qui jouent au football dans la cours, le bruit des oiseaux qui ne nous ont pas encore abandonné·e·s.

Il est là, le vrai “réseau de radio et de télévision” de notre ville dévastée par la guerre.

Texte en Persan et en Anglais

Si la guerre servait à apporter la paix, le Moyen-Orient serait l'endroit le plus libre du monde

Traduction d'un texte d'Arash Sadeghi, ancien prisonnier politique. Ecrit le 27 février 2026, quelques heures à peine avant l'attaque.

Après avoir assisté au massacre de ses enfants en janvier, le peuple de ce pays se retrouve désormais au seuil d'une guerre généralisée.

C'est pourquoi il faut que nous parlions des souffrances engendrées par la guerre. En particulier quand il s'agit d'une guerre mondiale qui pourrait s'éterniser, avec des conséquences destructrices pour toutes les générations à venir.

Puisque la guerre a, de manière intrinsèque, la capacité de réveiller les pires instincts et de les rallier à sa cause, et que l'Histoire montre que la conséquence immédiate de toutes les guerres, c'est d'abord la mort d'innombrables personnes innocentes, c'est précisément pour cela que nous devons envisager la guerre sous le prisme des droits humains.

Fort·e·s de notre douloureuse expérience historique, s'il y a bien une chose que nous avons compris, c'est que la guerre n'a jamais rien apporté en terme de liberté, d'égalité et de respect des droits humains. Car la guerre annihile la capacité d'action des peuples. Et en l'absence du “peuple” en tant que moteur politique, parler de liberté, d'égalité ou de droits humains n'a plus aucun sens.

C'est pourquoi nous devons, sans hésitation, parler des souffrances de la guerre, malgré l'enthousiasme mercantile de certains, qui usent de techniques de manipulation médiatiques pour présenter une image caricaturale et édulcorée de la guerre à un peuple qui ne s'est pas encore remis de ses derniers coups.

Si la guerre servait à apporter la paix, le Moyen-Orient serait l'endroit le plus libre du monde.

A présent, il faut clarifier un point : aujourd'hui, notre objectif n'est pas “le pacifisme”. L'objectif n'est pas de défendre la paix comme un idéal moral, ou un rêve. L'enjeu est bien plus simple et en même temps plus fondamental : Nous ne voulons pas la guerre.

Il ne s'agit là ni d'un manifeste politique, ni d'une vision romantique. Il s'agit de la défense du droit le plus fondamental : le droit de ne pas désirer mourir.

Le droit à la vie est la condition préalable de tout changement politique.

Et tout avenir qui commence par la mort imposée a déjà perdu une part de son humanité.

Texte original en PersanTexte en Anglais

C'est ainsi que l'histoire se répète

Traduction d'un texte de Maryam Tafakory, cinéaste et fille de prisonnier politique, écrit le 1er Mars 2026.

à mon oncle, qui a été exécuté par la république islamique. à mon père, qui a été torturé dans leurs prisons.

à mes deux ami·e·s proches, Roya et Danial Afkari, qui ont été tué·e·s par ce régime.

à Khodanur, à Jina, à Navid Afkari, à Mohamad Hoseini, dont le deuil a dépassé le cadre familial pour toucher un pays tout entier. aux victimes du vol 752, aux victimes de la répression du mouvement vert, de l'Aban de sang, du soulèvement de 1404...

à toustes les gauchistes qui ont été exécuté·e·s dans les années 1980 et 1990, et qui se font à présenter insulter par les soutiens de Pahlavi.

à toutes les personnes en Iran qui, malgré le cauchemar qui est derrière nous et celui qui reste à venir, continuent de faire vivre l'espoir.

à toustes les prisonnier·e·s politiques enfermé·e·s – je prie pour votre libération.

en apprenant la nouvelle de la mort de khamenei, j'ai fondu en larmes pour toutes les personnes qui ne sont plus parmi nous.

après avoir assisté à autant de morts, pendant toutes ces années, il ne reste plus une miette de joie en moi.

mais israël a offert à khamenei ce qu'il espérait, ce pour quoi il vivait : devenir un martyr. il a bénéficié de la fin qu'il désirait : il n'était pas en train de se cacher ou de fuir vers Moscou, non, il est mort en jouissant d'une posture de 'résistance'.

moi je voulais le voir dans un tribunal. je le voulais derrière les barreaux à Shushtar, là où mon père a été torturé jour et nuit. je le voulais à la prison d'Ahvaz, là où mon oncle a été exécuté.

pour beaucoup d'entre nous, il restera un dictateur. pour d'autres, il sera sanctifié, de la même manière que certains aujourd'hui romantisent le Shah – et la SAVAK – qui ont torturé et tué des milliers et des milliers de personnes sous le règne des Pahlavi. c'est ainsi que l'histoire se répète.

Texte original en Anglais

Nouvelles d'Iran

Traduction du témoignage d'un·e citoyen·ne dans les premières heures de la guerre, 28 février 2026.

Les pharmacies sont blindées de monde. Plein de citoyen·ne·s, comme moi, viennent acheter des médicaments pour les personnes âgées de leur foyer et de leur entourage. Les pharmacies sont sous tension, mais la situation n'est pas encore totalement hors de contrôle. Il reste encore de l'ordre.

Il pleut, et les familles sont parties chercher leurs enfants à l'école primaire pour les ramener à la maison. Les filles du lycée, pour leur part, semblent avoir quitté l'école d'elles-mêmes. Celles qui ont des téléphones les font tourner à leurs camarades pour que tout le monde puisse joindre sa famille. L'anxiété est davantage visible sur le visage des lycéennes. Elles sont inquiètes à cause de la guerre, et aussi parce que le fait d'avoir quitté l'école de leur propre chef les font stresser des possibles conséquences. Certains membres de familles de lycéennes sont visibles dans les rues, en train d'essayer de joindre leur enfant au téléphone.

C'est comme ça, de nouveau : plein de familles vont quitter la ville. Qu'internet reste, ou qu'il soit coupé, que les bombes tombent sur nos toits ou non, il n'y aura pas d'adieux. Tant que nous sommes en vie, nous prendrons soin les uns des autres. La guerre ne sera pas la fin de notre histoire avec la politique et la société. Nous ne lâcherons pas.

Texte en Persan et en Anglais

Jour 1 de la guerre

28 Février 2026

Témoignage 1 (Source) : Si la guerre arrive Si internet est coupé Si nous ne pouvons plus nous parler Si quelque chose arrive à l'un·e d'entre nous

Rappelez vous simplement de cela :

Nous aimions la vie Nous n'avons jamais voulu ni la mort, ni la destruction, ni la haine

Nous nous opposions à la tyrannie Que ce soit celle qui nous fait suffoquer de l'intérieur, ou celle qui se déverse de l'extérieur par les bombes, les sanctions et la mort.

Notre cœur bat pour le peuple. Pour l'enfant qui mérite un futur. Pour la femme qui devrait pouvoir vivre sans crainte. Pour l'homme qui ne devrait pas ployer sous l'humiliation. Nous voulions une vie meilleure, pour tout le monde, sans exception.

Peut-être que c'était idéaliste. Mais notre idéal, c'était la vie, pas la ruine.

Si nos voix sont tues, sachez une chose : Nous nous tenions du côté de la vie.

Témoignage 2 (Source) : Soyez toustes maudit·e·s... Que soient maudites toutes les personnes assise dans le confort de leur foyer, qui nous ont souhaité d'avoir la guerre. Que soient maudits la République Islamique, les Etats-Unis et Israël. Internet va probablement être coupé, et cela sera peut-être nos derniers mots.

Témoignage 3 (Source) : Si je meurs, sachez que je n'étais ni un·e martyr de la République Islamique, ni un soutien d'Israël ou des Etats-Unis. Je voulais juste vivre. Je ne voulais pas me faire tuer ou quoi.

Témoignage 4 (Source) : S'il se passe quelque chose et que je ne survis pas à la guerre, sachez que je serais simplement une victime. Ni un·e martyr de la guerre contre l'impérialisme global et le sionisme, ni un·e défenseur de la patrie. Je serais seulement une victime. Une victime.