Quel est le secret pour peindre un bon portrait ? David Hockney a quelques pistes. L’expérience qu’il a engrangée au cours de sa vie lui a appris à toujours commencer par le visage. “Je commence toujours par la tête”, affirme-t-il, de but en blanc, depuis sa maison en France. “À partir de là, j’agence tout le reste.”
C'est lors d'un voyage en Californie que David Hockney tombe éperdument amoureux de ces espaces, symboles des étés les plus mémorables.

C’est l’approche qu’il a suivie lorsque, en mai dernier, son dernier modèle en date Harry Styles s'est rendu dans son studio baigné de soleil en Normandie et a pris place sur une chaise cannée. Deux jours durant, David Hockney s'est efforcé de reproduire les nuances exactes de rouge et de jaune du cardigan rayé de Harry Styles, l'indigo de son jean, le collier de perles à son cou (sans oublier l’incomparable tignasse ébouriffée de la pop star). Mais pour l’artiste, l’objectif était simplement de capturer l'essence de la personne qui se trouvait face à lui. “À l'époque, je ne savais pas qu’il était aussi célèbre”, admet le peintre en haussant les épaules. “C'était une personne comme une autre qui venait au studio.”
Les deux britanniques nouent rapidement des liens et, comme Harry Styles est un grand admirateur de son aîné, cela facilite probablement les choses. Pour sa couverture du Vogue américain en 2020, le chanteur portait une veste en velours Bode ornée du visage de David Hockney, peint à la main par l'artiste Aayushia Khowala. Difficile également d’imaginer l'émerveillement du jeune anglais goûtant aux délices ensoleillés de la Californie, un thème récurrent de ses albums solo, sans l’influence initiale de David Hockney. “Depuis plusieurs dizaines d’années, David Hockney réinvente notre façon de voir le monde”, confie l’ex-membre des One Direction. “C’était un véritable honneur de poser pour lui.”
La présentation du portrait marque le coup d'envoi de la deuxième exposition de David Hockney, Drawing From Life, à la National Portrait Gallery. Une première avait été inaugurée en février 2020, avant de fermer ses portes quelques semaines plus tard en raison de la pandémie. Avec l'ajout d'une nouvelle salle de tableaux retraçant les élans créatifs du peintre durant le confinement, l'exposition ouvrira le 2 novembre (quelques mois après une rénovation intégrale du musée) avec le portrait de Harry Styles comme pièce maîtresse. “Le monde entier s'est arrêté et l'exposition est restée là, dans l'obscurité”, se souvient Sarah Howgate, conservatrice des collections contemporaines du musée, qui a supervisé les deux phases de l'exposition. “C’est génial de pouvoir lui accorder une nouvelle vie.”
Si le tableau de Harry Styles fait parler de lui, c'est le génie discret des portraits de David Hockney qui fait le principal attrait de l'exposition. Ce qui fait le charme de ses images, c'est leur sincérité : que ce soit dans la tension palpable de son célèbre double portrait d'Ossie Clark et Celia Birtwell, peint entre 1970 et 1971, ou dans les personnages assis, de sa propre sœur Margaret au regretté comédien Barry Humphries, qui ont peuplé son exposition de 2016 à la Royal Academy of Arts. Le regard que porte le peintre sur l’humain peut être espiègle, souvent kaléidoscopique, parfois fantastique mais il est toujours franc.
Le portrait de Harry Styles sera accroché aux côtés de ceux de l’écrivain Gregory Evans, de l’imprimeur de David Hockney Maurice Payne, du maire de sa ville de Dozulé, de son jardinier et même de son podologue ou, pour reprendre les termes du peintre, “le dandy qui me coupe les ongles de pied”.
David Hockney connu pour son esprit novateur vient d'ouvrir une exposition d'un nouveau genre à Londres.

L’un de ses récents modèles n’est autre que le mythique producteur de musique Clive Davis, qui lui a suggéré d’inviter Harry Styles. “Clive m'a parlé du nouvel album de Harry, et JP [l'assistant de studio] a envoyé un mot à Harry pour lui demander s'il aimerait visiter le studio et poser pour un portrait”, se souvient le peintre. “Il a immédiatement accepté l’invitation.” À partir de là, David Hockney a peint le jeune homme de manière instinctive. “Tout le monde est venu et a pris place sur cette chaise”, déclare-t-il avec désinvolture, avant d'admettre : “Maintenant, je sais que Harry est une star : j'ai vu tous ses clips.”
“Il n’a rien d’un portraitiste traditionnel”, explique Sarah Howgate. David Hockney ne s'intéresse pas à ce que les gens font, mais plutôt à ce qu'ils sont. “La célébrité ne l'intéresse pas. Ce qui l'intéresse, c'est de dépeindre les gens et leurs relations”. C’est pour cette raison qu’il se concentre aujourd’hui principalement sur son cercle d'amis, mais son éternelle curiosité le pousse également à ouvrir la porte à un nouvel arrivant de temps à autre. Harry Styles est conscient de la chance qu'il a, ajoutant, avec une pointe d'incrédulité : “Je suis impressionné par ceux qui ont assez d’anecdotes pour toute une vie”. Quelles anecdotes ? Le silence de Harry Styles et David Hockney sur cette question suggère que ce qui se passe à l’atelier reste à l’atelier.
David Hockney: Drawing From Life ouvrira ses portes à la National Portrait Gallery de Londres du 2 novembre au 21 janvier 2024.
Traduction par Sarah Mandois
Article originellement publié sur vogue.co.uk
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