Les entraîneurs de grands clubs de Ligue 1 vont finir par la percevoir comme une période maudite. Un an après l'ex-Parisien Thomas Tuchel, démis de ses fonctions la veille de Noël, c'est au tour d'un autre technicien - Niko Kovac - de connaître le même sort à quelques heures du passage à la nouvelle année.
Arrivé en juillet 2020 sur le banc de l'AS Monaco en remplacement de Robert Moreno, le technicien croate (50 ans) a été reçu ce jeudi soir par ses dirigeants qui lui ont signifié qu'ils lui retiraient la responsabilité de l'équipe première. Une étape légale avant une rupture contractuelle et un départ officiel. L'ancien entraîneur du Bayern Munich, qui avait mené la séance de reprise ce jeudi après-midi, a aussitôt averti ses agents. Kovac, à ceux qui l'ont croisé, semblait marqué mais pas spécialement surpris par cette décision.
Depuis quelques semaines, l'ancien milieu, qui tentait de valoriser son bilan en conférence de presse, savait son crédit entamé auprès de ses dirigeants. Malgré un mois de décembre positif, marqué par trois victoires en quatre matches en L1 et une qualification en 16es de finale de Coupe de France, Kovac n'est pas parvenu à regagner la confiance d'un trio Dimitri Rybolovlev-Oleg Petrov-Paul Mitchell, convaincu qu'il n'était plus l'homme idoine pour développer la première phase du nouveau projet lancé à l'été 2020 avec l'arrivée du directeur sportif anglais, qui doit aboutir à la construction d'une équipe avec une identité de jeu offensif très définie, à même d'être compétitive à terme en Ligue des champions.
Un manque de cohérence selon les dirigeants
Mais comment analyser plus précisément ce choix et expliquer le départ d'un technicien qui a placé Monaco sur le podium l'an dernier (3e), qu'il a qualifié en huitièmes de finale de la Ligue Europa cette saison et qui a achevé la phase aller sur une 6e place à 4 points du podium ? Comme indiqué dans notre édition de mercredi, cette décision, aussi soudaine soit-elle, intervient après une réflexion en interne qui aura duré plusieurs semaines et a été marquée par plusieurs points d'étapes.
Après avoir donné une identité forte au jeu monégasque, base de grands succès de l'an dernier (intensité, verticalité) comme il avait pu le faire à Francfort (2016-2018) et ponctuellement au Bayern Munich (juillet 2018-novembre 2019), Kovac a vu son projet collectif se déliter peu à peu. Dans l'esprit de ses dirigeants, le technicien manquait de cohérence et ses changements constants de message avaient fini par perdre tactiquement son jeune groupe. Avec comme conséquences des principes de jeu moins affirmés, une intensité qui avait fini par se diluer et une efficacité offensive décevante par rapport à celle de l'an dernier.
L'incapacité de Kovac à hausser le niveau de sa formation lors des grands rendez-vous aura été aussi un élément important dans la décision des dirigeants du club de la Principauté. Au-delà des résultats face aux équipes de haut de tableau - défaites contre Lens (0-2, le 21 août), Marseille (0-2, le 11 septembre), Lyon (0-2, le 16 octobre), le PSG (0-2, le 12 décembre) et nuls face à Nice (2-2, le 19 septembre) et Lille (2-2, le 19 novembre) -, c'est la frilosité affichée et l'approche mentale que n'auraient guère goûtées les décideurs. Cette absence de progression collective s'accompagnait, de l'avis de ces derniers, d'une incapacité à faire progresser individuellement les joueurs. Ni Aurélien Tchouaméni, ni Youssouf Fofana, ni Benoît Badiashile ou encore Eliot Matazo, par exemple, n'ont pris la dimension souhaitée par les dirigeants. Des difficultés nées notamment d'un volume d'un travail de Kovac jugé insuffisant au quotidien mais surtout de liens avec le groupe qu'ils estimaient rompus. Et c'est sans doute sur ce point que le changement a été perçu comme nécessaire par Dimitri Rybolovlev.
La méthode quasi militaire du Croate a fait grincer des dents
Dans l'esprit du propriétaire comme dans ceux d'Oleg Petrov, vice-président et directeur général de l'ASM, et de Paul Mitchell, le technicien avait perdu la confiance de son vestiaire. Peu à peu, le vocal Kovac, dont l'exigence initiale avait séduit, avait vu ses liens avec ses joueurs se distendre voire se rompre avec certains d'entre eux. La gestion de certains cadres - Wissam Ben Yedder, Djibril Sidibé, Kevin Volland... - a posé question et fait grincer des dents en interne, lors de la phase aller. Mais c'est dans sa gestion des jeunes, qu'il avait tendance à cibler lors de débriefings musclés, que Kovac s'est coupé de son effectif. La méthodologie quasi militaire lors des séances d'entraînement ou des briefings, comme ses cris constants, avaient fini par user ce jeune groupe. Comme, avant eux, les joueurs de l'Eintracht Francfort et du Bayern Munich. Sa relation avec le prometteur milieu Youssouf Fofana a, par exemple, été particulièrement chaotique avec des échanges parfois très intenses.
Ce départ - le quatrième d'un entraîneur en trois ans après ceux de Leonardo Jardim, Thierry Henry et Robert Moreno - apparaît forcément comme un risque pour les dirigeants monégasques. Le choix du successeur de Kovac, qui devra coller avec l'identité de jeu offensive souhaitée, sera épié. Paul Mitchell, architecte du nouveau projet de l'ASM depuis l'été 2020, a sans doute déjà des idées précises en la matière. L'ancien directeur du groupe Red Bull a montré à Tottenham puis à Leipzig, qu'il avait souvent un coup d'avance. Cette fois, le droit à l'erreur n'existera pas. Le futur locataire du poste sait désormais le degré d'exigence des propriétaires monégasques.