Amandine, morte de faim à 13 ans : les remords et la douleur de son père, partie civile au procès

Frédéric Florès, le père d'Amandine © Maxppp - Jean-Michel Mart

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Amandine est morte de faim à l'âge de 13 ans en août 2020. Pendant plusieurs mois, elle a été privée de nourriture et de soins. Sa mère, qui a reconnu les faits, et son beau-père sont jugés devant les assises de l'Hérault jusqu'à vendredi. Ce mercredi, la cour a entendu le père de l'adolescente.

Quand Frédéric Florès a reçu, "vers 22 heures", le coup de fil lui annonçant la mort d'Amandine, cela faisait trois longues années qu'il n'avait pas vu ses enfants. Empêché de le faire, selon lui, par son ex-femme, Sandrine Pissara, jugée cette semaine pour "acte de torture et de barbarie" et qui a reconnu les faits. Elle faisait systématiquement barrage : "Elle m'avait blacklisté" précise-t-il ce mercredi aux jurés de la cour d'assises, mais pour les deux enfants qui lui restent, Ambre, 18 ans, et Ethan, 15 ans, c'est lui qui les a abandonnés et aujourd'hui, parties civiles comme lui et présents au procès, ils ne lui parlent plus.

"Vous êtes un père qui a perdu sa fille dans des conditions atroces" - Le président

À l'Institut médico-légal de Montpellier en tout cas, et malgré l'état terrifiant de sa fille, "en tant que père", il l'a "reconnue tout de suite" se rappelle-t-il, la gorge nouée par des sanglots. Il est resté "une heure" auprès de la dépouille meurtrie de son enfant parce que, malgré cette "scène de frayeur", il savait que c'était la dernière fois qu'il la voyait.

Pressé de questions sur les années passées, il parle des remords qui le submergent : "J'ai l'impression d'avoir fermé les yeux sur des choses, il y a une partie de moi qui a honte". Frédéric Florès s'en veut de n'avoir pas su tenir compte des signes qui montraient que, 10 ans avant sa mort, Amadine était déjà maltraitée si l'on en croit ses bleus, ses absences à l'école et ses troubles du comportement, consignés dans des notes par ses enseignants de maternelle.

"Si je l'avais vue maigrir comme ça, j'aurais réagi" - Le père

Tout en martelant que ce procès n'est pas le sien, le président de la cour observe que le père n'est pas exempt de tout reproche puisqu'à cette époque-là, lui-même, l'ancien policier, a été l'auteur de violences : Amandine enfermée dans un placard, Cassandra dans la cave, coup de poing au visage de Jérémy. "Ce ne sont pas des méthodes d'éducation très ordinaires" lui fait remarquer le magistrat. Frédéric Florès se sent profondément désolé, il s'en est déjà excusé devant la cour et auprès des intéressés.

Sous la coupe de sa femme

Avec le recul, il réalise qu'il était "sous l'emprise" de Sandrine Pissara, une femme de 54 ans présentée par ses proches comme vénale, manipulatrice, menteuse, froide et violente. À ces mots, on pense inévitablement à son co-accusé Jean-Michel Cros, le beau-père de 49 ans que tout le monde décrit un "homme généreux", "calme", "un nounours", mais qui est jugé pour un crime pour lequel il encourt aujourd'hui 30 ans de prison.

"Ce qui est quand même assez fou à ce stade, c'est que le seul sentiment de culpabilité qui ressort, c'est du côté de la partie civile" relève Me Florian Medico, un des avocats de Frédéric Florès. "Mon client est très conscient de ses propres failles et des raisons pour lesquelles ces failles existent."

Les enseignants et les médecins "ont fait le job"

À l'examen minutieux de ce drame, le président Éric Emmanuelidis estime que "les enseignants ont fait le job" tout comme les médecins. Une enquête pour maltraitance a été ouverte 2014, puis classée sans suite l'année suivante par la juge aux affaires familiales qui s'est appuyée sur le rapport de l'experte psychologue. Cette dernière a estimé, entre autre, que Sandrine Pissara était très à l'aise pour parler de ses enfants et que leur relation était chaleureuse. Commentaire acerbe du président : "On ne peut pas dire qu'elle ait eu beaucoup de nez".

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