Je suis Julien Kessler, de chez Up! Architects, un bureau spécialisé dans la construction et la rénovation durables, principalement en Région bruxelloise.
La rénovation énergétique est aujourd’hui essentielle : il faut atteindre les objectifs de Kyoto et réduire notre impact sur la planète.
Le secteur du bâtiment est responsable d’une part importante des émissions : à Bruxelles, plus de 40 % des émissions proviennent du bâti, souvent ancien. Il y a donc un véritable enjeu de rénovation.
La réglementation énergétique existe depuis 2008, avec la PEB, mais on observe depuis quelques années un intérêt croissant du public pour la rénovation énergétique.
En construction neuve, les standards sont élevés, mais en rénovation, il y avait peu d’obligations. Aujourd’hui, de plus en plus de clients viennent avec la volonté d’isoler, d’améliorer la performance énergétique de leur bâtiment.
Cette tendance s’est encore accélérée avec la guerre en Ukraine : les coûts énergétiques ont explosé, parfois aussi élevés que le loyer. Les gens ont donc tout intérêt à isoler pour réduire cette facture.
On remarque aussi un changement de mentalité : la rénovation n’est plus seulement esthétique, mais globale, voire uniquement énergétique.
Rénover un bâtiment existant est déjà un acte durable, mais on peut aller plus loin en réfléchissant aux matériaux utilisés : isolants plus écologiques, matériaux de réemploi, ou encore construction circulaire.
Par exemple, certains isolants démontés peuvent être réutilisés dans d’autres projets. Cette logique de circularité, encouragée par Bruxelles Environnement, consiste à réemployer les matériaux au lieu de les jeter. Cela peut concerner aussi bien des éléments esthétiques — une cheminée, une porte, des poignées, un luminaire — que des matériaux de construction.
Au-delà du réemploi, la durabilité touche aussi :
l’origine des matériaux : privilégier les matières naturelles comme la fibre de bois plutôt que les laines minérales ;
la démontabilité : poser les matériaux de manière à pouvoir les démonter et les réutiliser facilement ;
la flexibilité des espaces : penser un bâtiment qui peut évoluer sans devoir tout casser ni tout reconstruire.
À Bruxelles, on voit apparaître des filières de matériaux de seconde main, même si le manque d’espace complique le stockage.
Dans l’un de nos projets, nous avons par exemple utilisé de l’argile issue de chantiers bruxellois en remplacement du plafonnage classique. Ce matériau de réemploi présente même de meilleures performances : il régule l’humidité, est réutilisable et entièrement naturel.
En termes de coût, on atteint souvent des niveaux similaires. Le réemploi peut coûter un peu moins cher en fournitures, mais il demande plus de main-d’œuvre — poncer une vieille porte, par exemple, prend plus de temps que d’en poser une neuve.
Mais le résultat est souvent plus esthétique et plus valorisant pour le projet.
Les avantages du réemploi sont nombreux : réduction des déchets, meilleure qualité de certains matériaux anciens, préservation du patrimoine, etc.
Mais il reste des défis : le secteur du réemploi doit encore se structurer, et la réglementation technique doit mieux s’adapter à cette approche.
Le réemploi demande aussi une volonté collective : architecte, ingénieurs, entrepreneurs et maîtres d’ouvrage doivent travailler ensemble et accepter de changer leurs habitudes.
La profession évolue rapidement. Bruxelles a beaucoup contribué à cette dynamique, notamment à travers des appels à projets comme les Bâtiments Exemplaires, qui diffusent les bonnes pratiques et inspirent les acteurs du secteur.
Aujourd’hui, nous réfléchissons aussi à l’impact global de nos bâtiments :
vaut-il mieux un bâtiment passif fait de matériaux pétrochimiques, ou un bâtiment basse énergie construit avec des matériaux biosourcés ?
C’est une vraie question d’équilibre entre performance énergétique et impact environnemental.
Dans une rénovation récente d’une maison de maître, nous avons privilégié les matériaux naturels :
isolation en fibre de bois,
bardage en bois brûlé,
panneaux solaires et pompe à chaleur pour réduire la consommation énergétique.
Nous utilisons aussi le logiciel TOTEM, développé conjointement par les trois Régions, pour comparer l’impact environnemental des matériaux et choisir les solutions les plus durables.
Mon conseil aux maîtres d’ouvrage :
entourez-vous d’une équipe (architecte, entrepreneur) qui maîtrise la durabilité et le réemploi.
Et aux entrepreneurs :
formez-vous et osez vous lancer dans ces pratiques.
Elles demandent parfois plus d’effort au départ, mais elles apportent une vraie fierté et contribuent à un avenir plus durable.