Barbès Blues au temps du couvre-feu (93) / Farid Taalba
15 AoûtBarbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

« Bienvenus mes amis, leur réitéra le berger quand, suivis de près par ses deux chiens, il aboula enfin sa grande perche devant Si Lbachir et le maître amusés par la calotte de son chapeau qui lui faisait dépasser les deux mètres de hauteur, quelle surprise !». Son juvénile visage émoustillé d’un large sourire, les yeux grands ouverts, les iris allumés d’un bleu intense sous l’ombre des bords du chapeau, il ne cachait pas sa joie : « Je ne vous attendais pas si tôt, mais que Dieu soit loué de votre arrivée soudaine ! ». Nos deux amis le saluèrent à leur tour et le maître ajouta en posant soigneusement son mandole à terre : « Pardonne-nous Smaïl, je t’avais dit que je te ferai prévenir de notre visite. Mais la hâte de te retrouver nous a poussés à forcer nos prévisions ; nous avons pensé que le destin nous y appellerait bien ici.
– Que votre âme en soit rehaussée, remercia Smaïl avec une émotion dans la voix qu’il eut du mal à dissimuler, qu’Allah vous secoure et vous agrée dans votre voie. ». Puis, montrant ensuite le sentier de sa main qui tremblait d’impatience, il les invita avec l’empressement fébrile de l’hôte soucieux de bien recevoir ces invités pour lesquels il n’avait pas eu le temps de prévoir d’accueil digne de ce nom : « Allez, allez, venez d’abord vous rafraîchir le museau à la source avant d’aller nous mettre à l’aise à l’ombre des chênes ! ». Lire la suite
Angelo Garand : On court tant qu’on peut !
14 Août« Le jeudi 30 mars 2017 vers 13h alors qu’une grillade cuit dans la cour, un commando de l’antenne du GIGN de Joué-les-Tours prend d’assaut la propriété de la famille Garand à Seur, près de Blois (41). Les gendarmes mettent en joue et menottent les membres de la famille, fouillant brutalement les lieux. Ils sont prêts à repartir quand un léger bruit se fait entendre dans une remise où Angelo s’est réfugié. Angelo est abattu sans sommation. »
Ainsi commence « On court tant qu’on peut ! », un ciné-tract du collectif Lettres communes réalisé entre le 19 mai et le 3 juillet 2018 en soutien à notre exigence de Justice et Vérité pour Angelo, et toutes les victimes de la violence des agents de la force publique qui en abusent impunément.
Nous y témoignons des circonstances qui ont entouré la mise à mort d’Angelo et du combat que nous menons depuis, au cours d’entretiens filmés lors de la Fête de l’Insurrection gitane à St-Denis, puis sur les lieux-mêmes du drame, à Seur. C’est au domicile où ils l’ont vécu, et où ils doivent depuis continuer à vivre, que père et mère se livrent sur le moment de terreur lors duquel Angelo leur fils aîné a été criblé de 5 balles dans le torse par deux des gendarmes censés l’interpeller. Le court documentaire rend compte de l’inhumaine violence physique et morale faite à notre famille, à travers l’envoi du commando lourdement armé qui a pris la vie d’Angelo et malmené nos proches sur place ; puis à travers des suites policières et médiatiques méprisant notre traumatisme et insultant la mémoire de notre défunt. Lire la suite
L’EXTRÊME DROITE TUE, FAISONS SON PROCÈS
13 Août
Le 5 juin 2013, à Paris, Clément Méric, syndicaliste à Solidaires étudiant-e-s et militant antifasciste, mourait sous les coups de skinheads néo-nazis.
Du 4 au 14 septembre aura lieu à la Cour d’Assises de Paris le procès des agresseurs de Clément et de ses camarades présents à ses côtés ce jour là.
Qu’en attendons-nous ?
Essentiellement que la vérité soit dite publiquement sur les circonstances de la mort de Clément et que la dimension politique de ce crime soit clairement mise en évidence. Il ne doit pas y avoir d’impunité pour les crimes fascistes. Lire la suite
La Séance du dimanche : Béhémoth, le dragon noir
12 Août
Béhémoth, le dragon noir
Un voyage hypnotique dans la Chine de la marche forcée. Inspiré de la Divine Comédie de Dante, on y observe le gigantisme industriel qui écrase la fragile humanité des ouvriers et violente la nature. Au fil d’un voyage sidéré à travers son pays, poème lyrique d’une somptueuse beauté, Zhao Liang, s’inspirant de la Divine comédie de Dante, dresse un portrait alarmant de la Chine de la croissance, entre enfer, purgatoire et paradis interdits. Mines et fonderies assourdissantes, chantiers arrogants, champs pétrolifères, cortège funèbre de camions et de machines… : il filme un monde dépecé par Lire la suite
Livre du samedi : Génocides tropicaux / Mike Davis
11 Août
Génocides tropicaux
Catastrophes naturelles et famines coloniales. Aux origines du sous-développement
Mike DAVIS
À la fin du XIXe siècle, plus de cinquante millions de personnes moururent dans d’épouvantables famines qui survinrent quasi simultanément en Inde, au Brésil, en Chine et en Afrique. Déclenchées par le phénomène climatique aujourd’hui connu sous le nom d’El Niño, la sécheresse et les inondations provoquèrent des épidémies terribles, l’exode des populations rurales et des révoltes brutalement réprimées. C’est cette tragédie humaine absolument méconnue que Mike Davis relate dans cet ouvrage. Il montre en particulier comment la « négligence active » des administrations coloniales et leur foi aveugle dans le libre-échange aggrava de façon meurtrière ces situations catastrophiques. Ce livre offre une description saisissante des méfaits du colonialisme et de son régime politique et économique. Il présente ainsi un autre regard sur la naissance du tiers monde, en construisant une double histoire économique et climatique du développement qui conduit à penser l’interconnexion des deux grandeurs, naturelles et humaines, dans le cadre de ce qui était déjà, au XIXe siècle, un « système-monde ». À bien des égards, Génocides tropicaux ajoute un chapitre important au grand « livre noir du capitalisme libéral ».
Barbès Blues au temps du couvre-feu (92) / Farid Taalba
8 AoûtBarbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

– Tu comprendras comme tu voudras le sens du conte et il t’appartient de suivre ton destin là où il t’appellera ; mais moi, je sais seulement que je ne t’empêcherai pas de vouloir m’accompagner. Le cheikh n’a-t-il pas dit : « Mon âme est si meurtrie que seul Dieu peut la prendre en miséricorde ! ». Mais moi, pour que Dieu puisse prendre la mienne en miséricorde, il faut que je gratte mon mandole à faire pleurer les pierres, que je chante à faire ployer les arbres, que je fasse surgir la joie avec les atours du chagrin. Lire la suite