« On a fait passer des drones équipés de caméras thermiques. Sur certaines zones, en sous-sol, la température dépasse les 300°C. » Alors que l’incendie de Landiras (Gironde) est déclaré éteint depuis le 28 septembre 2022, la partie n’est pas tout à fait terminée. Autour des lacs d’Hostens, à 20 km au sud-ouest de Landiras, le sol brûle encore. Lors des incendies, le village avait dû être évacué.
Habituellement au domaine départemental d’Hostens, on peut se baigner, pêcher, se balader en VTT ou faire son footing… Un pôle touristique très apprécié. Mais une grande partie du site (à l’exception d’une zone plage) est toujours fermée au public.
Un spectacle de désolation
D’épaisses fumées sortent encore de terre. Des arbres, au système racinaire dévoré par le feu, tombent tous les jours. La flore est noire, calcinée. Le sol, lentement grignoté par la chaleur ardente, s’affaisse. Un triste spectacle qui rappelle la violence de l’incendie, débuté en juillet 2022 et qui a détruit 21 200 hectares dans le sud de la Gironde, dont 400 autour des lacs d’Hostens, classés espace naturel sensible.
Pourquoi et comment le sous-sol d’Hostens brûle-t-il encore, malgré les précipitations ? Car il est constitué de lignite, une roche sédimentaire composée de restes fossiles de plantes. Hostens accueillait jadis des mines d’exploitation, qui ont fermé en 1967.
Intoxication, chutes d’arbres, sol qui s’affaisse… Une zone à hauts risques
Par la suite, le site a été réhabilité par le Département de la Gironde, propriétaire des lieux, qui a décidé de remettre en eau les gisements exploités. Mais des « veines de lignite » existent encore. Et ce sont elles qui se consument, des mois après l’incendie.
Tout cela n’est pas sans conséquence. Braver les interdictions d’accès et s’aventurer là-bas est dangereux.
« Il y a des risques d’effondrement, mais aussi de chutes d’arbres« , appuie Guillaume Carnir, de l’Office national des forêts (ONF), gestionnaire du site.
Même si on peut avoir l'impression que certains arbres sont peu touchés par le feu, leurs racines peuvent être brûlées. Ils n'ont, de fait, plus aucune assise et peuvent tomber. De plus, il y a un réel danger de respirer ces fumées toxiques.
Les autorités surveillent donc la zone, interdite d’accès, de très près et multiplient les relevés pour suivre l’évolution de la situation. « Le service départemental d’incendie et de secours prévoit un nouveau passage avec ses caméras thermiques, fin février », annonce Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de Gironde.
Ces « anomalies thermiques », les autorités les répertorient avec soin.
Les conséquences pour la faune et la flore
Près de quatre mois après la fin de l'incendie de Landiras, dans le secteur d'Hostens, il est encore trop tôt pour dresser un bilan précis sur les conséquences pour la faune et la flore.
Mais certains éléments apparaissent toutefois clairement, comme l'explique Guillaume Carnir : "Pour tout ce qui concerne la grande faune (cervidés, sangliers, etc.), ça revient bien. Elle a été en capacité de fuir. Le problème principal, désormais, c'est l'alimentation qu'elle va trouver sur place. Là où nous devrons être plus attentifs, c'est sur les petits reptiles, amphibiens, insectes."
Concernant la flore, "on ne sait pas encore à quel niveau la banque de graines a été touchée."
A Hostens, le lignite, un ennemi invisible
Sur place, comme le note Jean-Luc Gleyze, les équipes sont confrontées à une difficulté majeure : « On ne sait pas où est le lignite. Il se propage sans qu’on puisse l’identifier. On le voit grâce au fumeron [morceau de charbon de bois encore fumant, ndlr]. »

Impossible, dès lors, d’envisager le passage d’entreprises pour nettoyer la zone. Un chemin, jugé praticable au premier abord, peut s’affaisser, des arbres peuvent tomber. « Le risque est réel, souligne Guillaume Carnir. Il faut en avoir bien conscience. Et c’est pour cette raison que la zone est fermée au public. »
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Comment faire pour stopper le feu qui brûle en sous-sol ? Arriver sur les lieux avec des tonnes à eau pour tenter de noyer l’incendie ? Cette solution est jugée inefficace. « C’est comme écoper l’océan à la petite cuillère », souligne Jean-Luc Gleyze. Qui ajoute :
La seule solution, pour un retour à la normale, serait d'avoir des pluies majeures, longues et intenses.
Aujourd’hui, donc, il faut patienter. Une question reste en suspens : quand le domaine d’Hostens pourra-t-il rouvrir au public ? Du côté des autorités, hors de question de prendre « des risques inconsidérés ».
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