Paris « Je ne veux pas que ma sœur soit oubliée » : sept ans après sa disparition, où est passée Nadia ?
Série : Effacés du jour au lendemain [2/3 ] - Depuis sept ans, Sandra cherche désespérément sa sœur Nadia, sans perdre espoir.
Mais où est passée Nadia H. ? A-t-elle disparu volontairement ? Est-elle retenue quelque part ? Est-elle encore en vie ? Nadia, qui se fait également appeler Margot, a disparu des radars en plein été 2019, à 56 ans. « Elle n’a pas pu disparaître volontairement, j’en suis certaine. Elle était très proche de notre mère. Elle ne serait pas partie comme ça », assure Sandra (*), l’une de ses sœurs.
Après avoir passé une longue partie de sa vie à Paris, dans un quotidien tumultueux, Nadia (ou Margot) retourne en 2019 habiter chez sa mère, à Dijon. Elle prend alors des médicaments pour traiter une schizophrénie. « Elle a eu beaucoup de traumatismes dans sa vie à Paris, elle s’est battue contre l’alcool, mais elle était revenue à Dijon et se sentait beaucoup mieux dans sa peau, elle était suivie psychologiquement », déroule Sandra. Pourtant, en avril 2019, elle part sans prévenir sa mère et monte dans un train à la gare de Dijon, direction Paris, où elle passe quelques semaines chez une autre de ses sœurs. Le reste de la famille ne l’apprendra que plus tard. Sa mère avait alors déposé plainte à Dijon pour disparition inquiétante.
Une lettre troublante
À l’été 2019, Nadia aurait ensuite quitté le domicile de sa sœur, sans prévenir personne, laissant un sac de vêtements à la gardienne pour sa fille. Sa sœur qui l’hébergeait à cette période ne se serait alors pas inquiétée, connaissant les habitudes de Nadia. C’est pourtant à partir de là qu’elle disparaît totalement. Volontairement ? Ou a-t-elle fait une mauvaise rencontre ? Retrouvé une ancienne mauvaise fréquentation ? Est-elle vraiment restée chez sa sœur à Paris ?
Plusieurs éléments sont troublants dans cette histoire complexe. À commencer par une lettre reçue par la mère de Nadia le 25 juillet 2019, postée depuis Paris, sur laquelle Nadia aurait écrit qu’elle était chez une amie et qu’il ne faut pas s’inquiéter. « Mais j’en suis certaine, ce n’est pas l’écriture de Nadia, ce n’est pas sa signature », assure Sandra. Depuis, aucune trace n’a été relevée sur son compte bancaire ou son compte de Sécurité sociale. En 2023, sa mère, de qui elle était très proche, décède. Mais Nadia ne se rend pas à l’enterrement, ni aux rendez-vous pour régler la succession.
Une vie transparente
Sylvie Pereira ne croit pas non plus à une disparition volontaire. Enquêtrice bénévole à l’association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD), elle travaille sur le cas de Nadia depuis 2024, à la demande de la famille. Et c’est de loin le dossier le plus complexe sur lequel elle s’est penchée. « Ce qui est inquiétant, c’est qu’elle était comme transparente. On a enquêté dans l’immeuble de sa sœur, on s’est renseigné auprès de la gardienne avec qui elle aurait échangé, mais personne ne l’a vue. À Paris, elle a vécu des années avec un acteur irlandais, Donald O’Brien. Personne dans l’immeuble ne se souvient d’elle, ni les commerçants aux alentours », développe Sylvie Pereira.
À lire aussi : Témoignage. « Quelqu’un sait forcément quelque chose » : depuis 13 ans, il cherche son frère disparu
L’association a même envisagé une vie à la rue, mais n’a trouvé aucune trace de Nadia du côté du Samu social ou de la Croix-Rouge. « C’est quand même difficile de passer sous les radars à Paris. Elle avait le contact facile, a-t-elle été hébergée par quelqu’un ? », se demande l’enquêtrice. Autre détail troublant : juste avant sa disparition, une plainte pour abus de confiance a été déposée contre Nadia. « Était-ce la famille d’une personne qui a pu la dépanner ? Dont elle a abusé ? », poursuit l’enquêtrice.
Un profil jugé « instable »
La famille de Nadia va déposer une nouvelle plainte pour disparition inquiétante à Paris en 2024, sous les conseils de l’ARPD. Mais voilà : ses précédentes disparitions, sa schizophrénie, ses tentatives de suicide et sa vie passée font d’elle un profil souvent jugé « instable » et une disparition pas toujours prise au sérieux. « J’ai déjà entendu des policiers dire qu’elle avait une vie de bohème, voilà tout », critique Sandra. Les deux plaintes ont été classées sans suite.
À lire aussi : Justice. Pourra-t-on bientôt résoudre des crimes grâce aux sites en ligne de généalogie génétique ?
Malgré tout, Sandra est pleine d’espoir et n’a jamais baissé les bras. « J’ai déjà déposé des photos d’elle dans Paris, dans les quartiers qu’elle avait l’habitude de fréquenter, autour de la gare de Lyon, dans les jardins publics… Je vais recommencer. Je ne veux pas que ma sœur soit oubliée. Je veux la retrouver. J’y pense tous les jours. Chaque soir, je me dis : “mais où es-tu Nadia ?” », souffle sa sœur. Elle aimerait que l’enquête soit relancée et que sa sœur soit fichée comme disparue dans toute l’Europe. « On ne sait pas, elle est peut-être plus loin. » « Aujourd’hui, on a besoin de l’aide des institutions », plaide également Sylvie Peirera.
(*) Le prénom a été modifié.