drakys wrote in irobas

Les Losers! > Unleash the heat [1/7] > Bardacadémie vs. ★★★ Bardacadémie ★★★

Anthologie: Unleash the heat
Titre: Bardacadémie vs. ★★★ Bardacadémie ★★★
Auteurs: drakys & supaidachan
Fandom: Original > Les nouvelles aventures des Losers !
Personnages: Les Losers !
Rating: PG
Nombre de mots : ~4300 mots
Disclaimer: ironie & bas blancs (drakys & supaidachan)
Notes: Tout est ici. Posté pour flo_nelja dans le cadre d'creerpouraider.


"Ah non !", râla Pidgeonboy en voyant la bannière. "Pas une autre stupide foire de l'emploi ! On ne doit pas se rendre un jour dans un autre donjon foireux ? Ça va faire les détours, j'en ai assez ! Et puis, on a autre chose à faire que de perdre notre temps à essayer de devenir plus compétent !"

Un regard collectif lancé dans sa direction, suivi de sourcils haussés eux aussi collectivement le convainquirent de se taire. Il continua quand même à grommeler, au cas où quelqu'un changerait d'idée et veuille soudain l'écouter. Ce n'était pas près d'arriver, mais ça ne coûtait rien d'avoir de l'espoir. Esoj soupira, y mettant tout le mélodrame nécessaire.

"Nous ne resterons pas longtemps, ne t'inquiètes pas. Je voulais seulement récupérer le catalogue des cours par correspondance de mon ancienne École ! Je crois qu'ils donnent des cours de perfectionnement en Préparation de Philtres d'Amour..."

Silent Pascal lui lança un regard suspicieux.

"Je n'ai pas l'intention de tester ça", crut-il bon de préciser.

Même s'il savait très bien que dans ce genre de choses, son opinion était le plus souvent ignorée. Il résolut immédiatement de ne plus boire qu'à ses réserves personnelles de vodka elfique, en s'assurant avant chaque gorgée que les bouteilles n'avaient pas été trafiquées. Esoj secoua la tête, blessée qu'on sous-entende qu'elle utilise ses compagnons de voyage comme cobayes.

C'était peut-être vrai, mais ce n'était pas gentil de le lui reprocher !

"Pfft, mes philtres sont au point maintenant !

— Alors pourquoi vouloir les perfectionner ?", fit remarquer Spider-chan avec venin.

Elle n'aimait pas beaucoup plus jouer les cobayes que Silent Pascal.

"Parce qu'il y a toujours place à amélioration !", s'énerva la druide. "Et comme c'est très en demande, aussi bien offrir le meilleur produit ! Et... Et vous ne vous en plaignez certainement pas quand j'en vends des tonnes et qu'on peut dormir dans une auberge décente !

— Surtout que ces jours-ci", ajouta Carpet-Vale, "il en faut beaucoup, des pièces d'or, pour convaincre les tenanciers des auberges décentes d'héberger un demi-elfe bleu."

Silent Pascal lui lança un regard meurtrier.

"Si on ne faisait pas que des détours, il y aurait déjà longtemps que je ne serais plus bleu !

— Est-ce qu'on peut le récupérer, ce catalogue, qu'on reparte vers de nouvelles façons de se faire blesser, voire même mutiler par le premier obstacle venu ?", chiala Pidgeonboy.

Esoj essaya d'ignorer le début de mal de tête qui avait de toute évidence l'intention de dresser le camp du côté de ses tempes. Elle pointa d'un geste sec.

"C'est juste là ! C'est encore trop loin pour toi ? Tu crois que, oh, quinze pas de plus vont te tuer ?"

Le voleur décida que c'était pile le bon moment pour la boucler. Il la suivit en silence, dans une attitude soumise que les autres adoptèrent tous - de façon très temporaire. Silent Pascal fit de son mieux pour ignorer les regards curieux des gens et les commentaires chuchotées avec assez peu de subtilité sur la couleur de sa peau.

Esoj, avec un geste presque rageur, arracha une brochure de son présentoir et se retourna.
"Vous êtes contents maintenant ? Ce n'était pas trop lo–"

L'espace devant elle contenait beaucoup de vide et aucun des autres Losers ! Elle roula des yeux.

"Oh, bien sûr, il fallait qu'ils disparaissent tous. Ça aurait été quoi cette histoire sinon ?"

Avec un soupir, elle se mit à leur recherche.

***

Pidgeonboy passa devant le kiosque, affectant une expression de la plus parfaite nonchalance. Il repassa devant le kiosque, les bras croisés dans le dos, sifflotant assez mal pour camoufler son intérêt, en essayant de lire du coin de l'oeil les titres des cours offerts.

"Monsieur, monsieur ! Approchez voyons ! Ne soyez pas timide !

— Qui ? Moi ?", demanda le voleur, feignant la plus parfaite surprise.

Il approcha, mais pas trop vite, pour éviter qu'on croit qu'il était intéressé. Maintenant qu'on le lui avait demandé, il avait l'excuse parfaite pour nier ensuite que l'initiative venait de lui.

"Qu'est-ce qui vous fait croire que je suis intéressé par vos programmes de perfectionnement ?"

Le responsable du kiosque sourit de son meilleur sourire vendeur.

"Ah, mais monsieur ! Tout le monde devrait être intéressé par nos excellents programmes ! Ne me dites pas que des cours et des conférences comme Le leadership organisationnel : pour une gestion efficace de vos aventuriers, Bâtir et soutenir une équipe éco-responsable ou encore Le respect à deux vitesses, une question d'alignement ?, ça ne vous tente pas au moins un peu ?

— Et c'est quoi ça, ici ? Poing de fer dans un gant de soie : méthodes de manipulation efficaces pour se faire obéir sans longues discussions pénibles ?"

Quand on l'agrippa soudain par le bras, Pidgeonboy émit un Eeek ! aussi surpris que terrifié.

"Cen'estpascequevouscroyez !", se défendit-il, par automatisme.

Esoj soupira et le tira derrière elle.

"Dépêche-toi, il faut trouver les autres."

***

Silent Pascal haussa un sourcil.

"Qu'est-ce qu'il prépare au juste ?", demanda-t-il à un spectateur près de lui.

"Une terrine rapide de petits fruits.

— Quoi ? Vraiment ?", s'étonna le demi-elfe. "Ça a l'air absolument immangeable. Qu'est-ce qu'il utilise comme base ? De la boue et un peu de bave de larve ?"

Le présentateur sur l'estrade arrêta de battre sa préparation et leva la tête, de toute évidence insulté. Agitant sa spatule dans la direction générale de l'assistance d'où il croyait que la critique venait, il siffla avec humeur :

"Qui a dit ça !?

— Quoi ?", rétorqua Silent Pascal, de l'autre côté complètement de l'assistance. "Vous n'êtes pas d'accord ?

— Viens donc ici, si tu penses pouvoir faire mieux !"

Silent Pascal sourit et grimpa sur l'estrade, sans s'offusquer des murmures pareils ou similaires à Hé ! Il est bleu ! Le présentateur lui jeta son tablier et blêmit en voyant le demi-elfe verser sa préparation dans la poubelle. Silent Pascal dégagea l'espace sur la table de travail, enfila le tablier et réorganisa les ingrédients devant lui. Il dégaina son propre couteau de cuisine et s'adressa aux spectateurs :

"Ce qui est important, dans la terrine de petits fruits...", commença-t-il d'une voix assurée.

Quand Esoj et Pidgeonboy le retrouvèrent environ une demi-heure plus tard, la table débordait de plats divers, le présentateur était couché en position foetale au pied de l'estrade et gémissait faiblement. Silent Pascal terminait la décoration sur un gâteau assez énorme pour nourrir vingt personnes pendant deux jours.

Esoj roula des yeux et mit ses mains en porte-voix.

"Non mais, tu fais quoi !?", cria-t-elle.

"Bah... Je donne un cours de cuisine", répondit Silent Pascal, un peu navré que l'évidence doive être mentionnée.

"Je vois bien ! Je pensais qu'on devait passer rapidement par la foire !

— Mais... leur cours de cuisine était plutôt nul", le présenteur émit une petite plainte d'animal blessé que le demi-elfe ignora.

"Et alors !", s'exclama Pidgeonboy. "Tu ne vas même pas être payé pour tes efforts !"

Silent Pascal y pensa.

"C'est vrai ça..."

Il se débarrassa du tablier et alla les rejoindre, se contentant d'un petit salut à la foule qui l'applaudissait à tout rompre pour sa magie culinaire.

"Où sont les autres ?", demanda Silent Pascal.

"Bonne question !", grinça Esoj.

***

"Vraiment ?", ronronna Carpet-Vale.

"Oui, et le cours de Personnalité par la zoologie offre également tout un tas d'avantages intéressants dans la vie de tous les jours", sourit le jeune homme qui s'occupait du kiosque.

"Comme quoi ?", roucoula Carpet-Vale en clignant copieusement des yeux, ne se gênant pas pour donner à ses lèvres leur plus ultime niveau de pulpeux.

"C'est un outil très pratique pour l'analyse précise des gens", lui assura le jeune homme. "Cette technique permet de prévoir les réactions et, en conséquence, de s'y adapter d'une manière beaucoup plus efficace."

Carpet-Vale hocha la tête, repoussant sans la moindre subtilité la longue mèche de cheveux qui osait cacher partiellement la magnificence de son décolleté.

"Quoi ? Vous voulez dire que, si par exemple j'étais intéressée par quelqu'un, mon taux de réussite serait plus élevé si je savais à quel animal cette personne correspondait ?

— Exactement !

— Alors, c'est quoi votre type ?"

Le sourire enthousiaste du jeune homme perdit un peu d'assurance.

"Je suis tortue, en fait.

— Ça explique vraiment beaucoup de choses", murmura Carpet-Vale avec un sourire prédateur.

Elle sursauta quand la voix d'Esoj demanda :

"La Personnalité par la zoologie, vraiment ?"

La druide jeta un coup d'oeil général au jeune homme qui tenait le kiosque, avant de jeter un coup d'oeil plus intense à ses diverses caractéristiques physiques.

"Oh... Je vois. Reste qu'on ne devait pas perdre de temps ici !

— Mais–

— Pas de mais ! Il nous reste encore à trouver Spider-chan et Shmae Girl !", la coupa Esoj d'une voix autoritaire.

"Mais–", Carpet-Vale désigna d'un geste général le jeune homme à la fois comme justification et supplication pour rester plus longtemps au kiosque de Personnalité par la zoologie.

"Ce n'est pas le moment de flirter !", râla Pidgeonboy.

"Hé, ce n'est pas parce que tu en es incapable que je dois m'en empêcher !", rétorqua la magicienne.

Le voleur ouvrit la bouche pour répliquer, mais Esoj s'interposa :

"Tu viens tout de suite ou je refuse de faire les boutiques avec toi pendant tout un mois !"

Carpet-Vale parut horrifiée et avec un soupir de regret, elle jeta un dernier regard intense au jeune homme avant de s'éloigner. Son image resterait ainsi gravée dans sa mémoire pour conserver ce beau souvenir jusqu'à la fin des temps ou jusqu'à ce qu'elle croise quelqu'un de plus joli encore, selon ce qui se présenterait en premier.

"J'aurais dû deviner...", le jeune homme poussa un soupir un peu triste en les regardant disparaître dans la foule. "Elle devait être de type gerbille. Ou peut-être panthère... Je confonds toujours les deux."

***

"Où a pu disparaître Spider-chan ?", demanda Pidgeonboy. "Ça fait près d'une heure qu'on la cherche !

— Cherchez un truc qui fait elfe", conseilla Esoj. "Genre Le végétarisme occasionnel ou Vos flèches et vous ou quelque chose dans ce genre-là."

Plusieurs kiosques plus loin, Silent Pascal s'arrêta.

"Essentiels pour archers", il pointa une grande tente un peu plus loin et ils s'empressèrent de s'y rendre.

Ils s'arrêtèrent devant le kiosque, un peu surpris par la masse d'elfes, de demi-elfes et de plus petites proportions d'elfes qui s'étaient agglutinés là. Trouver Spider-chan leur prit un certain temps et quelques essais et erreurs, à chercher dans la foule des blonds, moins blonds et ceux qui, de toute évidence, se décoloraient les cheveux.

"Dis donc, tu n'es pas facile à repérer dans tout ce vert !", soupira Esoj. "C'est obligé que vous portiez tous des vêtements de couleur et coupe similaires ?"

L'elfe haussa un sourcil.

"Quoi ? Vous n'êtes pas capables de différencier les verts ?

— Il y en a plus qu'un type ?", s'étonna Pidgeonboy.

"Le vert pâle, le vert foncé, le verglas...", lui énuméra Silent Pascal avec un sourire en coin.

"Tu regardais quoi au juste ?", demanda Esoj, curieuse.

"Oh, des trucs sur l'entretien des flèches."

Les autres Losers ! échangèrent des regards amusés.

"Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit de drôle !?", s'offusqua Spider-chan.

"Non, rien, c'est euh...", la druide hésita.

"Où est Shmae Girl ?", interrompit Carpet-Vale pour la sortir du pétrin. "C'est bien toi qui est chargée de la surveiller, non ?", demanda-t-elle après un coup d'oeil rapide autour d'eux. "Parce que je sens nettement un truc qui crame là...

— Non mais, c'est quoi ces accusations bidons !? Bien sûr que je la surv–", Spider-chan ne termina pas sa phrase.

Elle regarda autour d'elle, réalisa que Shmae Girl n'était pas là et, d'un geste rageur, jeta par terre la stupide brochure sur le stupide cours d'une stupide heure sur les stupides meilleures procédures de stupide conservation optimale des stupides flèches de feu. Pas moyen de baisser sa stupide garde une stupide minute !

***

Shmae Girl avait suivit un papillon. C'était un chouette papillon, avec de grandes ailes colorées et une façon de voler super intéressante. Il zigzaguait beaucoup et elle se demanda s'il n'était pas un peu saoul : quand Pidgeonboy était saoul, il marchait exactement comme ça. Mais par terre. Pas dans les airs. Pidgeonboy n'était pas un papillon.

Du moins aux dernières nouvelles. Elle allait peut-être devoir vérifier s'il ne lui était pas poussé des ailes ou des antennes. L'image l'amusa beaucoup et elle essaya de figurer quelle grosseur de filet il fallait pour attraper un papillon de la taille de Pidgeonboy - sauf que non, il n'était pas vraiment un vrai de vrai papillon !

Elle se concentra de nouveau sur son papillon, le vrai, avant de le perdre de vue à cause de toutes ces pensées distrayantes - elle ne remarqua pas le jeune homme devant elle. Elle lui fonça donc dedans et une dégringolade vers le sol et un emmêlement de morceaux humains plus tard, se demanda qui avait été assez mesquin pour placer un crétin sur son chemin.

Le papillon en profita même pour se barrer, ce qui n'améliora pas son humeur.

"Excusez-moi", vint un murmure étouffé sous elle. "Vous me laissez sans voix !

— ...Quoi ?

— Laissez-moi me relever ! Que je puisse vérifier si je suis blessé !

— Oh", Shmae Girl se releva et réalisant que l'autre avait de la difficulté à faire de même, elle l'attrapa par le collet et le souleva sans problème.

Elle le tint à bout de bras : il n'était pas très lourd. Elle l'examina, se demandant s'il était bien nourri : il était plus près de maigre que de mince.

"Ça va ?", ajouta-t-elle après un moment, parce que Esoj lui avait expliqué que c'était la chose à demander quand on écrabouillait un peu quelqu'un sans faire exprès.

Le jeune homme s'assura d'abord qu'il avait tous ses membres aux bons endroits et passa ensuite une main dans sa tignasse aussi blonde que généreusement bouclée. Shmae Girl se demandait si ça existait, des moutons blonds. Il lissa le pli de sa cape aussi courte que tape à l'œil et Shmae Girl haussa un sourcil en constatant que chaque geste du jeune homme était accompagné d'un bruit de clochettes.

"Tu sonnes", fit-elle remarquer.

"C'est qu'il faut bien, c'est mon gagne-pain !", sourit-il.

Shmae Girl remarqua qu'il avait des dents très blanches. À la limite, elles pouvaient peut-être refléter la lumière du soleil. Peut-être s'en servait-il pour aveugler ses prédateurs ? C'était une technique intéressante, peut-être pourrait-il l'apprendre à Pidgeonboy : le pauvre avait toujours de la difficulté à affronter ses prédateurs. Elle se demanda si les Spider-chan étaient les prédateurs naturels des Pidgeonboy.

"Et si cela ne vous incommode point", se risqua le jeune homme, "sur le sol, je me sentirais plus fin..."

Shmae Girl cligna des yeux.

"Quoi ?

— Vous serait-il possible de me déposer ? Car vous ne m'avez pas encore relâché !

— Oh", fit Shmae Girl en réalisant qu'en effet, elle le tenait toujours à bout de bras.

Elle s'empressa de le reposer par terre, mais elle ne s'empressa pas trop - si elle ne faisait pas attention, elle risquait de l'enfoncer dans le sol jusqu'aux genoux. C'était déjà arrivé. Étrangement, ceux qui se retrouvaient enfoncés dans le sol jusqu'aux genoux n'aimaient pas tellement ça.

"Je vous remercie, vous m'enlever un souci !

— ...Tu rimes aussi", fit remarquer Shmae Girl après réflexion et en répétant des mots en ne bougeant presque pas des lèvres.

Un rire mélodieux - accompagné de tintements de clochettes - lui répondit.

"Ce n'est pas étonnant, je suis barde finissant !"

Il sourit. Jusqu'à ce qu'il remarque l'expression confuse de Shmae Girl.

"C'est quoi ça ?

— Je... J'ai terminé mes études à Bardacadémie, je suis en mesure de barder, j'ai mon permis !"

Shmae Girl haussa un sourcil et demanda d'une voix suspicieuse :

"Vous connaissez Gwilfred le lyriste, alors ?

— Ah, vous vous méprenez ! De Bardacadémie : l'école, je suis diplômé. Bardacadémie : le concours pour la célébrité instantanée, je n'ai point gagné !"

Confuse, la guerrière essaya d'assimiler cette information et d'en tirer une conclusion logique.

"Alors... il y a deux Bardacadémies ?

— Cela est la plus stricte vérité, telle qu'il me fait plaisir de vous l'annoncer.

— Comment on les différencie ?", voulut savoir Shmae Girl.

Le pauvre barde finissant la regarda comme si elle avait une dizaine de têtes en trop et quelques bras et jambes en surplus.

"Tout est dans le ton ainsi que dans la prononciation. Il s'agit de Bardacadémie, sans froufrous ni chichis pour l'école d'où j'ai fini. C'est plutôt...", il ouvrit les mains et écarta les doigts, dans un petit geste exubérant, pour mieux illustrer son propos. "★★★ Bardacadémie ★★★ pour la formule d'instant-célébrité pourrie."

Shmae Girl fronça les sourcils et décida de sa prochaine question :

"Comment tu fais pour prononcer les étoiles ?

— ★", répéta gentiment le barde, sans vraiment s'expliquer.

"Alors, il faut faire des études pour faire des rimes ?

— Bien sûr que si ! La mauvaise rime n'est pas permis... ah non, ça fait permise, attends... Parce qu'un poème ne mérite pas d'être mal dit ! Ha ! ...Ha !", ajouta-t-il hâtivement pour les faire rimer ensemble.

"C'est pas facile..."

Le jeune homme soupira.

"Non, même que c'est plutôt chiant de toujours devoir penser à des mots attrayants.

— Attraiquoi ?"

Le barde la dévisagea ; Shmae Girl dévisagea le barde. C'était un jeu facile et elle gagnait souvent. Les autres baissaient toujours les yeux les premiers, elle ne comprenait pas trop pourquoi. Peut-être parce qu'elle était capable de ne pas cligner des yeux. C'était un talent super pratique. Surtout pour dormir sans que personne ne s'aperçoive de rien.

"Non mais en fait, peu importe si les mots ont de l'attrait. Tant qu'ils riment ensemble, pour que je les assemble."

Il sembla réaliser qu'il oubliait quelque chose et il se percuta le front de la paume.

"Ah, mais où sont mes belles manières... si ces viles taquines se sont barrées, où les retrouver, je ne saurais guère ! Je me présente bien humblement, je suis Cédric... ment !

— Cédricment ?"

Une pause un peu tendue suivit.

"C'est Cédric en fait, tu vois. Cédric de la Pointe-au-Son, en fait, mais ça ne rime pas avec humblement. ...Évidemment", ajouta-t-il après un moment. "Merde", soupira-t-il. "J'ai encore foiré mes rimes !

— C'est pas une communauté fermière, Pointe-au-Son ?", demanda Shmae Girl pour qui les produits fermiers avaient beaucoup plus d'intérêt que les rimes. "Juste entre Lance-à-l'avoine et Vallée-de-l'Orge ? Un peu passé Houblon-et-Sarrasin ?"

Les yeux déjà lumineux du jeune homme s'éclairèrent d'une nouvelle vitalité, comme un feu de joie dans lequel on venait de jeter un pile de bois particulièrement vieux et sec.

"Oh, ça alors ! Tu connais ? Personne ne connais ! Mon père est le–", il s'interrompit dans sa débauche d'enthousiasme sans rime, y pensa et se rappela pourquoi il était là.

Il lui tendit un feuillet.

"Tiens, je fais du recrutement. Ça t'intéresse... sûrement ?"

Shmae Girl considéra le feuillet.

"...Bardacadémie, hein ?"

Un sourire se dessina sur son visage.

Si les gens des effets spéciaux n'avaient pas été en vacances, il y aurait eu un éclair et un peu de tonnerre. Ce n'était pas tous les jours qu'une idée venait se perdre dans la tête de Shmae Girl.

***

"On va la retrouver et elle va avoir brûlé la moitié d'une ville ! Encore !", se plaignit Pidgeonboy. "J'en ai marre de devoir fuir une région parce qu'on se promène avec une catastrophe naturelle ! Sans parler du prix de notre assurance aventuriers qui ne fait qu'augmenter !"

Spider-chan lui montra son poing.

"Dis, t'as pas faim ? J'ai un sandwich de jointures pour toi, si tu veux !"

Silent Pascal dévia sur sa droite pour se placer stratégiquement entre eux. Avant que le voleur fasse empirer la situation d'un autre commentaire, il lui pila sur le pied.

"Tu vois bien qu'elle est à cran", mumura le demi-elfe à leur présentement détesté leader. "Ce n'est pas le temps de lui faire remarquer que sa menace est vachement nulle. On va la retrouver", ajouta-t-il plus fort, à l'intention de Spider-chan.

"Mais dans quel état !?", grinça l'elfe avant de passer aux accusations. "Vous auriez pu la surveiller !"

Personne ne fit remarquer que Shmae Girl était tout à fait capable de se surveiller elle-même. Et quand certaines personnes trop aventureuses essayaient de la surveiller eux aussi, elle finissait toujours par les condamner à une forme de vie ressemblant étrangement à la mort. Sans faire exprès.

"Si vous étiez plus attentifs aussi !"

Personne ne commenta que c'était sa faute ou ne lui dit de la boucler parce qu'il y en avait marre là des accusations débiles. Personne ne voulait voir sa poitrine soudainement décorée d'une rangée de flèches.

Un horrible son étouffé de flûte lui fit lever les yeux.

Il y avait une scène un peu plus loin. Et sur la scène, il y avait quelqu'un qui essayait de jouer de la flûte. Ce qui était une façon somme toute assez polie pour désigner la torture que subissait le pauvre instrument. Spider-chan fronça les sourcils, un commentaire acide au bord des lèvres. Elle ravala ses paroles de justesse, parce qu'elle venait de réaliser qui était sur la scène.

Toujours un peu plus lent que les autres, Pidgeonboy décida de faire remarquer ce que tout le monde avait déjà remarqué :

"Hé ! C'est Shmae Girl ! Sympa ! On l'a retrouvée sans trop d'effort !"

Carpet-Vale se boucha les oreilles, les sons de flûte agressant ses tympans princiers. Esoj fouilla dans son sac à la recherche de bouchons. Silent Pascal recula d'un pas prudent, surveillant la hausse visible du niveau de fureur de l'elfe.

"Ça pourrait être pire...", commença Pidgeonboy. "Au moins elle ne joue pas avec son nez !"

Le coup de poing partit si vite qu'il ne réalisa qu'une fois étalé par terre que l'elfe l'avait tapé.

***

"Qu'est-ce que tu faisais sur scène ?", lui demanda Spider-chan. "Tu sais que je ne veux pas que tu t'éloignes seu–

— Et pourquoi tu jouais de la flûte comme ça ?", l'interrompit Pidgeonboy, caché derrière Silent Pascal. "On aurait dit que quelqu'un égorgeait un animal !

— Je veux devenir barde !", annonça Shmae Girl avec enthousiasme, avant de froncer les sourcils. "J'ai un peu de mal avec la flûte, c'est vrai, ce n'est pas facile de jouer et chanter en même temps, ça fait des sons un peu bizarres... Peut-être que je devrais changer d'instrument ?"

Il y eut un silence. Le genre de silence difficile à quitter, parce que le quitter veut dire replonger en pleine tempête et risquer de nouveau de se faire empaler par tout un tas de débris charriés par les vents violents.

"Tu veux... tu veux devenir barde ?", l'elfe demanda confirmation.

"Oui, ils sonnent et ils riment, c'est vraiment trop super chou ! Cédric de la Pointe-au-Son rime presque et c'est adorable.

Qui ?", grinça Spider-chan.

"Le type qui distribue des feuillets pour Bardacadémie. Il est blond", ajouta-t-elle, au cas où l'information soit utile. "Et frisé", pensa-t-elle à préciser, après réflexion. "J'ai failli le tuer, mais pas vraiment. Je suivais un papillon, d'accord ?"

Il y eut un autre silence, mais différent du premier. C'était cette fois le genre de silence nécessaire pour tracer une ligne entre les points éparpillés, dans l'espoir que les traits finissent par former une image reconnaissable.

"C'est quoi le rapport ?", osa demander Pidgeonboy, incertain du lien entre les papillons et la mutilation des oreilles par ce que Shmae Girl considérait comme de la musique.

"C'est parce que c'était un papillon trop chouette, avec de grandes ailes colorées et une façon de voler super intéressante. J'ai foncé dans Cédric sans faire exprès", elle s'adressa à Esoj avec une expression de fierté étalée partout sur son visage. "Et je ne l'ai pas tué ! Je lui ai même demandé si ça allait."

"C'est très bien ça", sourit Esoj. "Mais tu sais, ce n'est pas facile de devenir barde, il faut avoir du tale–", le reste du mot lui resta coincé dans la gorge quand elle remarqua l'expression de Spider-chan.

"Quelle bonne idée !", s'enthousiasma Carpet-Vale. "Les bardes ont toujours de très jolis vêtements !"

Le regard noir et glacé de l'elfe ne doucha pas l'enthousiasme de la magicienne.

"Et puis, c'est facile de devenir riche ! Dans les villes où chanter et danser n'est pas suffisant, tu peux combler les fins de mois en couch–"

Une dague siffla près de son oreille et elle décida qu'elle en avait assez dit.

"Shmae, écoute-moi, s'il te plaît...", commença Spider-chan, essayant de la raisonner. "Tu te souviens sûrement de ce congrès où Pidgeonboy insistait pour aller ? Quand tu as décidé de devenir voleuse ?"

La jeune femme fit un effort pour se souvenir.

"J'étais meilleure que Pibi et il n'aimait pas ça !", sourit-elle.

Pidgeonboy sortit de sa cachette pour répliquer mais y retourna rapidement quand une botte manqua sa tête de peu.

"Tu as essayé de voler un momunent public, Shmae. Tu as essayé de voler la mairie. Tu as aussi essayé de voler la prison, pour ne pas qu'on t'y enferme.

— ...Les prisonniers étaient contents que je vole la porte."

L'elfe ferma une seconde les yeux et essaya de réorganiser son univers mental pour communiquer avec la guerrière.

"Ce que j'essaie de dire...", elle ne continua pas, essayant encore de trouver une façon gentille d'aborder le sujet.

"Qu'est-ce qui rime avec printannier ?", intervint Silent Pascal.

"Os brisés !

— Et avec... pommier en fleurs ?

— Méga douleur !

— D'accord... si je te dis, hmm, terrine de lapin ?

— J'ai faim !", répliqua sans hésiter Shmae Girl. "Sérieux, j'ai vraiment faim", insista-t-elle quand personne ne lui donna de goûter.

Le demi-elfe fouilla dans son paquetage pour lui donner les restes du déjeuner.

"...Alors, tu comprends pourquoi tu ne peux pas devenir barde ?", risqua Spider-chan.
"Pourquoi ?

— Parce que... parce que, hm, tu vois... C'est parce que...", s'embourba l'elfe, sans trouver d'explication autre que Tu es complètement nulle !

Pidgeonboy se risqua à approcher et malgré le regard noir de l'elfe, osa parler.

"Qui nous protégerait ? Tu sais ? Quand on se fait attaquer ?

— Oh...", Shmae Girl parut sérieusement considérer la question.

Spider-chan regarda le voleur avec stupéfaction. Puis, se rappela qu'il était à peu près autant outillé en matière de cerveau que l'était Shmae Girl. Ça devait presque créer un lien spécial entre eux.

Shmae Girl fronça les sourcils et repensa au papillon qu'elle avait rencontrée plus tôt. Pidgeonboy lui rappelait son papillon, il avait la même petite expression presque larmoyante et bon, il n'avait pas d'ailes - même si des ailes, ça l'aurait aidé pour fuir - alors la ressemblance était plutôt limitée.

"D'accord, je vais continuer à vous protéger !", décida-t-elle.

Parce que ça aurait été dommage que quelqu'un de faible comme un papillon se fasse écrabouiller par le premier monstre un peu baraqué venu.

(2 mai 2011)




Note :
"Le vert pâle, le vert foncé, le verglas...", énuméré par Silent Pascal est tout à fait emprunté à Claude Legault et Pierre-Yves Bernard pour faire une petite référence au passage à Dans une galaxie près de chez vous.