
Yoann Sardet
Elle est devenue, en moins de dix ans, l’un des visages les plus marquants de la nouvelle génération hollywoodienne. Une actrice -une icône, même- qui fascine, qui ME fascine, d’autant que son passé de star Disney Channel (Shake It Up de 2010 à 2013 puis Agent K.C. de 2015 à 2018) ne la prédestinait pas à la carrière qu’elle mène depuis 2018. Actuellement à l’affiche de l’acide et noir The Drama (2026) aux côtés de Robert Pattinson, Zendaya est capable de tout jouer. Celle qui fêtera ses 30 ans cette année dégage quelque chose d’indicible, digne d’une « vieille âme », comme peut l’être Timothée Chalamet. Pour JustWatch, je (re)mets en lumière ses rôles les plus marquants.
M.J. - Le trilogie Spider-Man
Dans la trilogie -et bientôt tétralogie- Spider-Man emmenée par Tom Holland (Homecoming, 2017 ; Far From Home, 2019 ; No Way Home, 2021), Zendaya déjoue tout ce qu’on pouvait attendre d’une nouvelle incarnation de M.J., la girl-next-door qui fait chavirer le coeur de Peter Parker. Entre distance, cynisme et un petit côté « garçon manqué » qui lui va très bien, elle apporte une modernité bienvenue au rôle précédemment incarné par Kirsten Dunst et Emma Stone. Elle n’est pas la demoiselle en détresse attendue, mais un pilier de la vie de l’homme-araignée, d’abord sarcastique et mystérieuse puis vulnérable et passionnée avant de se s’imposer comme la partenaire indispensable à notre jeune super-héros. Leur relation dans le troisième volet -qui s’est d’ailleurs prolongée à la ville- dégage une telle évidence que je me souviens l’avoir immédiatement « rangée » parmi les grands couples classiques du 7ème art. Et je me réjouis de retrouver MJ et Peter dans Spider-Man Brand New Day cet été.
Anne Wheeler - The Greatest Showman
Le morceau Rewrite the Stars, partagé avec Zac Efron, fait partie des tableaux majeurs de The Greatest Showman (2018). Dans ce biopic musical -très romancé- consacré à l’homme de spectacle et de cirque P.T. Barnum (Hugh Jackman), Zendaya campe une acrobate et trapéziste confrontée au racisme de l’Amérique du 19ème siècle. Laissée dans l’ombre en raison de sa couleur de peau et de ses origines modestes, elle utilise son art pour s’extraire du carcan de la société et des étoiles qui lui ont été assignées, alors qu’elle vit une histoire d’amour impossible avec un jeune homme issu de milieux huppés. A l’écran, la comédienne joue, chante, danse, virevolte… et surtout elle nous bouleverse par sa grâce mêlée de gravité (et inversement). Je me souviens, en allant voir le film avec des idées bêtement préconçues sur la jeune femme, m’être dit : « Et allez, encore une star Disney… et en plus elle n’a pas de nom de famille ??? » Mon jugement a été balayé par sa performance, et je ne fais que louer son talent depuis.
Meechee - Yéti & Compagnie
J’ai une affection toute particulière pour ce film d’animation. Et pour le morceau Wonderful Life que je peux écouter en boucle. Un peu passé inaperçu à sa sortie (c’est, hélas, le lot des productions qui ne viennent pas de chez Pixar, Illumination ou DreamWorks), Yéti & Compagnie (2018) est pour moi… un « Matrix des petits ». On y suit les pas d’un jeune abominable homme des neiges (doublé par Channing Tatum) qui vit isolé avec les siens au sommet d’une montagne inaccessible, protégée des hommes par un mystérieux brouillard : alors qu’il sympathise avec un humain, il commence à interroger les fondements même des lois millénaires qui régentent sa communauté… Y’a t-il de bons mensonges ? Faut-il protéger les siens au risque de leur cacher la vérité ? Faut-il sortir de la caverne (ou, dans le cas présent, traverser le brouillard) ? Ce long métrage Warner Bros. Animation est un vrai cours de philo à hauteur d’enfants, où Zendaya campe celle qui va allumer l’étincelle de curiosité chez notre héros à travers une chanson magnifique.
Fola - The O.A.
Si des séries comme Sense8 (2015-2018), Dark (2017-2020) ou The Leftovers (2014-2017) vous parlent, vous ne devriez pas être insensible à The OA (2016-2019). Imaginée par Zal Batmanglij et Brit Marling (qui campe également l’héroïne du show), cette histoire ambitieuse suit la réapparition mystérieuse d’une jeune femme après sept ans d’absence : elle qui était aveugle a retrouvé la vue, elle porte d’étranges cicatrices dans le dos et elle se fait appeler l’Ange Originel. Entre dimensions parallèles et expériences de mort imminente, la série est un puzzle métaphysique qui a passionné -et passionne encore- des millions d’abonné.es Netflix, qui n’ont jamais pardonné à la plateforme l’annulation du programme après deux saisons et un cliffhanger FOU. Grande fan de la première saison, Zendaya a été invitée à participer à la suite : durant trois épisodes, elle incarne Fola, spécialiste du jeu Q Symphony dont les énigmes recèlent des indices sur le mystère qui entoure le récit et la Nob House. Même court, son rôle (ainsi que son look et son vieillissement) a profondément marqué les fans.
Rue Bennett - Euphoria
Quand Euphoria (2019-) débarque sur HBO, c’est une vraie claque. Visuelle, avec une esthétique qui va marquer profondément la culture populaire et le lifestyle. Mais aussi narrative, avec la volonté du showrunner Sam Levinson de livrer un regard sans filtre (même s’il y en a beaucoup en termes d’images !) sur la jeunesse moderne, entre addictions, santé mentale, masculinité toxique, fluidité de genre et de sexualités et, surtout, quête de l'identité face au regard des autres… La série, sorte d’opéra moderne et grandiloquent, capte l’air du temps Gen Z et met en avant une galerie de personnages et de talents majeurs, entre Hunter Schafer, Jacob Elordi, Sydney Sweeney, Alexa Demie, Angus Cloud ou Barbie Ferreira... sans oublier Zendaya qui livre une performance remarquable et remarquée. Deux Emmy Awards (c’est la plus jeune actrice à recevoir cette distinction) et un Golden Globe saluent son interprétation de Rue Bennett, qui est quelque part, à elle seule, une réincarnation moderne de Requiem for a Dream (2001). Intense, brute, désespérée, bouleversante : Zendaya entre dans la cour des (très) grand.es avec ce rôle, magnifié par un épisode spécial très marquant face à Colman Domingo. Autant dire que la saison 3 est plus qu’attendue.
Marie - Malcolm & Marie
Toujours devant la caméra de Sam Levinson, Zendaya s’essaye à un rôle plus mature dans Malcolm & Marie (2021), où son personnage, malgré son jeune âge, tranche avec les adolescentes qu’elle incarnait jusque-là. Dans un noir et blanc sublime, face à John David Washington, la comédienne incarne la compagne d’un réalisateur en vue, qui va interroger les fondements même de leur relation le temps d’une soirée en huis clos après une avant-première où le cinéaste a oublié de la remercier. Entre amour et haine, secrets et non-dits, blessures et vacheries, toxicité et bienveillance, on assiste à la radiographie d’un couple moderne dans le cadre d’un exercice de style certes un peu prétentieux mais virtuose, où Zendaya -également productrice- brille en femme blessée refusant ce statut de victime. La proposition est d’autant plus remarquable qu’elle a été tournée en deux semaines à peine, durant le confinement mis en place pendant la pandémie de COVID-19.
Chani - La trilogie Dune
Pour beaucoup de spectateurs, la trilogie Dune version Denis Villeneuve, c’est le parcours et la transformation de Paul (Timothée Chalamet), jeune héritier discret de la Maison Atreides devenu Messie de la planète Arrakis et menace pour l’Impérium galactique après la mort de son père. Mais pour moi, ce triptyque, ce sont les yeux bleutés de Chani. Et la manière dont le regard de la jeune Fremen sur Paul va évoluer au cours du récit. D’abord méfiante vis à vis du jeune homme dans Dune (2021) où elle n’apparaît que dans les dernières minutes, elle est beaucoup plus centrale dans Dune : Deuxième Partie (2024), s’illustrant à la fois comme femme, guerrière et conscience de celui qu’elle aime. Si elle est profondément attachée à l’homme, le Muad'Dib, elle voit parallèlement émerger le symbole, le Lisan al-Gaib, qui va lancer une croisade religieuse et sanglante à travers l’univers. Le dernier échange de regard -on y revient- entre elle et lui, à la toute fin du second volet, alors qu’elle le voit accepter un mariage politique avec la Princesse Irulan (Florence Pugh), me hante depuis deux ans. Autant dire que la sortie de Dune : Troisième Partie (2026) me semble bien loin. C'est l'occasion de (re)lire Frank Herbert pour patienter !
Tashi Donaldson - Challengers
La bande-annonce de Challengers (2024) a été très impactante. Et assez mensongère, pour tout dire. Elle tournait essentiellement -comme la promotion du film d’ailleurs- autour d’une scène d’ébats entre Zendaya, Josh O'Connor et Mike Faist… qui est très vite détournée et surtout anecdotique dans le long métrage de Luca Guadagnino (Call Me By Your Name, 2017), variation autour du pouvoir et d’un triangle amoureux sur fond de tennis. Zendaya y incarne une ancienne prodige de la raquette, devenue coach impitoyable et femmes d’affaires intransigeante après une blessure, qu’on suit sur treize ans de vie et de flashbacks alors que deux anciens meilleurs amis se retrouvent sur le court pour s’affronter devant elle. La comédienne est ici centrale et mène le jeu, telle un soleil autour duquel gravitent deux planètes très différentes. Et sa performance est une nouvelle fois majeure, mature et crédible, malgré son jeune âge. Jeu, set et match, Zendaya !
Et après ?
Au-delà de The Drama de Kristoffer Borgli, actuellement au cinéma, Zendaya va être partout en 2026/2027. Outre la saison 3 de Euphoria (le 13 avril sur HBO Max), la quatrième opus des aventures de Spider-Man (le 26 juillet en salles) et le dernier chapitre de la trilogie Dune (le 16 décembre au cinéma), elle sera à l’affiche du film le plus attendu de l’année. Devant la caméra de Christopher Nolan, elle incarnera la déesse Athena dans L’Odyssée (2026), face à Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Charlize Theron et Robert Pattinson. Et ensuite ? Direction Fort-Fort-Lointain dans le rôle de la jeune ogresse de Shrek et Fiona dans Shrek 5 (2027), puis un biopic sur la chanteuse Ronnie Spector par Barry Jenkins (Moonlight). Vous avez dit incontournable ?
















































