Denis Diderot, sixième soirée dans Œuvres complètes, éd. Assézat, IV, (L’Oiseau blanc, conte bleu), 1875
SIXIÈME SOIRÉE.
La sultane dit à sa chatouilleuse : « Mademoiselle, approchez-vous, et arrangez mon oreiller : il est trop bas… Fort bien… Madame seconde, continuez. Je prévois que ce qui doit suivre sera plus de votre district que de celui du second émir. S’il prenait en fantaisie à Mangogul d’assister une seconde fois à nos entretiens, vous tousserez deux fois. Et commencez. »
Tout ce qui n’avait point cet éclat qui frappe d’abord déplaisait souverainement à Génistan. Sa vivacité naturelle ne lui permettait ni d’approfondir le mérite réel ni de le distinguer des agréments superficiels. C’était un défaut national dont la fée n’avait pu le corriger, mais dont elle se flatta de prévenir les effets : elle prévit que, si Polychresta restait dans ses atours négligés, le prince, qui avait malheureusement contracté à la cour de son père et à celle du Tongut le ridicule de la grande parure, avec ce ton qui change tous les six mois, la prendrait à coup sûr pour une provinciale mise de mauvais goût et de la conversation la plus insipide.

