Mode éphémère, obligations durables - Éd. 57
Union européenne : une responsabilité élargie du producteur (REP) pour la filière textile
Bonjour à tous,
Cette édition se concentre sur l’industrie textile et sur la révision de la directive européenne sur les déchets du 10 septembre 2025.
Contexte
5 millions de tonnes de vêtements et de chaussures sont jetés chaque année dans l’UE (~12 kg par personne).
Seulement 22 % des textiles utilisés sont collectés séparément pour être réutilisés ou recyclés, tandis que les 78 % restants sont souvent incinérés ou mis en décharge.
Moins de 1 % des déchets textiles sont recyclés en nouvelles fibres pour la fabrication de vêtements.
1 000 tonnes de textiles collectés pour le réemploi permettent de créer 20 à 35 emplois.
Les enjeux sociaux et environnementaux liés à l’industrie textile sont connus de tous. Chacun conçoit facilement le parcours de ses vêtements, des champs de coton aux grands magasins, des ateliers de confection aux friperies. Nous sommes parfois moins conscients de l’ampleur des déchets que cette filière engendre et des vices cachés du recyclage.
Chaque année, dans le monde, des millions de tonnes de textiles usagés s’accumulent. Vous connaissez peut-être ces images du désert d’Atacama au Chili recouvert de vêtements inutilisés. Au port de Mombasa au Kenya, ce sont les textiles venus notamment d’Europe ou des États-Unis qui s’amoncellent, avec de lourds impacts environnementaux et sociaux.
Pour organiser la filière textile et la gestion de ses déchets, l’Union européenne harmonise les réglementations de ses États membres dans une directive-cadre. Sa révision met en place une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les déchets textiles.
La REP mobilise fabricants, distributeurs et importateurs (qualifiés de “producteurs”, soit les premiers metteurs sur le marché de l’UE) dans une logique d’économie circulaire. Il s’agit de prolonger la durée de vie des produits, réduire les déchets, intégrer l’écoconception, la réparation et le réemploi.
C’est aussi l’application concrète du principe pollueur-payeur : le producteur verse une éco-contribution pour financer la collecte, le tri, le réemploi et le recyclage des produits qu’il met sur le marché européen.
En France, la première filière REP a été créée il y a plus de 30 ans pour les emballages ménagers. On en compte aujourd’hui une vingtaine, faisant de la France la championne européenne toutes filières confondues. Par exemple :
Articles de sport et de loisirs ? Une filière REP
Jouets ? Une filière REP
Articles de bricolage et de jardin ? Une filière REP
Textiles, chaussures et linge de maison ? Une filière REP dite TLC, qui existe depuis 2008. Néanmoins, la France devra désormais adapter sa filière REP textile aux exigences de la directive européenne.
Cette dynamique nationale a été renforcée par la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), adoptée en 2020, qui a élargi et modernisé les filières REP.
Au niveau européen, plusieurs filières REP sont déjà en place. Elles permettent une harmonisation progressive des règles dans les États membres.
La création de cette nouvelle REP va dans le bon sens pour rendre la filière textile plus durable. Mais réfléchir à notre gestion des déchets reste essentiel : bien traiter nos vêtements en Europe, c’est une chose ; éviter qu’ils finissent en montagnes de déchets ailleurs, c’en est une autre.
Bonne lecture !
DÉCRYPTER
Pourquoi une directive REP textile ?
La Directive (UE) 2025/1892 (10 septembre 2025), entrée en vigueur le 16 octobre 2025, révise la directive cadre 2008/98/CE sur les déchets. D’ici 2027, elle doit être transposée dans les législations nationales, avec une mise en œuvre progressive jusqu’en 2028, et une application étendue aux micro-entreprises en 2029. Elle vise à :
Assurer la réduction et la gestion des déchets textiles pour protéger l’environnement et la santé humaine dans l’UE.
Mettre en place une filière REP harmonisée de collecte, tri, réemploi et recyclage au niveau de l’UE.
Appliquer le principe du pollueur-payeur : les producteurs financent la gestion des déchets de leurs produits.
Le champ d’application inclut : les textiles, accessoires textiles, tels que des chapeaux, linge de lit et de cuisine, rideaux, chaussures et les matelas (!).
PS : La directive introduit aussi des objectifs contraignants de réduction du gaspillage alimentaire pour les États membres, mais… ce n’est pas l’objet de cette newsletter.
Qu’est-ce qui change ?
1) La définition de producteur
Un producteur de produits textiles, accessoires textiles ou chaussures comprend tout fabricant, importateur, distributeur ou personne physique ou morale qui est établi(e) dans un État membre de l’UE et :
Fabrique ou fait fabriquer des produits sous son propre nom/marque et les fournit pour la première fois sur le territoire de son État membre de l’UE,
Revend des produits fabriqués par d’autres, sous sa propre marque dans son État membre de l’UE,
Fournit pour la première fois des produits provenant d’un autre État membre ou pays tiers à titre professionnel,
Vend directement aux utilisateurs finaux (ménages ou non) à distance depuis un autre État membre ou pays tiers.
Cette définition vaut quelle que soit la technique de vente utilisée (y compris la vente en ligne).
Exclusions : produits textiles usagés aptes au réemploi, produits issus de recyclage, ou créations “sur mesure”.
2) Le régime REP textile
Les producteurs doivent couvrir les coûts pour :
la collecte, le transport, le tri, le réemploi, le recyclage et l’élimination des produits usagés et déchets ;
les enquêtes sur les déchets municipaux ;
la communication d’informations sur la consommation durable ;
le suivi et la collecte de données aux autorités compétentes ;
le soutien à la R&D.
Cette obligation s’applique :
aux produits mis sur le marché à partir du 16 octobre 2025, si une filière REP textile existe déjà dans le pays, ou
au plus tard le 17 avril 2028, pour les pays qui mettent en place leur filière REP après le 16 octobre 2025.
Points clés pour la mise en oeuvre des obligations REP :
Le producteur doit désigner un mandataire local lorsqu’il met ses produits sur le marché d’un État membre autre que celui dans lequel il est établi.
Il peut déléguer ses obligations REP à des éco-organismes.
Pour les ventes en ligne, les plateformes doivent vérifier l’inscription au registre et l’auto certification du producteur avant toute vente en ligne, au plus tard le 17 avril 2028. Le producteur peut être suspendu si les informations incorrectes ou incomplètes ne sont pas corrigées.
3) Un registre des producteurs textile
Chaque État devra créer un registre national des producteurs de textile, accessoires et chaussures.
Les producteurs devront :
s’enregistrer dans chaque pays où ils vendent pour la première fois ;
fournir des informations détaillées (identité, marques, produits, mandataires, etc.).
Un registre européen interconnecté sera également mis en ligne par la Commission.
4) Les organisations compétentes
Chaque État devra désigner des organisations compétentes (les éco-organismes) pour gérer les obligations REP des producteurs.
Un système de collecte séparée, obligatoire, sans frais, et accessible sur tout le territoire doit être mis en place.
Les éco-organismes doivent informer les consommateurs sur leurs rôles, les options de réemploi, de réparation, et les points de collecte existants, ainsi que les impacts environnementaux et sociaux de la mode éphémère.
Les États pourront fixer des éco-contributions modulables selon le poids et les critères d’éco-conception.
5) La gestion des déchets
Les États membres doivent garantir la collecte, le tri, le réemploi et le recyclage des textiles, accessoires et chaussures usagés, tout en veillant à éviter leur détérioration ou contamination pendant les opérations de stockage et de traitement.
Distinction entre déchets / textiles usagés aptes au réemploi :
Principe : Tous les textiles, accessoires et chaussures collectés séparément sont considérés comme déchets dès leur collecte.
Dérogation : Les produits directement remis par les utilisateurs finaux à un organisme de réemploi ou une entité de l’économie sociale et évalués professionnellement comme aptes au réemploi, ne sont pas considérés comme déchets.
Cette distinction garantit une interprétation uniforme dans tous les États membres entre les textiles usagés et les textiles déchets, et vise à éviter les exportations illégales de déchets déguisés en produits de seconde main.
Les États membres doivent aussi garantir que le tri respecte la hiérarchie des déchets (prévention → réemploi → recyclage → valorisation → élimination).
Ils doivent mener une enquête tous les 5 ans sur la part de textiles dans les déchets municipaux et ajuster les campagnes d’information et les points de collecte en fonction.
SE PRÉPARER
Clarifier les législations nationales applicables dans les États membres où l’entreprise produit.
Suivre les dates d’entrée en vigueur des obligations REP selon les pays.
Identifier les situations dans lesquelles l’entreprise est considérée comme producteur.
Connaître les procédures d’enregistrement, de déclaration et de contribution REP auprès des organismes compétents.
DÉCOUVRIR
DOCU. Fast Fashion, Les dessous de la mode à bas prix, Édouard Perrin et Gilles Bovon (2021) : Après Starbucks sans filtre, l’équipe revient avec une nouvelle enquête sur les dérives de la fast fashion et les géants mondiaux du textile.
ESSAI. No Logo : La tyrannie des marques, Naomi Klein (1999) : Essai clé qui propose une analyse critique du rôle des grandes marques dans la production, la consommation et la culture des marques.
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À très vite !






