
Le vrai risque pour l’humanité serait de s’abandonner à l’IA
Guillaume Grallet est rédacteur en chef Sciences et Tech au magazine Le Point. Avec Pionniers. Voyage aux frontières de l’intelligence artificielle (Grasset), il signe un ouvrage de référence pour saisir l’impact de cette technologie si singulière sur le monde de demain.

Noctivue
La noctivue désigne une paire de lunettes qui permet de voir dans l’obscurité.

Obsolescience
L’obsolescience désigne le processus par lequel les savoirs et savoir-faire deviennent rapidement périmés, non par l’évolution naturelle des connaissances, mais par une accélération artificiellement entretenue.

Technoviste
Le technoviste regarde la technologie comme un phénomène vivant. Il en suit les frémissements, les hésitations, les bifurcations. Il observe ce qui naît, ce qui

Eloge de la panne
La destruction des ordinateurs quantiques chargés des services de surveillance plonge l’Italie dans le chaos : sabotage ou éveil des consciences ? Talitha revendique cette

L’ArBRe cache la forêt
Alors que la Suisse suffoque sous des températures records, un nouveau parti politique bouleverse tous les codes. L’ArBRe séduit par ses propositions innovantes et ses

Le procès de l’intelligence
L’intelligence artificielle est jugée pour son rôle dans la régression intellectuelle de l’humanité. La disparité des opinions révèle les paradoxes d’une technologie qui façonne notre
Les gens résistent moins au changement qu’à la manière dont le changement est introduit et géré.
Ce qui est techniquement optimal prend le pas sur ce qui est socialement légitime.
Le modèle « pour faire grand, il faut viser grand d’entrée de jeu », si efficace dans des environnements stables, ne fonctionne plus et représente un risque énorme pour l’organisation: en se trompant, viser grand signifie échouer en grand!
Quand nous nous sentons des victimes, toutes nos actions et nos croyances deviennent légitimes, même les plus contestables. Ceux qui s’opposent à nous, ou qui, simplement, sont nos voisins, cessent d’être nos semblables et deviennent des ennemis. Nous ne sommes plus des agresseurs, nous sommes des défenseurs. L’envie, la jalousie ou le ressentiment qui nous motivent sont sanctifiés, car nous avons la certitude d’agir pour notre seule défense. Le mal, la menace sont toujours chez l’autre. La peur est le premier pas vers une foi passionnée. La peur de perdre notre identité, notre vie, notre condition ou nos croyances. La peur est la poudre et la haine est la mèche. Le dogme, en dernière instance, n’est que l’allumette qui y met le feu.
Le métavers est un fantasme de geek asocial, qui exige un casque fermé, un isolement intégral pour reconstituer imparfaitement et laborieusement un monde réel dont il ne cesse de nous couper. Qui peut préférer vivre un concert dans sa chambre par la buée de son casque plutôt que dans la fosse d’une salle le corps baigné par la musique, sinon un sociopathe ?
Aujourd’hui, nous possédons de plus en plus d’informations et sommes de moins en moins capables de prédire l’avenir. Nos ancêtres vivaient dans des sociétés beaucoup plus pauvres en données, mais ils pouvaient faire des plans pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Nous avons de moins en moins idée du monde dans lequel nous nous réveillerons demain matin.
Ce paradoxe n’est pas conjoncturel, mais structurel. Il découle de la nature même du numérique. En réduisant la réalité à une série de 0 et de 1, le codage numérique accomplit son oeuvre implacable d’homogénéisation, en éliminant tout ce qui ne peut être quantifié. Ce faisant, le passage de l’analogique au numérique élude le sens profond des choses et ouvre toute grande la porte au chaos.
C’est pouruqoi nous n’avons pas d’avenir, du moins au sens où nos grands-parents en avaient un. Les futurs culturels pleinement imaginés sont un luxe d’autrefois, dit William Gibson, une époque où le « maintenant » durait plus longtemps.
En lisant dans Le Siècle qu’un homme pouvait voyager autour de la terre en quatre-vingts jours, il m’est immédiatement venu à l’esprit que je pourrais profiter d’une différence de méridien et faire gagner ou perdre à mon voyageur un jour dans son voyage.



















